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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 






VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
59, RUE DUPLESSIS, 59 




REVUE 

DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TMMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME DIX-SEPTIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAOHER 

83 bu , RUE LAFAYETTE fc^ h 

1888 -^l ./\t 



- 



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RECHERCHES BIBLIQUES 



XIII 

NOTE SUPPLÉMENTAIRE SUR AMRAPIIEL, ROI DE SENNAAR 1 . 

En parlant, dans un précédent article, des quatre rois qui, sous 
la suprématie du roi élamite Chodorlogomor, attaquèrent les 
princes chananéens à l'époque d'Abraham, je me suis rangé à 
l'avis de beaucoup d'assyriologues qui voient dans Chodorlogomor 
la forme assyro-élamite Kudar-lagamari et identifient Ariok, roi 
d'Ellassar, avecEri-Akou, roi de Larsa Pour Amraphel, j'ai adopté 
l'opinion exposée naguère par M. Schrader devant l'Académie de 
Berlin, et d'après laquelle ce roi est le prince puissant de Baby- 
lone dont le nom est écrit ha-am-mu-ra l)i et Kimla-rapashla. 
La divergence entre nos vues se borne à la question de savoir 
laquelle de ces deux formes doit être prise comme base de compa- 
raison. M. Schrader, qui croit que les idéogrammes expriment un 
idiome non sémitique réputé accadien ou sumérien, corrige Am- 
raphel en Amrabi. Moi, au contraire, qui n'assigne aux idéo- 
grammes d'autre destination que de représenter le mot assyrien 
réel et phonétique, je pars de la forme Kimta-rapashlic, ou plutôt 
Kimta-rapalhi, et, par le simple moyen du remplacement de Kimlu 
par l'élément synonyme ammu, état construit, am, j'obtiens la 
forme Amrapalt, qui coïncide, sauf le t final et négligeable, avec 
la forme biblique Amraphel. Cette assimilation a été tout récem- 
ment combattue devant l'Académie et déclarée erronée d'un bout 
à l'autre. Les noms bibliques de ces princes, a-t-on dit, fournissent 
la preuve de l'existence de la langue sumérienne comme idiome 
primitif de la Chaldée. Le roi Tidal, appelé Thargal par les Sep- 
tante, est le sumérien tur-gal et se dirait en sémitique mar-rabu 
« grand homme ». Le nom Ariok, identifié avec Eriw-Aliu, est la 

1 Lue à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dans la séance du 18 mai 
1888. 

T. XVII, n° 33. 1 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

forme sumérienne d'un nom assyrien. Enfin, le nom d'Amraphel, 
A marphal chez les Septante est également sumérien, Amar-pcl. 
Il signifie « splendeur du feu » et se traduisait en assyrien par dur 
ishati. D'autre part, Chodorlogomor, en hébreu Kèdor -la orner , 
est notoirement un nom susien : Kudur-Lagamari. C'est aussi le 
cas de Hammurabi, qui n'est pas un nom assyrien, mais élamite. 
Dans une liste où les noms des souverains d'Elam sont traduits en 
assyrien, on trouve Hammurabi rendu par Kimta-rapashlu, « race 
prospère ». J'aurais méconnu l'esprit de ce texte en prenant la 
forme Ha-am-mu-ra-Jji pour un groupe idéographique. A la 
rigueur, on pourrait tirer de la série de consonnes h, m, r, & le 
nom d'Amraphel, mais la chose devient impossible avec Kimia- 
rapashtu, qui était certainement la traduction du nom royal. 
On a ajouté que les cinquante-cinq années du règne d'Hammu- 
rabi sont fixées entre 2394 et 2339, et non à la date de 2130 que 
j'ai donnée. Enfin, on a insisté sur le danger de baser l'étymo- 
logie historique sur deux langues différentes, car avec une pa- 
reille méthode on traduirait le nom du roi Louis- Philippe par 
les mots glorieux ami des chevaux ; on a terminé par ces mots : 
« Il est à craindre que M. Halévy n'ait été conduit à ces erreurs 
par les nécessités de la thèse qu'il soutient et suivant laquelle il 
n'y a pas de sumérien, mais simplement une écriture secrète des 
antiques sanctuaires de la Ghaldée ». A ce compte, la Phèdre de 
Racine, traduite par Schiller, serait la forme « idéographique » 
destinée à exprimer l'allemand. 

Je viens de tracer succinctement tous les détails de la contra- 
diction, je vais maintenant les examiner point par point afin de 
faciliter aux savants impartiaux l'intelligence exacte de la ques- 
tion en litige, qui intéresse à la fois l'histoire, l'ethnographie et la 
philologie. 

Les points à discuter peuvent être rangés sous les cinq rubriques 
suivantes, qui constituent autant de questions auxquelles nous 
nous proposons de répondre catégoriquement au moyen des textes 
originaux. Ces questions sont : 1° Les noms royaux bibliques 
Tidal, Ariok et Amraphel sont-ils d'origine sumérienne ? 2° Quel est 
le sens exact du titre d'élamite donné à Chodorlogomor? 3° Le roi 
Hammurabi est-il de nationalité élamite? 4° Le nom écrit Ha-am- 
mu-ra-bi est-il un terme réel ou seulement l'idéogramme de 
Kimta-rapashlu "f Quant à la date de ces événements, j'ai accepté 
le chiffre 2130 donné par les assyriologues suméristes, même par 
ceux d'entre eux qui n'admettent pas l'identité des rois comparés. 
La date de 2394 ne sera discutée que lorsqu'elle sera appuyée par 
des preuves. Elle est d'ailleurs parfaitement indifférente pour le 



RECHERCHES BIBLIQUES 3 

synchronisme des événements en question, puisque la date d'Abra- 
ham ne peut pas être fixée avec certitude par le seul moyen de la 
tradition hébraïque. 

Première question : Les noms royaux bibliques Thargal, Arioli 
et Amraphel sont-ils d'origine non sémitique? A cette question 
purement philologique , nous n'hésitons pas à répondre d'une 
façon négative. A notre connaissance, il n'existe aucune raison 
historique ou linguistique qui nous force à chercher au loin la 
source des noms dont la forme ne se distingue point des autres 
noms babyloniens. Pour légitimer une telle nécessité, il faudrait, 
pour le moins, admettre au préalable que les rois de Babylonie, à 
l'époque d'Abraham, étaient tous des étrangers fraîchement venus 
et n'ayant pas encore eu le temps de s'assimiler aux habitants sémi- 
tiques. Or, ceci est contraire aux données formelles des documents 
contemporains, qui considèrent les rois Koudour-X et Eri-akou 
comme les derniers de la dynastie élamite qui a compté une longue 
série de rois depuis Koudour-nanhounte, le fondateur de la dy- 
nastie. On peut encore moins supposer qu'à l'époque dont il s'agit 
les habitants mêmes de la Babylonie étaient des non sémites et par- 
ticulièrement des Sumériens. S'il y a un point de repère certain 
dans les vieilles époques babyloniennes, c'est bien celui des règnes 
de Sargon I er et de son fils Naram-Sin, deux princes sémitiques 
qui ont régné sur la majeure partie de la Babylonie, entre les an- 
nées 3800 et 3700 avant notre ère. Non seulement l'existence d'une 
population sémitique, mais la domination même des Sémites en 
Babylonie est ainsi attestée au moins 1,500 ans avant la naissance 
d'Abraham. Maintenant, est-il possible d'admettre, sans bonnes 
preuves à l'appui, qu'au temps de ce patriarche tous les noms sé- 
mitiques aient disparu de la scène politique pour faire place à des 
noms allophyles ou sumériens? On le voit, même en se tenant sur 
le domaine de l'histoire positive, les étymologies sémitiques ont 
en leur faveur, pour ainsi dire, un droit de préemption sur les ten- 
tatives de les expliquer par des langues non sémitiques et princi- 
palement par le sumérien. 

Au point de vue linguistique, les étymologies sumériennes pro- 
posées pour ces noms peuvent difficilement comporter un degré 
de vraisemblance égal à celui que possèdent les interprétations 
tirées de l'assyrien sémitique. Mais ici nous devons établir une 
distinction nécessaire. Il faut d'abord laisser de côté Tidal ou 
Thargal, roi de Goyim, qui est étranger aussi bien à la Babylonie 
qu'à la Susiane. La plupart des assyriologues placent son royaume 
dans le pays de Gouti ou la Médie occidentale. Or, n'est-il pas quel- 
que peu risqué d'interpréter d'emblée un nom royal mède par le 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 
sumérien, avant môme qu'on ait établi la plus légère connexion 
entre les langues parlées dans les deux pays? Du reste, l'étymolo- 
gie proposée est doublement problématique. En premier lieu, en 
sumérien « grand homme » est, non pas tur-gal, mais lit-gai, ce 
qui est bien différent du Tliargal des Septante. En deuxième lieu, 
le sumérien lur-gal peut signifier tout au plus « petit grand », 
mais je doute fort qu'un nom ainsi combiné ait jamais été porté 
par un personnage couronné ou seulement par un simple par- 
ticulier. 

Je passe aux noms vraiment babyloniens : 

Eri-Aku serait-il d'origine sumérienne? La preuve delà ré- 
ponse affirmative serait difficile à donner. Aucun texte réputé 
sumérien ne contient ni l'un ni l'autre de ses éléments. Au con- 
traire, quand on se place à un point de vue sémitique, toute diffi- 
culté disparaît et l'analyse du nom se fait avec la plus grande 
clarté : eram est une forme contracte du mot bien connu aiarum 
« fils, enfant, serviteur », et AUu est probablement une simple 
variante de agit, « couronne », qui constitue une épithète honori- 
fique du dieu de la lune. L'interprétation de ce nom par l'assyrien 
sémitique rend donc parfaitement compte du sens qui lui est 
attribué par les scribes babyloniens ; le sumérien est impuissant 
à rien expliquer, il ne se fait sentir nulle part. 

L'étymologie sumérienne de Amraphel n'est pas non plus de 
nature à emporter la conviction. En créant une forme Amarpel, 
qui ne se rencontre nulle part, mon savant adversaire affirme 
que ce nom se traduisait en assyrien par bur-isàati et signifiait 
« splendeur du feu. » Mais ne sent-on pas tout de suite ce qu'un 
nom d'homme d'une pareille signification a d'insolite et d'étrange? 
Ensuite, le sumérien amar ne signifie jamais « splendeur », mais 
« gazelle », et ce sens est aussi celui de l'assyrien buru. L'hymne à 
Sin qu'on lit, iv, R., 9, compare ce dieu à une gazelle vigoureuse, 
aux cornes solides, aux membres robustes et à la forme gracieuse. 
Ici, l'expression « gazelle vigoureuse » est rendue en pseudo- 
sumérien par amar tur-da et en assyrien par durit ilidu. L'éty- 
mologie en question donnerait donc, en réalité, le composé encore 
plus étonnant « gazelle de feu », composé que les connaisseurs 
d'onomastiques auront, si je ne me trompe, quelque peine à ac- 
cepter. Je crois qu'il est superflu d'insister plus longtemps, et 
cela d'autant moins que le nom du royaume d'Amraphel, Sennaar, 
7JÇ, est bien le sémitique n?-5ll3, « Dipolis, » et nullement l'ex- 
pression allophyle de Sunger, inventée pour les besoins de leur 
cause par quelques suméristes. 

Premier résultat : si on élimine le nom exotique Tid'al ou 



RECHERCHES UIBL10UES 5 

Thargal, les deux autres noms royaux, Ariok et Amraphel sont 
d'origine sémitique. 

Nous passons maintenant à la question n° 2, relative au sens 
exact qu'il faut attribuera la qualification d'élamite qu'on s'ac- 
corde à donner au grand roi Chodorlogomor. Cette qualification 
désigne très clairement l'origine ethnique du monarque, qui était 
de race élamite ou susienne, race sui generis, ni sémitique ni 
aryenne, à laquelle appartenaient aussi la plupart des peuplades 
qui habitaient les montagnes du Kurdistan dans l'antiquité. Mais, 
si le point de vue anthropologique nous retient en Susiane, le 
nom du prince nous ramène en Babylonie, car la forme babylo- 
nienne Koudour-Lagamari, qui a produit le Chodor-logomor de 
la Genèse, est un nom théophore des plus clairs et signifie « don 
du dieu Lagamar ». Tout au plus pourrait-on supposer que c'est 
le produit de la sémitisation d'une forme susienne inconnue. Mais 
il ne s'agit pas de cela. Que le nom soit le fruit d'une transforma- 
tion populaire ou une formation primitive, dès le moment que, 
ainsi que je l'ai prouvé dernièrement, l'élément idéographique 
ma-bu-ug représente l'expression Lagamaru, la coïncidence des 
noms Koudour-Lagamari et Chodor-logomor est indéniable, et 
c'est le seul argument que nous avons invoqué et qui nous suffit 
amplement pour appuyer l'identité du personnage royal que citent 
à la fois la Genèse et les inscriptions cunéiformes. 

Maintenant nous répondons à la question n° 3, relative à la 
nationalité du roi nommé communément Hammurabi. L'origine 
élamite ou cosséenne de ce prince a été supposée tout d'abord par 
George Smith et adoptée par quelques autres assyriologues. La 
supposition a pris naissance sur la foi d'une liste d'anciens rois 
babyloniens que M. Pinches a publiée intégralement dans les 
Proceedings de la Société d'archéologie biblique du 11 janvier 
1881. Dans ce texte, le nom d'IIammurabi ouvre la série de neuf 
noms royaux, dont les sept derniers appartiennent à des princes 
cosséens. Voici du reste la transcription littérale de cette por- 
tion de la liste : 



Ha am-mu-ra-bi 
Ara-rai di-ka-ga 
Ku-ur-gal-zu 
Sim-mas-shi nu 
U-lom-bur-ia-as 
Na-zi-uru-tas 
Me-li-shi nu 
Bur-na-bur ia-as 
Ka-ra-an-en-kit 



Kimta-rapashtum « famille vaste, prospère ». 

Kimlum kittum « famille légitime ». 

ri-i bishi « pasteur de Kashshou (?) ». 

Lidan Marduk « enfant de Mardouk ». 

Lidatibel matâti « serviteur du seigueur des pays», 

Cil Niu-ib « ombre d'Adar ». 

Amil-Marduk « homme de Mardouk ». 

Kidin bel matali « serviteur du seigneur des pays» 

Tukulti Bel « aide de Bel ». 



Û REVOIE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais celte première impression n'a pas tardé à être abandonnée 
par la presque totalité des assyriologues. En regardant de près, 
on s'est aperçu que l'auteur de la liste avertit lui-même que les 
noms ne se suivent pas dans un ordre chronologique, ana shatir 
allâmes la shatru. Ensuite, un fragment d'une chronologie baby- 
lonienne publié par G. Smith, en 1874, donnant diverses dynasties 
et la succession des règnes dans chaque dynastie, enregistre le 
roi Simmassihu, qui occupe la troisième place après Hammurabi 
sur notre liste, comme le fondateur d'une dynastie du pays de la 
mer et composée de trois rois ayant régné ensemble 20 ans et 
3 mois, à laquelle succède un élamite dont le nom est effacé et qui 
forme à lui seul une dynastie ayant duré 6 ans. Voici, pour plus 
de commodité, la traduction verbale de ce document important : 

21 Dynastie des Ku-a-bar du pays de la mer dans sa totalité : 

25 Le chef des Ku-a-bar du pays de la mer, Simmassihu, fils de 

Iriba-Sin, 

26 dont le dieu a brisé dans une bataille son gouvernement pros- 

père. Il a régné 17 ans 

27 et il a élé enterré dans le palais de Sargon. 

28 Ea-mukinzir, roi usurpateur, fils de Kutmar. Il a régné 3 mois, 

29 et il a été enterré dans le champs (?) de Bit-Kutmar. 

30 Kassunadinahu, fils de Sappâa. Il a régné 6 ans et il a été enterré 

dans le palais. 

31 3 rois de la dynastie du pays de la mer. Ils ont régné 23 ans. 

32 Bit-Ulbar-Surqi-idinna, fils de Bazi. Il a régné 15 ans. Il a été 

enterré dans le palais Kar-Marduk. 

33 Nabukuduruçur, fils de Bazi. Il a régné 2 ans. 

3i Amil Suqamuna idem. Il a régné 3 mois. Il a été enterré dans le 
palais de Lu.. .? lib. 

35 3 rois de la dynastie de la maison de Bazi. Ils ont régné 20 ans et 

3 mois. 

36 . . .descendant natif (direct) d'Elam. Il a régné 6 ans, 

37 et il a été enterré dans le palais de Sargon. 

38 1 roi de la dynastie d'Elam. Il a régné 6 ans. 

Ainsi donc, le roi Simmassihu, malgré la forme exotique de son 
nom, n'était ni cosséen ni élamite, mais un sémite originaire du 
littoral babylonien. Par conséquent, il n'existe aucune raison pour 
assigner une origine cassito-élamite aux rois qui le précèdent sur 
la liste, et tout particulièrement à Hammurabi. 



RECHERCHES BIBLIQUES 7 

Enfin, la dernière ombre de doute disparaît devant les données 
formelles que présente, sur le milieu dynastique de Hammurabi, 
une importante tablette chronologique publiée récemment par 
M. Pinches. Cette ibis, nous avons une série de successions de père 
en fils avec la durée de chaque règne. En voici la transcription 
littérale : 



Su-mu-a-bi a régné 15 ans. 
Su-mu-la-an, fils du précédent, a régné 35 ans. 
Çabû, fils du précédent, a régné 14 ans. 
Abil Sin, fils du précédent, a régné 4 8 ans. 
Sin-muballit, fils du précédent, a régné 30 ans. 
Ha-am-mu-ra-bi, fils du précédent, a régné 55 ans. 
Samsu-iluna, fils du précédent, a régné 35 ans. 
Ebisum, fils du précédent, a régné 25 ans. 
Ammi-di-ta-na, fils du précédent, a régné 25 ans. 
Ammi-di-ka-ga, fils du précédent, a régné 21 ans. 
Samsu-ku-ta-na, fils du précédent, a régné 31 ans. 

Dans cette liste vraiment historique, il n'y a plus aucune trace 
de noms cassito-élamites, et Hammurabi est placé après une série 
de prédécesseurs dont les noms portent le cachet du babylonien 
sémitique le plus pur. 

Ajoutons, pour surcroît de preuves, que Hammurabi, non seule- 
ment ne s'appelle jamais « élamite » dans ses inscriptions, mais 
qu'en parlant de la victoire qu'il a remportée sur Eri-akou de Larsa, 
il appelle celui-ci par mépris « Élamite », ce qu'il ne ferait certai- 
nement pas, s'il était lui-même d'origine élamite. 

Après les considérations qui précèdent, ma proposition : « Ham- 
murabi était d'origine babylonienne » me paraît suffisamment 
justifiée. Elle est, d'ailleurs, conforme à l'opinion de la grande 
majorité des assyriologues. 

Il ne me reste plus qu'une seule question à éclaircir, celle de 
savoir si le vocable Ha-am-mu-ra-bi constitue un nom réel ou 
bien un groupe idéographique se prononçant kimtu-rapastu, com- 
posé qui figure à la 2 e colonne sur la liste bipartite que nous avons 
citée plus haut. Dans le premier cas, la comparaison avec l'Amra- 
phel biblique doit prendre pour base la forme Ha-am-mu-ra-bi; 
dans le deuxième cas, on devra partir de la forme Kimt-rapalt, 
qui représente exactement le second élément de Am-rophel. Quelle 
que soit l'alternative que l'on préférera, l'identité historique du 
prince dont il s'agit n'en sera entamée d'aucune façon, et le doute 
à lever, étant d'ordre purement littéraire, peut se définir ainsi qu'il 
suit : faut-il, pour harmoniser les noms, corriger le biblique Am- 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

raphel en Hamrabi, ou plutôt remplacer, par suite de la loi de 
synonymie dont j'ai donné de nombreux exemples, Kimt-rapalt 
par A m- râpait et obtenir ainsi une correspondance parfaite avec 
la forme hébraïque, sans recourir à une correction quelconque? 
J'ai préféré cette dernière solution parce qu'elle respecte les leçons 
traditionnelles du nom dans les deux sources qui nous l'ont trans- 
mis. En ce faisant, je crois m 'être conformé aux règles de la cri- 
tique sérieuse, qui ne recourt à la correction qu'au cas où la leçon 
reçue est suspecte ou résiste à toute explication raisonnable. 

Une seule considération serait à même de nous obliger à corri- 
ger, dans la Genèse, Amraphel en Hamrabi, d'accord avec M. Eb. 
Schrader, qui admet comme moi l'identité historique de ces 
princes. Si, des deux formes données par le scribe babylonien celle 
de Ha-am-mu-ra-bi était d'origine non assyrienne, tandis que celle 
de Kiml-rapalt n'en était que la traduction assyrienne ayant pour 
but d'indiquer que le vocable étranger signifiait « famille pros- 
père », alors, mais alors seulement, nous serions bien contraint de 
ramener Amraphel à Hamrabi, en supposant une altération de 
trois lettres dans la forme biblique. 

Mais sommes-nous réduit à cette extrémité? Je ne le pense pas. 
En général, l'idée de traduire systématiquement les noms propres 
d'une langue dans une autre est en elle-même assez bizarre. Quel- 
ques individus parlant des langues étrangères peuvent se donner 
le plaisir d'exprimer leur nom par un vocable équivalent ou 
rapproché tiré de ces langues, mais ce ne sont que des exceptions 
passablement rares. Un philologue trouve de l'intérêt à expli- 
quer les noms propres anciens ou étrangers à ses élèves dans 
le but de leur faire comprendre l'évolution du langage et de la 
phonétique. Mais la philologie est une science toute moderne et 
inconnue aux peuples de l'antiquité. Les scribes assyro-babyloniens 
n'avaient donc aucune raison imaginable pour s'informer de la 
signification des noms étrangers. 

Dans l'espèce, l'histoire atteste que les noms royaux, même ceux 
des princes qui ont régné en Babylonie, n'ont subi aucune traduc- 
tion. Ainsi, le nom de lÉlamite Kudur-Nanhunte, les noms perses 
des Achéménides, depuis Cyrus jusqu'à Darius Codoman, les noms 
grecs et parthes : Alexandre, Démétrius, Antiochus, Pacore, etc., 
ont été acceptés tels quels par les scribes babyloniens, et cepen- 
dant, il eût été facile à ceux-ci de connaître le sens de ces noms, 
s'ils avaient eu la curiosité de s'en informer. 

Mais voici une réflexion encore plus décisive. La liste en deux co- 
lonnes qu'a publiée M. Pinches contenait primitivement la somme 
respectable de 200 noms royaux tracés toujours en double forme. 



RECHERCHES B114L1QUES 9 

En attribuant aux. règnes une moyenne de 10 ans, ce qui est bien 
au-dessous de la réalité, il résulterait, si L'on part de l'hypothèse 
des traductions, que pendant le long intervalle de 2000 ans au 
moins, il n'y eut pas un seul roi sémitique en Babyloniel Or, il 
est avéré que tous ces rois sont très postérieurs à la domination 
sémitique de Sargon I er et de Naram-Sin, et plusieurs d'entre eux 
sont môme connus pour avoir eu des démêlés avec les rois du 
nouvel empire assyrien. Ici l'évidence éclate au grand jour. 
Comme il est impossible d'admettre non plus que tous ces princes 
aient porté chacun un nom allophyle à côté d'un nom sémitique, 
force nous est de reconnaître que l'immense majorité des formes 
en apparence étrangères de la première colonne ne sont autre 
chose que les idéogrammes des noms réels qui figurent sur la 
deuxième colonne. 

A cette règle générale il n'y a que deux exceptions admissibles: 
1° les rois Cosséens ou élamito-susiens pouvaient porter un nom 
natif tantôt seul, tantôt à côté d'un nom sémitique équivalent ou 
simplement adapté ; 2° quelques rois sémitiques pouvaient avoir 
un nom comportant de légères variantes dans ses éléments cons- 
titutifs, à l'exemple du nom hébreu w? et îrnî^ et du nom assy- 
rien Bel-ïbiish et Bel-ïbni. Il faut donc établir si le couple ono- 
mastique HammuraM-Kimla-rapashtum appartient à cette 
minorité et à laquelle des catégories qui la composent. Après 
mûre réflexion, je me rallie maintenant à l'opinion de M. Frie- 
drich Delitzsch, qui regarde la forme JiammuraM comme régu- 
lièrement construite 1 des deux mots assyriens hammu, « fa- 
mille », et rabi, « grand, vaste, prospère». Kimta-rapashtitm 
(rapalliim) en est une variante synonyme. Une autre variante 
moins tranchée, savoir : Ammi-rapaltum, se produit quand on 
substitue le terme synonyme Ammi, figurant dans Ammi-di- 
ta-na et Ammi di-ka-ga, les descendants de ce monarque. C'est 
à cette dernière variante, prononcée populairement Amrapalt 
que nous avons assimilé la forme Amraphel transmise par l'écri- 
vain de la Genèse. 

Ce qu'il est impossible d'admettre, c'est cette affirmation des 
suméristes que des centaines de rois babyloniens postérieurs à 



1 Jusqu'à ce moment, j'envisageais les éléments ha-ammu, et rabi comme des 
phonèmes tirés, le premier de ammu, « peuple, famille », précédé de l'idéogramme 
aphone ha; le second, de rabu, « grand, vaste, prospère ». A cette explication s'op- 
pose, ainsi que Ta remarqué avec raison M. Oppert, la variante ham-mu-rabi. 11 en 
résulte, de plus, que ce nom, purement assyrien, a été réellement porté par le mo- 
narque, mais à côté des variantes Kimt-vapalt et Am-rapalt, fournies, l'une par la 
liste onomastique, Pautre par la Genèse. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Sargon I er aient porté des noms sumériens. A ce compte, le fils 
de Sennachérih dont le nom est toujours tracé en pseudo-sumérien 
devait s'appeler an-/ii-sis-mu, as-sur-kur-ritm, as-sur-sis-se- 
na, etc., et non Assur-ah-iddin, d'après le témoignage concordant 
des auteurs bibliques et classiques. Les formes soi-disant sumé- 
riennes ne sont donc que des expressions graphiques et n'ont 
jamais fait partie d'une langue quelconque. 

Notre tâche est terminée. Tous les points douteux ou contesta- 
bles relatifs à la question historique que nous étudions ont été 
éclaircis et justifiés. Les rois susiens et babyloniens enregistrés 
dans la Genèse comme contemporains d'Abraham, vers 2130 (?) 
avant J.-C, ont réellement existé et nous ont même laissé de nom- 
breuses inscriptions, surtout Amraphel, roi de Sennaar, dont les 
grands ouvrages d'utilité publique, grâce au savant mémoire de 
M. J. Menant, ont été révélés à l'histoire en 1863 ! . 

Un mot pour rendre au savant que je viens de citer la part des 
acquisitions scientifiques qui lui est due dans les démonstrations 
qui précèdent. En marchant sur les traces de l'illustre fonda- 
teur de l'assyriologie, M. Jules Oppert, notre initiateur à tous, 
avec qui je regrette de me trouver en désaccord sur la question 
sumérienne, M. J. Menant a été le premier à reculer l'âge de 
Hammurabi à 2000 avant J.-C. et à reconnaître à ce roi et à 
son nom une origine sémitique. Il a fait plus. Poussé par la lo- 
gique des faits positifs, qui aurait dû toujours être écoutée en 
assyriologie, et bien qu'il ait encore cru à l'origine étrangère 
de l'écriture et des idéogrammes assyriens, M. J. Menant a éta- 
bli le premier que ces groupes allophones ne représentaient plus 
depuis des époques très anciennes que des mots assyriens, « Ce 
que nous en avons compris (des textes allophones d'Hammurabi) 
résulte de la comparaison des inscriptions modernes où les 
mêmes mots sont représentés tantôt sous la forme phonétique, 
tantôt sous la forme idéographique. Or, on ne saurait admettre 
que l'expression graphique, qui n'a pas changé dans une période 
de plus de mille ans, ait pu représenter phonétiquement, à un 
moment donné, ce qu'elle aurait représenté idéographiquement 
plus tard..., et si les expressions allophones ont été acceptées 
à un moment donné, par les Assyro-Chaldéens, comme des 
idéogrammes, elles sont toujours restées telles dans leur écri- 
ture. Or, l'inscription du Louvre nous montre que, dès cette 
époque, l'assyrien de Nabuchodonosor était compris, écrit et 
parlé en Chaldée ; il nous parait donc certain que les rois de la 

1 Inscriptions de HammoumH, roi de Babylone, Puiis, 18G3. 



RECHERCHES BIBLIQUES 11 

première dynastie parlaient, comme les derniers rois de Babylone, 
une langue dont les difficultés inhérentes à son expression gra- 
phique pouvaient seules nous cacher le véritable caractère. Aussi 
est-il vrai de dire que les autres inscriptions de cette époque dans 
lesquelles le système idéographique domine ne représentent pas 
une langue nouvelle; elles ne diffèrent que par le style de la ré- 
daction et elles deviendront intelligibles dès que l'on pourra ren- 
dre aux groupes idéographiques ou allophones leur véritable rôle 
et leur véritable articulation ». 

Le fond de la thèse que nous venons d'exposer se tient stricte- 
ment dans les limites tracées par ces sages et solides considéra- 
tions. 

Par suite des mêmes considérations, disparaissent tous les noms 
étranges à physionomie pseudo-touranienne qui encombrent l'his- 
toire et les cahiers des Musées. Fait important à noter : le roi 
Amraphel a acquis notre gratitude particulière en nous four- 
nissant lui-même, quoique indirectement, la preuve que l'idéo- 
gramme de son ancêtre gu-de-a doit se lire Nabû ou Munambû, 
comme je l'ai établi dans mes autres écrits. En effet, sur l'une 
de ses inscriptions, publiées par M. Menant, il prend le titre de 
gu-de-a an-na an-lil da-ga-ni, c'est-à-dire en bon assyrien : 
nabiu (nabû) ou munambû Ani bel dagani, « celui qui proclame 
Anu et Bel-Dagon ». Le vieux chaldéen Nabou ou Mounambou 
devient ainsi presque l'homonyme du célèbre poète arabe Muta- 
nabbî. D'autre part, la capitale de Mounambou, figurée par l'idéo- 
gramme Sir-dur-la ou Sir-lil-la, grâce à un texte signalé par 
M. Pinches, s'est révélée depuis peu sous la forme assyrienne 
La-gâsh, « don pur ou sacré », si analogue à La-arsa, « siège pur 
ou sacré ». J'ai à peine besoin d'ajouter que tous les textes ar- 
chaïques de la collection de M. de Sarzec sont conçus dans l'as- 
syrien classique, sans le moindre mélange d'exotismes. J'en ai 
donné maintes fois les preuves les plus irréfragables ; j'y revien- 
drai peut-être à une prochaine occasion. 

Un dernier mot pour terminer. L'antisumérisme, dédaigné et 
vilipendé dès sa naissance par l'école entière des assyriologues 
accrédités, a souvent pris, dans sa lutte pour la vie, une attitude 
nerveuse et aigrie, mais aujourd'hui que sa croissance s'est ac- 
complie, il rentre dans le calme serein de la science pure, d'où il ne 
sortira plus, pas même pour user de représailles légitimes. Sa vita- 
lité lui a fait traverser intact les rudes épreuves qui menaçaient 
son existence. Son premier adhérent, le regretté Stanislas Guyard, 
a été enlevé par une mort cruelle ; le second allié, M. Pognon, tra- 
vailleur infatigable dans le domaine assyrien, est trop absorbé par 



]2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

scs fonctions pour pouvoir prêter à la thèse attaquée le concours 
de son savoir et de sa plume. Néanmoins, l'antisumérisme vit 
encore et se porte bien pour son âge. L'opposition systématique 
Laisse à vue d'œil et de nouveaux adhérents surgissent à peu près 
partout. Outre les assyriologues, comme MM. Bezold, Zimmern, 
Lyon et d'autres encore, qui tiennent à la tradition par un fil très 
mince et ne mentionnent le sumérien que sous bénéfice d'inven- 
taire et en le mettant entre guillemets, il me sera permis de si- 
gnaler, non sans quelque satisfaction, l'enrôlement parfait et en- 
tier dans les rangs antisuméristes de M. Friedrich Delitzsch et de 
l'école de Leipzig, qui comptaient jusqu'à présent parmi leurs ad- 
versaires les plus sérieux et les plus autorisés. 11 est à espérer 
que la thèse antisumérienne, si méprisée et si honnie parles fon- 
dateurs du touranisme babylonien, deviendra avant longtemps 
la pierre angulaire d'une assyriologie exempte d'arbitraire et 
d'une archéologie sémitique édifiée sur les seules bases de la 
science positive. 

Note additionnelle. L'article de M. J. Oppert dont j'ai donné 
le résumé ci-dessus, vient de paraître dans les comptes-rendus de 
l'Académie des inscriptions et belles-lettres, Bulletin d'octobre- 
novembre-décembre, n° IX, p. 492-500. Je n'y trouve aucun argu- 
ment qui ne soit pas dans le résumé que j'ai réfuté point par 
point. Certaines affirmations méritent cependant d'être relevées 
et rectifiées dans l'intérêt de la science. 

1. Si j'ai bien saisi la pensée de M. Oppert, le nom du grand 
roi Kudiir Lagamar serait susien allophyle, et celui de son fils, 
Eri-Ahu, serait sumérien. Des deux autres noms, l'un, Ham- 
murabi, serait susien-sémitique ; l'autre, IViargal, de nouveau 
sumérien (ibidem, p. 492 493). Rien d'assyrien ou de babylonien 
sémitique. Je doute fort que « tout le monde soit d'accord sur ces 
formes originales » et sur cette distribution linguistique. 

2. Pour M Oppert, le nom liammu-rabi appartient au dialecte 
sémitique des Elaimto-Cissiens, dialecte où 'am signifie « peuple », 
et rabi, comme l'hébreu 7-abaîi, « ne désigne pas tant magnus, 
mais mutins (p. 49G) >;. Mon savant adversaire est bien heureux 
de connaître les finesses d'une langue qui est encore ignorée de 
tous les philologues du monde. Il sera toutefois permis de rester 
sur le domaine assyrien, où rabû signifie aussi bien « grand » que 
« vaste, prospère ». C'est un fait tellement élémentaire qu'il est 
oiseux, de l'appuyer par des passages (Voir Fr. Delitzsch, Die 
Sprache der Kossàer, p. 72-*73). 

3. Avant d'affirmer « que rapashiu n'est jamais rapallu [ibi~ 



RECHERCHES BIBLIQUES 13 

de m, p. 496) », mon savant adversaire n'aurait pas dû perdre de 
vue R II, 37, G2, qui offre rapallum çihirtum. 

4. L'allophonie assyrienne, telle que je l'ai expliquée dans mes 
écrits, n'est pas une cryptographie, comme M. Oppert se plaît à 
la qualifier {ibidem, p. 497), mais un système composé d'idéo- 
grammes et de phonogrammes. L'existence du rébus est mainte- 
nant concédée par limmense majorité des assyriologues, y com- 
pris M. Sayce {Religion of Uie ancient Babylonians, p. 434). 
Voir Revue de l histoire des religions, 1888, p. 175-176. 

5. Haynmurabi et Kimta -râpas hium (ou rapaltum) sont deux 
formes sémitiques équivalentes; une forme pseudo-sumérienne 
imria nen [ibidem, p. 498) n'ayant pas été en usage, le scribe de 
la liste onomastique n'a pas pu la mentionner. Les noms royaux 
Çabû, Samsu-iluna et Ebishum et tant d'autres encore sont dans 
le même cas, ils sont toujours écrits phonétiquement. D'autre 
part, il est clair que ce scribe n'a pas pu enregistrer toutes 
les variantes idéographiques ou phonétiques des noms propres 
qu'il cite. 

6. Quand on me demande « pourquoi des centaines (?) de 
signes ont une signification syllabique qui ne cadre pas avec les 
mots assyriens », je réponds, non en mettant cette anomalie sur 
le compte d'un caprice, comme l'affirme mon savant adversaire 
{ibidem, p. 499), je l'explique par cette règle aussi claire que 
simple : « Si la valeur phonétique d'un signe diffère du mot qu'il 
désigne comme idéogramme, c'est qu'il désignait à l'origine un 
mot différent, quoique souvent du même ordre d'idées. » Voyez 
Mélanges de critique ci d'histoire, p. 276-279, et Revue de V his- 
toire des religions, 1888, p. 214. Par contre, les suméristes n'ont 
jamais pu expliquer pourquoi des centaines de signes et de 
groupes idéographiques expriment des mots assyriens plus ou 
moins raccourcis ou modifiés. 



XIV 

im = Oimirrâa = Gappadoce 



Dans mes écrits antérieurs, je me suis rallié à l'opinion des sa- 
vants qui identifient, d'une part, le nçâ de la Genèse avec la Gap- 
padoce, d'autre part les Oimirrâa des Assyro-Babyloniens avec le 
*)!aâ biblique. J'ai surtout combattu l'idée émise par les anciens 



I i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exégètes d'après laquelle les nm des Hébreux, ainsi que les Oim- 
mirrâa des Assyriens, seraient le peuple originairement euro- 
péen des Cimmériens, qui, au rapport d'Hérodote (I, 103), au- 
raient été chassés d'Europe par les Scythes, pendant le règne de 
Cyaxarès, roi de Médie. Comme l'opinion relative à la récente 
arrivée des Cimmériens en Asie-Mineure a encore de nombreux 
partisans, qui, instinctivement peut-être, regrettent de voir perdre 
le nom des Cimmériens pour l'histoire de la vieille Europe, je crois 
nécessaire d'y revenir encore une fois, afin de faire mieux con- 
naître les raisons qui m'obligent à revendiquer pour l'Asie aussi 
bien le nom ethnique rapporté par l'historien grec que le nom 
ethnique homophone des historiens orientaux Je le ferai d'une 
manière aussi concise que possible, en discutant point par point 
les éléments du problème. 

La discussion envisagera les trois sources d'information léguées 
par l'antiquité : la Genèse, les textes assyriens, Hérodote. 

A. La Genèse. 

Le x° chapitre de la Genèse (verset 2) place la nation person- 
nifiée sous le nom individuel de Gomer, n^â, à la tête des enfants 
de Japhet, qui sont des peuples du nord, relativement à la Pales- 
tine. L'énumération de ces peuples est distribuée en trois séries. 
La première série comprend les peuples les plus éloignés; ce sont : 
Gomer, Magog, Madaï, c'est-à-dire, en employant les termes géo- 
graphiques dans un sens très large, la Cappadoce, l'Arménie, la 
Médie. L'identification de Gomer avec la Cappadoce s'impose par 
cette considération que le nom dont il s'agit désigne un pays de 
l'ouest en opposition avec Madaï, ou la Médie, qui est un pays de 
Test, et, comme l'auteur biblique ne mentionne entre Gomer et 
Madaï que le seul pays de Magog, ou l'Arménie, il devient clair 
que, par le nom de Gomer, il a voulu désigner le pays qui vient 
immédiatement après, savoir, la Cappadoce. J'ai à peine besoin de 
faire remarquer que l'ancienne opinion, due aux livres deutéro- 
canoniques ou apocryphes, qui assimilait Magog aux Scythes 
d'Europe ou d'Asie n'a qu'un intérêt de curiosité et n'est défendue 
par aucun exégète clairvoyant. Du reste, le nom même de Magog 
a été naguère constaté par moi dans le mat-Gawgouw des Assy- 
riens, qui désigne un district de l'Arménie, et de cette façon dis- 
paraît la dernière ombre de doute sur l'identification à laquelle 
nous venons de nous arrêter. 

La seconde série des Japhétites comprend les peuples mari- 



RECHERCHES RIBLIQUES 15 

timos : Iawan, Tubal, Meschek et Hiras (lisez DTfi pour o-pn), en 
forme assyrienne : Iaioana, Tabal, Masliu, Harusa, c'est-à-dire : 
l'Ionie, la Tibarène, la Moschène, la Cyrrhestique. Nous n'en 
dirons rien puisqu'ils ne touchent pas notre question spéciale, 
mais, en revanche, nous devons insister sur les fils de Gomer qui 
sont à la tête de la troisième série des Japhétites (verset 3). Que 
signifie le mot « fils » dans l'ethnographie de la Genèse ? Il ne 
peut signifier que « peuple ou pays postérieurement acquis » par 
la nation principale, soit par la voie d'une fondation paisible, soit 
par celle, plus violente, d'une conquête sur les anciens habitants 
de la contrée. Des trois fils ou possessions de Gomer, savoir : 
Aschnenaz (lisez tm«» pour î^en), RÏphat et Togafma, nous re- 
trouvons les deux noms extrêmes chez les Assyriens sous la 
forme de Uschnaniz et Tilgarimmu désignant, l'un une forteresse 
mosche, l'autre une ville limitrophe de Tabal, toutes deux situées 
au sud de la Cappadoce, dans la chaîne de l'Amanus. L'aire géo- 
graphique convient donc, on ne peut mieux, à l'assimilation de 
Gomer avec la Cappadoce. 

Le peuple Gomer est encore mentionné autre part dans la 
Bible, tantôt distinctement, tantôt sous une forme corrompue ou 
détournée. 

Le prophète Ézéchiel annonce pour les derniers jours une 
invasion des peuples du nord dans la Palestine restaurée par les 
exilés d'Israël (chapitres xxxviii et xxxix). L'armée envahissante 
est commandée par Gog du pays de Magog, nom d'homme tiré du 
nom du pays par l'abandon de la syllabe initiale ma. Gog est le 
chef des trois peuples que la Genèse enregistre dans la seconde 
série des nations japhétites, mais dans un ordre inverse: Rosch, 
l'équivalent de Hiras 1 , Meschek et Tubal (xxxviii, 2;xxxix, 1). Il 
est accompagné, outre quelques peuples de l'extrême sud (xxxviii, 
5), par Gomer et Togarma, deux nations qui, d'après la Genèse, 
sont l'une à l'autre dans une relation de père à fils. Nous avons ici 
la même notion géographique que celle de la Genèse, dans laquelle 
Gomer occupe une place voisine des territoires situés à l'ouest de 
Magog ou de l'Arménie. 

Le même prophète (xxvn) énumère parmi les mercenaires ty- 
riens chargés de garder la riche capitale les trois nationalités 
suivantes, distribuées dans un ordre géographique qui va de l'est 
à l'ouest, savoir : Minnî (lisez ^ pour 13a}, les habitants du pays 
de Van ; Ararat (lisez tt*™ pour vna), les habitants de la haute 
Arménie, Heleli (lisez ^bn pour Ijb^tt), les habitants de la Cilicie, 

1 Voir Revue des Études juives, t. XIII, p. 171. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Gamarîm (lisez û'nça pour d^itt?), les hommes de Gomer, qui, 
habitant immédiatement au nord de la Cilicie, ne peuvent ôtre 
autre chose que les indigènes de la Gappadoce. 

Enfin, l'auteur prophétique du chapitre li de Jérémie prévoit 
que Babylone sera attaquée par Ararat, Minni et Ashkenaz (Ash- 
nenaz). faisant cause commune avec les rois des Mèdes (v. 27-28). 
Dans ce passage, Aschkenaz (Ashnenaz) remplace visiblement son 
père Gomer, pour parler le langage biblique, de même que Ararat 
et Minni remplacent la désignation plus ancienne de Magog. Et, 
en effet, Ararat et Minni représentent tous deux des territoires 
arméniens, souvent mentionnés dans les textes assyriens sous la 
forme de Urartu et Mannâ. Ce dernier peuple était limitrophe de 
l'Assyrie vers le nord et était limité lui-même par la contrée 
d'Urartu De nouveau, nous avons ici la preuve que le territoire 
des Gomériens, auxquels appartient Aschkenaz (Ashnenaz), se 
trouvait à l'ouest de l'Arménie. 

Le résultat de cette enquête se résume en un mot : les auteurs 
hébreux entendent, sous la dénomination de Gomer et des Gomé- 
rides, des peuples habitant la partie de l'Asie-Mineure qui, plus 
tard, prit le nom de Gappadoce. Nous laissons de côté la question 
de savoir si Gomer lui-même ou quelques-uns de ses fils personni- 
fient certains autres royaumes de l'Asie-Mineure, nous nous som- 
mes prononcé à ce sujet clans une étude antérieure. Mais, quelque 
avis que l'on puisse avoir sur ce point particulier, notre démons- 
tration touchant la situation occidentale de Gomer relativement à 
l'Arménie demeurera inébranlable. 



B. Les textes assyro-babyloniens. 

On a cru jusqu'à présent que la mention des Gimir ne se trouvait 
que dans trois passages des annales assyriennes, je vais signaler 
un quatrième passage qui a échappé à l'attention des assyriolo- 
gues et aura un poids considérable dans la question des dates. Ces 
passages appartiennent aux documents composés sous les règnes 
des quatre rois assyriens suivants, que nous énumérons dans un 
ordre ascendant : Assurahiddin II, le dernier roi d'Assyrie ; son 
prédécesseur, Assurbanipal; le prédécesseur de celui-ci, Assura- 
hiddin I er , le second prédécesseur de celui-ci, Saruhin ou Sargon. 
Cette série est la plus vraisemblable ; quelques assyriologues attri- 
buent cependant le texte qui mentionne les Gimir comme alliés 
des Modes à Assurahiddin I er , et, dans ce cas, c'est Assurbanipal 
qui serait le dernier à mentionner ce peuple. Pour notre recherche 



RECHERCHES BIBLIQUES 17 

cette alternative n'a pas grande importance, puisqu'elle ne con- 
cerne que l'époque tardive de la destruction de l'empire assyrien ; 
elle sera néanmoins discutée dans la suite. 

a. Récit d'Assurahiddin II. 

Les tablettes d'Assurahiddin II relatives aux Gimir sont cotées 
au British Muséum : K. 4668, S. 2005 et S. 2002. MM. Sayoe, 
Schrader, Delitzsch et Lenormant en ont donné des extraits plus 
ou moins complets. Grâce à la bienveillante complaisance de 
M. Théo. Pinches, nous sommes à même de donner une trans- 
cription corrigée des deux premiers textes, qui se complètent mu- 
tuellement. 

K. 4668 contient 29 lignes, dont plusieurs parties sont détruites : 

Recto. 

1 an]-par en gai usa\ï\luka an nam-gl-na apal-anni 

2 ta ud Ml II ud III Mm sha arah annî arali gud si-di en ud XI 

Mm sha arah bil sha mu ne 

3 ana I me udï I me mi-mesh bil mesh shiqiri qaq-esh nu hu mat liai 

kur me ina shiqiriki 

4 lu I KastUariti adi çahmesh-shu lu çab-mesh mat Gimirrâa 

5 lu çab-mesh mat Madâa lûçab-mesh mat Mannâa lu çab kur dan- 

iq-mesh-u 

6 izarrimû ikabudû lu ina sVutu (?) lu ina danana 

7 lu ina qaq-esh iç-ku DE u MI M. . . bil lu ina be shi iç i-pal u là- 

pal 

8 lu ina iç aramma lu ina. . . M lu ina bubuti 

9 lu ina adêmu mu an ù.. . lu ina M-hi-iq limni shi tubbâti 

10 lu ina mimma shipirli ni. . . dan-iq-mesh-u 

11 er Kishassu lu-mesh. . . libbi er Hartam er Kishassa tu-mesh-u 

1 2 er Hartam er Kishassu qatashun iMshshada 

13 ana qatishûn im[ma]nî an-utlia gal-ti zu-e 

14 çabata er Hartam er Kishassi (?) ina qalâ mat kur dan-iq-mesh-u 

15 La ud bil-i en ud shiqiri i. . . ina ki-tim ina ka an-tika gal-ti 

16 ... enshû kur bîshu dan shi ru ski mar shemû sheic 

17 czlb sha. . „ çirishûn ihabbiiu 

Verso. 

18 ud ha abda haVû ud s au bu a an Ash-shur nun 

19 sulunia uWu 

20 e[zib) -u tal-u ha'tû 

21 ezib sha e sha arkieshu (?) mimma luu 

22 nak nak iq dan u pal (l)-u ushpilum 

T. XVII, N° 33. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mil sha ina ha tur mat. . . tamit uptarridu 
U lu zi-mesh lu bar-mesh a. . . an-par en gal-u 

î ta ud bil i ud lll-hamsha ara/i. . .gucl en ud X-kan sha arah Ml 
sha mu bll-il 
26 lu Kashtariti bel er-mesh. . . mat çab-mesh Gimirrâa lu mat çab- 

mesh Mannâa 
"27 lu çab mesh mat Madda là. . . dir sis-mesh-u 

28 er Hartam er Kishassa la er Hartam er Kishassu iu-mesh 

29 er Hartam er Kishassa shull[-shun i] kashshadu ana qalishun 

immannim-u. 

(4) Soleil, dieu grand, je t'implore; dieu de vérité, exauce-moi. 
(2) Depuis les jours bil, 2 e et 3 e de ce mois, mois d'Aâru, jusqu'au on- 
zième jour du mois à? Abu de Tannée courante ? (3) pour cent jours" et 
cent nuits, les flammes (?) de ton shiqir ne se sont pas éteintes (*?); 
le pays subitement (?) proclame (?) ton shiqir. (4) Kashtariti avec 
ses hommes, comme les hommes du pays de Gimir, (5) comme les 
hommes du pays de Madâ, comme les hommes du pays de Mannâ, 
ainsi que ses autres auxiliaires, (6) se sont coalisés et ont commis des 
violences. En employant alternativement la sédition, (?) les menaces, 
(7) les armes des combats et des batailles, l'incendie, les terreurs (?) 
de la pendaison et de l'exil, (8) les ceps, les . . . tantôt (au contraire) les 
festins (?), (9) le pacte juré par le nom des dieux et du roi, de fausses 
promesses de récompense (10) et d'autres moyens [rusés], ils ont ac- 
quis de la force, (l I) ont pris de leurs mains le territoire de Kishassu, 
sont entrés dans Hartam, ville de Kishassu, (42) et leurs mains en ont 
pris possession. (13) C'est ta grande divinité qui les leur a livrés ; tu 
as consenti (44) que les villes de Hartam et de Kishassu fussent 
prises par la main des étrangers qui les violentent (?). (15) Depuis le 
jour bil jusqu'au jour shiqiri.. dans le pays, en face de ta grande 

divinité (IG) prière (?).. (17) Abandonne (?).... leurs trésors, il a 

pillés (18). . . serviteur pécheur, le jour de l'apparition (?) d'Ashshour, 
seigneur (19) la place, il l'a fortifiée (?). (20) Abandonne (?)... pé- 
cheur (21) Abandonne (?) toute sorte de. . (22) Libations 

(23) Abandonne (?) ce que devant les fils du pays (?)... brille (?). (24) 
Soit les esprits, soit les.. Soleil, dieu grand (25) ainsi, depuis le jour 
bil, jour troisième du mois d'Iyar jusqu'au dixième jour du mois 
d'Ab de l'année courante (?), (26) Kashtariti, seigneur, de villes du 
pays des hommes de Gimir, ainsi que le pays des hommes de Man- 
nâ (27), les hommes du pays de Madâ et les hommes hostiles, ses 
auxiliaires, (28; ont pris les villes de Hartam et de Kishassu et y 
sont entrés; (29) iis ont conquis de leurs mains les villes de Hartam 
et de Kishassu et elles sont devenues leur possession. 

Le texte qui précède ne donne pas le nom du roi assyrien contre 
lequel se préparait la grande coalition des peuples du nord. Cette 
lacune est heureusement comblée par le fragment de la tablette 



RECHERCHES BIBLIQUES 19 

S. 2005 écrite en caractères babyloniens, dont voici la partie con- 
servée : 

Recto. 

\ an-par] en gal-u ashalluha an-nam-gi-na apal-\anni 

2 Kash]tariti en er slici er Karkashshi sha ana Mamiti[arshu 

3 en er] sha mat Madâa ishpuru umma itti ahamesh nishshaMn itti 

mat Ashshur 

4 Mamï\tiarshu ishimmeshû shegashû panishu i... 

5 ina] mu an-na anniti itti Ash-ahur-sis-shum-na shar mat Ashshur- 

lii 

6 ittak\kîri an-utka gal-ti 

1 }ra sha Mamitarslm en er sha mat Madâ[a 
8 shar mat Ashshuv-hi ina. . . 

Verso. 

9 itti 

\ Kar]Jtashshî . . . is iahak 

44 . . na anna pîshu ishshaUiln 

12 an Ashs]/iur-sis-shum-na shar mat Ashshur-hi i. 

(i) Soleil, seigneur grand, je t'implore, dieu de vérité, exauce-moi, 
(2; Kashtarilu, seigneur de villes de la ville de Karkashshi, est celui 
qui a envoyé dire à Mamitiarshu, (3) seigneur de villes du pays de 
Madâ : unissons-nous contre le pays d'Assur. (4) Mamitiarsu accueillit 
sa demande et prit la résolution [de combattre]. (5; En cette année, 
contre Assurahiddin, roi d'Assyrie, (G) il s'est révolté. Ta grande divi- 
nité (7).. de Mamitarshu, seigneur de ville du pays de Mada... 

(8) le roi du pays d'Assur dans f?) ... (9) avec (10) 

Karkashslm. . . il a fait. ... (Il) il s'est entendu. ... (42 ;. . . Assu- 
rahiddin, roi du pays d'Assur 

Le troisième texte, S. 2002, ne contient que des fractions de 
lignes dont on n'obtient pas un sens suivi. Il est inutile de 
le transcrire. On y trouve néanmoins la mention du pays de 
Shaparda, qui parait avoir fait partie de la coalition contre 
l'Assyrie. 

De la comparaison de ces textes se dégagent des faits histori- 
ques d'un grand intérêt au sujet de la levée de boucliers générale 
des peuples du nord contre la suprématie de l 1 Assyrie. 

Pendant le règne d'Assurahiddin, une terrible coalition des na- 
tions septentrionales envahit les provinces soumises à l'Assyrie. 
L'instigateur de cette alliance, qui inspira tant d'appréhension au 
monarque de Ninive, était un gouverneur de la ville de Karkashshi, 
située dans le pays de Gimir, qui portait le nom de Kashtarila. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce personnage ayant, à ce qu'il semble, quelques griefs contre le 
gouvernement assyrien, chercha et réussit à rallier à sa cause un 
gouverneur de ia Médie, nommé Mamitiarshu ou Mamitarshu. 
L'armée réunie de ces deux gouverneurs fut bientôt renforcée par 
de nombreux auxiliaires venus des pays de Mannâ, de Shaparda 
et d'autres pays encore. Les alliés dirigèrent immédiatement 
leur attaque contre les villes de Hartam et de Kishassu, qui suc- 
combèrent après une vaillante défense de la garnison assyrienne, 
paralysée, à ce qu'il paraît, par la crainte et la trahison des 
habitants. Au moment où la nouvelle en parvint à la cour de 
Ninive, les ennemis s'étaient déjà commodément installés dans les 
villes prises et menaçaient d'étendre leur conquête dans le centre 
même de l'Assyrie. Dans sa détresse, Assurahiddin adresse au dieu 
Soleil une fervente prière et ordonne des cérémonies propitiatoires 
qui doivent durer cent jours et cent nuits. Le fait que le monarque 
assyrien s'adresse au Soleil de préférence à toute autre divinité, 
et surtout au grand dieu Assur, éponyme et protecteur naturel du 
pays, n'est certainement pas sans signification. Le Soleil était, 
pour les Assyro-Babyloniens, le dieu par excellence de la foi jurée, 
des pactes conclus, et si le roi assyrien se plaint à lui seul, on peut 
en conclure qu'il considérait les chefs ennemis comme des par- 
jures et des traîtres, ou, plus exactement, en tenant compte des 
idées que les peuples forts ont toujours eues du droit de la con- 
quête, comme ayant été depuis un certain temps des vassaux de la 
monarchie assyrienne. Aussi, est-il remarquable qu'aucun des 
adversaires coalisés ne porte le titre de roi, mais celui de bel ali^ 
seigneur de ville ou gouverneur. Aux yeux des Assyriens, pour le 
moins, les chefs de la ligue étaient des satrapes révoltés. 

C'est le moment de faire connaître les motifs qui nous obligent .à 
placer ces événements à une époque voisine de la destruction de 
Ninive plutôt qu'à celle d'Assurahiddin I er , où la puissance de 
l'empire assyrien était dans son plein épanouissement. Les consi- 
dérations suivantes suffisent à elles seules pour se former une 
conviction. 

Si le règne d'Assurahiddin I rr avait été troublé par une cala- 
mité aussi grave, qui menaçait l'existence même de l'Assyrie et qui 
terrifiait tellement le grand roi qu'il ordonna des actes d'expiation 
publiques, et cela durant plus de trois mois consécutifs, il en aurait 
été infailliblement fait mention dans les annales de ce monarque, 
qui vont jusqu'à la dixième année de son règne. Et, si ces événe- 
ments étaient arrivés pendant les trois dernières années de son rè- 
gne, la mention n'en aurait pas manqué dans les annales de son 
fils et successeur, Assurbanipal, qui prit les rênes du gouverne- 



RECHERCHES BIBLIQUES 21 

ment du vivant de son père et qui doit avoir été témoin du danger 
couru par l'empire. Gela serait d'autant moins explicable que ce 
nouveau roi raconte par le menu les victoires qu'il a remportées 
sur le Mannâ et sur la Médie. Le premier de ces pays vit son roi 
Ahsheri succomber dans une sédition populaire, et son successeur 
Uallî se soumettre au tribut et envoyer en otage sa fille pour gros- 
sir le harem du vainqueur. A cette occasion, Assurbanipal parle 
du recouvrement fait par lui des villes de frontière : Birua, Sar- 
igbu, Gusune et Berute, que les Mannâ avaient occupées pendant le 
règne de ses prédécesseurs ; comment aurait-ii passé sous silence 
le retour à l'Assyrie des villes de Hartam et de Kishassu, dont la 
prise par les ligueurs avait produit une véritable terreur à Ninive ? 
Les Mèdes, de leur côté, ont aussi succombé au bras de fer du 
conquérant assyrien, et, à ce qu'il paraît, sans avoir exigé un 
grand effort de sa part. Birizhadri, gouverneur de la Médie, ainsi 
que ses auxiliaires Sarati et Parihia, fils de Gagi, gouverneur du 
pays de Sahi, furent transportés en Assyrie. Un autre révolté, 
iludaria, préfet de Lubdi, qui s'était emparé des villes de Ubummi 
et de Kullimmeri, fut tué par les habitants de cette dernière ville, 
restés fidèles à l'Assyrie, qui envoyèrent sa tête à Ninive. Rien ne 
transpire ici du soulèvement formidable dont nous parlent les 
textes que nous discutons, et la seule conclusion permise, c'est 
que ces événements sont postérieurs aux règnes si glorieux d'As- 
surahiddin I er et d'Assurbanipal, et que, par conséquent, le roi 
qui y figure ne peut être autre que Assurahiddin II, le Saracus des 
Grecs, sous le règne duquel eurent lieu la destruction de Ninive et 
l'écroulement de l'empire assyrien. 

La question chronologique résolue, nous passons à la question 
géographique. 

Le premier fait à noter est qu'il y avait, à cette époque, sur les 
frontières de l'empire assyrien, un pays du nom de Gimir, au 
même titre que les pays de Mannâ et de Madâ. Gomme ces der- 
niers, le Gimir formait un État organisé et dirigé par un gouver- 
neur supérieur disposant d'une armée nationale. Cet état doit 
avoir eu assez d'importance pour avoir pu entraîner dans son en- 
treprise contre l'Assyrie le gouverneur d'un pays tel que la Médie, 
qui était restée depuis longtemps sous la domination assyrienne 
et semblait même se résigner à son sort. Jamais un chef de hordes 
nomades n'eût pu inspirer une telle confiance; il n'eût pu même 
concevoir un projet d'alliances nombreuses ayant un but aussi 
bien déterminé et qui dénote chez le chef gimirien une expérience 
de politicien consommé. 

Mais si le Gimir est indubitablement un pays important, dans 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelle direction faut-il le chercher? Il est évident qu'on ne saurait 
pensera une contrée située à Test ou au nord de la Médie ou de 
l'Arménie. Ces régions n'ont jamais été traversées par les Assy- 
riens, tandis que les Gimir, ainsi qu'il résulte de plusieurs récits 
concordants, avaient assez souvent maille à partir avec les armées 
ninivites*. 11 ne peut pas non plus être situé entre le Mannâ et la 
Médie. Dans ce cas, la conquête de ce dernier pays par les Assy- 
riens aurait nécessité au préalable celle du Gimir, ce qui n'est 
jamais arrivé. Le Gimir est donc forcément un pays situé à 
l'ouest du Mannâ, notamment, non pas dans son voisinage immé- 
diat où s'étendaient successivement, dans la direction vers l'ouest, 
le Naïri, la Commagène (Kummuli), la Militène (Milid), la Mos- 
chène [Mîisfihu), la Tibarène (Tabal), le Koui (littoral du golfe 
d'Issus) et la Cilicie (IlV.akliu). Nous arrivons ainsi à la dernière 
limite de l'empire assyrien vers l'occident, région qui a dû être 
longtemps un champ de bataille continuel entre les armées assy- 
riennes qui cherchaient à pénétrer plus loin dans la péninsule et 
les peuples indigènes qui avaient tout intérêt à leur barrer la 
route. Cette région, où les nécessités purement géographiques nous 
ont conduit, est, j'ai à peine besoin de le faire remarquer, celle 
que les géographes classiques, depuis la conquête perse, ont appe- 
lée Cappadoce, formant la Satrapie de Kaiapatulia mentionnée 
dans les inscriptions de Darius Hystaspe. C'est également dans 
cette région que, par de tout autres raisons, nous avons été obli- 
gés de placer le *im des Hébreux. 

L'armée des alliés corn prenait donc tous les peuples du nord de 
l'empire assyrien depuis la Médie, à l'est, jusqu'au Gimir, à l'ouest. 
Le point de ralliement était naturellement le pays de Mannâ, qui 
parait avoir eu à cette époque l'hégémonie de l'Arménie tout en- 
tière. Les ligueurs réunis attaquèrent tout de suite les villes de 
Ilartam et de Kishassu. La première de ces villes ne se trouve 
nulle part mentionnée dans les textes que je connais, mais le nom 
de Kishassu revient dans h s annales de Sargon II. Le gouverneur 
révolté de cette ville, Bel-shar-ouçour, fut transporté en Assyrie 
et remplacé par un lieutenant du roi. Le nom de la ville rebelle 
fut changé en Kar-Adar, une statue du vainqueur y fut érigée et on 
y introduisit le culte des divinités assyriennes. Ces circonstances 
ainsi que le contexte de ce récit, qui s'occupe de LIarhar et de 
Parsua, donnent à penser qu'elle appartenait à une principauté si- 
tuée aux limites du Mannâ et de l'Assyrie. 

Nous ne pouvons malheureusement rien dire de certain sur la 
situation de Karkashshi, dont Kashtaritu, le Gimirien, était le 
gouverneur. J'ai tenté autrefois de l'identifier avec la ville armé- 



RECHERCHES BIBLIQUES 23 

nionne de Carcathiocerta, voisine, d'Amida. Cette hypothèse s'ap- 
puyait, outre la similitude du son, sur le nom Kashlarilit, qui 
semble répondre au nom médique Kslialrita. Il est cependant re- 
marquable que ce nom est rendu en assyrien par Ilaslialriia dans 
l'inscription de Bisoutoun. De plus, il faudrait encore admettre, 
d'une part, que l'influence médique se faisait déjà sentir en Armé- 
nie avant la destruction de l'empire assyrien; d'autre part, que le 
royaume de Mannâ aurait supporté de bon gré l'installation d'un 
gouvernement nouveau près de ses frontières et se serait allié à lui 
dans une entreprise guerrière qui, en cas de réussite entière, ne 
devait que rapprocher davantage le voisin dangereux. L'une et 
l'autre de ces alternatives paraissent assez improbables, car, il ne 
faut pas l'oublier, notre récit suppose l'indépendance réciproque 
des chefs confédérés. Si l'on ajoute que la forme môme de Carca- 
thiocerta est loin d'être critiquement assurée, puisque l'un des 
manuscrits du Vatican donne la leçon Carthasiocerta et que, de 
plus, l'une et l'autre de ces formes portent un cachet perse, signi- 
fiant respectivement « ville construite par Carcassios » et « ville 
construite par Carthasios », on se décide sans difficulté à renoncer 
finalement à une hypothèse qui ne s'appuie sur aucune considé- 
ration historique. Donc, le mieux que nous puissions faire pour le 
moment, c'est de nous contenter du résultat principal relatif à 
l'identité du pays de Gimir avec la Gappadoce, notamment avec 
la Cappadoce orientale. Les paragraphes suivants nous facili- 
teront d'ailleurs la tâche de placer la ville de Garcashshi dans une 
aire géographique plus vraisemblable. 

b. Récit d'Assurbanipal : Les Gimir en Lydie. 

Au temps d'Assurbanipal (670-626?), les Gimir envahirent à plu- 
sieurs reprises la Lydie. Les annales de ce roi donnent à cet évé- 
nement une signification flatteuse pour la cour de Ninive, mais, 
cette interprétation à part, les faits sont relatés d'une façon his- 
torique et avec une entière sincérité. Le texte, quoique souvent 
cité, mérite d'être rapporté intégralement. Nous transcrivons ci- 
après le passage principal, R. v, 2, 95-125, en marquant les va- 
riantes qui ont une certaine valeur : 

(95) Gugu (var. Guggu) shar mal Luidi nagû sha nibirta lamti (96) 
ashru rûqu sha sharrâni ablya la ishmû ziîdr shumshu (97) nib ] t shnmiya 
(var. sharutiya habtï) ina shutti ushabrishîima Un Ashshur banûa (98) 
umma shepâ Ashshurbanipal shar mat Ashshur çabitma (99) ina zikir 
shumshu kushud aabiha (100) umu shuttam annitam emuru amel rahbu- 
shu ispuru (101) ana sha' al shulmeya shuttam annitam sha emuru (402) 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ina qata amerishu ishpuramma vshannâ yâti (103) ultu lib(bï) urne sha 
içbatu shcpa sharrutiya (404) amel Gimir{r)âa (yar.nakiri aqçu) mudal- 
lipu nishe matishu io;v sha la iptallahu abiya ù a'tûa (var. iâshi) la 
içbatu (406) s/j^oa sharrutiya ikshud (!07) é»a iukulli Ashshur u Ishtar 
ilâni beliya ultu lib{bï) amel bel alâni (108) sha amel Gimirrâa sha 
■ihshudu II amel bel aldni (109) ina (iç) çiççi ish (ou mil) qati (var. shi- 
çari) parzilli bi (ou qash) ri li parzilli utammehma [MO) itti tamarti 
(slu'i) kabittu vvar. tfi) ushebila adi mahriya (41<) ûm^ rahbushu sha 
ana sha" al shulmeya kâân ishtanappara (442) ushasrshâ badiltam 
(aslishii) sha amat Ashshur ilu baniya ('M 3) /a iççuru ana emvg rama- 
mshu ittakilma ikbûsh libbu (444) emuqi(e)shu ana sihri Tushamilki 
(<har mat Muçur (415) s/«£ isM rcir belutiya ishpurma anaku as/wiêma 
i 16) wça^i Ashshur ù Ishtar umma pân aabishu pagarshù li[n)nadima 
1 1 7 lishshuni nirpaddn (var. da) sha M sha ana Ashshur anihuru ishli- 
(m)ma ,1 18 pân aabishu pagarshù innadima ishshûm nirpaddu (var. da) 
shù (1 19) amel Gimirrâa sha ina nibit shumiya shapalshu ikbusu (420) 
itbunimma ispunu gimir matishù arldshù marushù uskib ina liussishù 
121 ipluh limnitimsha ina nish qatâya ilâni tikliya (122) ina pân abi 
banishù ushapriku ina qâla amerishù ishpuramma (123) içbatu shepâ 
sharrutiya umma sharru sha ilu idûshu atta (1 24) abù i tarurma lim- 
nitu ishshaliin ina panishù (4 25) yâti arad hàtt'vka hurbannima la 
shut'a abshanha. 

(.'. Gygès, roi de Lydie, contrée de passage à la mer, lieu éloigné 
dont les rois mes pères n'avaient pas entendu mentionner le nom, le 
dieu Assur, qui m'a engendré, lui révéla mon nom (var. « le nom de 
ma grande royauté ») dans un songe, en disant : saisis les pieds 
d'Assurbanipal, roi d'Assur, et tu vaincras tes ennemis par la men- 
tion de son nom. Le jour où il fit ce rêve, il envoya son messager 
pour me rendre hommage, en me transmettant par l'envoyé le récit 
de ce songe. Depuis le jour qu'il se soumit à ma royauté, avec l'aide 
d'Assur et d'ishlar, les dieux qui me protègent, il fit prisonniers 
les Gimir (ennemis puissants) qui ruinaient les gens de son pays, 
qui ne craignaient ni mes pères ni moi et ne s'étaient pas soumis à 
ma royauté. Parmi les gouverneurs (mol à mot : « seigneur de villes ») 
qu'il avait faits prisonniers, il en prit deux, les chargea de chaînes et 
d'anneaux de fer et les expédia auprès de moi, accompagnés de ri- 
ches présents. (Plus tard) il ces^a de m'envoyer comme d'habitude un 
messager pour me rendre hommage. Ayant appris son infidélité à la 
promesse qu'il a faite à Assur mon seigneur, et que, ayant confiance 
dans sa propre force, il endurcit son cœur et envoya ses troupes au 
secours de Toushamilki, roi de Mouçour, qui a secoué le joug de ma 
royauté, j'ai adressé à Assur et à Ishtar, mes seigneurs, la prière 
suivante : « Qu'il tombe inanimé devant ses ennemis et que ceux-ci 
emportent son cadavre! » La prière que j'ai adressée à Assur s'accom- 
plit : il tomba iuanimé en présence de ses ennemis, qui emportèrent 
son cadavre. Les Gimir qu'il avait vaincus par la mention de mon 



RECHERCHES BIRLIQUES 25 

nom revinrent et saccagèrent la totalité de son pays. Après lui, son 
fils monta sur le trône. Il conçut des craintes, me fit annoncer par 
son messager les malheurs dont, à ma prière, les dieux qui me pro- 
tègent avaient accablé son père qui l'a engendré, et se soumit à ma 
royauté, en disant : « Tu es un roi que Dieu reconnaît, tu as maudit 
mon père et il lui est arrivé du malheur ; quant à moi, serviteur de 
son sceptre, bénis-moi, je porte ton joug. » 

Nous allons noter ci-après les faits historiques qui ressortent de 
cette importante narration. Ils concernent tout aussi bien l'histoire 
de la Lydie que celle des Gimir : 

Touchant le premier objet, nous apprenons les faits suivants : 

1. Avant le règne de Gygès, la Lydie n'avait aucune sorte 
de relation avec les Assyriens, lesquels ignoraient jusqu'à l'exis- 
tence même d'un royaume de ce nom. 

2. Durant le même règne, la Lydie eut beaucoup à souffrir des 
dévastations causées par les Gimir. Les choses en étaient venues 
au point que Gygès se vit obligé de solliciter la protection (TAssur- 
banipal, qui occupait alors le trône de l'Assyrie. 

3. Grâce à l'appui moral de l'Assyrie, Gygès parvint à vaincre 
les envahisseurs et à les chasser de son pays. 

4. Gygès, ayant envoyé des troupes auxiliaires à Toushamilki, 
roi de Mouçour, qui s'était révolté contre l'Assyrie, fut massacré 
par ses ennemis, et les Gimir pillèrent de nouveau la Lydie. 

5. Le fils et successeur de Gygès se soumit à la protection assy- 
rienne, afin d'éviter les malheurs qui avaient attristé la Lydie 
pendant le règne de son père. 

La marche de ces événements, j'ai à peine besoin de le faire 
remarquer, est des plus claires et des plus suivies. A travers 
le voile religieux qui enveloppe la narration officielle, la politique 
assyrienne se dessine avec une netteté remarquable. La maxime : 
« diviser pour régner » est adroitement mise en œuvre par la cour 
de Ninive. Pour affaiblir les Gimir, Assurbanipal promet sa pro- 
tection aux Lydiens, et quand ceux-ci reprennent force et montrent 
quelque velléité d'indépendance, il encourage sous main les Gi- 
mir à saccager la Lydie et, comme toujours, ce moyen lui réussit, 
si parfaitement qu'il finit par y voir une faveur particulière 
des dieux à son égard. 

Un seul point reste indéterminé pour nous dans ce récit : le 
personnage nommé Toushamilki, roi de Mouçour. On pense d'or- 
dinaire au roi égyptien Psammitichus, qui, en détruisant la dodé- 
carchie soutenue, sinon fondée, durant les conquêtes passagères 
d'Assurahiddin et d'Assurpanipal, devint maître de toute l'Egypte 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avec l'aide des Ioniens et des Carions, qui étaient descendus à 
terre un peu au-dessous de Bubastis, vers l'embouchure pélusiaque 
du Nil. Cotte identification présente toutefois de sérieuses diffi- 
cultés. Si le nom Muçur désigne habituellement l'Egypte, la 
forme Tushamilki n'a qu'une analogie lointaine avec Psammili- 
chus ou, en consonnes hiéroglyphiques, Psmlk. Un envoi de trou- 
pes auxiliaires en Egypte, comme l'implique l'expression assy- 
rienne emuqishu ana sihri. . . islipuramma, semble peu probable 
de la part du roi lydien. Et, en effet, aucun auteur classique ne 
mentionne les Lydiens parmi les mercenaires de Psammitichus. 
Les mercenaires ioniens et cariens eux-mêmes étaient, d'après 
Hérodote, dos pirates de mer ayant relâché, par hasard, sur le ter- 
ritoire égyptien, et non des troupes régulières envoyées exprès par 
un dynaste de l'Àsie-Mineure. Il sera donc possible que le Mou- 
çour mentionné dans ce passage soit le district de ce nom qui est 
situé au nord de la Syrie, district qui formait la limite de l'empire 
assyrien vers l'ouest au temps de Tiglatpileser II et qui est men- 
tionné après Hariïsa ou la Cyrrhestique par Tiglatpileser I er . En- 
fin, le nom Tushamilhi frappe par sa physionomie assyrienne et 
paraît signifier : « nom du roi. » Un tel nom convient très bien à 
un dynaste originaire d'un pays où la suprématie assyrienne s'est 
exercée depuis de longs siècles. Aussi est-il avéré que plusieurs 
rois de la région du Taurus portaient à cette époque des noms 
assyriens. Néanmoins, quelle que soit l'alternative que l'on préfé- 
rera à cet égard, elle n'affectera en rien le résultat principal de 
notre analyse. 

En ce qui concerne l'histoire des Gimir, voici les renseignements 
qui se dégagent du récit que nous étudions. 

1. Les Gimir formaient une nation sédentaire, possédant des 
villes administrées par des gouverneurs régulièrement établis et 
qui se mettaient à la tête de leurs troupes en cas de guerre. 

2. Les Gimir ont souvent repoussé avec succès les armées 
assyriennes, aussi bien au temps d'Assurbanipal que pendant le 
règne de ses prédécesseurs . 

3. Du temps de Gygès, les Gimir ont envahi la Lydie à deux 
reprises différentes. Une fois avec peu de succès, le roi lydien 
ayant réussi à leur infliger une grave défaite qui les obligea 
à quitter le pays ; une autre fois, avec un meilleur succès, après la 
mort violente de Gygès, survenue, à ce qu'il paraît, à la suite d'une 
sédition de palais. 

4. Après la dernière dévastation, les Gimir s'étaient retirés de 
la Lydie et c'est seulement dans le but de parer une nouvelle 



RECHERCHES BIBLIQUES 9.1 

invasion de la part de ce peuple que le successeur de Gygès 
réclama de rechef la protection d'Àssurbanipàl. 

Tous ces renseignements coïncident, en les confirmant, avec 
les conclusions que nous avons tirées des textes d'Assurahiddin IL 
Les Girair, loin d'être des nomades pillards, constituaient un état 
bien organisé, possédant une administration régulière. Comme les 
documents de ces époques ne parlent pas de rois gimiriens, on 
peut en conclure que le Gimir formait alors une sorte de répu- 
blique fédérative composée d'états autonomes. 

Pour la position géographique de ce pays, la moindre réflexion 
nous oblige à la chercher à l'est de la Lydie, car il est impossible 
d'imaginer que, devant quitter à deux reprises la Lydie, les Gui- 
mir se seraient retirés dans un pays hostile comme l'Ionie et les 
royaumes voisins. Au contraire, quand on admet qu'ils étaient 
chez eux en Cappadoce, après la destruction du royaume de la 
Phrygie, le retour dans leur patrie pouvait s'exécuter sans la plus 
petite difficulté en cas de besoin, et, après avoir repris des forces 
sur cette base "de retraite assurée, ils pouvaient projeter de nou- 
velles expéditions. 

c. Récit d'Assurahiddin I er : Les Gimir en Houboushna. 

Au temps du père et prédécesseur d'Assurbanipàl, Assurahid- 
din 1 er , les Gimir ont été rencontrés par l'armée assyrienne dans 
le pays de Houboushna et ont subi une grave défaite, du moins 
d'après l'affirmation du roi assyrien qui était lui-même à la tête de 
son armée. Le récit relatif à cette victoire est gravé sur un 
cylindre conservé au British Muséum, dont le texte a été publié 
R. 1,45-45. Le passage, formant un paragraphe complet (45, col. 
ii, 6-9), comprend quatre lignes ainsi conçues : 

(6) U Teushpâ mat Gimirrâa (7) çab manda (var. du) sha asharshu 
rûgu (8) ina Kitiin (ou irçiiim) mat Habushna (9) adi gimir ummanasàù 
uras{s)iba ina kakki. 

« Et Teoushpa du pays de Gimir, peuple barbare dont le site est 
lointain, sur les confins (ou dans le territoire) du pays de Hou- 
boushna, je l'ai abattu par les armes. » 

Après ce fait d'armes, Assurahiddin parle immédiatement de 
ses conquêtes en Gilicie {mat Hilalikxt) et de la défaite qu'il a 
infligée aux gens de Douha, habitant les montagnes boisées conti- 
guës au pays de Tabal [mat Dûha ashib hurshane sha tihi mat 
Taoaï). On est ici sur une aire géographique qui confine à la Cap- 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

padoce centrale, dont le pays de Houbousbna doit faire partie ou, 
du moins, être peu éloigné. J'ai à peine besoin de faire remarquer 
que la tentative de quelques assyriologues d'identifier le mat Hiibu- 
shna avec le mat IlubushUia ou Hutushkia, qui est situé au nord- 
est de l'Assyrie, ne reposant que sur un rapport de consonnance 
imparfait, ne cadre point avec le contexte du récit et doit être 
absolument rejetée. Du reste, une poussée aussi éloignée dirigée 
par les Gimir vers l'est dans un temps où tous les pays intermé- 
diaires : le Tabal, le Mouskou et le Naïri, étaient soumis à l'Assyrie 
et, en grande partie, occupés par des garnisons assyriennes, est 
historiquement inimaginable. Si un tel mouvement s'était produit, 
la cour de Ninive aurait pris ses mesures tout de suite pour barrer 
le chemin aux envahisseurs et n'aurait pas attendu qu'ils eussent 
atteint les limites orientales de l'empire. Quand on voit,.enfin, avec 
quel soin les annales de l'Assyrie enregistrent les ravages com- 
mis par les ennemis dans les pays soumis à sa suzeraineté, on 
acquiert la conviction que, si une telle accusation n'est pas portée 
contre les Gimir, c'est que non seulement ils n'ont pas traversé 
en pillards les provinces assyriennes, mais que leur présence dans 
le district de Houboushna avait plutôt pour but de barrer le che- 
min à l'armée assyrienne qui, étant maîtresse du Tabal, voulait 
aller plus loin vers l'ouest. Tout donne à penser que les Gimir 
s'étaient portés en avant dans un district limitrophe de Tabal, 
afin de prévenir l'invasion de leur pays projetée parles Assyriens. 
Le sort de la bataille leur ayant été défavorable, ils se retirèrent 
dans leurs pays sans être molestés, mais leur résistance déterminée 
eut néanmoins le résultat désiré : la marche en avant de l'armée 
assyrienne fut arrêtée pour toujours et l'indépendance du Gimir 
sauvée. Point à noter : la victoire ne rapporte aux Assyriens aucun 
butin ; on peut en conclure que les vaincus se sont retirés en bon 
ordre et avaient eu le temps de mettre leurs biens en lieu sûr. 
C'était une raison de plus pour enlever aux Assyriens toute envie 
de renouveler ieur attaque. Le district où la bataille fut livrée a 
aussi échappé au pillage, visiblement parce qu'il appartenait à des 
clients restés fidèles à l'Assyrie et pour lesquels l'apparition des 
Gimir constituait une véritable calamité. 

Mais, tout court qu'il est, le récit d'Assurahiddin, non seulement 
confirme les vues que les récits analysés plus haut nous ont permis 
de former relativement à l'origine et à la civilisation des Gimir, 
mais nous apprend aussi un fait nouveau. Dans le style de la 
chancellerie ninivite, l'expression Teushpamat Gimirrâa ne peut 
signifier autre chose que « Teushpa, roi de Gimir». Ce peuple 
formait donc alors une monarchie fortement organisée et le roi, à 



RECHERCHES BIBLIQUES 29 

la tête de l'armée, éclipsa entièrement les autres chefs militaires. 
Le contraire semble avoir été le cas au temps d'Assurahiddin II, 
où les gouverneurs de ville agissent à leur aise, en apparence du 
moins, sans attendre l'ordre du pouvoir central. Ce serait une nou- 
velle preuve que les textes qui mentionnent la ligue nouée par le 
gouverneur Kashtaritou n'appartiennent pas à l'époque d'Assura- 
hiddin I er , résultat où nous conduit déjà la différence des noms des 
chefs Gimir dans les deux cas. Peut-être la mort de Teushpa dans 
la bataille de Houboushna a-t-elle été le point de départ de ce 
changement de constitution, les chefs n'ayant pu se mettre d'ac- 
cord pour lui nommer un successeur. 

d. Mention d'une ville du nom de Kimir conquise par Sargon II. 

Durant le règne de Sennachérib ou Sinahirba (de 705 à 681) il 
n'est nulle part fait allusion à une rencontre entre l'armée assy- 
rienne et les Gimir. Et cependant Sennachérib, conformément aux 
historiens grecs et à ses propres annales, a bataillé en Cilicie. Il 
est même le second roi assyrien qui ait détruit la ville de Til- 
garimmou, identique avec le Togarmâ, ï-n:n:nn, des Hébreux, qui 
est représenté dans la Genèse comme un des fils de Gomer, 
*ifcâ. Le récit de cet événement mérite d'être cité textuellement : 

Nishi mal Hilakki ashibut hurshâni (zahruti) utabbih aslîsli (var. 
anar ina kakki alânishunu abbul aggur ina ishâti agmu) al Til- 
garimmi (var. mu) sha pâdi (var. pâd) mat Taàali akshudma usheshib 
(var. utir) karmish (var. ana karmi). 

« Les gens du pays de Cilicie, qui habitent les (hautes) montagnes 
boisées, je les ai égorgés comme des moutons (var. je les ai détruits 
par les armes, j'ai démoli, ruiné et livré au feu leurs villes). La ville 
de Tilgarimmou, qui est aux confins du pays de Tabal, je l'ai prise 
et changée en ruine » 

Ainsi, l'expédition de Sennachérib vers l'ouest, quoique heu- 
reuse en Cilicie, n'a pas dépassé la Cappadoce orientale ou le Tabal, 
pays qui était depuis longtemps soumis à l'Assyrie. D'où vient cet 
arrêt subit et pourquoi n'a-t-il pas poussé sa marche victorieuse 
plus loin vers l'ouest ? Quand on pèse bien les paroles d'Assurba- 
nipal constatant que les Gimir ne craignaient point ses ancêtres 
(aMya), on soupçonne déjà que la marche en avant de Sennaché- 
rib a été empêchée, soit par une résistance réelle, soit par une 
résistance en perspective de la part des Gimir, et, dans un cas 
comme dans l'autre, le silence des documents officiels du monar- 



30 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

que ninivite à cet égard se comprend parfaitement. Les puissants 
de la terre sont d'ordinaire peu loquaces quand il s'agit d'une en- 
treprise avortée. 

Mais, comme il reste encore une autre explication possible, 
quoique très peu probable en elle-même, savoir que les Gimir 
n'étaient pas encore à cette époque établis dans la Cappadoce 
orientale, nous sommes heureux de signaler un passage des an- 
nales de Sargon II (719-706) où une ville importante du nom de 
Kimirra est constatée dans la même région géographique. Cette 
mention figure dans la planche 74 bis de Botta, salle 10,11. Après 
une lacune très regrettable, on lit : [al(erj\ Kimirra sha mat 
Bit Hamma ahshud 2830 ameli adi marsMtishunu ashlu[lma . . . 
« J'ai conquis [la ville] de Kimir, du pays de Bit Hamma. J'en ai 
transporté 2830 habitants avec tout ce qu'ils possédaient. » Le 
terme BU Hamma « maison de Hamma » (cf. iron^in rv\â, Ezéchiel, 
xxvii, 14) désigne visiblement le centre du vaste pays qui est 
souvent mentionné sous la forme de mat Hamma[nu]. D'autre part, 
l'identité de la forme Kimirra pour la ville, peut-être capitale, de 
Hammanou avec celle de l'ethnique Gimmirrâa, « Gimirien », ne 
peut susciter aucun doute. La légère différence de la consonne ini- 
tiale n'a pas plus de valeur que la variante Matâa que l'on observe 
une fois à la place de la forme usuelle Madâa pour la Médie. Une 
ligne plus loin, il est question de quelqu'un qui a tué les hommes 
de Qoué (ameli mat Que iduhu}. Il s'agit de Mita, roi des Moscbes, 
qui avait des prétentions sur une partie de ce pays. Entre tant de 
passages qui racontent cet événement, je citerai de préférence 
celui de l'inscription des Taureaux de Khorsabad, traduite par 
M. Oppert (Dour Sar/iai/an, p. 4, 1. 30-36), parce qu'il nous aidera 
en même temps à déterminer la position du pays de Hammanou, 
dont Kimir était une ville importante. Ce passage est ainsi conçu : 

Tarid (31) Mil a skar Muxhi mutir àalçi mat Que (32) ikmuli sha al 
Iamnâ sha qabal liamli (33) hima nûni iàaru nasih (Zi)\Ounzinahu 
mal Hammanûa ù Tarhulara (35) mal Gamgumâa sha gimir malis- 
hunu ehimuma (36) ana miçir mal Ashshur ulirra. 

« J'ai chassé (le texte emploie la construction participielle avec le 
verbe à la troisième personne) Mita, roi des Mosches ; je lui ai fait 
rendre les forteresses de Qoué (voir Revue des Études juives, 1886, 
p. 13-14). J'ai péché comme un poisson la ville de Iamnâ ; (L'île de 
Chypre), qui est au milieu de la mer. J'ai transporté Gounzinanou 
du pays de Iiammanoûa et Tarhouiara du pays de „Gamgoum. Je 
me suis emparé de la totalité de leurs pays et je les ai annexés à 
l'Assyrie. » 



RECHERCHES BIBLIQUES 31 

La description géographique du passage qui précède ne laisse 
rien à désirer. Le Hamrnanou était limité à l'orient par la Mos- 
chène (et la ïabalène), un peu plus loin, par le Mat-Gamgoum, et 
au sud par le Mat-Qoué, la région du golfe Issique et la Cilicie ad- 
jacente, tous deux au-delà de l'Amanus. Il ne faut pas être grand 
clerc en géographie pour savoir que l'on est au cœur même de la 
Cappadoce, sur les rives de l'Halys et tout spécialement là où les 
géographes classiques placent également le district de la Cliam- 
manane, écrit aussi CJiamanè et Kammanênê. L'orthographe 
Kammanu se trouve aussi dans les textes de Sargon II, et l'iden- 
tification dont il s'agit est admise par la plupart des assyrio- 
logues. 

C'est en Ghammanênê que se trouvait la ville importante de 
Kimir ou Gimir (le signe kî vaut aussi gi), probablement la prin- 
cipale résidence du roi Gounzinanou, transporté en Assyrie. En 
face de cette Cimméris cappadocienne, il devient inutile de diriger 
nos regards vers la Gimmérie européenne. L'ethnique gimîrraâ 
vient naturellement de Kimir par extension, de même que « Ba- 
bylonien » vient de Babylone et « Samarie » de « Samêrin ». 

Et, comme il est inimaginable que cette ville ait reçu son nom au 
moment même où elle a été dévastée par les Assyriens, il faut 
reconnaître que, semblable aux autres noms géographiques qui 
figurent à la fois dans les annales de Sargon II et dans la Ge- 
nèse : Tabat = baw, Mushu = ^îzjtt, Madâ = ^ç, etc., celui de 
Gimir = -i£â, remonte aussi à une antiquité reculée et dans tous 
les cas bien antérieure à Tan 1000 avant J.-G , date à laquelle 
nous plaçons la rédaction de la Genèse, 

Terminons en résumant les faits qui ressortent des docu- 
ments cunéiformes relativement à l'histoire du peuple Gimir : 

Sargon II (722-704) conquiert le pays de Gimir, l'annexe à 
l'Assyrie et y établit des gouverneurs assyriens. 

Sennachérib, son fils (705-682), soumet à nouveau le Tabal et la 
Cilicie ; mais le Gimir recouvre son indépendance. 

Assurahiddin, son petit-fils (681-669), gagne une victoire sur le 
roi gimirien Teoushpa, qui s'était avancé jusqu'à la province as- 
syrienne de Houboushna. 

La mort de ce roi eut-elle pour résultat un changement poli- 
tique dans. la constitution du royaume, et le Gimir se transforma- 
t-il en une république fédérative? On peut y penser par suite du 
récit suivant, mais les récits grecs que nous examinerons tout à 
l'heure ne sont pas favorables à une telle supposition. 

Sous le règne d'Assurbanipal (668-626?), les Gimir, conduits 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

par leurs gouverneurs [bel alâui « seigneurs de villes ») dévastent 
la Lydie. Le roi Gygès réussit à les repousser avec le secours 
moral de l'Assyrie, dont il avait sollicité la protection. Les chefs 
Gimir faits prisonniers sont envoyés à la cour de Ninive, en signe 
de reconnaissance et d'hommage, probablement aussi comme des 
sujets révoltés. Quelques années après, Gygès s'étant aliéné la 
protection assyrienne par sa connivence avec Toushamilki, roi 
de Moucour, les Gimir revinrent et saccagèrent de nouveau la 
Lydie. Gygès fut massacré et son successeur se replaça sous la tu- 
telle assyrienne. Sur ces entrefaites, les Gimir s'étaient retirés de 
la Lydie en emportant un immense butin. 

Sous Assuraddin II, le dernier roi d'Assyrie (vers 606), le gou- 
verneur gimirien Kashtaritou forma, avec le gouverneur mède 
Mamitarshou, un projet de coalition contre l'Assyrie, coalition à 
laquelle se rallièrent les Mannâ, les Sapardâ et quelques autres 
peuples. Les coalisés prirent Ninive et mirent fin au royaume sé- 
culaire d'Assur. 

La joie des Gimir dura peu de temps. Ils apprirent bientôt à 
leur détriment cette vérité éternelle que les premières victimes 
d'une grande révolution sont ses propres auteurs. Ils avaient tra- 
vaillé pour la Médie, laquelle, se sentant assez forte, se hâta de 
soumettre tour à tour tous les peuples alliés et d'étendre sa do- 
mination sur la presque totalité de l'Asie-Mineure. Les Gimir 
furent englobés dans l'empire mède, et leur nom même disparut 
de l'histoire. 



C. Les Cimmériens d'Hérodote. 

Le sentiment historique ne s'est éveillé que très tard chez les 
Grecs. Les annales des rois d'Assyrie moisissaient depuis long- 
temps déjà sous les ruines de Ninive quand les Hellènes se mi- 
rent à faire l'histoire de l'Asie. Les Mèdes se sont montrés ab- 
solument indignes de l'immense fortune que le hasard leur 
avaient répartie. Malgré leur richesse, ils sont restés barbares, 
sans écriture et sans historiens. Pour les Babyloniens du temps de 
Cyrus, Ishtumegu ou Astyage, qui résidait à Ecbatane, était un 
simple Umman Manda, « un barbare, un homme de sac et de 
corde ». Les Perses eux-mêmes, encore qu'ils aient fait un sérieux 
effort pour introduire chez eux l'écriture et la civilisation babylo- 
niennes, ainsi que les arts de la Grèce et de l'Egypte, sont tou- 
jours restés de piètres historiens. L'art de conter et de mettre en 
ordre les éléments du récit est à peine ébauché dans les inscrip- 



RECHERCHES BIBLIQUES 33 

tions de Darius, le prince le plus littéraire des Achéménides. Ses 
successeurs ont désappris le peu qu'il savait. Ce n'est que pendant 
le règne de ces Achéménides, où le bruit de leurs armes com- 
mençait à inquiéter les Grecs, que ceux-ci cherchèrent à connaître 
sérieusement l'origine et les gestes des Asiatiques. Les premiers 
historiens grecs étaient des Ioniens d'Asie, et leurs ouvrages, 
aujourd'hui perdus, traitaient des peuples asiatiques. Hérodote, 
à qui son grand ouvrage historique a acquis le titre de père de 
l'histoire, était d'Halycarnasse, ville mi-carienne et mi-ionienne. 
Les récits qu'il a accueillis au sujet de la Lydie et des Cimmériens 
sont probablement empruntés à Xanthos, qui avait écrit une his- 
toire de la Lydie. Quelques historiens postérieurs ont aussi puisé 
certains renseignements sur les Cimmériens chez le même auteur, 
qui est peut-être la seule source de tout ce que les Grecs savaient 
de ce peuple disparu. Le fait le plus intéressant pour notre étude, 
c'est que le nom des Cimmériens se trouve déjà dans les poésies 
homériques (Odyssée, a, v. 13-19). Que ce peuple y soit décrit sous 
des traits absolument fabuleux, exagérés encore par les écrivains 
postérieurs, cela nous est indifférent. Un nom aussi particulier et 
étranger à la langue grecque ne se crée pas par hasard et à deux 
époques différentes. Le poète a certainement ignoré la position 
géographique de ce peuple, qu'il a reculée autant qu'il a pu, mais 
il n'a pas inventé le nom ; et dès lors, rien ne s'oppose à ce qu'on 
l'identifie avec celui des Cimmériens proprement historiques. 

Ainsi, deux auteurs du vm e siècle avant notre ère, l'un Grec, 
l'autre Assyrien, mentionnent les Cimmériens, le premier d'ouï- 
dire, le second de visu. Pour les compatriotes des deux auteurs, 
ce peuple habitait au loin et formait la dernière limite de leur 
connaissance géographique. Une telle concordance aurait une 
valeur irrécusable, alors même qu'il y eût nécessité absolue de 
séparer, au point de vue ethnique, les Cimmériens de l'Odyssée 
d'avec les Cimmériens des historiens. Mais, une pareille nécessité 
n'existe point. Au contraire, tout fait présumer qu'il n'y a pas 
d'incompatibilité réelle entre les données anciennes et les données 
plus tardives des écrivains grecs en ce qui concerne ce peuple. 11 
est facile de le prouver. 

Les chronographes placent d'ordinaire vers 784 la première 
apparition des Cimmériens en Asie-Mineure, surtout aux environs 
de Sinope 1 . La première colonie milésienne établie en ce lieu sous 



1 Voir Lenormant, Les origines de l'histoire, tome 2 e , aux articles Grotner, Tulal et 
Meschek, où se trouve réuni tout ce que les auteurs grecs ont rapporté sur les 
Scythes et les Cimmériens. 

T. XVII, N° 33. 3 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

la conduite de Ilabrondas fut détruite par les Cimmériens presque 
aussitôt que fondée. Quand les Milésiens s'établirent de nouveau 
et définitivement à Sinope, à la date de 629, les Cimmériens étaient 
encore dans le pays. La première date est d'une haute impor- 
tance et s'accorde avec celle qui résulte de l'Odyssée et des an- 
nales de Sargon II. La seule donnée qui soit sujette à caution est 
la qualification de première apparition. 

Dans les questions d'origine, les affirmations des historiens grecs 
reposent d'ordinaire sur des rapprochements superficiels de noms 
géographiques ou mythologiques et manquent d'autorité. Le môme 
cas se présente ici. Au temps où ils écrivaient, des noms rappe- 
lant les Cimmériens pullulaient dans la région nord-est du Pont- 
Euxin. Le Palus Méotide est quelquefois appelé mare Cimmerium 
ou Paludes Cimmeriae ; là se trouvait une ville de Cimmeris ou 
Cimmerium et un K-.^jiépiov àxpov. La Chersonnèse Taurique ou la 
Crimée possédait un mont Kijt^piov avec une ville homonyme. L'in- 
térieur des terres même avait un canton Kip.p.£p£ri et des Oppida 
Cimmeria. Quoi d'étonnant que, en combinant ces noms avec les 
Cimmériens de l'Odyssée, qu'ils plaçaient aux dernières limites du 
nord, ils se soient attachés à l'idée de faire des Cimmériens his- 
toriques des autochthones d'une contrée européenne. L'unanimité 
des historiens grecs sous ce rapport s'explique donc fort bien, 
sans nous obliger toutefois à prendre leur opinion au sérieux 
contre le témoignage contemporain des annales assyriennes cons- 
tatant l'existence d'une ville et, par conséquent, de la nation de 
Kimir ou Gimir au vin 6 siècle en Cappadoce. L'affirmation d'Héro- 
dote, qui prétend que les Cimmériens ont été chassés d'Europe par 
les Scythes qui envahirent la Médie pendant le règne de Cyaxarès 
(624-584?), vient de cette circonstance que les Perses ne connais- 
sent comme habitant au nord de leur empire que les Scythes 
seuls. Le père de l'histoire en a conclu que la migration des 
Cimmériens en Asie-Mineure en longeant le Caucase eut pour 
cause l'établissement des Scythes en Europe suivi immédiate- 
ment par l'invasion du même peuple en Médie. 

La migration des Scythes dans l'Asie antérieure, d'après les his- 
toriens grecs, présente d'ailleurs des phénomènes si extraordi- 
naires, qu'on se demande si l'on ne se trouve pas devant un drame 
de pure fiction. Comment les Assyriens n'auraient-ils pas cherché 
à lier des relations d'amitié avec ces Asiatiques qui viennent de 
sauver Ninive à leur insu, afin de se débarrasser une fois pour 
toutes de la puissance mède, qui était pour eux une menace per- 
pétuelle ? D'autre part, comment, après avoir écrasé la Médie, les 
Scythes n'auraient-ils pas poussé directement leur marche vers 



HECIJEHCHES BIBLIQUES 35 

l'Assyrie, dont les richesses étaient bien de nature à tenter leur 
cupidité ? Au lieu de poursuivre une entreprise si rémunératrice 
et si facile, vu l'abaissement militaire de l'Assyrie à ce moment, les 
Scythes traversent l'Arménie et la Syrie et se dirigent vers l'E- 
gypte, d'où, par les prières et quelques présents de Psammitichus, 
ils retournent en Médie, sans avoir sur leur conscience aucun pil- 
lage dans les villes par lesquelles ils passèrent, si ce n'est celui du 
temple d'Ascalon. Cette douceur exceptionnelle fait bientôt place à 
un système d'exactions et de pillages, qui dure tous les 28 ans de 
leur domination. Puis, les Mèdes, ayant invité chez eux la plupart 
des Scythes, les massacrent, après les avoir enivrés, et recouvrent 
ainsi leur liberté. Vraiment , l'histoire réelle est habituellement 
plus compliquée. Chose non moins curieuse, les auteurs hébreux 
contemporains, Jérémie et Ézéchiel, qui profitent de tous les évé- 
nements politiques de la Palestine et des pays voisins pour leurs 
exhortations , ne disent pas un seul mot des expéditions des 
Scythes et de leur domination sur l'Asie. C'est en pure perte que 
quelques exégètes ont cherché à y trouver des allusions à cet 
événement. Il me semble qu'en raison de ces considérations, l'his- 
toricité de la domination des Scythes en Asie durant le règne de 
Cyaxarès n'est pas aussi assurée qu'on le croit ordinairement. 
Quelques hordes scythiques traversant le Caucase ont pu ravager 
la Médie et certaines contrées de r Asie-Mineure, où elles se sont 
rencontrées avec les Cimmériens, mais elles n'ont ni poussé très 
loin leurs conquêtes, ni exercé une suprématie réelle en dehors 
de la Médie. 

Mais revenons aux Cimmériens. Les informations d'Hérodote à 
leur égard laissent beaucoup à désirer. Cet écrivain les fait venir 
en Lydie, pour la première fois, sous le règne d'Ardys, fils de 
Gygès (I, xv); nous savons, au contraire, par les récits assyriens, 
que Gygès lui-même avait déjà dû combattre ces intrus. On sait 
aussi par Pline que Candaule, le prédécesseur de Gygès, avait 
acheté une peinture de Bularchos représentant un combat des 
Magnésiens et des Cimmériens. La mort violente de Gygès, dont 
Hérodote n'a aucune connaissance (I, xiv), a été très vraisembla- 
blement la suite de sa campagne malheureuse contre ce peuple. 
Avant leur entrée en Lydie, ils avaient ravagé la Phrygie, dont le 
roi, Midas, s'empoisonna de désespoir, s'étaient établis à Antan- 
dros de Mysie, qu'ils occupèrent pendant une centaine d'années, 
et avaient conquis la Bithynie. Le centre de leur puissance était la 
Paphlagonie et tout spécialement le territoire de Sinope, où leur 
présence, ainsi qu'on l'a vu plus haut, a fait échouer, au vin siè- 
cle, la tentative faite par Habrondas d'y fonder une colonie grecque. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

On ne signale aucun vestige de la présence des Cimmériens à l'est 
de Sinope, ni dans le Pont, ni en Colchide, ni dans les pays situés 
au sud de ces provinces. Cette circonstance a certainement amené 
Hérodote à penser que les Cimmériens sont venus en Asie par la 
côte est du Pont-Euxin, parallèle au Caucase, et qu'arrivés en 
Colchide, ils se dirigèrent de l'est à l'ouest, toujours le long de la 
côte, et ne s'arrêtèrent qu'au promontoire sinopique. Les histo- 
riens modernes refusent, avec raison ce me semble, d'admettre un 
itinéraire aussi aventureux, mais la solution qu'ils proposent ne 
paraît pas moins hérissée de difficultés insurmontables. D'après 
eux, les Cimmériens auraient longé la côte nord-ouest de la mer 
Noire, franchi le Danube, envahi la Thrace et seraient parvenus 
en Asie-Mineure, en traversant le Bosphore ou l'Hellespont. Dans 
ce nouvel itinéraire, si l'on ne veut pas renverser l'ordre des in- 
vasions cimmériennes attesté par les anciens, il faudrait supposer, 
qu'en arrivant en Asie, ils se dirigèrent directement sur Sinope le 
long des côtes et n'auraient inauguré leurs expéditions dans les 
provinces qu'ils venaient de traverser qu'après s'être fixés dans 
cette cité paphlagonienne. Grâce au jour qui nous vient de l'his- 
toire assyrienne, ces deux alternatives, également inadmissibles, 
perdent toute raison d'être. Les Cimmériens, originaires de Kintir, 
ville de la Cappadoce moyenne ou Chammanênê, n'avaient pas 
un long voyage à faire pour s'installer aux environs de Sinope 
avant le vm e siècle, si ce pays, qui, plus tard, faisait partie de la 
Paphlagonie, ne leur appartenait déjà pas depuis la plus haute an- 
tiquité, car la présence de Cappadociens aux environs de Sinope 
est attestée par Pline (N. H , vi, 2), ce qui est toujours l'indice d'une 
ancienne possession. Comparez la présence tardive de Tibarènes 
en Cilicie relevée par Cicéron. Avec la puissance d'expansion qui 
les distinguait, les Cimmériens fondèrent de nombreuses colonies 
sur le littoral opposé de la péninsule Taurique et autour du Palus 
Méotide. Ces établissements portaient naturellement le nom du 
peuple fondateur, de là les désignations si fréquentes de Cimmeris 
ou Cimmeriurn, circonstance qui, disons-le en passant, atteste déjà 
suffisamment le caractère étranger de ces colonies, car les peuples 
indigènes n'ont aucun intérêt à appliquer tant de fois leur nom 
national aux villes qu'ils construisent. Devant l'apparition subite 
des Scythes, les Cimmériens d'Europe, ne possédant pas de villes 
fortifiées, abandonnèrent leurs colonies et se retirèrent avec leur 
flotte sur la côte asiatique, où ils étaient chez eux et réunis à leurs 
anciens compatriotes ; ils paraissent avoir été l'âme des corps ex- 
péditionnaires qui cherchaient à soumettre l'ouest de l'Asie-Mi- 
neure. On s'explique ainsi que les historiens grecs, qui ignoraient 



RECHERCHES BIBLIQUES 37 

l'ancien nom de la Gappadoce, aient cru que les dévastateurs de 
l'Asie -Mineure étaient un peuple originaire de la Cimmérie euro- 
péenne. Leur supposition n'est erronée qu'en partie et ne contre- 
dit nullement les témoignages concordants de l'Odyssée et des 
annales assyriennes. 

Je n'ai plus que quelques mots à ajouter sur les derniers épi- 
sodes des invasions cimmériennes. Gomme dans des cas pareils, 
on peut supposer d'avance que l'armée envahissante se composait 
de plusieurs peuplades très diverses attirées par la perspective 
du butin. Au début des entreprises, l'hégémonie a été certainement 
exercée par les Cimmériens, mais, par suite de pertes considérables 
en hommes essuyées dans d'innombrables batailles, ceux-ci parais- 
sent avoir été obligés de se rallier aux hordes trôres, originaires 
de Thrace, qui dévastaient à ce moment pour leur propre compte 
les villes maritimes de la Propontide et les établissements grecs *. 
Dès lors, il se produit de fréquentes confusions entre Trères et 
Cimmériens. Il paraît certain que Gobus, le dernier roi des en- 
vahisseurs de r Asie-Mineure, était de nationalité trôre. Le seul 
roi vraiment cimmérien est Lygdamis, qui fut tué en Gilicie par la 
main du roi Scythe Madys. Cette victoire des Scythes sur les 
Cimmériens a, selon toutes les vraisemblances, donné lieu à cette 
croyance que la haine entre les deux peuples datait de leur séjour 
en Europe. Pour la question de race, il sera bon d'insister sur un 
fait qui a été peu remarqué' : tandis que la différence entre la 
langue scythique et la langue médique est soigneusement relevée 
par Hérodote, ni cet auteur ni les historiens postérieurs ne font 
la moindre allusion à des différences linguistiques entre les Cim- 
mériens et les Paphlagoniens. Dans ma supposition de l'identité 
ethnographique de ces peuples, la chose s'explique d'elle-même et 
ne pourrait pas être autrement. Le nom de Lygdamis nous ramène 
même forcément en Cappadoce-Paphlagonie. En effet, des deux 
éléments constitutifs de ce nom, le premier, lyc, entre visiblement 
dans la dénomination de la Lycaonie, parallèle à celle de la Cala- 
onie, dont le groupe initial Cata revient dans le nom original de 
la Cappadoce-Katapatuha (inscription de Bisoutoun). On est même 
tenté d'assigner le nom de la Lycie à l'élément lyc précité 2 . Le se- 
cond composant dam (is) se retrouve aussi, d'une part, dans le 
nom de la localité voisine de Sinope, Corocondamê, d'autre part, 
dans le nom d'homme cilicien Ta^ovB^ot;, dont on a déjà rapproché 
le Tarqû-dimme de la bosse hittite de Iovanow. Tous ces indices 

1 A. Maury, Journal des Savants, 1869, p. 220. 

* On sait que les Lyciens s'appelaient eux-mêmes Trémiles. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

semblent militer en faveur de la supposition, émise depuis plu- 
sieurs années, que les dialectes parlés depuis la Cappaâoce du 
nord, y compris le Tabal, le Mosque et la Mélitène, jusque dans la 
Cilicie, faisaient partie d'une même langue mère, Dans ce cas, on 
serait porté à voir une connexité primitive entre Corocon[~damé), 
Coropassus de Lycaonie et Coracesion de Cilicie, si ce nom n'est 
pas d'origine grecque. 

Je termine en présentant une explication de la dénomination de 
Àeuxo<Tujj>ot, ou « Syriens blancs», que les Grecs appliquaient très 
souvent aux Gappadociens. Il va sans dire qu'il n'y a pas là une 
indication d'origine ; les Grecs sont arrivés trop tard dans la con- 
trée du Taurus pour qu'ils aient pu recueillir des traditions authen- 
tiques sur l'origine des races qui l'habitaient avant l'époque perse 
et dont la plupart avaient disparu ou changé de nom. La source 
de la dénomination précitée est sans doute cette légende rapportée 
par Strabon, qui considère la capitale de la Mélitène comme une 
fondation de la célèbre reine assyrienne Sémiramis. La Mélitène 
fait notoirement partie de la Gappadoce et n'est séparée de la 
Syrie que par la chaîne du Taurus ; il était donc naturel qu'on les 
confondît avec les Syriens et qu'on cherchât à distinguer les pré- 
tendus Syriens transtauriques par l'adjectif « blancs ». J'ai à peine 
besoin de rappeler que le mot « Syrie » est une abréviation grec- 
que de « Assyrie ». Que la dénomination de Leucosyrie assignée 
primitivement à une seule province cappadocienne se soit étendue 
au reste du pays, c'est là un fait si fréquent dans l'histoire qu'il 
est superflu de le commenter : les désignations modernes : Alle- 
magne, Belgique, Perse, Inde et d'autres encore sont également 
dues à un procédé de généralisation analogue. 

Voici, enfin, un résumé succinct des résultats historiques de 
cette recherche : 

1° Le peuple nommé Kt^épioi par les Grecs, Gimir ou Kimir par 
les Assyriens, et IttJi par les Hébreux, a habité la Cappadoce occi- 
dentale depuis une époque qui ne peut pas descendre plus bas que 
le vin siècle avant l'ère chrétienne, mais dont la limite supérieure 
remonte certainement dans un passé lointain. 

2° Les Gimméro-Cappadociens de la contrée de Sinope avaient 
fondé de nombreuses colonies sur le littoral nord-est du Pont*- 
Euxin, autour du lac Maeotis, qui prit le nom de lac « cim- 
mérien ». 

3° A l'arrivée des Scythes, les colons Cimméro-Cappadociens se 
retirèrent, par voie de mer, dans leur patrie asiatique et, pour se 
dédommager des pertes subies, entreprirent des conquêtes dans 
l'Asie-Mineure occidentale. Durant le règne de Gandaule, ils as- 



RECHERCHES BIBLIQUES 39 

siégèrent Magnésie et, peu de temps après, ils envahirent la Lydie 
et prirent Sardes. 

4° Affaiblis par des pertes multiples, les bandes cimmériennes se 
joignirent aux hordes des Trères, qui, venus de Thrace, dévas- 
taient pour leur compte le littoral de l'Asie-Mineure. Cette fusion 
a fait souvent perdre de vue la différence primitive de ces peuples, 
et dès lors le peuple cimmérien disparut de l'histoire. 

Cette disparition successive de Gimir - Kimir - Cimmérien, 
comme nom de pays, dès l'avènement des Mèdes, et, comme nom 
de peuple, un siècle plus tard, nous fournit le moyen le plus sûr de 
fixer la limite inférieure de la composition du tableau japhétique 
du chapitre x de la Genèse. Ce document, où nttj ouvre la série de 
nombreuses personnifications purement géographiques, ne peut 
être postérieur à la chute de Ninive (vers 606), ou à la fin du 
vn e siècle avant l'ère vulgaire. Un écrivain hébreu de l'époque 
perse n'aurait pu connaître l'existence d'un nom de pays d'Asie- 
Mineure dont les Grecs eux-mêmes ne se sont jamais douté, bien 
qu'ils eussent eu souvent l'occasion de connaître de visu le peuple 
qui portait un nom identique, les Cimmériens. 

Mais les textes assyriens nous obligent encore à éliminer deux 
autres époques successives dans l'ordre ascendant. Pour la durée 
du vii e siècle, c'est l'état de la ville de Tilgarimmou, îra^iri de 
la Genèse, qui nous donne un point de repaire solide. Cette ville, 
ainsi qu'on a vu plus haut, fut entièrement ruinée par Senna- 
chérib, c'était la deuxième ruine, qui suivit de près la première, 
dont, nous le verrons tout à l'heure, Sargon II fut l'auteur. 
Dans le tableau de la Genèse, au contraire, ï-nanain, non seulement 
est debout et florissante, mais elle fait, de plus, partie intégrante 
des possessions gimiriennes, relations qu'exprime l'image bi- 
blique : « fils de Gomer ». 

La seconde époque à éliminer est le règne de Sargon IL Les 
textes laissés par ce conquérant font voir que la ruine de Tilga- 
rimmou n'était qu'un des derniers actes de la conquête de la 
Chammanène, dont la ville de Gimir ou Kimir était une des capi- 
tales. Ce pays fut alors annexé à l'Assyrie et livré aux mains de 
gouverneurs assyriens. De nombreux passages qui relatent cet 
important événement, je me contenterai de citer celui des Fastes 
traduit d'abord par M. Oppert (/. asiatique, 1863). Il a cet avan- 
tage considérable de nous éclairer en même temps sur l'état d'au- 
tres provinces cappadociennes et sur le pays voisin de Mat-Gaio- 
gouw ou Magog. On y lit : 

Tarhunazi (79) al Meliddâa tuquntu ihshuhma adê ilani rahûti 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ipukuia ililâ tamartush ina suhut libbiya al Meliddu (80) al sharru- 
tishu adl alâni sha limelishu karpanish ahpi shâshu adi Mrtishu 
ahlisliu banâtishu niçirti ekalshu mala bashû{%\) itti 5000 shallat nishi 
quradishu ullu qirib Tulgarimmi al dannutishu usheçashshumma shal- 
latislt amnushu (82) al Tilgarlmml ana eshshuti achat nishi shtê çab 
qashli kishidti iddija mat Kammanu ana sihirtishu ushaçbitma urap- 
pisha kiçurri (83) mat shuatu ina qatâ shuparshaqiya amnuma illtu 
mussik lui lu sha Gunzinanu sharru malin ukin elishu. 

Tarhulara mat-Gamgumâa (84) sha Mutallum ablishu ina liakld 
urassibushuma balum têmiya ina kussishu ushibuma uma'ir matsn ina 
shuhut libbiya (85) itti girriya u bathaliya sha ashar skalme idâa la 
ipparkû v 86) ana al Marqasi hismudish allik MutaUu alashu adi liimti 
bit Pa'alla (87) malbashû itti huraçi haspi bushu ekalshu sha niba la 
isluî shallatish amnushu nishi mat-Gamgume ana pat gimrisha ana 
eshshuti ashur (aru7i?) nishi shuparshaqiya (89) pahati elishunu ash- 
kunma itli nishi Ashshur amnushunuti. 

« Tarhounazi de Mélitène me chercha querelle et, en rompant le 
pacte qu'il m'a juré au nom des grands dieux, il me refusa le tribut. 
Dans la colère de mon cœur, j'ai brisé comme un tesson Mélite, sa 
capitale, ainsi que les villes voisines, Lui, ses femmes, ses fils et ses 
filles, avec le trésor de son palais autant qu'il y en avait, ainsi que 
5,000 captifs parmi ses guerriers, je les ai fait sortir de Tilgarimmou, 
sa forteresse, et je les ai comptés comme butin. Je me suis emparé 
de nouveau de la ville de Tilgarimmou. J'ai fait occuper le pays de 
Kammanou dans toute son étendue parles archers Souti, mes sujets, 
et j'ai élargi mes possessions. J'ai livré ce pays aux mains de mes 
préfets et lui ai imposé l'impôt (aram. "jb^î) et la corvée, comme au 
temps de Gounziuanou, le roi précédent. 

» Tarhoulara de Magog, dont j'ai tué le père dans la bataille, est 
monté sur le trône sans mon consentement et s'est mis à gouverner 
son pays. Dans la colère de mon cœur, j'ai marché rapidement sur la 
ville de Marqasi avec mes fantassins et mes cavaliers, qui ne se 
séparent jamais de ma personne royale. J'ai compté comme butin 
son fils MutaUu ainsi que la famille Bit-Pa'alla tout entière avec l'or, 
l'argent et les trésors innombrables de son palais. J'ai de nouveau 
exercé ma domination sur les hommes de Magog autant qu'ils 
étaient. Je leur ai proposé mes préfets comme gouverneurs et je les 
ai assimilés aux Assyriens. » 

Ainsi Sargon II accomplit deux expéditions en Chammanène. 
Dans la première, il prend la résidence Kimir et dépose le roi 
Gounzinanou. Dans la seconde, il réduit le pays tout entier, y 
compris la Mélitène et Tilgarimmou, en province assyrienne. Le 
Magog a subi le même sort. Ce n'est certainement pas à ce mo- 
ment où Kimir{Gimir) et rnat-Gawgouw ont perdu leur indépen- 



RECHERCHES R1BLIQUES 41 

dance et ont été annexés à l'Assyrie que Fauteur de la Genèse a 
pu mettre -itoà et ato parmi les plus grands des Japhétites. Bon 
gré mal gré, il faut reculer la date du document pentateutique au- 
delà du vin siècle. De combien ? Deux indices indépendants nous 
font voir que l'espace d'un siècle et demi qu'il nous faut pour ar- 
river à l'époque de Salomon n'est pas une trop grande présomp- 
tion. Nous venons de constater qu'au temps de Sargon II, Tilga- 
rimmou appartenait au domaine royal de la Mélitène, et, bien que, 
dans la conception géographique de la Genèse, ce pays fit partie 
du Gomer, il paraît néanmoins que l'auteur hébreu vise un état 
de choses antérieur, où Tilgarimmou appartenait au Gimir, c'est- 
à-dire à la Hammanène en particulier. D'autre part, le Gomer 
de la Genèse est une puissance continentale, aussi bien que le 
sont Magog et Madaï. Gela répond à une époque antérieure à 
la fondation des nombreuses colonies cimmériennes sur la côte 
nord-est du Pont-Euxin, colonies dont le développement a bien 
demandé un siècle et demi, si l'on juge par l'analogie des établis- 
sements analogues. 

Un dernier mot, la capitale du Magog, Marqasi, frappe d'autant 
plus par son analogie avec la ville de Karkashshi, gouvernée par 
Kashtaritou le Gimirien, que la lecture Garqasi est strictement 
possible. Y aurait-il deux variantes du même nom? 11 est difficile 
de se prononcer. Dans tous les cas, la situation géographique con- 
viendrait parfaitement, et c'est bien dans cette région, aux confins 
des provinces assyriennes de l'Euphrate, qu'a dû germer l'idée 
d'une ligue des peuples du nord contre l'ennemi commun. 

J. Halévy. 



LES MONNAIES DE SIMON 



IL Graetz a cherché à démontrer, dans le dernier numéro de 
la Revue 1 , que les monnaies dites de Simon, qui composent un 
des groupes les plus importants de la numismatique juive, doivent 
être attribuées non au rebelle Barcochébas, comme on le croit 
communément, mais aux deux frères martyrs Julien et Pappos, 
qui sont plusieurs fois mentionnés par les sources talmudiques à 
l'époque de Trajan et d'Hadrien. Ces deux frères auraient notam- 
ment joué un rôle officiel lors des projets de reconstruction du 
temple de Jérusalem, pendant les premières années du règne 
d'Hadrien. Un texte (Midrasch sur Genèse, en. lxiv) dit qu' « ils 
ouvrirent alors des boutiques de changeurs, de Ptolémaïs à An- 
tioche ». M. Graetz en conclut que ces personnages étaient les 
chefs des Juifs, qu'ils recueillaient les fonds souscrits pour l'en- 
treprise, qu'ils étaient, par conséquent, « tout désignés pour que 
leur nom figurât sur les monnaies, -en supposant qu'on en ait 
frappé à cette époque ». Et il retrouve, en effet, sur les monnaies 
dites de Simon, ces deux noms, ou plutôt les noms de Simon ("p^att)) 
et de Schemâya (*»œ pour ïtojqid), où il reconnaît les noms hé- 
breux de Julien et de Pappos. 

Voilà la thèse réduite à ses points essentiels. Malgré mon pro- 
fond respect pour la haute autorité scientifique de l'historien des 
Juifs, il m'est impossible de me ranger à son avis, et, comme il 
s'agit d'une question de numismatique, il sera bien permis à celui 
qui a eu le premier l'honneur d'entretenir de cette science les 
lecteurs de notre Revue de présenter à la théorie de M. Graetz 
quelques objections, exclusivement numismatiques, formulées 
aussi brièvement que possible. 

1° M. Graetz n'a guère parlé que des monnaies qui portent sim- 
plement le nom de Simon ou les lettres 3>M. Il laisse de côté 
celles qui présentent les légendes Simon nasi Israël ou Elêazar 

1 Graetz, Les monnaies de Simon, Revue, t. XVI, p. 1G1 suiv. 



LES MONNAIES DE SIMON 53 

Haccohen. Or les premières appartiennent très probablement au 
même personnage que les monnaies de Simon tout court, et les 
secondes sont certainement contemporaines de ces monnaies : je 
crois l'avoir suffisamment démontré par l'étude des coins hybrides 
où sont associés les noms d'Eléazar et de Simon *. Gomment expli- 
quer, dans l'hypothèse de M. Graetz, que l'un de ces Dioscures 
juifs, dont il vante le touchant accord, ait pris pour lui seul le 
titre de Nasi, « prince » , sans égard pour son frère ? Quel est, 
d'autre part, ce personnage malavisé, le prêtre Eléazar, qui vient 
déranger l'harmonie du couple fraternel ? Je ne vois pas moyen 
de résoudre ces difficultés, à moins que M. Graetz, à qui rien n'est 
impossible, ne parvienne à démontrer qu'Eléazar est pour Sche- 
maya, comme il a déjà démontré que ynw est pour Schemaya, 
qui est pour Tsmaëï, qui est pour Pappos. 

2° La seule et unique raison pour laquelle M. Graetz assigne à 
deux monétaires, Simon et Schemaya, au lieu d'un, le groupe des 
monnaies de Simon, c'est que sur certaines pièces, au lieu du nom 
complet "p^uî, on en lit simplement les trois premières lettres, 
3W3. Il tombe cependant sous le sens que yiiw n'est que l'abré- 
viation de l-i^ftia (de même que, dans le système de M. Graetz, 
il faut y voir l'abréviation de i-p3>»U3). Sauf M. de Saulcy, dont 
M. Graetz invoque l'autorité tout en rejetant son explication, 
aucun numismatiste sérieux ne s'est jamais trompé à ce sujet, 
en présence de l'identité absolue des types des deux prétendues 
classes de monnaies. Les abréviations de ce genre ne sont pas 
toujours imposées par le manque d'espace; elles proviennent 
souvent de la négligence ou de la paresse du graveur des coins. 
Les faits analogues sont tellement fréquents dans la numismatique 
ancienne qu'on est étonné d'avoir à les rappeler. Que M. Graetz 
ouvre au hasard, par exemple, le Catalogue des monnaies d'A- 
thènes an musée britannique, par M. B. Head, il y trouvera sur 
une même page (p. 66) le nom du magistrat monétaire Eùpuxfatôïiç 
abrégé en ErprKAEi, ErprAKE et Erpnt II s'agit cependant bien du 
même personnage, mais suivant que l'ouvrier était plus ou moins 
paresseux, avait une écriture serrée ou large, il trouvait place 
sur le coin pour plus ou moins de lettres du nom à graver. La nu- 

1 Une monnaie hybride des insurrections juives, Revue, XIV, 60. Je note en pas- 
sant que M. Graelz me reproche (p. 168, note 2) d'avoir « accepté l'opinion singu- 
lière de M. de Saulcy » d'après laquelle l'Éléazar des monnaies serait le rabbin 
Éléazar de Modéin. Mais d'abord, je n'ai indiqué cette identification qu'en termes 
dubitatifs, et cette « opinion singulière >, à laquelle M. Graetz ne peut opposer aucun 
argument décisif, a été également approuvée, sans réserves cette fois, par M. Momm- 
,sen (Eômische Creschifikt.e, V, 545, note 3). Je la crois encore très plausible. 



4 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

misma tique romaine, consulaire ou impériale, fourmille égale- 
ment de variantes de ce genre ; à plus forte raison doit-on s'at- 
tendre à en rencontrer dans la numismatique juive, remarquable 
entre toutes par la négligence et l'incorrection des légendes. Sans 
sortir des monnaies de Simon, si M. Graetz avait tourné encore 
quelques pages de Madden, il aurait rencontré, outre les deux 
graphies \\9tm et *»i», une troisième, w&tt (Madden, p. 233), 
et même une quatrième, i3*»iZ3 (Madden, p. 234, n°3). Nous avions 
déjà les deux monétaires Simon et ScJiemaya ; M. Graetz va-t-il 
en créer deux autres, Simonneau et Simenon ? 

3° Le groupe des monnaies de Simon ne comprend pas seule- 
ment des pièces de bronze, mais encore des pièces d'argent : 
sicles peu nombreux, ordinairement surfrappés sur des tétra- 
drachmes d'Antioche; deniers très nombreux, surfrappés sur des 
deniers romains. Or on n'ignore pas que le droit de frapper de la 
monnaie d'argent n'a été accordé ou maintenu sous l'empire ro- 
main qu'à un très petit nombre de royaumes ou de cités (une 
vingtaine en tout) qui avaient mérité ce privilège par l'importance 
de leur commerce ou la constance de leur fidélité. Les Juifs ne 
pouvaient certainement invoquer aucun de ces deux motifs et, 
en conséquence, même aux époques où leurs princes étaient le 
mieux en cour, même aux époques où l'état juif était le plus flo- 
rissant et paraissait le plus dévoué à la puissance suzeraine, il n'a 
jamais obtenu le droit de monnayer en argent; il a toujours dû se 
contenter de la frappe du bronze. Si cependant des vassaux 
avaient pu prétendre à cette haute faveur, c'est bien Hérode, 
l'opulent ami d'Auguste, c'est Agrippa, le camarade de Galigula 
et de Claude! Là où ceux-ci ont échoué, comment admettre que 
Julien et Pappos aient réussi ? Gomment admettre que les Romains 
aient attendu, pour autoriser la frappe de l'argent par les Juifs, le 
jour où Jérusalem était en ruines, où les débris de la nation « au 
col rebelle » avaient à leur tête (?) deux personnages obscurs, que 
le gouvernement impérial, après leur aventure sous Trajan (glose 
sur Mcgillat Taanit, § 29), devait considérer comme une sorte de 
repris de justice, de suspects, tout au plus d'amnistiés ? Enoncer 
une pareille thèse, c'est la réfuter, mais elle devient, si possible, 
encore plus inadmissible quand on réfléchit qu'il ne s'agissait pas 
seulement ici de frapper des pièces d'argent, mais de sur frapper 
des deniers portant l'effigie sacro-sainte de l'empereur. Une pa- 
reille surfrappe équivalait implicitement à refuser le cours légal, 
dans les limites de la Judée, à la monnaie impériale ; or c'était là 
un crime, expressément prévu par les lois romaines, et qui tombait 
sous le coup des peines les plus sévères ; la déportation pour les 



LES MONNAIES DE SIMON 45 

gens de qualité, les travaux forcés ou la mort pour les petites 
gens *. Admettre que le sévère Hadrien ait fermé les yeux pendant 
deux ans sur un pareil sacrilège est invraisemblable ; admettre 
qu'il l'ait autorisé est plus invraisemblable encore. Il ne reste donc 
qu'une ressource : c'est de croire, avec tous les numismatistes, 
que les monnaies d'argent juives, et particulièrement les deniers 
surfrappés, ont un caractère essentiellement révolutionnaire et 
appartiennent à la période des deux insurrections. Or les dates 
et les noms d'empereurs qu'on lit sous la surfrappe ne permet- 
tent pas d'attribuer les deniers de Simon à d'autres qu'aux insur- 
gés de l'an 130, sous Hadrien, à Barcochébas et à ses acolytes. 
Quant à Julien et Pappos, qui, s'ils vivaient encore lors de la ré- 
bellion de Béthar, n'y ont joué qu'un rôle très subalterne, ils 
n'ont certainement pas pu figurer sur les légendes monétaires de 
cette époque. 

On voit que les considérations numismatiques suffisent ample- 
ment à réfuter la thèse spécieuse de M. Graetz. Je laisse mainte- 
nant aux historiens, aux talmudistes, aux exégètes le soin de ju- 
ger cette thèse à d'autres points de vue, de voir, par exemple, si 
M. Graetz a bien traduit, sainement interprété le texte fondamen- 
tal du Midrasch sur lequel repose tout son raisonnement 2 ; si la 
légende, pleine de traits contradictoires, de Julien et de Pappos a 
beaucoup plus de valeur historique que le prétendu projet de re- 
construction du temple attribué à Hadrien; si la critique trouve 
son compte, autant que l'algèbre, dans les savantes équations de 
M. Graetz : Julien +" Pappos = Schemaya -f- son frère = Simon 
+ Ismaël = Simon + Schéma ; si enfin des changeurs qui ont un 
casier judiciaire sont des chefs politiques et ont l'habitude d'ins- 
crire leurs noms sur les monnaies dont ils font le trafic. . . Tout 
cela, et bien d'autres choses, sort de ma compétence: ne sutor 
ultra crepidam. C'est un dicton toujours bon à méditer. 

Théodore Reinach. 

1 Qui... vultu principttm signatann monetam, prœter adulterinam, rcprobaverit,. . . 
honestiores quidem in instdam deportantur, humiliores antem aut in metallum dantur, 
aut capite puniuntur. Paul, Sententiœ, V, 25, 1 (éd. Huschke). 

2 M. J. Derenbourg [Histoire de la Palestine, p. 317) traduit ainsi : f Lorsque 
l'empire tyrannique ordonna de reconstruire le temple, Pappus et Julien établirent 
depuis Ptolémaïs jusqu'à Antioche des comptoirs de changeur qui lournirent aux 
Juifs revenant de la captivité l'or et l'argent dont ils pouvaient avoir besoin. » Il ne 
s'agit donc pas ici, comme dans la traduction de M. Graetz, de souscriptions à re- 
cueillir, ni d'ouvriers à payer, mais de monnaies étrangères (dont étaient munis les 
Juifs, revenant en foule de l'étranger à la nouvelle de la reconstruction du temple), à 
échanger contre des monnaies, grecques et romaines, ayant cours légal en Palestine. 
Sans vouloir prendre parti entre deux savants hébraïsants, il faut avouer que la tra- 
duction de M. Derenbourg a pour elle le bon sens, la vraisemblance. 



NOTICES 

ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 



i 

UN SIDDOUR DU YÉMEN 



J'ai acquis tout récemment de M. Harkavy un siddour du Yémen, 
écrit à San a (fttn "n* b^i nyix tzmp bnpM nb'WEJas) il y a environ 
dix ans 1 , en caractères raschi fort nets, sur du papier solide de 
provenance autrichienne, marqué à l'écu de l'aigle à deux têtes 
des Habsbourg. 

Le manuscrit est très correct. Tout le rituel est ponctué d'une 
façon remarquable; la différence entre le schin et le sin n'est 
point indiquée, le segôl n'existe pas et est toujours remplacé par 
le patah, le schewa quiescent est partout omis à dessein, le 
dagescli n'est mis nulle part 2 , les liatafym sont supprimés sys- 
tématiquement et représentés par un simple schewa mobile ; il 
est cependant bon de noter que le hatafqames provenant d'un 
holem fait exception, ainsi tnmn ; nous le retrouvons aussi dans 
"vVv^ » quant au mot rfptûft, qui vient de ^ibH, il est ponctué iwrcn. 
(A ce propos, nous ferons observer que les lectures pleines abon- 
dent dans le ms.) Le mot rabbi est toujours orthographié "on. 

La cabbale et les « ghematria 3 «jouent un rôle considérable 
dans les annotations ; R. Siméon b. Johaï est honoré au point 

1 Les remarques astronomiques placées à la fin du rituel commencent à l'année 

ttV'nnr:. 

2 Sauf très rarement dans un dalet et, par exception, dans le het de "Q 1 "!. 

3 Eu face du ps. xxv, on lit, p. ex. : t|"bN b$ TDTVB *n53ï;aïl fiT Wb '*»$ 

y-tivh (sic) fcoii Wtfffi p"sna *m iiania ^sb N?:bi p"M ja ym n"^ 
stfim bwa dt b^n riT '«te n^i^n bai . y-iNîi p"mn p"m '5tû 
•p« natta bttTO "parc) ^obn : •p-na ù3!-pa "pafcn p"ia ■paai» fcaarpa bu> 
iDTip roian miN '731» . 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS M 

qu'il y a une prière spéciale à son intention. Cependant Maïmo- 
nide est tenu en grande estime, et c'est d'après son Yad Haha- 
zaqah que les prières sont ordonnées : msinbN 3^m nnSN i« "nrûN 
T^ba* 'pauba t^m>ki "nba nwn bs Nïrba JwnrpabN i-i&nbii: bai 

Je relève encore les noms de "mnakbtf ww, de iwïï dînas, de 
■»*uttpk de baiu:-», qui ont écrit des mtzîpa ». 

Au rituel sont annexés plusieurs morceaux en hébreu et en 
arabe. Sans entrer dans de plus amples détails, je veux seulement 
attirer l'attention sur ce fait qu'au Yémen on suppute l'ère de la 
création en ajoutant à l'ère des Séleucides 3449 ans, comme en 
Europe (v. Tables du Calendrier juif de M. Is. Loeb, Paris, 1886, 
p. 7), et non 3448, comme le voulait R. Saadia Gaon (Tn3>rt 'isd 
de R. A. b. Hiyyah, p. 97) ; on verra plus loin que j'identifie 
néanmoins l'année 1942 des contrats avec 1633 de J.-C. — 5393 de 
la création, parce que cette année-là la veille de Pâque tombait 
un vendredi, comme le veut la suite de la narration ; et, si je 
ne m'abuse, j'ai déjà rencontré d'anciens mss. où le coefficient 
est 3451, soit 309, comme dans notre cas. Je ne crois pas qu'on 
doive s'effaroucher de la mention du sultan Osman, mort depuis 
plusieurs années au moment où se passe l'histoire qu'on va lire, 
car rien n'empêche de supposer que le décret sur la dîme des en- 
fants lui soit attribué, sans qu'on veuille l'identifier avec le sultan 
qui fait acte de justice à la fin du récit. 

La narration dont je parle est placée à la fin du volume ; elle 
roule sur l'accusation du sang et mérite, ce me semble, d'être 
publiée. Le style en est simple et peu châtié ; il paraît étranger 
à toute affectation littéraire, et nous pouvons plus ou moins y 
chercher quelques données sur la façon dont nos frères du Yémen 
parlent l'arabe. 

Pour rendre cette petite étude plus complète, nous aurons re- 
cours aux autres échantillons de langue arabe disséminés dans le 
volume, et principalement à une invocation, fort curieuse sous 
tous les rapports, placée en tête du manuscrit en guise d'avant- 
propos. Nous prendrons pour guides les publications de Michel 
Sabbagh (Gram. d. ar. Umgangssprache, éd. Thorbecke, Stras- 
bourg, 1886), de Spitta-Bey (Contes arabes modernes et Gramm. 
d. vulgararaUscfien Dialects in Aegijpten), de M. Carlo Landberg 

1 Dans une note, le copiste nous apprend qu'il a étudié sous la direction d'un cer- 
tain ifPH^bN. — Israël est Israël Nagâra ; à consulter sur lui un art. de Bemfeld 
dans l'Almanach SpDNÏl pour l'an. 5648. La préface qui l'ait partie de notre ms. se 
trouve, avec quelques variantes orthographiques, dans le recueil des poésies de Na- 
gâra bNTHÎ' 1 mT?3T, imprimé à Venise en 5359, p. 7, recto, sous le n° 4. 



43 REVUE DES ETUDES JUIVES 

[Proverbes de la province de Sayda) et de M. Van den Berg [Le 
Hadhramout et les colonies arabes de l'Archipel indien, Bata- 
via, 1886), pour nous orienter dans les dialectes vulgaires. 

ttù 

-\"yh n"3 baro* ikw 1*15 ■« t<h*\ dna"> N*b s-ian 
'tarcb nfc"pnnN nau> bôrrn^b ïtïto bida'jdNd miijfc 
bidaaON ib p^a nîmo bïï« ^b dfc"pnna i-nao ^d in s t^iïbs 
■^b» b*n«2»bà i» kwi inNibba y^> rra-n^ba ^d faon 
taBncun 8^53 "pm td'mNbnN nu>j> "jNtt'n'* iNLDbitbNb ibsn ia&e> 
-DNo:n É p^ Ntt ' a INabsba ca'na^ b^s-n ù-mba m ^d tombd^n 
d'ndibp ^d ^d "nsraba 3nw ddo p banu^b n^au: ^m TaNnom 
1» fcdaô» 'n bdp w^ c^bïTn t^tt s-ipi "jab to^nDD w ï-tt&oi 
rnr« c^sbo tsi^bN tàn v» '?ûbs ndd nn^ i-nparc t^^ pm nosb^ 
r-iNarabN npds d^unsba ■wbiïi d'm û'î-ibasp •nnntt'n unbi mïrbN 
rrfcfâ'n td'irnorr nvbsb ta'ïT*Kftn ^d bNnia^ vtoi mbpbs ^a 

. û'mbnp'i 

nnto b^p d"Wisb« yn pah» ins î-w&ba Kto -no pdna '»bû 
^d toim Ttasba w fcs'ïtay» ^jnba r<nNïi Ti'mba ^^nrt n'anasb 
b^sa "nba ^73 Fî'anNS i-ib bap d'rrb* -pdanba Tna panm nron 
t^ba ï-woi iindha iwi *t:û pa ^sn v» t-nin i-ib bap d'nb 
û'h prp*i îw» ^bttba s^t^7û msban dTrba bbai n'ï-rba nsan 
• Tana ï» d'natt bnp-> "jbfcba "jn ^b&n i^m îrba ^dmda 

dvios an a^ba rtb^b n'a^n V 3 ^ba^ aorr db iiaNtidD iibbai 
an a-nba bbai j-n?:^ ■nanai i-nnafri )$ïn xbs nbiba liba 
bdp iaai .MS-rba mbbT Ynpi t^bd pbiua di'ibN n^sdi "nïT'bN 
t]^d Tiïrba pn &«dnbNb bVp-« j^-iîibN yn nn^i tziNbdbN t^^n 
nTantt) 1^ V 2 " 1 bNittî^ n^niu ^«■n r^bi tai^- t^b Mari nbnpn 
KDHN t<b ^^D' 1 !-naN5N tzi'db t^bN imw l xn riNàbb» fn^pab 
'3> pa t>t3o-in^ i?3 ^ab oiNn rt"dbN iid^ db ins B|vâtb« ^mbws 

. d-^i p*ao l^a rrNrabNd rt^N 

ï^b^ pbp ïi"dbN bîaNi i^bs n^^^ nb^b n^D^^bN t^^irr psnNd 
'iiïrb» d-n d^d bdNp)3 rr'aNd^-i b^bN bvj nïi^o t^pdi ^Tibx 
binpttb» "ibiba imt liai ï^nN^ab» i^an^bN labirt iwS^ î*<)3bD 
.itût^d diTbN p a*np "ibibN ih^-jd ^n^n ipno n'ka^d n^nbNi 
• d'rrDn^ ^ni n7jpbN ^d b^bbwNd d'rr-i'^a n^nbNi 

n£pd ^ndbN in T>nN ■•Nbi?: >r n'b bNpi ^jb^bN ^a^ «b« nddNd 
^annbN ï-rb !?Np p'iitN t>i7d nn'ira db nbd nb^bb» tn^rr ^» tnna 

1 Le ms. porte Ji^, c'est un lapsus calami évident, par suite d'une réminiscence 
de l'hébreu. 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 49 

M"? bNp . *\b$h ^d tDipï "jn ^lab» in-ins toNbabN -nnbN labND 
t^bN îTïa'abNa INa f<73 . ^p^ *iabbNi . 'jN'm iyztt na^bN ^bitt t-o 
?>n ibNpn naniDNi f^nawubK ■pshabN inih Taa INYn "fbttbN bj>sn 
a'ab c^ 1 -;} f<^ a'nb bNpa *ni"pbK V 3 I 3 ïibb&n Tânoa "fb7ûbN iït^« 
D73Nbaa "nmbN ncNn t^bN bbl nwa ibi r^ï3N:>73 r<3Nbitt r*n ibNp 
■ms»"* -it^pi ï-nnmi îtdoîqk TiimbN "î^Npa ^SNbsbN bina 'tsn 
t^nnb >*bN wba t^iïi îna "ibaN^ î*<ïï iNb wba înb rima 
tormN^ Tabba Dnb n:o ^^d t^bfco t^bNi tobottbN ton nb^D"< 
^bttba j-p^n t*o 13 3n Yn bNpi inNibN aria aa3to jYdi p ï 2 ** ^P" 1 
-jbabN u Nps *pbN fr'as f-nnbN 1)3 "inNibNb '■jbttbN bNpD nmaà i*o 
•jNWNba nmatt *pa t^tinbN "p 'în»! bhtt '^dn mNi inaba ^3Nhbb 
tsu npi t^nnb "jNnDabNa DbN* DttNbNa ï-on ^Nbitt î*o îib b.\p 
. ■jbttb» û'nbnpi s^nrtb rrro to'nb bj>s3 nmbN \sbin n'ian ^ttbai 
f<bN i— r^^i'n s^bi nbi "^b o^b tobN? SrtfND ^*po &*r> ï^-wn t^ttNs 
^bïïbfr* nbuD .Ta ^Nsa nb bNp ï-i'naa pN in'saN t^in Yn 
wba nbnp nsa bip^ ^anNsa i-ib bNpi brÏNbN snbNi ibibN îaN 

.TOb» T3b M'7213 IMUi "rWi , "nfpbN Û'H Mb» "^D ï**i t^b bNp 

bNp .ibibN nbnp *na« bYpn f<tt s-Yb bapi iSNhbN ^b^ba abaa 
^3i»wN73 rvn . ii'bnpi -jbibis mbN ^T5N Yn r<bN c^«3!S in js*!o ^NïîNn 
nk3i i^ab'atbN i^n û'hnj»^ ^b ^bs , n'nnn fa ï-rnïai r<3^73 
to'nb^^i to'rr to'nbnpa ^b)3b^ n^N ï-i'3^n "j>3 ^bttba c^sb^ arûn 
ab'j ^bttbN in an to'rtnaoai to'nbN» n^aNi to'n^bN i«a ï^73n 
x)3 to3>3 aa^b^ ï^snr; "j^a î^?û a'niob^ ab a'n3N a'-b bspi mîr^b» 
anan i'r!i bw\-iuî^ -i73ra v^^ *^i a^" 1 ^^ ^^n a"3> m b«p 
Va nnws ibnpwN t^N in ^aai ^b^bx tonb anaas .^pi to'^b 
*|n"ïbNa n^o^ a^bj> t<bi rnbnp-< in anba a'nnDNn b'bn-" r<-iN^3bN 
.bN-i^ n)3iD , pD , « t^bn ai3^ t^b ri3rj 'à© ïi» a^pt> 

Je Yais essayer de rendre ce morceau dans toute sa naïve sim- 
plicité, en m'efforçant de me rapprocher le plus possible du texte 
arabe. 

Il est écrit : « Or, il ne dort ni ne sommeille, le gardien d'Israël » 
(béni soit l'Eternel à tout jamais). 

Voici ce qui arriva à Israël à Stamboul en l'an 1942 des Contrats 
(4633 de J.-C). 

C'était en Tan 4 942, au commencement du mois de Nissan, à Stam- 
boul. Il y avait dans la ville toute sorte de nations et, daûs le 
nombre, des chrétiens, qui avaient donné au sultan Osman la dime 
de leurs enfants ; et, quand ils les donnaient, on les faisait entrer 
dans la religion des Gentils, et le Sultan s'en faisait des domes- 
tiques, des soldats et des jardiniers ; ce n'était chez eux que haine 
T. XVII, n° 33. 4 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

pour Israël à cause de Jésus le Nazaréen, liaiae qu'ils avaient au 
cœur surtout à l'époque des Pâques (parce que Jésus a été arrêté 
huit jours avant Pâques), et lorsque nous attendons la veille de la 
fête; aussi, quand ce jour arrivait, les Juifs ne s'avisaient pas de 
sortir ni de se montrer à eux et eux, ces pécheurs, la haine demeu- 
rait dans leur cœur, ils éprouvaient du dégoût pour Israël dans ses 
apprêts de fête, le jalousaient et lui en voulaient à mort. 

Or, en cette année-là, il arriva qu'en passant avec un camarade, 
un de ces pécheurs lui dit : « Ces Juifs ! Ils ont à présent leur fête 
des azymes, ils sont dans la joie et l'insouciance; allons les trou- 
bler, s Son camarade lui dit: « Qu'est-ce que nous leur ferons? » 
Il lui dit : « Voici, j'ai mon fils, le fils de mon cœur, mon enfant 
unique ; nous regorgerons et nous le jetterons au quartier des 
Juifs, dans la rue, et demain (nous irons) ensemble — le roi tiendra 
divan — et puis nous nous plaindrons à lui ; et, après cela, le roi 
en tuera, s'il veut. » Mais Dieu (gloire à lui) ne comptait pas ainsi. 
Aussitôt, la nuit de la veille de la fête de Pâque, ils prirent l'enfant 
et regorgèrent quelque part ; et ils voulurent le jeter dans la rue 
Hagg el Iehûd, mais la porte de la rue était fermée, et ils ne purent 
pas y pénétrer. 

Avant cette affaire, un des vizirs avait dit aux docteurs de l'or- 
thodoxie juive :« Comment dites vous "ieiiû É |ttD"»"» isbi ûnr fcô ïIjïi 
bfrn^" 1 ? Et qui sera le gardien des autres pleuples? N'y a-t-il de 
gardien que pour vous? » Ils lui avaient répondu : « 0! seigneur, 
non; nous sommes la race faible, et, si Dieu ne nous garde, qui 
nous gardera ? » 

Ainsi, cet événement se passa la nuit du vendredi 1 de la fête ; et 
Dieu fit descendre de l'agitation sur le vizir, et il passa dans l'in- 
somnie toute la nuit, — el sa demeure était vis-à-vis de la porte de 
la rue des Juifs ; aussi, quand ces deux chrétiens vinrent et se mi- 
rent à jeter l'enfant tué, le vizir était en train de regarder : ils restè- 
rent là à errer, puis ils jetèrent l'enfant et accomplirent leur dessein. 
Et le vizir les vit la nuit au clair de la lune, et voilà qu'il les recon- 
nut. Au matin il se rendit auprès du roi et lui dit : « mon maître, 
je veux te raconter une histoire qui m'est arrivée cette nuit; si je 
ne l'avais vu, je n'eusse cru. » Il lui dit : « Raconte. » Et le vizir 
raconta la chose, et le roi voulut en être assuré ; il lui dit : « 0! 
maître, tiens divan dans la matinée, et la nouvelle te parviendra. » 
La matinée ne se passa pas que le roi fit un grand divan ; les deux 
chrétiens vinrent, se plaignirent et dirent : « roi, nous te deman- 
dons par Dieu la peine du sang contre les Juifs. » Il leur dit : « Que 
vous est-il arrivé ? » Ils dirent : « O ! notre maître, nous avions un 
enfant, tout jeune, qui est entré hier dans le quartier des Juifs pour 
quelque affaire, alors les Juifs l'ont entraîné et l'ont égorgé pour 

1 La veille de Pâque se trouva être en cette année un vendredi, jour du divan 
(cf. Tables du calendrier juif de M. Is. Loeb, Paris, 1886). 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 51 

pétrir dans son sang le pain de la fêle, car ils ne mangent de pain 
pendant cette fête qu'en se servant du sang musulman ; autrement, 
le pain ne leur est pas permis. » Il leur répondit et dit : « Le fils 
duquel d'entre vous était-ce ? » L'un répondit et dit : « Mon fils, ô 1 
roi; vengeance. » Alors le roi dit à l'un des vizirs : « Tiens-le chez 
loi. » Puis le roi dit au second : « Raconte-moi et je veux te faire 
semblable à un des vizirs : voici l'index de la sécurité pour toi. » Il 
lui dit : « O! mon maître, j'étais assis hier au jardin, quand il vînt 
et me dît : tu vois ces Juifs, faisons-leur une ruse, afin que le 
roi les tue. Quant à moi, ô mon seigneur, tu sais que je n'ai ni en- 
fant ni femme ; c'est bien son fils, le fils de son cœur. » Il lui dit : 
« Suffit, bien ! » Puis le roi manda le père de l'enfant et fit sortir le 
premier, et il lui dil : « Eh bien, ton camarade dit que c'est toi qui 
as tué l'enfant. » Il lui dit : « O ! mon maître, c'est bien les Juifs pour 
pétrir dans son sang le pain de la fête. » Alors le roi appela le second 
et lui dit: « Que dis-tu? C'est toi, qui as tué l'enfant. » Il dit: 
« Loin de là, ce n'est pas moi, mais lui, qui a fait sortir l'enfant 
pour le tuer. Que ton homme de confiance vienne avec nous, et nous 
lui montrerons où il l'a égorgé. » Et lorsque l'homme de confiance 
du sultan fut sorti avec eux, eut vu et rendu compte au roi, le roi 
ordonna aussitôt de les tuer eux et leurs familles et ce qui attenait 
à eux, et de confisquer leurs biens et leur gain ; ensuite le roi ap- 
pela les Juifs et leur dit : « Vous ne savez pas ce qui allait vous 
arriver. Que David (la paix soit sur lui) a bien dit : abi di3^ Nb fi^rr 
b&ntt)" 1 ITùW "j^" 1 ! et il est pour vous un gardien sûr. » Le roi fit 
écrire pour eux et scella, que, s'ils rencontraient un chrétien dans 
leur quartier, ils le tueraient sans répondre du meurtre — pour ac- 
complir ce qui est dit : b«Tfii 1SW ■jlB'* abi ûir tfb nsii. Béni 
soit l'Eternel. 

Transcription. Le « gym » est représenté par un guimel sim- 
ple, le « ghaïn » par un guimel surmonté d'un point diacritique ; 
la transcription inverse est adoptée en d'autres pays, mais l'Egypte 
et le Yémen ont de tout temps adopté ce mode, à cause de la 
prononciation dure du g en ces contrées. — Le tes~dyd apparaît 
sous la forme d'un accent circonflexe grec (à peu près un medda) 
ou d'une grosse barre horizontale : l'habitude juive fait redoubler 
le waw et le yod couronnés déjà du tes~dyd. — Le damma est in- 
diqué par un trait presque vertical. — Le hé est souvent écrit à la 
manière cursive des Juifs d'Espagne ; il est alors surmonté d'un 
point, par crainte d'une confusion possible avec le zaïn. 

L'orthographe exprime très fidèlement la prononciation : toutes 
les lettres de l'alphabet arabe, même le e> et le S, si maltraités en 
Syrie et en Egypte, ont conservé leur physionomie, sauf le là qui, 
a de fort bonne heure subi mainte fluctuation (Soyouti cite plus 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de 150 auteurs ayant traité du là et du L ^>) i ; mais ce dernier 
est toujours remplacé par un is = Jb, ce qui permet d'affirmer 
qu'au Yémen il ne dégénère jamais en simple ) — t, comme 
chez les Persans ou môme assez souvent en Egypte (y. Contes 
ar. mod., p. 218, s. v. J^j, et Spitta-Bey, Gram., p. 19-20). On 
peut observer que cette règle s'applique à tous les mss. du 
Yémen. Il faut noter ainon, pour Uài=w, où le dâd s'est fait sâd 
à cause du fa qui le précède. — Le ^ devant un s s'adoucit 
parfois en), par exemple VHP pour vfW, ce qui a, du reste 
pénétré même dans l'arabe littéraire. — Par contre, le <j* de- 
vient emphatique dans le voisinage du b et se transforme en 
ijo, par exemple dans le mot iNabsbat pour ï&rcabobN; illustration 
intéressante de la confusion entre les deux sons, qui date de loin, 
(Hariri Durrât-el-Ghawwàs, éd. Thorbecke, p. 14-15). — Le ya 
de prolongation 2 à la fin des mots se terminant en a est invaria- 
blement reproduit par un n : t^ba « vers », finfeotabs « les chré- 
tiens », ann « jusqu'à», etc., d'après la transcription juive 
usuelle, il est vrai, mais néanmoins plus systématiquement. — La 
désinence féminine, vaguement aspirée pour l'ordinaire (n), s'ac- 
centue en un n à l'état construit : nio, pour iou*, nr^a, pour 
<\x-s.^, ce qui se montre assez fréquemment dans les mss. purement 
arabes de Syrie, etc. ; mais il est intéressant d'observer la forme 

TiT3» pour *j* à l'état construit. — L'élif final 3 de la troisième per- 
sonne du pluriel a naturellement disparu. — Le ya et le mym sont 
redoublés là où l'arabe littéral ne connaît qu'une seule consonne ; 
cependant il n'y a rien là d'anormal : des formes analogues à 
mvb, pour ïàJS' « ruse », apparaissent dans bien des mss. ; 
quant à fo = Jla pour 5 X « sang », telle en est également la pro- 
nonciation en Egypte [Contes ar. mod., p. 8ô). — tshkn et ^ban sont 
toujours écrits avec un a long ; mais dJ)S, avec la chute du fath 
sur le J, est devenu £& = ^n, cf. sur sa prononciation brève 
Sp. B., Gr., p. 78. Je n'ai relevé qu'une contraction insignifiante 
^O^ pour iT"0 N" 1 , qui rappelle jallah pour jâ Allah. Une par- 
ticularité intéressante à noter est la prononciation nbba ùo'n par 
un damma, qui parachève l'aperçu de Spitta-Bey sur l'affinité 
entre la voyelle u et les labiales dans la langue vulgaire [Gram., 
p. 47-48) ; notre exemple est d'autant plus frappant qu'en Egypte 

1 D'après une communication amicale du baron de Rosen. — Sur l'identité de ces 
remarques avec ce qui ^e passe au Hadhramout, v. Col. ar.. p. 239. 

2 Mêmes phénomènes en Hadhramout [Col. ar ., p. 240). 

3 L'apocope au Hadhramout n'a môme pas effleuré le nûn [Col, ar. % p. 242). 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 33 

on prononce encore aujourd'hui bismillâh (Cordes ar. mod., 
p. 79, 1. 1). — La nunation a perdu beaucoup de terrain avec la 
chute des désinences, ainsi : -mr> ixm b^ pour L^jS'b^d J*>, 
ce qui s'accorde avec les règles exposées par Sp. Bey dans sa 
Grammaire et avec les formes de la langue courante, telles qu'elles 
apparaissent dans ses Contes arabes modernes et dans la bouche 
des émigrés du Iladhramout (Col. ar, p. 241). Mais le § 6 de 
la p. 50 de sa Grammaire sur les notes de Ti'râb trouvent une 
confirmation éclatante dans les mots orthographiés de la sorte : 
•jn^bbi pour JuJU^, -jâSl )m pour LS [^ ytfttta pour *&\ky 

•piE"iû pour <£«x*-w 5 ■pn nr* \n pour *Xaw .a£ ^ ; cf. plus haut 
vit* = jjv*. Par réminiscence archaïque, le copiste a écrit une 
(bis NSDm ï^nwn = UàAa^ bUî. — L'orthographe de brïKJtt; 
fON*?3 = Ui^î fi.çxlo n'est pas défectueuse et s'accorde avec la 
prononciation actuelle de cette préposition (v. Sp.-B., Gram., 
p. 381). — Celle de nsno 1 pour Zx*» (large espace) s'explique par 
l'imalah (cf. Landberg, p. 97) : l'accent, ayant prolongé la pre- 
mière syllabe du mot, a nécessité une légère inflexion de la voix 
pour éviter l'homonymie de MsL» heure. — iiTrô = vy? 9 -» répondre, 
n'est pas une anomalie, v. Dozy, Suppl. — On rencontre çà et là 
le suffixe de la deuxième personne du singulier masculin avec un 
alef de prolongation aoririp ^m^fittarn ; cela n ' est P as n0ïl I )lus 
une faute, j'y vois seulement une preuve de ce qu'au Yémen 
on a encore partiellement conservé l'usage de dire ha, tandis 
que les habitants de l'Egypte et même du Hadhramout disent 
toujours ak (Sp.-B., Gram., p. 75, § 33a; Col. ar., p. 241 
et 251). Il y a lieu de rapprocher cette double prononciation de 
celle qui a cours depuis longtemps chez les Juifs pour le suffixe 
hébreu^; nous disons indifféremment ^m et Tjbns, particularité 
qui a échappé à l'attention de Sp.-B. 

Les formes donnent lieu à quelques observations intéressantes : 
on dit N3nN= ^j « nous », comme en Egypte (cf. Gram., p. 73), 
■W = (&à « en moi » (Gram., p. 75) ; mais les anciens pronoms 
démonstratifs ne sont pas encore éliminés, et je n'ai rencontré 
nulle part le relatif moderne elly (Gr., p. 81, Landberg, p. 340) ; 
•nbN est, il est vrai, employé, comme en Syrie et au Iladhra- 
mout, pour ^j<kîî et 4^c)t fcf. Landberg, p. 340, et Col. ar., 
p. 251), et la seule fois où il pourrait être pris pour un ^jJî 

1 La présence du n a été expliquée plus haut. — A noter que l'imalah n'existe pas 
au Hadramout {Col. ar., p. Î39). 



V. REVUE DES ETUDES JUIVES 

réellement classique, il se trouve être le corrélatif de ne : nïï 
rtb b*D3 ^rb», (cf. Gram., p. 315) ce qui n'est guère correct au 
point de vue des grammairiens. — Le pluriel 'jn'itin de y^N « terre» 
est ou bien un lapsus calami pour c^Lô^, ou peut-être une forme 
J&x», qui suppose en effet un singulier jj£. Le nominatif pluriel 
en (jp- se montre dans les locutions un peu anciennes, au lieu du 
^>- plus moderne, qui a généralement pris sa place : ïimptobN 
ïiDIp&Vfcll. — Le même manque de parti-pris s'observe dans l'ex- 
pression J"iîrtttin faNS, qu'il faut évidemment lire y&liôj ^U. — 
Cependant la chute définitive des désinences apparaît clairement 
dans les mots îtdn )n « de son frère », "ibiba isa ^bttba sbas « le 
souverain fit venir le père de l'enfant », etc. — Le pronom de la 
troisième personne est devenu Vn hou, avec préfixe îYb loh ! (à lui), 
ffa boh (en lui); à la suite d'un substantif M'tt^n bidamoh, et d'un 
verbe ttTûfcbb khalastoh [tu l'as délivré), ce qui s'accorde avec 
l'usage égyptien, comme on le peut voir chez Sp.-B., Gram., 
p. 74-75 et 498, n° 61, tandis qu'en Syrie la préposition 3 avec 
les pronoms personnels est presque hors d'usage (Landberg, 
p. 341-342). A noter ma et lrfa$ = £\ (le redoublement du yod 
est là au lieu du tes'dyd) en place de ujj . — La préformante a 
sert à exprimer le présent : '■ôfcFa « il regarde » (cf. Sabbagh, p. 29- 
30; Gram., p. 203 et 208) 2 . — La deuxième et la troisième personne 
du pluriel de l'aoriste sont toujours écourtées : ibipn ^yton, 
comme, en somme, en Egypte (Gram., p. 202). 

La syntaxe ne diffère pas sensiblement de celle qui est exposée 
dans la Gram. de Sp.-B. et appliquée dans ses Contes modernes. 
L'affirmation présentée par nFn — tvi est même en parfait accord 
avec le dialecte de Syrie (Landb., p. 440 3 ); mais il ne faut pas 
soupçonner dans t^bN •niaaD une ellipse à la manière d'un pas- 
sage des Contes modernes, p. 145, rem. 1 4 . De là aussi l'ex- 
pression : "nrrbN fan t^ba « c'est bien les Juifs » [(ce n'est 
rien autre) que les Juifs], Mftn in t^btî « c'est bien lui » 
[(ce n'est personne) sinon celui-là]. — La particule composée 
t^ttbs = \\± semble jouer dans le langage un rôle à part : sans 
parler de r^bs tovbfc* t^Vn "yp J^ttbs, qui signifie lorsque, à 
l'instar du passage chez Landb., p. 296, 1. 13 et 17 (cf. Dozy, 



1 Comme au Hadhr. [Col. ar., p. 233 et 249). 

2 Inconnu au Hadhr. (Col. ar. % p. 243). 

3 Consultez, pour le dialecte égyptien, Gram., p. 410. 

4 Nbfc* ici est l'équivalent de ibN ; 112 Nbfc* = vers chez, n'est qu'un pléonasme 
fréquemment employé au Hadramout (Col. ar., p. 256-2o7). 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 58 

Suppl. aux Blet, ar.), nous le voyons figurer (t**»bs ,psnN s^ttbD 
1&o) dans des phrases où il ne saurait guère être assimilé qifà 
l'expression enfantine : et puis alors. — L'amoncellement des 
particules et leur abus se font jour dans l'expression nb^&i Nhnb 
= LJijub JLi» sur quoi on consultera avec fruit la savante note 
de Landberg, p. 356 ; Tpi t>innb marque la même idée que celle 
qui est représentée parle plus-que-parfait (du subjonctif 1 ). — La 
conjonction initiale revient parfois au milieu de la phrase, quand 
elle est trop longue : ùnnsNn bbr> t-naatabN in iriK ibspa r^a in 
!mbnp"> fN ûnbs ; la répétition de i« eût été évitée dans le lan- 
gage classique par un s placé à propos : a^XS's^AaJLô. — baia 
laabsba « une affaire quelconque », où le substantif est indéter- 
miné, tandis que ^«ba a l'article,, est en harmonie parfaite avec la 
règle énoncée par Sp.-B. pour l'Egypte (Grain., p. 82). — bs \n 
t\$b$ « de tout ce que je crains » est un exemple d'une phrase 
relative indéfinie, qui s'accorde avec ce qu'en dit Sp.-B. (p. 429- 
431), ainsi qu'avec sa remarque sur la rareté du U relatif (p. 81); 
la chute du pronom suffixe peut s'expliquer par l'observation sur 
son peu de valeur dans la prononciation (p. 431). — Sur i«s an 
t^a = ^y^ ylS^U, lisez l'observation de Sp.-B. (Gram., p. 338). 
Pour ce qui est de Y emploi des mots, nous nous contenterons 
de marquer au passage le verbe ^*o dans l'expression rvm Nb 
"i:nb\ qu'on pourrait traduire de la sorte : ils ne se mettaient pas à 
sortir ; ni'fi )12, pour dire « sur-le-champ » ; !-n:ù i^a comme équiva- 
lent de iiafcbn 13 ; p^N db 2 (je n'y aurais pas cru), sans aucun com- 
plément ; rtmiM ^ comme cri de vengeance proféré par quelqu'un 

qui a du sang y$k à réclamer et s'adresse pour cela aux autorités — 
n&Mnoa ; iwaNba ïrrnDn « l'index de la sécurité » , l'index levé pour si- 
gnifier que Y Aman est octroyé ; Jinnn « femme » dans la bouche d'un 
inférieur qui n'ose pas donner à sa compagne le titre de dame (cf. 
Landberg, p. 358 ; en Syrie 3 le mim est simple et non redoublé) ; 
l^sn qui correspond au kef des Turcs et se présente dans une ac- 
ception un peu plus large que dans l'ancienne littérature, car Ibn 
Koreisch (éd. Barges et Goldberg, p. 40) ne le connaît que dans le 

1 V. aussi ci-dessus p. 54, note 4. 

2 lli" 1 ûb avec la syllabe longue du verbe n'a rien qui nous doive étonner ; on 
peut voir à la p. 169 de la Gr. de Spitta-Bey que ùb a presque entièrement disparu 
de la langue parlée en Egypte, et M. Landberg remarque (p. 439 de ses Proverbes et 
Dictons) que ûb se place aussi devant le prétérit ; les particularités de cette négation 
ont donc nécessairement dû s'effacer. 

3 En Egypte aussi, pi. Û^lfi (Bâsim le Forgeron, éd. Landberg. Leyde, 1888; 
version égyptienne, p. 9, 1. 8). En Hadramout on dit également hurmah, pi. harîm 
[Col. ar., p. 96). 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sens de « taper légèrement un enfant du bout des doigts » (ylJb) ou 
même « de la paume de la main » pour le calmer, sens ignoré d'ail- 
leurs de tous les dictionnaires et de tous les glossaires, à tel point 
que Dozy (supplément, s. v. ^.j) avoue ne pas comprendre un pas- 
sade où ce mot est employé ainsi. — t^biin ' « il a été arrêté », sens 
qui manque dans les dictionnaires : c'est-à-dire on s'est arrogé le 
pouvoir sur lui, — dans la langue littéraire le mot eût été mis au 
passif, car l'actif voudrait dire il s'est rendu maître, comme dans 

le *-*s5lî t->b&, éd. .Dozy (p r*4, 1. 2 de la fin), *>o*KiU »^x*,ou 

dans la Chronicité anonyme publiée par Ahlwardt, p. ôa, jjUï <jy<3 ; 
anbpba nbow, comme épithète de Dieu, qui dompte les cœurs 
(cf. Coran, XIII, 2), signification omise par Kazimirsky et im- 
parfaitement rendue par Lane. — Remarquez i*tt = g*, pour 
dire « j'ai »; en Egypte et en Syrie, on se sert de OOLs (Sp.-B., 
Gram., p. 382, Landb., p. 415) ; 13*72 se rapproche plus de 
l'hébreu vzy, qui peut jouer le môme rôle. — A noter ib^si 
Kttb&n dbfcDbN m « ils coupent d'eau le sang musulman », mot à 
mot ils font le sang du musulman ou le sang musulman et l'eau. 
— L'expression gù pour indiquer la forme d'une personne, 
la personne elle-même (cf. Lane 2 ), apparaît dans la locution : 
naaiBNbai oissbN n&*"nabNi mbpba. - Les tyrans sont nommés 
rnawttbtt, mais aussi iWÉriDbK ; la mansuétude, l'affabilité se 
dit narasobs (cf. Sp.-B., Grarn., p. 121-122 sur la formation 
des noms abstraits). Je ne crois pas m'égarer en lisant une fois : 
•nrpbN 3n « la rue des Juifs » (Dozy donne, sous le rad. je, ce sens à 
J^j, et une fois : Yimbtf pn « l'orthodoxe juive ». Quant à nDNn 
TimbK, je crois qu'il faut entendre par là le bord, la limite, le 
domaine, le quartier des Juifs. — Les degrés de la hiérarchie ad- 
ministrative vont dans l'ordre descendant, comme suit : "paNb^bN 
C]NTD3b«l r^nnban tnaNbai, c'est-à-dire les sultans, les émirs, les 
vizirs et les baillis. Dans la hiérarchie céleste, les anges sont 
appelés ïnonpttbKi 'pmpttba rwabttb», c'est-à-dire les anges rap- 
prochés de Dieu et célébrant ses louanges (v. sur le mot iia-ipfcbN 
Qazwini, tiJbsJI ç^Uè çAx^, éd. Wùstenfeld, p. 55, vers la fin, 
et Guyard, Fragm. Ismaélis, p. 162) Dieu lui-même est invoqué 
comme ^y^\^ ôlfll ^ U ^y'Si\ = ■pïbNi E^abi* pn ï^ïto ïnppEba; 
que comprendre sous ces initiales? Faut-il y voir le commence- 
ment des mots ^ïUJ^ JuolÛÎ, comme exprimant l'essence des 

1 Le redoublement du wav n'est ici qu'une affaire de prononciation, pour qu'on 
n'en lasse pas une diphtongue. 

2 Kazimirt-ky est incomplet sur ce point. 



NOTICES ET EXTRAITS DE MES MANUSCRITS 57 

anges et des démons (Qazwini, p. 55, 1. 4) 1 ? Il est aussi appelé 
nmbN ïibba = rj«x*M ^î ; ce mot a exercé la sagacité des sa- 
vants depuis le siècle dernier; après de Sacy, qui a résumé et 
discuté (Chrest. ar., III, p. 365-366) l'opinion de ses devanciers 
[l'explication de J. de Hammer (/. As., 1830, I, p. 72) n'a pas 
grande valeur; Kazimirsky est bref et incomplet] 2 , Gotelle (J.As., 
1848, II, p. 521-525), que cite Dozy (Suppl., s. v., ^), donne un 
exposé fort intéressant de la question. Son travail nous donne la 
clef d'une autre expression asittbtf ihabhbN psiba prm ; c'est 
évidemment une allusion au <Xax*w jJ ajI^-, qui sert de talisman 
(p. 522-523) ; donc les Juifs du Yémen se servent de la langue 
arabe aussi pour les amulettes. L'emploi de rmnbN que nous ve- 
nons de signaler confirme l'assertion par trop vague de Sabbâgh 
^ ; Jî iuuL*.* lJj£, Paris, 1857, cité Chr. ar., III, p. 365, et J. As., 
1848, II, p. 521 : Jl*3 *iï\ ^ ^Jy y' uA^ (**» ^ *^ c d**»* 
il n'avait évidemment pas rencontré ce mot appliqué à Dieu ; or, 
ce ne sont pas les Musulmans seuls qui le lui attribuent, mais 
encore les Juifs. 

La langue des Juifs est naturellement émaillée de mots et de 
locutions hébraïques, qui ont souvent pris une légère teinte arabe. 
Les noms propres de la Bible sont indifféremment prononcés sui- 
vant leur forme originale ou celle qu'ils ont reçue en arabe; quel- 
quefois les deux s'entremêlent : pKnsi. Les fêtes conservent leur 
dénomination : nDD ,ûTtS3 ^n ïiy ; et îeur idée entraîne encore 
d'autres emprunts à l'hébreu : nos yis mpaiû "pn. Les chrétiens 
sont appelés j*»nN£3bN, mais le fondateur de leur religion nu^ 
ou "nau bwS *w\ L'islamisme, c'est û^ba m 3 . Le fanatisme, 
c'est MWU5 ; les fanatiques sont flétris du nom de ta^tûisbN ; 
^n^n ^bttba dnb arûNû paraît être une réminiscence du livre 
d'Esther. Dieu est appelé tantôt nbb^, tantôt ïr"nba [t*nn Tnab»]. 
Les emprunts à l'hébreu sont, on le voit, rares et typiques. 

David de Gunzbourg. 

1 Les mystiques affectionnent cette manière de parler ; cf. Journal Asiatique, 1848, 
I, p. 159 (texte ansâri) : * Les degrés célestes d'Ahmed pour lequel je donne mon âme 
sont entre a (hé) et J (lam) » (Probablement le S et le J du nom d'Allah). 

2 Citons encore pour mémoire Erdmann, Zeit. d. Deutsch. Morg.(res.,\X, p. 615. 

3 Remarquez que l'article arabe sïmpose ici à une locution tout hébraïque, qu'il 
vient couper en deux pour lui donner une physionomie étrangère. 



L'ORGUEIL DE SALOMON 



Une des légendes les plus répandues au moyen âge est celle 
qu'on appelle communément le dit du magnificat ou de l'orgueil l . 
En voici le résumé d'après la version la plus ancienne et la plus 
populaire, celle du Gesta Romanoram. 

Un roi nommé Jovinien, emporté par un mouvement d'orgueil, 
s'écrie : « Y a-t-il un autre Dieu que moi? » Son blasphème reçoit 
bientôt son châtiment. Comme il est à la chasse, la chaleur l'ac- 
cable et, pour se rafraîchir, il se déshabille et se plonge dans une 
rivière. Quand il veut reprendre ses vêtements, il ne les retrouve 
plus : quelqu'un, qui lui ressemble entièrement, les lui a dérobés 
et a pris sa place sur le trône. Malgré sa nudité, il se rend chez 
un de ses serviteurs et veut se faire reconnaître, mais le servi- 
teur lui répond : « Misérable fou, l'empereur est déjà revenu dans 
son palais! » Puis il va chez deux de ses officiers, mais partout 
on le repousse en lui répétant la même phrase. Et même, pour 
châtier sa présomption, on le frappe, on le chasse, on le met en 
prison, au régime du pain et de l'eau. Quand, à la fin, il parvient 
à obtenir une audience de la reine, ses propres chiens lui sau- 
tent au cou pour le dévorer. Le faux roi, voulant mettre fin à son 
insolence, ordonne de le mettre à mort. Dans sa détresse, il s'hu- 
milie et se confesse à un pieux ermite. C'est le signe de la fin de 
ses épreuves, le faux roi lui révèle qu'il est un ange envoyé par 
Dieu pour abaisser son orgueil. 

Ce récit paraît inspiré par la légende de Salomon telle qu'elle 
est contée chez les Musulmans. Les Arabes ont été les grands 
pourvoyeurs de ces contes moraux ; les relations des peuples occi- 

1 Pour éviter tout luxe inutile de notes, nous nous bornons, une fois pour toutes 
à citer Varnhagen, Ein indisches Mârchen auf seiner Wanderung , Berlin, 1882, 
in-8°. qui a étudié tout au long cette légende et en a donné toutes les versions. Cette 
monographie doit être complétée par celle de M. Wesselof'sky, Neue Beitrœge zur 
Geschirhte der ftalomonssage, Archiv f. slavische Philolorjie, 1882, p. 393-411 et 
548-590. 



L'ORGUEIL DE SALOMON 59 

dentaux avec Byzance et les Croisades, qui rapprochèrent deux 
civilisations qui jusqu'alors avaient peu de points de contact, ont 
facilité ces importations orientales. 

Salomon avait un anneau sur lequel était gravé le nom de Dieu, 
et qui lui assurait l'empire du monde. Il avait coutume de le con- 
fier à sa femme, quand il se retirait pour ses besoins. Un jour, sur 
l'ordre de Dieu, un div, ayant pris la forme du roi, se fit donner 
l'anneau par la reine et s'assit sur le trône. Quand Salomon re- 
vint, il fut repoussé avec dédain et il sortit du palais. Partout 
où il allait et disait qu'il était Salomon, on le battait. A la fin il 
se fit pêcheur et vécut de son travail. 

Pendant ce temps, le div commettait des incongruités, qui 
éveillaient les soupçons de ses femmes, et Assaf, le conseiller du 
roi, s'aperçut bientôt que c'était un faux Salomon. Il fit réciter le 
Pentateuque devant lui, et le div, n'en pouvant supporter la lec- 
ture, s'enfuit. Il jeta l'anneau à la mer, un poisson l'avala et, par 
miracle, Salomon le prit dans son filet. L'ayant ouvert, il y trouva 
l'anneau et, grâce à lui, put remonter sur le trône *. 

Il va sans dire que, comme la plupart de leurs légendes bibli- 
ques, les Arabes tenaient cette histoire des Juifs. Le ïalmud de 
Babylone raconte, en effet, ceci : 

Salomon ayant dit à Asmodée: Quelle supériorité avez-vous sur 
nous? Asmodée lui répondit : Enlève-moi cette chaîne et livre-moi 
ta bague, et je te montrerai ma supériorité. Salomon le délia et 
lui donna sa bague. Aussitôt Asmodée l'avala et, appuyant une de 
ses ailes au ciel et l'autre à la terre, il le chassa à quatre cents 
parasanges de là. Salomon, dans son nouvel état, répétait : Quel 
avantage l'homme retire-t-il de tout le mal qu'il se donne sous le 
soleil? voilà le lot de tout mon travail. Et il allait devant les portes 
disant : « Moi, Kohélet, j'ai été roi sur Israël à Jérusalem. » Il ar- 
riva ainsi devant le Sanhédrin, et les rabbins se demandèrent 
pourquoi ce fou s'opiniâtrait dans le même refrain. Pour en avoir 
le cœur net, ils dirent à Benaya que son maître le mandait, mais 
celui-ci répondit qu'il n'avait pas été appelé. Ils s'informèrent 
auprès des femmes du roi si leur mari venait les voir ; puis, sur 
leur réponse affirmative, ils leur conseillèrent de lui regarder les 
jambes. Elles firent répondre qu'il portait des chausses, qu'il vou- 
lait user de ses droits dans quelque état qu'elles fussent et que sa 
mère même n'était pas à l'abri de ses instances. Les rabbins don- 
nèrent alors à Salomon une bague et une chaîne sur lesquelles 

1 Voir Chronique de Tabari, I, p. 451 et suiv., et. Weil, Bill, Legenden d. Mu- 
sulmane ', p. 271. 



60 RE VIE DES ÉTUDES JUIVES 

était gravé le nom de Dieu. Quand Asmodée vit Salomon, il s'en- 
vola. Malgré cela , Salomon eut toujours peur de lui, et c'est 
pourquoi il est dit qu'autour de son lit étaient toujours soixante 
guerriers, à cause de ses craintes (Guittin, 68 &) ». 

Mais ne peut-on pas remonter plus haut, et ne serait-il pas 
piquant de surprendre les Juifs acceptant d'un récit païen les 
traits d'une histoire qu'ils auraient rapportée à leur plus célèbre 
roi? La chose n'aurait rien d'invraisemblable, on a ici même 
cherché à découvrir dans le Ramayana les origines d'un épisode 
de la vie de David, telle qu'elle est racontée par le Talmud 2 . . 

Or, justement, dans les Indes, circulait un récit qui, conté de 
façons diverses, avait pour éléments principaux ce qui suit: 
Un roi, que l'âge avait rendu impotent, était un jour à la chasse, 
en compagnie d'un magicien qui possédait l'art précieux de se dé- 
pouiller de son corps pour en revêtir un autre. Le magicien, qui 
l'avait instruit de son art, lui conseille d'expérimenter sa science 
et de quitter son enveloppe usée pour entrer dans le corps vigou- 
reux d'un jeune homme récemment privé de vie, ou, suivant une 
autre version, d'un cerf qui passait devant eux. Le roi se laisse 
persuader et va se loger dans ce corps qui ne lui appartient pas, 
mais pendant ce temps, le magicien s'empare de sa dépouille et 
retourne à la ville, où il prend la place du vrai roi. Dans certains 
récits, par précaution, il tue d'abord celui-ci; dans d'autres, le 
malheureux dépossédé, après divers avatars, remonte sur son 
trône. 

Pour le coup, la théorie de Benfey était encore une fois confir- 
mée, c'est l'Inde qui était la source de cette fiction, comme de 
presque toutes celles qui ont amusé ou instruit le moyen âge. 
Aussi M. Varnhagen, qui s'est fait récemment l'historien de notre 
conte, n'a-t-il pas manqué d'accepter l'hypothèse du maître. 

Il y a aussi dans le domaine de la science des engouements. Il 
suffit qu'une théorie soit séduisante dans ses grandes lignes pour 
qu'aussitôt des disciples malavisés se croient tenus d'y faire tout 
entrer, coûte que coûte, et c'est par ces imprudences qu'ils y por- 
tent les premiers coups. L'Inde n'est pas le foyer unique de la 
civilisation, et dans plus d'une région l'imagination s'est donnée 

1 Le texte du Talmud de Babylone est inconnu aux anciens Midrasehim, il est 
reproduit pour la première fcis dans le Midrasch sur les Psaumes; puis il est utilisé 
par la paraphrase araméenne de i'Ecclésiaste (I, 12) et le Hibbour Mnasiot, qui ont 
combiné cette version et celle du Talmud palestinien (voy. p. 63). — Einsenmeager 
ciic une autre variante, celle-ci très romanesque, de cette légende; elle est empruntée 
au Emek Uammelekh, ouvrage cabbalistique, et n'est qu'une copie arrangée de la 
version arabe. 

1 Revue, t. II, p. 300. 



LORGUEIL DE SALOMON Cl 

libre carrière, a entante des récits amusants pour distraire la mi- 
sère humaine et répondre aux questions que se posait l'enfant ou 
la raison encore mal affermie. Il ne sera pas inutile de le montrer 
une fois de plus. 

Après avoir résumé l'histoire que M. Varnhagen trace de cette 
légende, je veux maintenant la discuter pas à pas. 

Quand on étudie une légende midraschique qui a pour héros un 
personnage de la Bible, il faut, avant tout, établir qu'elle ne peut 
découler du texte de l'Écriture, qu'elle n'a aucune attache avec lui 
et qu'elle échappe à tous les modes de construction du genre. Un 
des agents les plus ordinaires des créations aggadiques est le désir 
de résoudre des difficultés que soulèvent deux textes qui se con- 
tredisent. Et, à la vérité, c'est aussi celui de tous les contes ; 
remplacez les textes par l'observation des faits et les idées mo- 
rales, et vous aurez l'origine de presque tous les récits popu- 
laires. 

Or, précisément pour Salomon, il y a dans la Bible un verset 
qui contredit tout ce qu'elle raconte d'autre part, c'est celui de 
l'Ecclésiaste, i, v. 7 : « Moi, l'Ecclésiaste (plus haut nommé fils de 
David), j'ai été roi sur Israël à Jérusalem ». S'il l'a été, c'est donc 
qu'il ne l'était plus, comment donc comprendre que le livre des 
Rois ne souffle mot de sa déchéance? Pour lever la difficulté, il 
suffisait d'imaginer que Salomon avait perdu la royauté quelque 
temps et l'avait recouvrée ensuite. Mais, comme l'histoire passe 
sous silence cet interrègne, on était amené à supposer qu'il avait 
été remplacé par un pseudo-Salomon. En outre, comme l'Ecriture 
parle de son infidélité a Dieu, de sa désobéissance aux lois du 
Pentateuque, il était naturel de faire de cette déchéance une ex- 
piation, de ce pseudo-roi un envoyé du ciel chargé d'humilier son 
orgueil. Par là aussi s'expliquait cette terreur dont Salomon, au 
dire de la Bible, était accablé durant la dernière partie de sa vie : 
le souvenir de son épreuve pesait sur lui comme un cauchemar, 
et la crainte de retomber dans la même disgrâce lui défendait tout 
repos. 

En général, ces créations aggadiques ne sont pas des concep- 
tions originales de l'imagination, elles sont le décalque de quelque 
autre épisode analogue raconté par la Bible. Ainsi, la légende ag- 
gadique d'Abraham jeté dans la fournaise ardente pa^ le roi Nem- 
rod, si elle a pour point de départ l'explication étymologique, la 
traduction du mot Ur du verset : « Je t'ai fait sortir de YUr 
{= fournaise) des Chaldéens »,n'en tire pas moins sa substance de 
l'histoire des trois jeunes gens, compagnons de Daniel, jetés, eux 
aussi, dans une fournaise ardente par un roi de Babylone, pour 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n'avoir pas voulu adorer comme un dieu ce puissant fait de chair 
et de sang. En d'autres termes, ces créations sont très souvent de 
simples réminiscences. 

Or, pour Salomon, un exemple s'imposait, qui fournissait d'a- 
vance le cadre d'une leçon infligée à l'orgueil, c'était l'histoire de 
Nahuchodonosor. Comme Salomon, le roi de Babylone est devenu 
un souverain grand et puissant, dont la domination s'étend jus- 
qu'aux extrémités de la terre (Daniel, vi, 22) l . Mais voilà qu'une 
voix du ciel se fait entendre, et le roi perd son trône et est chassé 
d'entre les hommes, il mange l'herbe des animaux, son cœur est 
changé en cœur de bête pendant sept ans, pour qu'il reconnaisse 
que le Tout-Puissant domine sur les hommes et donne la royauté 
à qui il lui plaît (31-33). Mais à la fin des temps, il lève les yeux 
vers Dieu, le sens lui revient, il s'humilie devant le souverain Roi 
et il est rétabli sur son trône (34-36). 

De tout cela il sortit un récit ainsi conçu : Salomon, s'étant 
enorgueilli devant Dieu, fut supplanté sur le trône par un être 
surnaturel, condamné à vivre misérablement en répétant avec 
tristesse : Moi, Salomon. j'ai été roi sur Israël à Jérusalem, et 
après qu'il se fut repenti de sa présomption, il rentra dans sa 
dignité. 

Ce récit s'est encore conservé dans toute sa simplicité dans la 
version du Talmud de Jérusalem (voir plus loin), tandis qu'il s'est 
amplifié, compliqué et altéré dans celle du Talmud de Babylone, 
conformément au génie de la aggada dans ces deux recueils. La 
composition en doit être ancienne, puisque deux versions s'en 
sont formées séparément et que les docteurs au ni e siècle déjà, 
et en Palestine et en Babylonie, discutent sur cet interrègne de 
Salomon {Sanhédrin, 20 &; Megilla, 11 & ; Kohélet Ràbba, II, 2). 

Pour renoncer à ces conclusions, il faudrait y être contraint 
par une ressemblance si frappante de cette légende avec la ver- 
sion indienne, ou par des traits si particuliers dénonçant une 
origine étrangère, que tout doute ne fût plus permis. Mais il n'en 
est pas ainsi. La seule analogie consiste dans cette circonstance 
que dans les deux fables il est question d'une substitution de per- 
sonne. Mais l'une et l'autre substitution n'ont pas le même ca- 
ractère : ici c'est un véritable avatar, un homme par son art se 
dépouille de son enveloppe pour entrer dans une autre, là, plus 
d'avatar, un être mystérieux, envoyé par Dieu, prend l'apparence 
d'un homme, lequel, conservant sa personnalité, mais ne pouvant 



1 Rab et Samuel disent, dans Sanhédrin, 20 £, et Meguilla, 11 b, que Salomon aussi 
régna sur le monde entier. 



L'ORGUEIL DE SALOMON 63 

se faire reconnaître, est forcé de s'enfuir. Quand il recouvre sa 
royauté, il n'a pas besoin de se transformer, son Sosie n'a quà 
disparaître. Dira-t-on que ces substitutions sont inconnues au 
génie des légendes juives, je répondrai que rien n'est plus fré- 
quent, au contraire, dans la littérature talmudique, étant donné 
le pouvoir qu'on reconnaissait aux êtres célestes. Quand, par 
exemple, Pharaon ordonne de décapiter Moïse, un ange vient 
prendre sa place et son apparence pendant qu'il s'enfuit loin de 
l'Egypte (j. Berachot, 13 a). 

Tout le savant échafaudage de M. Varnhagen tombe donc; l'iti- 
néraire suivi par la légende n'a donc pas son point de départ 
dans les Indes : il est en Judée. J'ajoute que les étapes ne sont pas 
mieux fixées, à mon avis. La légende, née chez les Juifs, a rayonné 
chez les Arabes, sans aucun doute, puis de là chez les Byzantins, 
tout probablement. Mais ce n'est pas de ceux-ci que les Européens 
tiennent le dit de Jovinien. Si, en effet, il en était ainsi, com- 
ment expliquer et la transformation du démon en ange et la dis- 
parition de l'épisode si typique de la perte de l'anneau? En outre, 
dans la version arabe, la moralité ne paraît plus, ce n'est plus 
qu'une anecdote sans visée à l'édification. Les Musulmans consi- 
déraient trop Salomon comme le sage par excellence , comme 
le prophète de Dieu, pour lui prêter des sentiments d'orgueil 1 . 
Seuls, les Juifs gardaient dans l'appréciation des personnages de 
la Bible cette liberté de jugement ; du moment qu'ils pouvaient se 
retrancher derrière un texte, leur conscience était tranquille, et 
aussi bien qu'ils réhabilitaient les criminels les plus endurcis, 
comme Achab par exemple, ils ne se faisaient pas' scrupule de 
charger la mémoire des héros les plus vénérés de leur histoire, 
comme Joseph, entre autres. M. "Wesselofsky, qui cependant igno- 
rait la version du Talmud de Jérusalem, n'hésitait pas à suppri- 
mer tout intermédiaire entre les Juifs et les Occidentaux et fai- 
sait de la version du Talmud de Babylone la source immédiate du 
conte de Jovinien 2 . Qu'aurait-il dit s'il avait lu cette variante? 

Rabbi Aha dit : Salomon se vantait d'avoir transgressé les trois 
défenses faites au roi par le Pentateuque. Il est écrit que le roi ne 
devra pas prendre beaucoup de femmes (Deutéronome, xvn, 17), or 
les Rois rapportent le grand nombre de femmes qu'il eut (I Rois, xi, 



1 Pour eux, le seul crime de Salomon est d'avoir, à son insu, toléré qu'une prin- 
cesse captive qu'il voulait épouser adorât la statue de son père comme une idole. En- 
core, quand il l'apprend, s'empresse- 1- il de briser la statue, de punir la jeune fille 
et de demander en pleurant pardon à Dieu de ce péché involontaire. 

2 Archiv fur slavische Philologie, t. VI, 1882, p. 556. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

3); qu'il n'aura pas beaucoup de chevaux (DeuL, xvn, 16) : il avait 
40,000 écuries... (I Rois, v, 6) ; qu'il n'amassera pas beaucoup d'or et 
d'argent (ibid.) : il répandit à Jérusalem l'argent comme si c'était des 
pierres (I Rois, x, 27). Dieu lui dit alors : « Que fait là cette couronne 
que tu portes sur la tète, descends de mon trône ». Rabbi José ben 
Hanina ajoute : « Alors vint un ange qui prit la ressemblance de Sa- 
lomon, le renversa de son trône et se mit à sa place. Quant à lui, il 
allait de porte en porte, devant les synagogues et les écoles, répétant : 
« Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi sur Israël, à Jérusalem ». Tous lui 
répondaient : « Le roi est assis sur son trône et tu dis que tu es 
l'Ecclésiaste ! » Et ils le frappaient à coups de bâton et lui donnaient 
un plat de haricots. Alors il s'écria : « Voilà donc ce qui me reste 
(Ecclés., ii, 10). — Qui l'a accusé? Rabbi Josué ben Lévi dit : « Le yod 
du mot yarbé ' ». D'après Rabbi Schimon ben Yohaï, le Deutéro- 
nome se présenta devant Dieu et se déroula, en disant : Seigneur, tu 
as décrété dans ta loi qu'un acte en partie annulé l'est entièrement 
et Salomon veut me supprimer. Dieu lui répondit : Salomon et mille 
de son espèce seraient plutôt anéantis qu'une seule parole de la Loi 
(Jér. Sanhédrin, 20 c; Pesikta de R. Kaàna, p. 168 #-169 a; Vayikra 
Rabba, XIX, = Schir Haschirim Mabba,V, 9; Kohélet Rabba, 11,2; 
Tanhouma, éd. Buber, III, p. 28 ; Rut h Rabba). 

Les traits communs entre les deux récits sont caractéristiques : 
des deux côtés, l'épreuve du roi lui est infligée pour l'humilier, 
c'est un ange qui est l'instrument de Dieu, le roi dépossédé répète 
qu'il est le roi, mais personne ne veut le croire, il va de porte en 
porte pour se faire reconnaître de ceux qui ont été à son ser- 
vice, on lui répond qu'il est fou puisque le roi est assis dans son 
palais 2 , il reçoit des coups et est condamné à une nourriture mi- 
sérable. Il est vrai que l'épisode de la chasse et du bain rappelle 
singulièrement le récit indien, mais comme tout le monde con- 
vient que celui-ci n'a pu donner naissance à la version de Jovi- 
nien sans l'intermédiaire de celle du Talmud, il en résulte seule- 
ment qu'il y a eu ici fusion de deux histoires analogues. 

Il faut donc, quelque étonnante que soit cette conclusion, ad- 
mettre un rapport direct entre la littérature juive et le rédacteur 
de la version occidentale archétype. 

Coïncidence vraiment remarquable, la littérature russe nous 
montre un emprunt du même genre pour la légende de Salo- 
mon, mais là plus complet encore. Elle possède bien toute une 

1 Des trois défenses du Deutéronome énumérées plus haut. Le yod étant la marque 
du futur rend l'idée de commandement ou de défense. 

2 11 esta remarquer que le Talmud de Jérusalem pour rendre le mot « trône » se 
sert du terme grec basileion, qui a pu très bien être traduit par • palais ». Peu im- 
porte d'ailleurs qu'il y ait < trône » ou « palais ». 



L'ORGUEIL DE SALOMON 65 

famille de récits qui appartient à la môme branche que celui de 
Jovinien î ; mais, à côté, elle nous a conservé une traduction 
littérale très ancienne de toute la page du Talmud de Babylone 2 . 

Toutes ces singularités me font croire qu'il a existé au moyen 
âge plus d'ouvrages qu'on n'en connaît, de Juifs convertis ou de 
clercs abouchés avec des rabbins qui, comme Raymond Mar- 
tini et Eisenmenger, ont réuni un grand nombre de textes légen- 
daires du Talmud et du Midrasch et, par là, les ont fait entrer 
dans le domaine public. 

Quand on lit YHistoria Scholastica de Pierre le Mangeur 
(xn e siècle), qui fourmille de traits empruntés à la littérature 
midraschique et qui ne lui étaient pas fournis par les Pères de 
l'Église, on est tenté de lui prêter, comme à Nicolas de Lyre et 
à Luther, un collaborateur anonyme recruté parmi les savants 
juifs. Supposer, comme veut M. Gaster 3 , une infiltration de tra- 
ditions venues des Slaves et propagées par des hérétiques, c'est 
expliquer obsciirum per obscurius. 

Israël Lévi. 



» lbid. % p. 559. 

2 Vogt, Die denhcheu Dichtungen von Salomon und Markolf, Halle, 1880, p. 213. 
CL Revue, t. VIII, p. 204. 

3 llchester Lectures on Grecko-slavonic Literature, Londres, 1887, p. 147 et suiv. 



T. XVII, n° 33. 



INSTITUTIONS (niOT) DE RABBINS FRANÇAIS 



Outre les institutions très connues du fameux R. Gersom de 
Metz, surnommé la « lumière de l'Exil », il en existe d'autres 
établies par R. Jacob de Ramerupt, le petit-fils de Raschi, mieux 
connu sous le nom de Rabbénu Tarn. Les unes et les autres sont 
imprimées, mais, pour les secondes, les noms de pays et les noms 
des signataires qui y figurent (car R. Tarn n'est que le promoteur 
de ces décisions) varient dans les mss.; c'est pourquoi nous repro- 
duirons ici le texte du ms. du Musée Britannique, n° add. 11639, 
fol. 254 &, qui rectifie quelques passages peu sûrs du texte donn.é 
dans le journal hébreu Halebanon (année II, p. 91), par feu 
M. Goldberg, et tiré du ms. 206 de la bibliothèque de M. le baron 
de Gùnzburg, lequel manuscrit renferme le Semag de Moïse de 
Gouci. M. Goldberg n'est pas le premier qui les ait reproduites, 
on les trouve déjà, sous une forme abrégée, entre autres, dans les 
Réponses de R. Méir de Rothembourg (voir la lettre de M. Halber- 
stam dans Halebanon, II, p. 266). Nous connaissons deux institu- 
tions différentes : l'une recommande aux Juifs d'arranger leurs 
différends devant les tribunaux juifs, cette recommandation est 
faite par les rabbins de Troyes, de Dijon, d'Auxerre, de Sens, 
d'Orléans, de Châlons, de Reims, de Paris, de Melun, d'Etampes 
et des environs de ces villes, de la Normandie, du district de la 
mer (ia côte) d'Anjou, de Poitou et de Lothair (Lorraine), et 
signée par Samuel, Jacob, Isaac et Salomon fils de R. Méir, dans le 
ms. de M. Gùnzburg ; dans le ms. de Londres par Jacob et Samuel 
fils de R. Méir, Samuel fils de Jacob, Isaac fils de Salomon, Troyes, 
Auxerre, Sens, Péree fils de Menahem de Dreux, et Isaac fils de 
Néhémie. 

Si le nom d'Isaac fils de Salomon du ms. de Londres pouvait être 
considéré comme une faute pour Isaac fils (de Méir et) Salomon, 
(fils de Méir) du ms. de M. Gùnzburg, on pourrait en conclure 
avec M. Goldberg, que, d'après les écrits rabbiniques, R. Méir 
avait quatre fils, dont trois sont connus sous les formes abrégées 



INSTITUTIONS DE RABBINS FRANÇAIS 67 

de ù's'to'-i (Samuel), rf-i (R. Tarn) et d'arV*] (Isaac) et dont le qua- 
trième serait Salomon, connu, pour la première fois, par la pu- 
blication de M. Goldberg. Malheureusement un manuscrit de la 
bibliothèque de feu M. Carmoly (voir Graetz , Gescliichte der 
Jaden-, t. VI, p. 200, 2 e édition) s'accorde avec celui de Londres 
pour mettre après les noms de R. Tarn et de Raschbam, les sui- 
vants : Isaac fils de Salomon de Paris , Samuel fils de Jacob 
d'Auxerre, Isaac fils de Néhémie de Drôme (sans doute om, 
Dreux, voir ci dessous, p. 154), et Péreç fils de Menahem (que 
M. Graetz croit devoir corriger en Menahem fils de Péreç de 
Joigny), au lieu des noms de Isaac et de Salomon fils de Méir, du 
ms. de M. Gùnzburg. D'un autre côté, Méir de Rothenbourg (voir 
la lettre de M. Halberstam citée ci-dessus, p. 66) ne donne pas 
non plus Isaac et Salomon fils de Méir comme signataires de 
notre document. C'est pourquoi M. Halberstam avait raison de se 
demander si les deux noms représentent vraiment deux frères 
de R. Tarn ou s'ils ont été ajoutés plus tard, comme c'est 
le cas pour plusieurs autres dans les consultations de Méir de 
Rothenbourg. Depuis ce temps, le nom d'un Salomon frère de 
R. Tam, a été signalé ailleurs. D'abord dans la liste des rabbins 
du moyen âge, œuvre posthume de M. Luzzatto (Magazin de 
M. Berliner, V, p. 22 partie hébraïque), où le nom de Salomon 
frère de Jacob de Ramerupt est donné sur l'autorité du Mahazor 
Vitry, manuscrit alors dans la bibliothèque d'Almanzi, à pré- 
sent au Musée Britannique à Londres (Add. 26.200, fol. 153). C'est 
probablement de la môme source que M. Schiller-Szinessy [En- 
cyclopédie Britannica, vol. XXX III, p. 39) a tiré son Salomon, 
frère cadet de R. Jacob ; il renvoie, en effet, au ms. de Londres 
aussi, mais sans donner le passage hébreu et sans mentionner 
ses prédécesseurs, ce qui est sa méthode habituelle. Voici ce pas- 
sage, d'après la copie que M. Schechter a bien voulu en faire pour 
nous ; il nous semble concluant pour l'existence d'un Salomon, 
frère de R. Tam (il s'agit, dans ce texte, de permettre à un b^a de 
sortir de sa maison pendant les sept jours de deuil pour compléter 
le minyan). On y lit, fol. 158 I) : n^nn iman "îbia-iVT nn pnsf ■*« 
■rott r^m "p npsn inn bu> m spr 'nn t^rb^a ï-p2 r^annan 
ïtttbtiî Pm \ ib 312^ noa^in rraa nn^i ir^a nra» bbanma ihni îsaft 
E|ot> t*onnb *jb -pria npsn irai ib 'r*n bbsnïï ïtiïtiû trm tin 
û^riNi hxMiv nm*i p pro^ 'n nnnn Miy nb'O nDD^n rnsb s sn 
: 1513 'ni vhnîi ■rçsb ïittbtt 'n n^n IT noisn n^nb anus )vs Mil 
a Moi, Isaac, fils de R. Dorbolo, j'ai assisté à Ramerupt au fait 
suivant qui est arrivé à Joseph, fils de R. Tam. Après avoir fini la 
prière de Minhah, un vendredi à la synagogue, Salomon, frère de 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Tarn, s'assit. Celui-ci dit à son frère Salomon : Va et amène 
mon fils Joseph à la synagogue. Il le lit accompagner par Isaac, 
fils de Raschbam, et d'autres personnes. Aussitôt que Joseph fut 
entré dans la synagogue, R. Salomon commença la prière de 
■o-n [pour laquelle il faut un minyan}. » Ce même nom est en- 
core cité par R. Abraham ben Azriel dans son aiûan min*, mais 
MM. Rosin et Porges (Monatsschrift de Graetz, 1883, p. 168) 
croient que le nom désigne ici un autre rabbin. Nous pensons ce- 
pendant que le changement des lettres n"n en rT'n est au moins 
forcé, et que l'ingénieuse conjecture de M. Rosin ! , qu'un copiste 
aurait fait de t»"*i R. Salomon, au lieu de R. Samuel, est inadmis- 
sible à cause des deux passages des mss. de Londres et de Parme. 
Le mot *pp dans le iïï^ 'o (§615) ne veut pas dire que R. Tarn 
était le cadet des frères, c'est une expression de modestie. En 
outre, le ms. de Parme (de Rossi, n° 181 ; nouveau 3204, écrit 
en caract. franco-rabbiniques 2 ), qui renferme le commentaire de 
Job de Raschi, confirme sans équivoque l'existence d'un qua- 
trième fils de R. Méir de Ramerupt. Raschi , comme on le 
sait par d'autres mss., fut enlevé par la mort avant d'avoir 
achevé ce commentaire ; ordinairement on attribue la suite à 
R. Jacob Nazir (voir le catalogue des mss. hébreux d'Oxford, 
n° 294); dans le ms. de Parme on lit ce qui suit : b3>att: ûraa 
btt 1j»î îi'a'prt y-n *p !-inj>a s-rjpnbi l-ina^pb )i2i shv s-r^anti 
npb ->a wai Tihyiù bœ S-ia^a ïD^ûiib "in^a inpbn !n»b'tt3 "iaan 
bœ thn ïpîn banttiB i33-i ina p ia-ps -jb'w "jas» .fc=Pi-:bN îrrw 
to^p^Tn ■'a» s-ittbtD 'i nnrr bia ma prof "i^nn bï5 thn ap^ "i^an 
rn» ta»« tarai b'at'T bai» 1 © '*an nanr» "p "jpTn tn» liai "oa 
b'at'T ï-r»bo isnn na rmorn laar : « Comme le propriétaire d'un 
figuier connaît le temps propice pour cueillir les figues, ainsi 
Dieu connaissait le temps de Raschi, et l'enleva à son temps pour 
le faire entrer dans le ciel. Hélas, il n'est plus, car Dieu l'a pris ! 
A partir d'ici commence le commentaire de son petit-fils R. Sa- 
muel l'ancien, frère de R. Jacob, de R. Isaac et de R. Salomon, 
père des grammairiens, tous quatre fils de R. Méir le vieux, fils 
du savant R. Samuel, que sa mémoire soit bénie. Le nom de la 
mère était Yochebed la pieuse, fille de Raschi. » 

Il est possible, en outre, que notre Salomon soit identique avec 
celui qui est mentionné dans un commentaire sur le Mahazor ms. 
Gùnzburg, 615. Ce commentaire est sûrement d'un Français, et 
peut-être môme d'un disciple de Raschi (M. S. Sachs, dans son 



1 R. Samuel b. Meir ah Schriftsteller, p. 13, note 5. 

2 Voir M. lierliner, Magazin,\,\i. 3 a. 



INSTITUTIONS DE RABBINS FRANÇAIS 69 

catalogue ms., dit que ce disciple pourrait être Schemaiah). Il y a 
des notes de Salomon iils de Samson, le copiste et ponctuateur 
de ce ms. On lit (le ms. n'est pas paginé), dans le commentaire sur 
*pbN awn, ce qui suit : ŒTrm -pn» 'n la s — iT^bii: 'n ">sa v^ee 
su: ipT Tiïrraa t*«S£5 p-i (Ps. xix, 13) ta^iî to* k-n&raa ma* 
• ••1p*3> pi "ni 'i Peut-être est-ce le même qui est cité dans les 
Tosafot (Pesahim, fol. 105 &), mais différent de celui que cite Ras- 
chi, Holin, fol. 116 b (voir M. Porges, dans la Monatsschrift de 
Graetz, 1883, p. 168, note 2). 

Quant à la leçon Péreç fils de Menahem, nous croyons que 
M. Graetz a raison de la corriger en Menahem fils de Péreç, 
comme dans le document B (ci-dessous, p. 72) ; seulement nous 
préférons suivre la leçon du ms. de Londres, qui a Menahem fils 
de Péreç Dreux (o*m au lieu de cm) et identifier ce Menahem 
avec celui qui est surnommé Vardimasi (ci-dessous, p. 151). Si, 
d'après notre conjecture, Vardimasi vivait encore en 1257, il ne 
peut pas avoir été contemporain de R. Tarn, mais son nom a pu 
être ajouté par des copistes, ou par des rabbins qui avaient repris 
les institutions établies au synode dont R. Tarn faisait partie ; 
nous trouvons le même fait dans le texte de ce document repro- 
duit par Méir de Rothenbourg. 

La seconde institution est relative à la restitution de la dot 
après la mort d'une femme dans la première année de son ma- 
riage, au cas où elle n'a pas laissé d'enfants. Ce document est 
imprimé dans le *vm\ 'o de R. Tam (§ 579 ; fol. 64 a, sans si- 
gnataires) ; nous le donnons d'après quatre mss., savoir: L., 
celui de Londres, dont nous avons fait usage pour le premier 
document; l. ms. de Londres Harl., 5686, fol. 150 (intitulé : 
l^n -©05a irpnpnfrrt nsns i:n*w napn); G., ms. de la bibliothè- 
que de M. Gùnzbourg, dont nous nous sommes servi pour le pre- 
mier document; 0., ms. d'Oxford n° 847 de notre catalogue. 
Moïse TittbOT (p. 72), identique avec nttbt: \n ï-nbe "ism cité 
dans le iwi'o de R. Tam (§ 39, fol. 8 ç), est sans doute Moïse 
de Saumur. Menahem ia»nnb*7 est probablement issu de la famille 
NiD&tt^sNbn (Revue, t. XVI, p. 281) et peut-être identique avec Sire 
Léon de (Mont) Melun (ibidem). 

Voici maintenant ces documents : 

fin ranb *hi ^ ttrub ^sîidi 'psnb *-Pin ma ir-TBtttt yst .'A 

•npînn tman ^po? hv npab-i ,npn "para '"»aafi fc-ntt "o-nts «y»» 
nsw d^N i m j débina oEia «an tnnttb dan mssnna man d^*r 

1 Lesïaots entre [ ] sont du ms. G., entre ( ) seulement du ms. L. 



78 REVUE DES ÉTUI ES JUIVES 

ni«»M ^ara m»an bnan t*ô 'a»*jb ba^a ba>:a inmln»b îinbb-» 
rtfftta aaiœb ^p-n bsia i»a mr: 13*33 ban i3^ba> an dtflnatifcîn 
w»5n3 dfflQ la*»* ^na i^aa» tn^-n N^ni^ pia bai ***a>3£ai 
rrrai» nanb fca^a-ia aï-rai aaaba itatDrtbi diras "jim TWhb 
fmi* nmb ùîrrwi nuai^ï-n a "niai d"na *-n b:> iibaai nnaa ^iab/3 
rvbiaaa [baa] -i»ki irraam lû^ina i3pî im ab I35fca»i3 -pb isvhsna 
^ttwn ïrmaai yroi l jvratbn ^binai [rpnwaoi "paii r^an] a^aa 
[biaaa] nastrî 3 ttsibN*p hata»^ "»a©r irnan yiNïi ^aai «tuai-ib-nia 
©sata^Ni 5 liN^b53 i»*v ^^m î-nasw wneatt îarnaii 'uwn 
■WP wm*i 6 ibvtti aiû^isi ai^sai ba^ïi bani * ïWttEnis "oraïn 
^b t:n an wooîtw naa ©i ins trnaïsï-ï i» Tmb y-)N(n) 
a^bna Oa) aisjT -naa b^ isaaai yire Wtt hti ^ dïmai i5a>7aui 
arû^b "nfiri anaa irm sb ibsi i-i»N yi yii-n ba^rapb ta^aïaa 
'ipirni a^ai-ip ™ni u^n ba ba> iirannm lanwi isnai i3^»3 pb) 
•p nu) 1rs a^ia -n* 1 ba> laaia" 1 18 ta"na wa i-pan na a^ai -naa 
ta^a> ■rç&ai tairoiû n^tt r<6 tas bï'Yio Iïi b^ia p oirffi 
p vp ban bmab 18 mabab araiz^i -lann baban-» fcaai tzp-naa 
n« rts»^ , tt5 ©wi miN ba* iMannsn lanïi na-ita i^an u^n isia^ 
p-iTa &<î"p r»*bia ima ew»D»ii ta^ia^a ib ïs^pia-n ta^ra i-nan 
iso^a^i ferra n-p j^ï-p e^brai 1*15373 in inanan laaai tardai 
naïaan Tan nva a^a uni wîi 13113 na»aa) -n/afrouî iiaa laawn 
b:> n*a?n "ma ïia^a^a a^\s^ Nbu: lattirsrti wroi i^ntai , na DStû^ia ib 

a^ia ^ 
tn^ra -;^naa tza^taïa^în mi-iio?ai 5>nn "ji^ab ib*a p^ai p^ 
-i^ïi ^mra î-î3>n^a ^a ba> in^D^ t^b ta» biaba ^ ba> 6] m ">t?3 na-iT^ 
bfinû^b bai^ffl ^iibm taai^a -inb^b toîib bsui^b liannni isolai la-iiai 
la^iai i3nta Tia»i .i^bN 112^ -riz)» baa n^^DDïi a^nbi im^ab -înb^bi 
^ba i't b^ r^an ba> ,—1-1-ia bia^b '•n^-i Zztin t^ïr^ ï^bu) i3?ainm 
d^aia ï-ia^a t^bi ^«an i-ia^a Nb tpabi aiapbi tt5i3a>b ^a t:ai^i n^i 
NîT» 'tn-^w b:> -iaimi 13^ JVTMt ib^aNi yusii^a ia^a> yttïia^ «S^ttî 
bN-rci-» ba i"«ïm rw îrflawoai iin^a a^a dnniai Nn^aïai |«Yiaa !ibfc<a 
'n^^bn n"nabm bîwsabm b^wn tas^iai sa^ainn i3?a?2 yb^a 
•jni 1311 inia ma ma i^m-ina b^ -iaia>Mi ba^szapi ta^bi^a 'ïmaffl 
^0^1 t lîiittd ta-in htm imaa iaa* na^iarn y?aaip ^nsa i^ao ^oa 
a^aiia i^-m n^n" 1 is'naèi*' na^i b^i i3*na*j b^ i^nn iab bN a^^ 
li^b ^iinoai m-noan ba>i a^iaban hy n^ianp in-pTai .d^niasi 
Kbi y^ «b ^a :>a^N ^n .a^nbN ib^ai iïia>-ib «y« Nzam ta^i a>nn 

1 g. fervnfcbn "•bi*». 

» G. ys^^bniN. 
3 g. ysibwp. 

s g. dtrsaiDi iiNba. 

6 G. "<a-na na^^ia i^sn a^îi ^bam- 



INSTITUTIONS DE RABBINS FRANÇAIS 71 

c^b^mtt î-r-piib"! irtiram numpd ùKzy wntrn tsdind -it naan 
^b^n mena dNi ,dibm Nd^ ^iptt b^ ui\si yiNii w niNmûE 
abi tr'-isn Nbu: idbm *m vby bim ab i-uno isb -ie? uî^n nnm 
m Nb Fmaarn "iwad fcrnawa "^a iroœta ittd "ift^ ï-imœ i-wp 
t-nbdiN Nb^ trp^dndn nntûttd V 3 ^ fnaïru "pït Nbtii rvi^ntt 
ûniûd d^ ta'n 1^ rnab Nnb pnort b:n nbin tzrp 1*75 mim«i 
i^b* bim t^b fcpi:\ ^m bs> irnnb m^dn hms n^t dN nd^d 
br ï-nmb mdbab fc^dT-ip bd fcmuïpd?;] tm^mm isrtSNi ,otiï 
tne "i7:u5bi timbs d^pb wmtta *-ina bs> û^myn bd tz^ti ">m 
'nnrid baiera , mawa 'nrtra dpjn . dibid rrpiEn trom ïmri mmbi 
yns . yw r**mb« ©^na ï-tobiz) id prûfci . dp:^ /ta idbNitt^ .mawa 

1 Smart] n"d pn^ . drrr tons» nd 

Ss» irainn ï— in^ï-iia ïnmatt pnsnri û'n'n yidbi nmaïi dnî * 
■p bN»rai ysr matt ntr ba d^rt namd p^nan bdi dbi^ tn^o 
dbi3> laiNa» ywû m^nnii bdi dndb am î-m&n iidndi Nb ib^DN 
dib\di , ï-îpd^ ûnTW. b3> nn^-« ^i "msdb T^fWî 
d^pb rtiattt n^iîûiN dnt tpv nd m . 'n'a'D'n d'mdN *id pm^ 

:n?3 t^acûb idintt i-*ïr yttidb inwn bdi maNïi nsn 
ftiEE d372N p-irn induit ï-ma î^mai mpn . n^72 "in p qo^ 
ï-Tddi S— ï^b3> ^di^ïi m72N dndd fcwim î3> bdd î-wvpb wb* 
bdi imad -pït vtn:n nsnb ib^dinb D'nmsn b:n d^bv^n nbrad 
t-nsoinîi mo lin n^nn *jd pn^ . d3>r tD^mdi73bi i^d d^dttinrt 

• 2 b"2£T pn^ nd rrrim i^dn nd^rû» 

(n^"[5n) i33>!att) n^N ï'O'idma ts®v 3 tdmbi ta i^i -jbaîi to^^73 .b 
4 i^id5i i^n t— îB'nit ^uï^ irm^d i-ib^ s»<5 ijrjn na^i drwpttt 
tsntyi yn^ri d^ddi «aidms ^b-i-n -n^ ^1*115 i^i^ nuj^d t-TN^^'msi 
n^ddi "î^b^n yi rr^dd mnn n&od 'jid "jd 3>^in^ rrrud 'mari nb^d 
N?û^^p buî ibm Nbn ï— rn^o ^nn nn^i [hibn] N^di5 bd b^ *jinnnn y^i 
N^nsn ^aniib ya^tûdnn bdi &wttn bd mtrt^ rr^NiiOd nixû md3> iy 
nnbn d« mbdb d^i3^ Nbi N^in «btt) ima nau^u; n^ n^m^b i« 
■ttnaftb p03>m r-rmdd ^Db nnmdpd po^n^ t^^aasi \n p-i lrm«n 
vb^ Niin ^b imj^n^ïï T^i inwrr dN d^tb d^^ ùv 'b )ïïï "i^i 
"n^i ,tDi^ 'b *iy n^i s^b n"n tdN fT^dnîn t:i^ £2^ ^d h^nati 
*iriNb nna ib^dN tibi^b *jnriï-î ?dm ^bïi nid^b Tvi^rt 1» isnî^ 

1 g. nijB] ^3 ïrabtt) mN?3 nd pn^. 

* Seulement dans le ms. de Londres. Le ms. de M. Giinzburg a le passage suivant, 
que nous n'avons pas copié en entier : 1D3>72ld pmftft "iSfa^ ild Sn^Tld bip 

b^i id^-iddid "jN^ti iT^st isn^ î^nipri biptt dz^Doït k-jntw i^^^t 
, i : torw? td^ddnb is^rniias irbn T-i^id^ na^mai to^d^r 

3 G. d^pîm ; O. Niid^i •^•roi. 

4 O. NUND -I3N tt5^D ^dlïîV ; G. dlU^IB dl^SN. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1 WBWYl ttnTJ ^W iar»K ïabap ilT 1311 mb^ ib^ïn nftTiûa natt 

tmpb aaanT ban amba» a^7aT na ina s dt> ^brrca "la^mbtt "îanbtt-i 
lr:T rtfcotD»?i i« ysptt ->7373 yin tznm w bafir ^ *o it i-ma 
nrj nvtt la^ani ■'im ïbn ba»*' 137273 y in tt\N!i mTa -nn» innb 
-:-,t,vj S-T73T t fia asa> tpoT Nb ftnatt *nnN "O nnv t^tbi ïit Tfrb 
na titan , ^"na n"a prût? ,a>": -i\N72 n"m apa>"« .laTanm 'ana 
4 ma wvn pror 'nb MWib 12m îoattnp n"nn ba» -i^-it^ man 3 l*»o 
nabot VnrmaTa tamas 'n 'nm Twabia inttTa Ynn -nia ntt&o 
i« ï-pït tama ban 5 vinb«3 nttN ywirr aroaa a^aman dwin 
j^iatt-ip 'n '"irt ntta" b*o a>->anb in tt^bttb in i-rirrnûb ia bab 

: 6 yiNn ^b-na iaaa iwn 
rrjTan y* abtta 

W»tt nsoTa î-pnpna»ïi na-iit ^aiNa napn 

,ynana tat-pa-pïtti fcaanan -iaa>7att ntta ^aiana -ott-p 'vnai 
rtBrra^tii [awis] ai^aa nsn^ wii wira riba r<a ifin nTaNai 
rm»n nbNa rim ,y-ian a-oon sa-iana ibvw ma "nma nw ntta 
ynnn Y'a r-rmaai ypba» Va r-n'naa n"sai ya p anoiïr* rrvwa 
ia» '7a^pbtt ibm >*ba ttin a"-» 'yn nnTa") ritta î^ttian ba ba> 
rwmb ritt^n ^a^oam t^rwaiiaïi ba -pnrtt yNittm natt maa> 
r^a-nan 173 r-r«ann t^bia yps n^ttatt ïiTai ,t*rW73tt ^amab n« 
Tra t^fcttan ya pn imbab fcnri t^btt mnba f<btt i-iTai 
aa ût 'b yaï 13? a^ nNtt^tt lr-T5ai rmaa ^ab s-umapa poam 
tara un "O # îrr«wn vb* b^nn ï«<b nm^airno ia»n im^an"» 
•jTa iriw n3»i .a^Ta !-p!-t t<b dn Y'n ,ai^ 'b *inab na» na>iann 
nn^a ib^Dtf ,ùbna»b im»n n^n i^an n« a»an^ t^ibu) maab "nna^i 
tD"wnt3 "«awr na^ba» -isbap s— ï-j nai ,mbi ib^DNi yNi^airr na^o ^in^b 
.naia in?au:i a^ '?a ^bnTa naiTaob lanbœn 
•nONa ira>nT ban i3^ba> to^ibin ba ba>i rsïv laiwi n^Tannm 
■•aujin Jifirranai aiaroNi aira^s nsns iau:T^ ba ba»T t^b^b aina 
aa^pb t3a»-iT ban tamba> / £a^7aT | n^N taii ^brna i^auîvb ^iTao 
nK^Taïi n^ 2Nn y^-û t-ti2 oin^ ^Tai ba&r ^7a ^a , stint îTT'Ta 
na^N-n ,nm i-rbn ba^ ,15737a yin ï-tuînïi t-n7a ^nnN ïnnb \r\r\ 
tm abn p natta watt nn^ ^a ,nnr r<bT ïiatt nT naib nirc 

1 o. tta^nn tt^ns tt^nia ^attv> ; g. y^n ta^inta ">attT\ 
* G. in tzn" 1 ^iTaa aan^attri ri^iaTa-na i^iid an^N a*>ao car 
aa^TaT. 

3 o. a-i^inN o^a-n yna na anaTa. 

4 l. n^aN pn^ 'nb N-'aiian abttb '^ai ^att-ip. 

5 g. vnbtt. 

« G. Signé n\\7a la 3pa»i. 
7 Mb. Naiann. 



INSTITUTIONS DE RABBINS FRANÇAIS 73 

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ï-ina dan . dana p*nb dm t*n"M ^inna a^pb t^bi nainan naa 
mTm ï^b rw^id naïaa nr\u aao ,«rwttïi ^n mrm rr^^aio naraa 
: n"n na im.w tpoa -»a 'm« ©«n aiba ib 

Ad. Neubauer. 



JOSEF ÏÏACCOHEN 

ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 



( SUITE) 



3. Mediaeval Jeivish Chronicles '. 

(Désigné dans cette étude par la lettre ,0). 

62, 9. Faut-il lire aba ina ? 

64, 44. Au lieu de DW ^niï5, il faut probablement '518 nœ* dTfil), 
car de 4543 (1. 4) à 4556, il y a 1 3 ou 1 l ans ; Z 206, 25 a, a le chiffre 
exact de 13 ans. 

64, 4 9. De même, de 4586 à 4603, il y a 17 ans ; donc lire lia? yrntt. 

64, 20. Au lieu de ïflft, il faut î"j"nn ou rfirïT. 

64, 21. Le nuîy est faux, il faudrait rnûttî, c'est-à-dire, sans doute, un 
r«tf à la place d'un yod. La chronologie de Z 206, 37 à 45 a, diffère 
dans les détails, mais est conséquente avec elle-même et finit par 
aboutir au même nombre 4611. 

66, 11. Comparez avec 65, 2, et Z 207, 28 a. 

66, 17. Voir Z 207, kha. 

66,24. Voir Z 207, 41 0. 

71, 9 et 13. Z 211, 9 a et 16 a, a 4985, non 4975; 92, 15, a 4975. 

1 Notre savant ami M. le R. P. Fidel Fita a eu l'obligeance de nous aider, pour 
plusieurs passages des chroniques de Josef d'Arévalo et d'Abraham Torrutiel, en 
nous prêtant le concours de sa vaste et excellente érudition. Nous lui en exprimons 
ici nos plus vifs remerciements. C'est grâce à lui qu'il nous a été possible de vérifier, 
d'expliquer ou de rectifier les passages suivants de O : 92, 16 et 107, 24, la transla- 
tion des ossements de S. Isidore ; — 93, 2, la prise de Saragosse ; — 93, 40-11, la 
prise de Tolède ; — 94, 18, le Castro de Léon, les noms des deux chefs de l'expé- 
dition ; — 95, 14-15, la date de la prise de Valence; — 95, 2, l'identification de Loja ; 

— 95, 20, le nom de dona Violante ; — 95, 22 et 108, 3, quelques-uns des noms cités 
et principalement celui d'Albatani et de Razi ; — 96, 21, le nom d'Alcaudete ; — 
94 fin et 95, 1-2, l'identification de Philippe; — 97, 15, les noms des fils de don 
Alonzo ; — 97, 16, les prêtres Hieronymos ; — 97, 17, l'identification de -INDIEN ; 

— 97, 18, et 109, 20, l'explication du liendre ; — 98, 9, la date vraie de l'abolition de 
l'ère d'Auguste ; — 98, 23, l'identification de Pedro del Cintre ; — 98, 28, l'expli- 
cation des éperons dorés ; — 99, 3, l'identification de Valladolid ; — 99, 26, l'iden- 
tification de Czarabulena. 



JOSEF HACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 78 

78, 40, 11 et 14. Voir Z 214, 10 b. 

78, 23. Comparez les mômes noms p. 190, 1. 5. 

79, 3-4. tobis est la Pouille. — Pour 12 (1. 4), Z 214, 41 #, a hy . — 

15111 est sûrement pour 15111, le Rhône ; corriger de même 
Z 214, 41 b ; l'édit. de Gracovie, 129 #, 14, a la bonne leçon. — 
fcTO^JHa est peut-être province de Monlise, en Italie; voir 190, 42. 

80, 1, 10 et 16. mi 2*21 est Galatrava; voir Z 215, 30 a. Cf. E 27, 
note 2. 

80, 5. Effacer bip ou traduire : Lorsque les Juifs entendirent le bruit 

annonçant que. . . 
80, 9. Effacer le point après '151 et le 1 qui suit; le tripttïi de 1. 8 est 

le sujet de tnpïi. 

80, 19. Lire m»îiM ; E 28, 11, a- tTTiBm ÏTD1DX Le sens est que 

ceux qui traînaient la jambe furent conduits sur des bêtes de 
somme. 

81, 14. Cf. Z21G, 22 a. 

81, 18. Au lieu de nttiN, le passage de 93, 8, a Abraham ; voir Z 216, 
3 b et 217, 6 b. 

81, 21. Lire pi» pour pllit? 

86, 16. Au lieu de N"b, il faut ti"b, comme le prouve le ïibtt) delà 
ligne suivante. Le Tnûiafc est sans doute Raschi, Aboda Zara, 
97 a. 

92, 15. Fernand (Fernand I er , 1038-1065). Règne en (à partir de) 4775 
(1015) ; même date erronée dans 107, 22. Au lieu du n"j> de la 
date, il faut, sans doute, lire fi"£ 4798 = 1038, mais la faute vient 
de l'auteur, puisqu'il donne lui-même la date chrétienne 1015, et 
qu'il a, en outre, 1. 4 7, 4 04 5 + 34 = 4 049. Cette date 4 049, pour 
le transfert des ossements de saint Isidore est d'ailleurs fausse, 
car ce transfert eut lieu en 4 063, dans la vingt-cinquième année 
du règne. — Sur les ossements de saint Isidore, voir Dozy, 
Histoire des Musulmans d'Espagne, Leyde, 4 861, t. IV, p. 119 l . 
Mariana, 1. IX, ch. ni, a la date 1053 pour la translation de ces 
ossements. — 1. 18 et 20. On n'a peut-être pas assez remarqué 
que bfcttB ou btti est pour le san, saint. Voir Benjamin de Tudèle, 
Bourg-Saint-Gilles, 'a btt) (édit. Asher, I, 5). Peut-être ici faut-il 
lire nWJP BbtftIJ « Sait Isidro ». Cf. 99, 2 (lire W baui) et 107, 
26, etc., où il y a iWa sans yod avant le nom. 

92, 23. Prise de Jérusalem par les chrétiens en T"Sï5n. La suite chro- 
nologique montre d'abord qu'il faut lire ï"fittin (4787, non 4727), 
comme l'a aussi Z 212, 12 #, confirmé par 211, 27 b. Du reste, 727 
et 787 sont l'un et l'autre également faux, l'erreur vient sûre- 

1 Voir surtout, sur cette histoire et légende de saint Isidore, Fidel Fita, dans Bo- 
letin de l'Académ. royale de Madrid, 1888, p. 171 et suiv. Là aussi on verra, p. 173, 
que la date erronée 1015, pour l'avènement de Fernand I er , a été copiée sur un au- 
teur espagnol. Si l'on fait partir le règne de Fernand de l'an 1029 (voir Boletin), 
la translation des ossements de saint Isidore aura, en effet, eu lieu dans la 34 e année 
du règne. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment d'une confusion entre la date de la prise de Jérusalem par 
les chrétiens et celle de la conquête de Jérusalem par les Arabes, 
en 637. Les chroniqueurs juifs paraissent avoir tous, pour cette 
date de la conquête arabe, 627 au lieu de 637. C'est la date qu'on 
trouve chez Aron de Lunel (0, 4 92, 1) et dans le Iohasin [Z 204, 
1 7 b). L'année 627 de l'ère chrét. correspond à 4387 de la création, 
ce qui se traduit par T M BTÛ ' é t. De là, sans doute, est venu le 
T"DUîn pour la prise de Jérusalem par les chrétiens. — Z 2 12, a 
la date juste 4859 (4 099) pour la prise de Jérusalem par les 
chrétiens, d'après Abraham bar Hayya. Voir aussi 4 92, 2. — 
Avec notre passage 92, cf. 408, 9 à 12. 
02, 29. liai mort 4798, déjà dit 1. 25. — Liez les deux mots Nil et 

Np"nB (Don NpT^D), l'Afrique; voirZ 242, 32 #. 
93, 1. Josef, fils de Samuel Nagid, m. Grenade, samedi 9 lébet 4827. 

Voir nos observations sur U 24. 
93, 2. Cid Ruy Diaz prend Saragosse en 4827 (4 067); cf. Z 212, 35 a. 

Voir M. Fidel Fita, dans Boletin, 4 888, p. 93. 
93, 5. A la fin de la ligne, il manque peut-être les mots b"nn nt2D5 ; 

voir 402, 4 ; Z 217, 5 b, explique l'absence de date ici. 
93, 4. Salomon b. Gabirol, m. 4830 ; même date 402, 1, et Z 247, Ma 
et 13 b] cf. Z 229, 21 b. Dans ces auteurs, on ne sait si Salomon 
est né à Malaga ou à Gordoue, leur texte est embarrassé. D'après 
l'article de M. Ad. Neubauer, Monatsschrifl, 4 887, p. 502, il semble 
établi que Salomon est né en 4782 (4022) et m. 484 4 (4054). La 
fausse date 4830 nous paraît venir d'un de ces textes où sont 
agglomérés beaucoup de noms de rabbins auxquels on applique, 
par erreur, une date qui ne vaut que pour l'un d'eux. Pour Ibn 
Gabirol, le texte original nous paraît avoir été le mieux con- 
servé par Z 247, 1. 43 a et suiv., sauf son "nMsa dbo (1. 20), qui 
n'est sûrement pas juste. Que l'on lise la suite de Z jusqu'à 
217, 9 b, et que l'on compare notre 93, 1. 3 à 8, l'on verra qu'il 
doit y avoir des erreurs dans ces suites de dates. 
93, 9. Après les mots biTS tDrn il semble qu'il manque quelque 

chose; voir Z 216, 4^, et 81, 18. 
93, 9. Alfonse (Alfonse VI, de Castille, 1065-4 409). Règne 4862 = 
1402; prend Tolède mercredi 24 mai 4882 — 1122. Ces chiffres 
sont faux, l'erreur vient probablement de ce que l'auteur a pris 
pour des chiffres partant de l'ère chrétienne, des chiffres partant 
de l'ère de *iPta (38 ans avant l'ère chrét.). Les chiffres deviennent 
justes quand on les diminue de 38. Il y a donc lieu de corriger 
l'auteur comme suit : impart ii"Dnn nsu: ^hi2 itaaibN "pi ^btoïi 
bT»a ... nbL^b-iu isbi nî^b n"p qbN r\iv êpto (4825 = 1065) 

D2Ï5 &TÏT.D (4845 = 1085) !TWb ïY'ttnn D^DbN /ta i -para ■n Y'D /ta I 
nmbb n"^pT r\h$. On n'a même pas besoin de changer û*naMb 
en nTOb, pourvu qu'il soit entendu que le mot désigne ici l'ère 
de 1VQ. Mêmes corrections à faire O 4 08, 4 2, où, en outre, au lieu 
de 4 mai (prise de Tolède), il faut probablement lire, comme ici, 



JOSEF IIACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 77 

4° jour de la semaine, 24 mai. Tolède fut prise le dimanche 
24 mai 4085, de sorte que, au lieu de ,ta i û"P, il faut peut-être lire 
'T tn\ samedi; l'auteur peut se tromper d'un jour (samedi au 
lieu de dimanche). Cf. Dozy, Histoire des Musulmans d'Espagne, 
IV, 193. 

93, 22. Zerahia Hallévi fait le Maor à Lunel en 4900 ; les unités pa- 
raissent manquer, car le chiffre vient après 4909, il faut donc 
4909 ou 4910; cf. 4 02, 4, qui a 4924 ; Z 218, 43 #; V p 4 42 a m. 
4946 (i486). Voir Stnschn., col. 2589 à 2592. Dans Z 248, malgré 
les apparences, il ne faut pas prendre 494 pour la date de la 
mort. 

93, 27. Josef bNYHND ne vient-il pas des lettres ba vnz de annsba "pa 
rnpbtf de 79, 15? 

93, 29. Au lieu de ^"p, qui ne serait pas à sa place dans la suite chro- 

nologique (voir 94, 4), il faut probablement lire "i"p. 

94, 4. Alméria reprise (en même temps que Lérida, Fraga etTortose), 

par les chrétiens, en 4908 (4148). La vraie date est 4 4 47. Voir 408, 
10et 11. 

94, 10. Samuel b. Méir, petit-fils de Raschi, m. 4935; id. O 402,12. 
Z 24 8, 28 b, reproduit la date, mais en disant qu'elle n'est pas 
sûre. 

94, 13. Il y a là évidemment une lacune, la phrase ne tient pas de- 
bout. Si l'on se reporte à Z 220, 35 a, on voit que la lacune se 
trouve ici après b"T, qu'il y avait à cet endroit des faits relatifs à 
Maïmonide, qu'enfin le passage interrompu est le passage Z 219, 
40 a\ et que l'endroit où notre texte reprend se trouve Z 220, 35 a. 
De sorte qu'il faut lire ici (sans préjudice d'autres lacunes) : TDfi 
irnn r n mn .rfbpnn naïaa b"T ïwe na ™?j 'n bus Y" 1 !! 
'yi bnp pruti *d. 

94,4 6. Abraham b. David de Posquières, m. 4955; O 4 02,27, m. 4951; 
Z 220, 6 b, m. vendredi de Hanucca 4959 ; V p. 4 4 3, 1. 7, m. ven- 
dredi (de Hanucca manque) 4959 ; cf. Stnschn. s. v. : m. 27 nov. 
4 4 98 (= vendredi 26 kislev 4959). 

94, 4 8. La suite chronologique montre tout de suite qu'il faut lire 
4956 et non 4926 ; Z 220, 21 b (et le passage correspondant de Z, 
édition Cracovie) a la bonne leçon 4956; dans O 4 08, 46, le nun 
des dizaines manque, 4906 est à changer en 4956. Le fait qui est 
raconté ici est la prise du quartier juif de Léon (qui était fortifié 
et qu'on appelait Castrum Legionis ou encore Castro de los Judios) 
par Alfonse VIII de Castille et N'Alifos, fils de don Pèdre d'Ara- 
gon (voir Fidel Fila, dans Boletin de l'Académie roy. de Madrid, 
4 888, p. 41). Notre tfJWb&W (iDnttfitt O 108) doit être changé en 
©iB^bw. Il nous paraît certain que O 94, 21, il faut lire n"D, non 
'm (28 ab, 25 juillet, comme au commencement de l'alinéa), et 
que O 108, 19, après 'n ûT, il faut intercaler n"D. Le 28 ab tombe 
bien un jeudi, mais le 1 er ab (O 108, 46) tombe au vendredi, non au 
jeudi. Il y a, du reste, une espèce de contradiction dans les dates 



73 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de O 108, nous supposons que 1. 16 il faut lire tfs au lieu de 
'ao (28 ah, non 1 er ab). 

91, 22. Joël Ezri est sans doute le père d'Eliézer b. Joël; cf. Z 220, 
35 frj où le mot Joël manque. 

91, 23. Baruch b. Isaac. de "Worms, auteur du Se fer kalleruma, élève 
de R. Tarn, maître de Moïse de Coucy, m. 4960; id., Z 220 34 b; 
cf. Z 221, 5 b\ m. 4952 ('?), 102, 30 à 103, 1. 

94, 25. Morts en 4965 (1205) : Abraham b. Isaac, Ab-bet-din de Lunel 
(Lunel est une faute, il faudrait Narbonne ; môme faute O 103, 7), 
Josef ibn ttbs, Jonathan Cohen de Lunel, Eliézer b. fiïto à Tolède, 
R. Tarn d'Orléans (le second), Aron de abiû. — O 103, 7, a : Abra- 
ham b. Isaac, Ab-bet-din, Josef abD bN, (Jonatan Cohen, sauté 
ici), Eliéz. b. rtïHft, R. Tarn d'Orléans, Aron de Lunel (au lieu de 
abns). — Z 221, ka (cf. 220, 18 b) a : Abraham b. Migasch (lire b. 
Isaac), Ab-bet-din, et Jonatan Cohen, de Lunel (nos O ont proba- 
blement cru que Lunel se rapportait aux deux rabbins mention- 
nés dans ce texte, plus ancien que Z ; de là leur Abraham Ab- 
bet-din de Lunel), Elazar b. rtîto à Tolède, R. Tarn d'Orléans, 
Aron de inbs. Z mentionne Josef b. tûNbs f° 220, 16 b. Aron de 
sbiD (serait-ce Aron de Foulques? ou le Aron ^biD de Rabbins 
français, 441, où nous supposons, du reste, qu'il faudrait plutôt 
lire ^hiz Poligny?) — Z a pour date 4965, comme O 94; dans 
O 103, il y a, par erreur, à ce qu'il semble, 4985 (1. 9), car la date 
4985 (1. 7) y est sûrement aussi pour 4965. — Ces dates sont, en 
partie au moins, fausses : Abraham Ab-bet-din est mort entre 
1172 et 1185 (Gross, Monatsschr. 1868, p. 286); Jonatan Cohen, 
de Lunel, vivait encore 1211, puisque c'est l'année où il alla en 
Palestine (V p. 113,1. 23-26; etc.) La date 1185 pour Abraham 
Ab bet-din est confirmée par nos observations sur Z 220, 20 b. 

94, 28; 96,6; 102, 19. Sur Moïse b. Nahman, voir nos observations 
sur Z221, 29 a. 

94, 29. Fernand III, m. K01 2 (= 1252), date juste ; il règne 30 ans, donc, 

à partir de 4982 (1222); l'auteur est conséquent avec lui-même, 
mais, en réalité, F. règne 35 ans, à partir de 1217. — O 95, 1. 2. Il 
épouse Béatrice, fille de Philippe, roi de Constantinople (c'est 
Philippe de Souabe) ; il prend Loxa (aujourd'hui Loja), Cordoue 
et toutes les villes de la F routera. — 1. 3, la date Y'bp à changer 
en V'bn (1236). — 1. 4 et 1. 5, le û^sba 'i à changer en 'sba 'n. — 
O 108, 20, a, pour la date de la mort, 5"p (5020) au lieu de a"ip 
(5012). 

95, 4 et 5. Pour tPDbN 1 lire trsba *n. 

95, 5. Au lieu de TlOfT, il faut peut-être iTlSDfi ; cf. Z 221, 36 a. 
95, 7. Au lieu de TWUN pi, il faut, en un seul mot, iBaTWai ; voir 

nos observations sur Z 221, 38 a. 
95, 9. Le roi de Léon qui meurt est Alfonse IX, mort 1230; il faut 

donc lire N"£pnn (4991), non K"Opnn. 
95,9. La suite chronologique montre qu'il faut, pour la date de la 



JOSEF HACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 79 

mort de Jacob de Gorbeil, changer 4963 en 4993, comme dans Z 
221, 1 b. Le 4961 précédent de la même ligne doit aussi être 
changé en 4991, comme nous venons de le voir. 

95, 11. La date incomplète se trouve complétée (4996) par 103, 14, 
etZ 221, kb. C'est l'année où Moïse de Goucy a commencé ou est 
censé avoir commencé son ouvrage. Cette date est évidemment 
empruntée au Semag,\oi§ positives, n° 3. D'après le Schaarê Sion, 
d'Isaac de Lattes, Magazin, de Berliner, IV, 1877, p. 73, 1. 25, 
Moïse de Coucy est mort en 5042 (1282). 

95,11. Le texte contient plusieurs fautes. Il prend pftT% qui est 
Eliézer b. Natan, gendre d'Eliakim, pour Abraham b. Natan ibn 
Iarhi, auteur du Manhig et du Mahzih habbédek. En outre, ispï 
n'est juste que si on le prend dans le sens d'ancêtre éloigné, on 
peut l'appliquer à Eliakim, mais nous croyons qu'il se rapporte 
plutôt à Eliézer. Il faut donc, dans notre chronique, changer 
\q nom & Abraham en Eliézer^ effacer les mots 'an FTiïm bj>n 
p12H 'TTO, et traduire: Eliakim, beau-père d'Eliézer (b. Natan), 
ancêtre de Mordekhai. Il faut corriger les mêmes erreurs dans 
Z 221, 12-13 #, qui a pour date 4996, non 4998. Voir Zanz, Lite- 
raturg., p. 259 ; Kohn, dans Monatssckr., 1877, p. 81 ; 1878, p. 46. 
Les fautes du texte sont peut-être ducs à des copistes mala- 
droits, qui ont cru bien faire en expliquant et complétant à leur 
guise les données de l'auteur. 

95, 12. La phrase n'a aucun sens si, à la fin de la ligne, on n'ajoute 
pas le mot ïiVva bissa « à Tolède», comme dans Z 221,1 9 £. Le sujet 
de nson T^m est Abrah. b. Nat., qui a été à Tolède (préface 
du Manhig) en 5064 (1304). V. Jubelschrift Zunz, p. 122. 

95, 14. Au lieu de 4998, 103, 16, a 5005. 

95, 14-15. Cid Ruy Diaz prend Valence en 5998 (1238). Il y a ici con- 
fusion : le Cid a pris Valence en 1094, mais, la ville reprise par 
les Maures, fut conquise par Jayme I er d'Aragon le 29 septem- 
bre (jour de la saint Michel) 1238. M. Fidel Fita propose de lire 
■n au lieu de ^"2 : la « Valence du Cid » fut conquise en 1238, et 
cette expression est nécessaire pour distinguer cette ville de la 
« Valence de don Juan », dans la province de Léon. Voir M. Fidel 
Fita, dans Boletin, 1888, p. 94. 

95, 16. Ici encore, comme 1. 11, ^rm 'pis vient de la confusion 
d'Abrah. Iarhi avec Eliézer b. Natan; il faut le remplacer par 
Eliézer b. Natan et traduire : Joël Ezri (b. Isaac Hallévi), gendre 
d'Eliézer b. Natan; même correction, 102, 13. Ici, dateSOOi; 

103, 17, a 5005. V oir M onatsschr., 1878, p. 89. 

95, 18. Méir Hallévi b. Toderos Abulafia, de Burgos, m. Tolède, Pâque 
5004; id., Z220, 44 a; 221, 30 b; m. 5007, O 103, 17 (confusion du 

1 et du T). Il est le îY'jsri de Z 222 b. 

95, 19. Alfonse (Alfonse X le Sage, 1252-1284, règne 32 ans). TnfiN 
veut dire après Fernand III. Règne '2 (70) ans, lire b (30) ans? 
ou plutôt 53 (40 ans), puisque l'auteur fait commencer Je règne 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de son successeur Sanche eu 1292 (voir O 96, 16). Règne en 3"3, 
lire n"-> (5012 = 1252), comme le prouve le y"n du *iï*\Z) ; 3"b!n ne 
s'accorde ni avec n"D, ni avec n"" 1 ; il faut évidemment changer 
en 3":n. Le s"3 inexact vient peut-être de la date chrétienne, qui 
est (12)52. — 108, 23, a la date juste pour l'avènement, 5042 
(I252). 
95, 20 et 108, 24. Le nom propre est doîia Violante, épouse d'Al- 
fonse X. 

95, 22. Voir 108, 26, etZ, 222, 6 a. Le ïïtttt "Mûaitt *p bfiWJTO de 95. 24, 

et le Û^nn "naînM "p ©«TU de 4 08, 26, sont probablement le ÏTOÏTi 
ÏSTîDïn TWn p de Z 222. Comme Z était bon astronome, on peut 
supposer qu'il était bien informé de ces choses. Du reste, dans 
le bKOTtil de 95, il y a sûrement tDYia = Judas, et le Wra de 
108 est encore pour taania. D'après Amador, Historia de los Ju- 
dios en Espana, I, 448, il y aurait eu deux Juda associés aux tra- 
vaux des Tables alfonsines, un Judab. Mosca et un Juda Cohen, 
mais il semble que ces deux Juda sont identiques On n'a, en 
réalité, qu'un seul personnage, Juda b. Moïse Cohen (Alfaquim 
= le bn^mp de notre texte?). Le *M3itt ou ^itt vient de la 
forme arabe du nom de Moïse. Voir, du reste Graetz, VII, note 6 
de la tin du volume. — ^NamnbN paraît être pour INonbN "DN 
(voir Z 222); les tables mentionnées sont celles de Razi, appelé 
Abderrahman b. Omar b. Mohammed b. Sahal as-Soufi Aboulhas- 
sein Arrazi. 

96, 2 ; 409, 4. On reconnaît dans les mots espagnols les Siete Partidas 

d'Alfonse X. 

96, 6. Manque Nissim, élève de Moïse b. Nahman, m. 5024, d'après 
passages parallèles 103, 22, Z 222, 37 a. Y aurait-il, chez O 96, 
quelque confusion entre Nissim Gerondi et Jona Gerondi, m. 
5024? 

96, 8. L'auteur a mis à tort Abraham au lieu d'Eliézer ; on a ici Elié- 
zer b. Joël Hallévi, îY'-^in, dit Abi Ezri, m. 5024; même correc- 
tion 103, 21 ; compléter le nom dans Z 222, 35 a. Cf. Kohn., Mo- 
natsschr., 1878, p. 42. Voir aussi, sur cet Eliézer, Gross, dans 
Monatsschrift* 1885. 

96, 10. Iehiel b. Ascher, père du Rosch, m. hol-hammoëd de Succot 
5024; id., 404, 40 et Z 222, 41a. L'histoire du 13V1M pntt se 
trouve O 96, 11 ; 103, 25, et 104, 14 ; Z 222, 42 a. Dans O 96, 10, il 
faut effacer, après "OT, les mots b"T tt&ntt btt), car 13^3 veut dire 
ici « petit- fils de Iehiel ». Le ttfinïl btt5 ira vient de la confusion 
du Juda mentionné ici avec l'autre Juda b. Ascher, dont il est 
question Z 225, 32 a et 16*. 

96, 13. Au lieu de rtVlilD, Z 229, 9 b, écrit ïbtr&. 

96, 14. Pour KTlûN (cf. 104, 29), Z 222, 16 b, écrit "V"», ou, d'après O xv, 
■TON- 

96, 46 et 109, 7. Sanche (Sanche IV, 1284-1295, règne 11 ans). Règne 
5052 (1292); cette date, on le voit, n'est pas juste. 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 81 

96, 17. Moïse b. Semtob, m. 5053 ; cf. 105, 1, et surtout Z 222, 23 b.— 
Aron Hallévi, m. 5024. Z 222, 30-33 a, a 5024 ; ibid., 24 #, il a, 
pour la même personne, 5021, mais la suite chronologique pa- 
raît indiquer qu'il faut 5051. Ou serait-ce deux personnages diffé- 
rents ? 

96, 20. Hayyim b. Samuel b. David écrit 5051 ; O, 105, 4, a 5030, mais 
la suite chronologique montre que la leçon est sûrement fausse ; 
nous supposons qu'il faudrait triattn au lieu de d^iubu) (1. 6 ; 
voir 1. 8), c'est-à-dire 5050 ; dans Z 223, 3 a, il faut probablement 
lire 5051 au lieu de 5024. 

96, 20 etc. et 109, 8-9. Fernand (Fernand IV, 1295-1312, règne 17 ans). 
Règne 5062 (1302), date fausse, mais qui s'accorde avec le 5052 de 
Sanche IV, puisque Sanche a régné, d'après notre auteur (voir 
96, 16), de 10 à 11 ans. Règne N""» (11) ans; en réalité 17 ans, 
mais comme notre auteur fait commencer le règne d'AUbnse XI, 
successeur de Fernand, 5 ans trop tôt, il est évident qu'il a 
parfaitement voulu mettre ici N"" 1 (voir 97, 14). — Pour ^N^IZ) (O 
96, 20) il faut "^WU « Sanche ». 

96, 21. La ville "la^pbN est Alcaudete, prov. de Jaen. 

96, 26. Méir de Rothenbourg, m. 5065; ia\, 223,6a; O105, 8, a 5061 . 

96, 28. Mordekhaï (b. Hillel), maître du Rosch, m. 5070 ; 106, 2 : 
élève de Moïse de Goucy et de Méir b. Baruch, m. 5070 ; Z. 223, 
1-4 b : élève de Moïse de Goucy et de Méir b. Baruch, condisciple 
du Rosch, m. 5070. D'après Kohn, Monalsschrift, 1877, p. 113, il 
serait m. 1298, non 1310; mais d'après Monatsschr., 1871, p, 424, 
le Mardochée mort en 1298 serait un autre rabbin. 

96, 29. [Simson b. Çadoc] y"mzîn, m. 5072 ; cf. 106, 4, et Z 223, 6 b, qui 

seul doDne le nom de Simson b. Çadoc. 

97, 3. Ascher b. Iehiel (Rosch), m. samedi 9 marhesvan 5088 ; m. 5088, 

O 106, 11. O 109, 13-16, qui semble donner 5078, n'est pas en 
contradiction avec O 106, car il y faut sûrement changer 5078 en 
5088, chiffre assuré par la date de la mort du roi de France 
(1328); voir la note suivante. 

97, 4, et 109, 13. Le roi de France qui meurt en 5088 (1328) est 
Charles IV. Le passage est emprunté à Menahem b. Zerah, lÏTS 
*plb, édit. Sabionetta, 16 a. — 97, 7. Il faut évidemment lire 
ao^a'ûJN Estelle, car Séville n'est pas en Navarre; cf. Menah. b. 
Zerah, et E 65, 1. 1 et suiv. — 97, 6, a 9000 Juifs tués ; O 109 et E 
ont 6000; Menahem a « environ 6000 ». 

97, 10. Sur Gonzalo Martinez, voir V n° 10, p. 30, qui donne tous les 
détails. Le signe Y'IEi (1. 12) n'est pas d'accord avec la date 5100 
de 1. 41 ; il faut lire ô"5b, comme l'a Z 224, 30 a. O 109, 23, a v 'p 
(5110 = 1350), mais il faut 'p (5100). Voir Graetz VII, 321. 

97, 4 4. Alfonse (Alfonse XI, 1312-1350, règne 38 ans). Suivant notre 

observation sur 96, 20, notre auteur fait commencer le règne 

d'Alfonse XI 5 ans trop tôt, en 5067 (1307) ; il dit, avec raison, 

que ce règne finit en 5110 (1350), ce qui fait bien les 43 ans de 

T. XVII, n° 33. 6 



Se REVUE DES ETUDES JUIVES 

1. 44, le chiffre 5067 est donc bien la leçon de l'auteur. — 109, 
16, a ; pour l'avènement, 50 1 7, probablement par erreur de copiste, 
au lieu du 5067 de 97, 14. D'après ce même passage de 109, le 
règne d'Alfonse dure 42 ans (1. 17). Ibid., 1. 21, où il devait y 
avoir la date 5110 de la mort du roi, il y a probablement une 
lacune, il faut lire, sans doute : fam> rtm) b"-i v 'p"i irsbK 'n 
rm^b. 
97, 15. Les enfants d'Alfonse XI nommés ici sont, les uns, enfants 
légitimes; les autres, enfants naturels. Il y avait, dans le 
nombre, deux Pedro, dont l*un enfant naturel; deux Fernand, 
dont l'un enfant naturel. Les deux ipafcnB représentent, sans 
doute, un de ces Fernand et un autre fils, don Fadrique 
(voir 109, 18); don wiVn est don Tello; doîia Leonor est ou 
bien Leonor de Guzman, mère de don Sanche, fils bâtard du 
roi, ou bien la fille de ce môme don Sanche ; elle n'est pas 
la fille d'Alfonse XI. — O 109, 18, i^M est, sans doute, Tbn 
Tello. 

97, 16. iDN^ii'm ùTibaii mu^b m* ordonna d'instituer les moines 
Hieronios (= Hieronymites), moines qui étaient puissants au 
temps de l'auteur de la chronique. Au lieu de "©N^Wi, il 
semble donc qu'il faille lire w^rrfi. 

97, 17. Les villes prises sont Alcala la Real, Algésiras, Pliego (au- 
jourd'hui Priego) et Olvera, prov. de Cadix (voir 109, 19). 

97, 18. Alfonse IX meurt de la peste noire, le vendredi saint 1350. Si 
on compare avec 109, 20, et si on remarque que l'auteur transcrit 
quelquefois le à ou le v par s (plus haut "^jib^D pour Violante, 
95, 20 ; voir aussi 99, 3), et que, d'autre part, la peste passait 
pour être l'effet d'un insecte [landre, dit la chronique d'Al- 
fonse XI, ch. 341 ; aujourd'hui liendre), de sorte que l'année 
de la peste pouvait s'appeler l'année du « liendre », on sera 
tenté de lire "ni^b "^ Ï"IWB ra^WiD « viernes saun (=' saint) 
de liendre ». — O 109, 20, au lieu de ©3W», il faut naturelle- 
ment 1L53 É "PT3 « viernes » ; "ptf pourrait être notre "pata ; nous ne 
savons si 13N""D3"D est quelque chose comme Passion, vendredi 
saint de la Passion. 

97, 20. Josef ïvown, et O 109, 22, Josef MttO&m, est probablement 
Josef d'Ecija WO'Wi de Z 22 i, 33 a. 

97, 23. Los deux rois mentionnés sont Pèdre le Cruel et Henri de 
Transtamâre. — bjoaisfc (note 10) est juste, et ne doit pas être 
changé en b^tttt ; c'est banarito, Montiel, où Pèdre le Cruel fut 
mis à mort par Henri. 

97, 24 et 109, 25. Souffrances des Juifs sous Pèdre le Cruel ; récit em- 

prunté à Menahem b. Zerah, édit. Sabionetta, 16#. 

98, 1. Lévi b. Gerson, m. 5130; O 106, 24, m. 5150, mais la suite chro- 

nologique montre qu'il faut lire ici aussi 5130 (voir O 106, 26). 
Z 224, 6 b, a également 5130, mais il doute du chiffre et sup- 
pose que Lévi b. Gerson était mort avant 5121. En réalité, Lévi 



JOSEF IIACCGHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 83 

b. Gers, serait mort en (ou vers) 4 344, d'après Hebr. Bibliogra- 
phie, VII, 1864, p. 83 ; cf. Revue, I, p. 80. Les dernières observa- 
tions astronomiques faites par Lévi b. G., d'après les indications 
que nous avons prises dans le V e livre (manuscrit de la Biblioth. 
nat. de Paris) de son Milhémet, sont de 1339. — Voir aussi Gross, 
dans Monalsschr.,\819, p. 22. 

98, 5. Henri de Transtamare, m. 5135 (1375) ; ne faudrait-il pas fi"bp, 
5138 (1378), qui serait plus juste, puisque Henri de T. est mort en 
1379? 

98, 5. Hasdaï Crescas, m. Saragosse, 5140; id. 98, 6 et 106, 26, et 
Z 225, 26 a. La date est fausse, Hasdaï est mort fin 1410 ou au 
commencement de 1411, comme le prouve Graetz VIII, note 2 
de la fin, et notre étude sur Josef Haccohen (description du ms. 
L). La date 5140 au lieu de 5170 vient de la confusion du 1 avec 
le T- Z donne à tort Hasdai comme maître d'Isaac b. Schéschet (cf. 
106). Le texte utilisé par 106 paraît avoir été mal interprété 
par Z. Au lieu de lire : g Isaac b. Schésch., élève de R. Nissim, 
et Hasdaï Crescas et Simon Duran, etc. », il aura lu : « Isaac b. 
Sch., élève de R. Nissim et de Hasdaï Crescas, etc. ». Voir sur 
Isaac b. Sch., Jaulus et Kaufrnann, Monatsschr. 1875 et 1883, et 
ûnsn ; Varsovie, 1888, p. 1 à 26. 

98, 7. Jean (Jean I er , 1379-1390); m. 5151 (1390-91); 23 ans, chiffre 
faux, puisque Jean règne tout au plus 42 ans; au lieu de V'D il 
faut peut-être %"^D, c'est-à-dire environ 13 ans. — Même correc- 
tion 110, 2. 

98, 9. Ere de nPU) (César-Auguste, 38 ans avant l'ère chrét.) abolie 
en 5151 {id. 110, 3). Z 225, 29 a dit aboli 5141 ; Zm. a aussi 5141 
(1381). Il est généralement admis que cette ère fut abolie aux 
Cortès de Ségovie, de 1389. Le 5141 de Z est probablement pour 
5148, par confusion du alef et du hêt. 

98, 12. Le ï^*Jû*iB est l'archidiacre Ferran Martinez, de Séville. Voir 
Graetz VIII, p. 56 et suiv. 

98, 14. Pour N-wblNa, il faudrait fcOO^bim, « à Valence ». 

98, 15. Henri (Henri III, 4390-1406). Règne 46 ans, ce qui est juste; 
m. 5465 (4 405). — 4 4 0, 8, règne 4 4 ans (lire 4 6) ans; m. 54 65. 

98, 4 6. Méir Alguadez vit et écrit 5182, mais comme il est du temps 
de Henri II, il faut lire 51 62, comme l'a l'édition de Z, de Cracovie, 
f° 134#, 1. 11, et comme le montre ici la suite chronologique. 
1 4 0, 8, n'a pas de date ; Z 225, 4 1 b, il faut probablement lire n"Op 
ou au moins o"p, comme le porte l'imprimé ; la correction de 
O xv, qui veut lire C2"p, est fausse. Voir aussi U 23. 

98, 20. Jean de Portugal (c'est Jean I er , 1385-1433) ; son expédition à 
Ceuta, 1415; m. 1430 (5190; lire 5193?). 

98, 23. Duarte de Portugal (1433-38), règne 5 ans. — Pedro ^ar^l 
del Cintre (pour de Coïmbre) lui succède (en qualité de régent, 
pendant la minorité d'Alfonse V) et règne 24 ans. En réalité sa 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

régence dura 7 ans, 1439-1446 ; il faut probablement lire 'T3 (non 
fb), c'est-à-dire environ 7 ans. 

98, 24. Alfonse de Portugal succède à Pedro, va à *\Wû (lire 1MU, 
Tanger) en 5220 (1460). — 1. 27, UHan'H lablBtftt des (cavaliers 
aux) espicelas doradas, éperons dorés. 

99, 2. Jean (Jean II, 1406-54). Règne 49 ans, m. 5240. Son prédéces- 

seur, Henri III (98, 15), étant mort 5165, et le règne de Jean étant 
de 49 ans, la mort de Jean doit être en 5214 environ ; de plus, le 
signe mnémonique nna p^ttttl (1. 4) donne 5216 ; la date de 1. 3 
est donc sûrement Y'n ou f*n (5214 ou 5216), non »*"!. 110, 
17, a, pour la date de la mort du roi, le chiffre exact 5214, et 
pour son avènement il a 5164 (1404). — 99, 2, lire W*V, en 
juin. 

99, 3. n^brpbiKD, lire tViT^ns Valladolid. 

99, 3-6. Isaac Gampanton, mort à Pefiafiel en 5283 (cf. 97, 21); Isaac 
Gampanton de Léon, et ses disciples, 107, 5; m. à Pefiafiel 
5223, 107, 17; Salomon, père d'Abraham de Torrutiel, a été 
son élève, 107, 5; Is. b. Jacob Campanton, gaon de Gastille, 
m. à Pefiafiel 5223, Z 226, 6 à 11 b. La date 5283 de 99 est évi- 
demment fausse, car elle donne 1523, époque à laquelle il n'y 
avait plus de Juifs en Espagne; la suite chronologique indique 
qu'il faut lire 5223, et que, du reste, toutes les dates de 99, 1. 3 
à 6, sont fausses. Nous supposons, comme nous l'avons déjà dit, 
qu'au lieu de ft"i (1. 4) il faut lire Y'^*i, ou, peut-être, avec une 
erreur de deux ans, ï^l ; au lieu de i"n (l. 5), lire d"i ; enfin au 
lieu de V's") (1. 6), lire }"3n. 

99, 6. Alfonse (Alf. V) de Portugal prend Tanger et Arzilla le samedi 
24 août 5231 (1471;; cf. 110, 22. Le 24 août 1471 était bien un sa- 
medi. 

99, 10. Henri (Henri IV, de Castille, 1454-74). Règne 21 ans; m. 5235 
(1474-75). 110, 21. Règne 28 ans (lire 21, c'est-à-dire K"D, non 
n"D). 

99, 12. Fernand (Ferdinand Vie Catholique, 1474-1504). Règne 19 ans. 
en 5235 (1 474). Au lieu de 1 9 ans de règne, il faudrait 29 ans ; l'au- 
teur a-t-il fait une erreur de soustraction? 

99, 13. Alfonse (Alf. V) de Portugal fait une incursion en Espagne; 
il est battu vendredi 3 adar 5236, « qui est le 1 or mars 1476 » 
(1. 12-13). Pour la date hébraïque, si elle doit correspondre au 
1 er mars, il faut lire 5 adar II (non 3 adar). — O 110, 28, a la date 
5238, mais 111, 4, il a aussi, pour le même fait, vendredi 3 adar 
5236. En 5238, le 3 adar était bien un vendredi, mais il ne tom- 
bait pas au 1 er mars. 

99, 21. Alhama (près Grenade) prise 5242 (1482); id., 111,6. 

99, 26. Les villes prises sont d'abord Ronda et Marbella; puis Car- 
thagène, si l'insertion du B est juste ; cette insertion paraît, du 
reste, assurée par le passage parallèle de Z 227, 3 o, : Garthagène 
est peut-être ici le Carteya, ou encore Garteyena, situé au pied de 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 85 

la hauteur de Gibraltar; voir Dozy, Hist. des Musulm. d'Esp. y II, 
32. iTiNDp est (voir Z 227) Gazar Abulena, appelé encore Gzarabu- 
lena et Czarbonela. Voir Dozy, Recherches sur Vhisi. et la littér. 
deVEsp., 3 e édit., I, 326; Mariana, 1. 25, en. 5. — Le iifcopitëln bnn 
est le district de l'est du royaume de Grenade, appelé Ajarquia 
(voir Mariana, liv. XI, ch. xvn et xvm). 

102, 1. Voir 93, 4. 

102, 13. Sur Efraim de Ratisbonne, voir 94, 6 ; 103, 16 ; Z 218, 8 b, 
et 221, 19 #. 

102, 18. Contient deux fautes, l'une du copiste, l'autre de l'auteur. 
La faute du copiste est dans la date 4958, qui n'a rien à faire là, 
entre des dates 4935 ; il faut sûrement lire 4935, année de la 
mort de Simsom b. Abraham (0 94, 11). La faute de l'auteur 
consiste en ce qu'il attribue à Simson (b. Abraham) le Se fer Ke- 
ritot, qui est de Simson b. Isaac de Chinon. 96, 29, à 97, 1, n'a 
pas Simson de Chinon, qu'il devait placer en 5072; 106, 4, l'a 
également omis (parce qu'il copie 96 ? et parce que tous deux 
confondaient les deux Simson ?) ; cf. Z 218, 30 b. 

102, 19. Juda b. Samuel Hallévi, le grand poète, m. 4935 ; 94, 12, et 
Z 219, 3 a, ont 4938 (confusion du in et du n). La vraie date serait 
4938, d'après Cassel, page v de la préface à sa traduction du 
Khozari.— Isaac bn-fin est probablement Isaac bmnp (Cardinal). 
Voir O 94, 12, Z 219, 5 a ; pour cet Isaac aussi les textes varient 
entre 4935 et 4938. 

102,27. Voir 94, 16. 

102, 30 à 103, 1. Voir 94, 23. 

103, 1 . Traduire : Baruch de Worms, élève de Rabbénu Tarn et d'Isaac 
b. Samuel, a composé le Séfer halterumot. 

103, 7. Lire 4965, non 4985; la suite chronologique montre que 4985 
est une faute de copie. La date 4965 est assurée par le signe 
">"!i:3. — Sur Lunel au lieu de Narbonne, et, en général, sur 103, 
7 à 9, voir 94, 25. 

103, 9. Ici encore changer 4985 en 4965. 

103, 12 et 13. Voir Z 221, 23a. 

103, 16. Voir 95, 16-17. 

103", 20. Méir Cohen, de Narbonne. Cf. 96, 7, Z 222, 32 tf, qui disent 
que Méir Cohen est m. 5024. Est-ce que, à la fin de la ligne 
103, 20, il manquerait les mots i"D roui ? 

103, 21. Lire Eliêzer non Abraham; voir 95, 11 . 

105, 1 et 4. Voir 96, 17 et 96, 20. 

105, 6. Lire 5050 ? Voir 96, 20. — Z 223, 4 a, a, pour la mort de Péreç, 
5060, non 5055. 

106, 2. Pour la mort de Salomon b. Adret lire 'S 'tt non 3>'nn. Voir, 96, 
28, et Z 222, 32 a. 

106, 4. Voir 96, 29. 
106, 11. Voir 97, 3. 
106, 13. Voir 97, 4. 



HEVUE DES ETUDES JUIVES 

10G, 16. Cet Israël est frère d'Isaac Israeli, Z 224, 44*. 
106, 24. Voir 98, 1. 

106, 26. Voir 98, 6. 

107, I. Le Ï13W nNt est l'année où écrit l'auteur, Abraham Torrutiel, 
5970 = 4540. Le morceau entier, jusqu'à 107, 4, a de l'analogie 
avec Z 226 a. 

107, 2. Après la date 5270, il y a peut-être une lacune, car la suite 
n'est pas claire. — Ibn Hasdaï : dans Z 225 *, il y a plusieurs 
Ilasdaï nommés, comme ici, dans le voisinage de Mattatia 
(1. \1 a, 1. 29*, sans parler de Ilasdaï Crescas, 1. 17 a). — Josef 
Albo fait les Ikkarim 5I85, Z 225, 35 *, voir Stnschn., col. 1442 ; 
1TÛ1S1B, dans Z, veut dire « son domicile ». 

107, 17. Voir 99, 6. 

107, 22. Voir 92, 15. Il faut remplacer la date 5000 par 4000 ; la date 9 
vient de ce que l'auteur a pris rs"^n (775) pour ïiwn (9) ; la 
vraie date est donc 4775. 

108,9 à 12. Le noyau du passage est la date Y'Btiîn (ou peut-être 
T"B125n ; voir 92, 23), laquelle se place entre la date Fï w 2T»n de 
107, 23, et la date î"ipnn de 108, 12. Notre texte est évidemment 
corrompu, puisqu'il raconte un fait de 4950 avant un fait de 
4386 (1. 10), et que, pour la prise d'Alméria par les Arabes, il a 
deux dates différentes, 4950 et 4917 (1. 11 et 1. 12). Pour le recti- 
fier, il faut se rappeler que, pour nos chroniqueurs, par suite 
d'une erreur expliquée plus haut (0 92, 23), Jérusalem fut prise 
par les croisés en 4786 (1026), puis reconquise par les musulmans 
en 1187 (î"topnn, comme l'a très bien Aron de Lunel, 191, 3), 
mais d'autres chroniqueurs juifs, suivant en cela Alharizi (Tah- 
Remoni, ch. xxvm ; voir Z 95, 4 4*), ont, au lieu de 4187, le chiffre 
rond ï"pnn = 1190. Nous croyons donc qu'il y a, dans notre texte, 
transposition et fausse ponctuation, il faut lire : ni&ba Ttt'm 
s-nsb^ f'vàn tz-'aba /h r t-niû tom 1* hy a"-3in t^busiT 
'ai ï-n&ws i-n^bi , ï"pnn fcnsbis ,ta r nitt fcpbiWû^!i T b** 
Gomme nous l'avons déjà fait observer, à propos de 94, 1, 
le mot ?n»as (108, 4 0) est faux : il faut probablement lire rw&na 
Fraga, et on a, en effaçant le point de la fin de la ligne 10 et en 
corrigeant la date fausse de la ligne 11 : WWlttl îiA&ns Srrobs 
ï"pnn "r rM û^b&Wfc^ii T». On pourrait aussi proposer de 
lire '51 {■nfcOil î-ïypb îYtoba. La vraie suite chronologique est 
ensuite la date ï'^pnn de la 1. 12, puis la date T"3pnn de la 1. 16 
(voir notre observation sur cette ligne). Les faits racontés entre 
ces deux dates sont le préambule obligé de l'affaire de 4956 (1196) 
et ne sont pas dans la suite chronologique. Josef d'Arévalo 
(93, 9) les avait mis à leur bonne place, avant le récit de la 
prise de Fraga et de Tortosa. Sur le sens des dates n"onn et 
3"Bnn (lignes 12 et 14), voir nos observations sur O 93, 9. 

108, 21. Béatrice, fille de Philippe (lire ^B^B), voir 95, 2. 

409,1. Ce passage prouve, entre autres, qu'Abraham Torrutiel a 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 87 

utilisé Josef b. Çaddik, d'Arévalo; le ins tDH n'est autre que 
Josef ; voir O 95, 25 et suiv. 
109,17. Voir 97,15. 

109, 20. Voir 97, 18. 

110, 16. Au lieu de N"Dp lire N"3p. 
110, 18. Voir 98, 26. 

110, 21. Voir 99, 10. 

110, 22. L'endroit où va le roi manque; voir 98, 24. — Lire 5ib^, non 
ï-tb^1 ; voir 99, 13. 

110, 28. Voir 99, 13. 

111, 6. Voir 99, 21. O-'bNp'D, lire cnb^p *i, de Calix, forme usitée de 
Cadix ; Zm. a emp *7, de Cadix ; voir Z 226, 40 à. 

112, 14. Don Abraham Senior, rabbin des communautés juives d'Es- 
pagne en 1492. Capsali {Likkutim, p. 73, 1. 3) l'appelle seulement 

178, 16. Les synchronismes 975 de la destruction du temple et 1356 
de l'ère des Séleucides, donnent 4804 de la création ; il faut donc 
lire f'nn, non î"nn. C'est la date de la rédaction primitive du 
petit ouvrage commençant O 176. Cf. Zunz, Gottesdienstl. Vortràge, 
p. 135. 



4. Schêbet J éluda d'Un Verga. 

(Désigné dans cette étude par la lettre V). 

N° 4 (p. 3). Pour ben "nttnïi, il faut lire mttin. Pour la date, O 77, 21, 
a 4902, mais aussi (voir les variantes dans les notes) 4872, 
comme ici. Z 214, 35 a, a aussi 4902 (1142), qui est exact (Graetz 
VI, 170), à quelques années près. La différence des dates vient 
sans doute d'une confusion entre n"pnn et n'^nn. — Voir Neu- 
bauer, Letterlode VI, 22. — Voir aussi plus loin V 30. 

N° 5 (p. 3). Voir U 24, qui a les mêmes détails. 

N° 6 (p. 4). Sur ce chapitre important il faut voirU 16. 

N° 7 (p. 7). Alfonse et sa controverse avec le savant Thomas. — 1. 2, 
en remontant : tfî'W, probablement le Rhin ; "«ttWHp, les 
Croates ; 'pOTn, serait-ce la Bosnie ? TVa&ms, nous ne savons 
ce que c'est. P. 19, à la fin de l'alinéa, le roi fait mention d'une 
grande peste qui eut lieu de son temps et d'une peste qui dura 
trois ans à Rome. Si c'était la peste noire (1348), le roi serait Al- 
fonse XI, qui régna de 1312 à 1350; mais le roi mentionne cette 
peste comme un de ses anciens souvenirs, ce qui ne serait pas 
possible si elle avait sévi deux ans avant sa mort. Voir le nu- 
méro suivant. 

N° 8 (p. 25). Affaire de meurtre à Ecija et Palma, ici encore sous le 
« grand roi » Alfonse. Dans ce morceau sont nommés don Abra^ 
ham Benvenist et don Josef Naci. Ce sont bien ces deux person- 
nages, à ce qu'il semble, qui sont mentionnés dans le morceau 



SS REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Y, p. 115-123, qui a plusieurs points communs avec le nôtre. 
Là aussi le roi s'appelle Alfonse, là aussi apparaît le grand sa- 
vant Thomas, comme dans le n° 7. Les trois morceaux n os 7, 8 et 
p. 115-1 23 doivent donc être placés à la même époque. Graetz (VIII, 
p. 404) parait avoir raison de dire que don Abraham Benvenist est 
celui de notre Règlement de 1432 (Revue, XIII, 187). Il en résulte 
que le nom d'Alfonse, dans nos trois morceaux, est erroné et qu'il 
faut probablement le remplacer par Jean II. Depuis Alfonse X 
le Sage, les rois d'Espagne, pour des écrivains peu au courant 
de l'histoire, devaient tous s'appeler Alfonse. — Nous remar- 
quons, en outre, que l'histoire du calice, qui se trouvée l'a fois, 
'avec des différences pourtant, dans le n° 7 et dans le morceau 
p. 115, fournit aussi un argument pour l'identification des deux 
morceaux. Josef Naci, de p. 121, 1. 1, pourrait être Josef Benve- 
nist, fils de don Abraham (contre Graetz VIII, 404). Le frère Paul 
(p. 116, 1. 13) peut être Paul de Burgos, juif baptisé en 1390, nou- 
velle preuve que tous ces dialogues sont postérieurs à Alfonse X 
ou Alfonse XI. — Sur Thomas, voir Graetz VIII, p. 407. — La 
seule difficulté, à notre avis, qu'on pourrait opposer à cette iden- 
tification du n° 7 avec le morceau de la p. 1 1 5, c'est que le n^am 
•jpïri de ce morceau pourrait être le Abraham (Benvenist) Senior, 
contemporain de l'expulsion de 1492 (voir Graelz, p. 406, qui a 
une opinion différente), et le Josef Naci serait un personnage sur 
lequel nous n'avons pas d'autres renseignements, peut-être bien 
Josef b. Semtob (Graetz, p. 406). Le morceau, dans ce cas, serait 
simplement une transposition du n° 7 à une époque postérieure, 
transposition amenée par la confusion entre l'Abraham Benve- 
nist de 1432, et son petit-fils Abraham (Benvenist) Senior, de 
1492 (voir Z 226, 30 & ; Abraham Benvenist serait cet Abraham 
Senior, petit-fils de l'Abraham Benvenist de 1432). 

N°9 (p. 29). Voir U 1. 

N° 10 (p. 30). Affaire de Gonzalo Martinez, racontée par Graetz VII, 
32 1, d'après V; cf. O 94, 7. Le roi est Alfonse XI; et la date de 
l'événement, 5100 (1339-40).— 1. 14 de la p. 30 : 'pfiU est naturelle- 
ment Jaen ; ^msbtf est Aîgarve ; pour tcbito lire, d'après Vara, 
fiWbfitn, Malaga. — 1. 18. Il n'est sans doute pas impossible qu'il 
faille lire, comme le suppose Graetz (VII, 313) : Josef h. Efraïm 
nvttiua Benvenist, mais cela n'est pas prouvé, à ce qu'il nous 
semble. Dans tous les cas, ce Josef ne peut être identique au 
don Juçaf ODttïia) Benvenist du n° 7 (p. 18,1. 6), M. Graetz, en 
faisant cette identification, avait oublié que, d'après lui, le n° 7 
est du temps de Jean II. Le Josef Benvenist du n° 7 est Josef b. 
Abraham Benvenist, fils du don Abraham Benvenist de 1432 (voir 
Z 226, 13 a), et la présence de ce nom à cette place est une nou- 
velle confirmation de l'hypothèse de M. Graetz sur la date du 
n° 7. Si Josef d'Ecija est, en réalité, un Benvenist, les mots dou- 
teux de O 97, 20 et 109, 22 (voir notre note sur O 97, 20) doivent 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 89 

peut être se lire rvttftaaa. — P. 31, 1. 9, en remontant : au lieu de 
ïnfi, lire ion. 

N°11 (p. 33). Année 5250 (1490), persécution en Savoie, Piémont, Lom- 
bardie, Sicile, Roussillon (?). La Vara, au lieu de 5250 de la Créa- 
tion, a 1250 de l'ère chrét., par erreur, sans doute. Elle prend 
iTO^nD pour Cerdagne, probablement avec raison. Au lieu de 
«■wfcymbB l 1 - 3 de l'alinéa), il faut peut-être N^littvniÊ) (1. 8 de 
l'alinéa). Nous ne savons pas, au juste, quels événements l'au- 
teur a en vue. L'article doit être du dernier rédacteur du livre, 
car il n'y a guère eu d'anusim en Provence avant l'édit d'expul- 
sion de 1501. Sur ces anusim provençaux, voir l'article de M. Ha- 
guenau dans Annuaire des Archives isr., de M. H. Prague, 3 e année, 
5647, p. 45. 

N° 12 (p. 34). Histoire de meurtre à Ocana. 

N° 13 (p. 36). Le confesseur de la reine; mauvais effet de son sermon 
sur le roi. 

N° 14 (p. 37). Histoire de Sancha, sœur du pape. Voir V 39 et XJ17. 

N° 15 (p. 39). Enfants qui jouent à colin-maillard à ïn^ïWitt Monzon 
( Vara : Montesuma). 

N° 16 (p. 39). Accusation de meurtre déjouée par le roi ; le roi veille 
sur les Juifs, il ne dort ni ne sommeille. 

N° 17 (p. 40). Affaire de meurtre en France ; intervention d'un am- 
bassadeur musulman! A peut-être quelque relation lointaine 
avec U 10. L'intervention d'un musulman en faveur des Juifs 
est curieuse. Elle se placerait nécessairement avant 1394, date 
de l'expulsion des Juifs de France. 

N°18 (p. 42). Persécution en Angleterre, les 2000 Juifs de Londres, 
U 12; voir aussi Y 20. 

N° 19 (p. 43). Persécution à Naples et Trani. Paraît avoir quelque 
rapport avec U11. — 1. 15 de l'alinéa, an a est, sans doute, 
la ville de Bari. 

N° 20 (p. 43). Au lieu de nais (1. 1 de l'alinéa), il faut mettre « Angle- 
terre »; U 12 et V 18 ; cf. Graetz VIII, 363; VII, 192 et 463. 

M os 21 à 25 (p. 45-46). Voir U 20. 

N° 26 (p. 46). Puits empoisonnés, peste noire. Voir U 19. 

N° 27 (p. 47). Persécutions de 1390 en Espagne ; voir U 21. 

N° 28 (p. 47). Persécution à Gonstantinople, les Juifs de Constanti- 
nople obligés de demeurer dans le quartier de Péra. Voir V, 
p. 111, et U 33. 

N° 29 (p. 48). Accusation de meurtre sous Alfonse, roi d'Espagne. 

N° 30 (p. 49). Voir U 4, et, plus haut, V 4. 

N° 31 (p. 50). Histoire de David Alroï ; cf. U 8. 

N° 32 (p. 52). Une autre histoire de Perse. 

N° 33 (p. 53). Don Pèdre l'Ancien et Nicolas de Valence. C'est là que 
se trouve la fameuse histoire des trois anneaux. — P. 61. Con- 
troverse devant Alfonse de Portugal ; cf. p. 108, controverse entre 
Alf. de Portugal et don Josef ibn Iahia. Voir G 108 et 112 a. 



90 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 3i (p. 64). Allemagne, les Juifs doivent se baptiser dans trois 
jours, ils se luent; voir V 36. 

N° 35 ip. 65). Persécution en France, le cierge allumé; voir U 41. — 
La ville de Iïtd n'a pas encore été identifiée. 

N° 36 (p. 65). Paraît être un doublet du n° 34. 

N» 37 (p. 66). Isaac Ilamon à Grenade (vers 1480, Graelz VIII, 326). 

N° 38 (p. 66). Accusation de meurtre à Jerez de la Frontera. 

N° 39 (p. 67). Rome. Pourrait être un doublet du n° 4 4 ; cf. U 47 (fuite 
des Juifs à Naples). 

N» 40 (p. 67). Colloque de Tortose de 4 413. Sur ce colloque, il faut 
voir : Graetz VIII, 414, et note 3 de la fin du volume ; Jeschurun, 
VI, 45 ; de Castro, BiMiotheca, I, 204 et suiv. Il est clair que, dans 
V, il faut corriger le V^p du commencement du numéro en Jpn = 
(1)443 de l'ère chrétienne, comme dans JescMirun ; — p. 68, 1. 47, 
il est probable, comme le propose Jesch., qu'il faut changer « jan- 
vier » en « février »; — 1.~20, lire O^pbN Alcaîiiz; — 1. 22, le nom 
de Iomtob est Caracause (voir Revue, XII, p. 41, 1. 4 8) ; cro^b'n 
est peut-être Illescas (voir V n° 48). — Il ne nous paraît pas si 
certain que Vidal Benvenist soit le Ferrer du ms.de l'Escurial 
(Graetz, p. 396), car Zerahia Hallévi s'appelait aussi Ferrer 
(Graetz, ibid. y n'a pas vu que son Zerahia Saladin et Zerah. 
Ferrer étaient identiques), et dans Jeschurun, le rabbin qui parle 
le 8 février n'est pas Vidal Benvenist, mais justement Zerahia 
Hallévi (peut-être la confusion vient précisément de ce que tous 
deux s'appelaient Ferrer). — En revanche, on ne peut plus sou- 
tenir que Salomon Bonfed, que Graetz veut identifier avec le Sa- 
lomon Judaeus, rabbin de la communauté de Tortose, n'était pas 
à Tortose lors du colloque (Hebr. Bibl., XIV, 4874, p. 95), le n° 4984 
des mss. hébr. d'Oxford (catal. Neubauer) montre qu'il y était ; 
cela ne prouve pas encore que l'identification soit certaine. — 
ÏTTMina de V, 1 20, est sûrement pour ïrruaiMK En Bonjuda (= 
Juda), et le ïitwn de la ligne suivante a le même sens. Le 
n° 4984 d'Oxford désigne deux ou trois Bonjuda (entre autres 
En Bonjuda Iahsel, du Caylar) qui semblent avoir été à ce mo- 
ment à Tortose, sans parler du Salomon Judaeus nommé dans le 
ms. deEEscurial. — Le Saùl Minue de ce ms., qu'Amador (Zft's- 
toria, II, 435; Estudios, p. 96) lit Saûl Mime, nous paraît être le 
Salomon Maïmon de Tortose, qui, d'après Jeschur., assista au 
colloque. Enfin, le Josué Messie du ms. de l'Escurial n'offre au- 
cune difficulté, le nom de Messie se trouve ailleurs [Revue, IV, 74 ; 
Hebr. Bibliogr., XV, 4 875, p. 414). — Le R. Avon, de de Castro, est 
sans doute En Bon[judas] . — De Castro a encore un Moyses Aben- 
habez (Amador, qui a vu le ms. de l'Escurial, à ce qu'il semble, 
lit Bonastruc Abenaded ou Abenabed) et un Todroz Benvenist 
de Saragosse. — Nous ne savons pourquoi M. Steinschneider dit 
[Hebr. Bibliogr., XV, 4 875, p. 4 09) qu'Abraham b. Hayyim Rimoc 
a assisté au colloque. Rappelons, à cette occasion, que la pro- 



JOSEF IIACCOHEN ET LES CIIKONIQUEURS JUIFS 01 

nonciation du nom de ^pfa""] ou "fWn est maintenant fixée {Revue, 
XIV, 66). — Enfin, la publication du catalogue des ms. hébr. 
d'Oxford nous a mis à même, à ce que nous croyons, de résou- 
dre la difficulté du *^*np Ui 1 ^, nom qu'on croyait avoir été porté 
par Astruc Rimoc et dont Graetz s'occupe dans sa note 3 consa- 
crée au colloque de Tortose. Il nous paraît certain que ce pré- 
tendu surnom, écrit aussi WW '^ et Wtt ti^l [Hebr. Bi- 
bliogr.,XV, 1875, p. 108), n'est pas autre chose que le ^TTmiZJ"^ du 
n° 1984 d'Oxford, A n° 44., et le ïilTmiD^ du n° 916,11, d'Oxford : 
cela veut dire, à ce que nous croyons, Aslruc Rimoc de Saver- 
dun. Ce nom de ville est écrit n-mu) dans le ms. de Perpignan 
que nous avons analysé dans la Bévue (XIV, 76). 

N° 41 (p. 78). Le pape Marco Florentin, le frère Pedro, Samuel Abra- 
vanel, Salomon Hallévi. D'après Graetz VIII, 140, le pape serait 
Martin V ; cf. iHd., 129, note 2. Gomme le pape mentionné est en 
Espagne, Marco Florentin est peut-être plutôt une grossière alté- 
ration de Pedro de Luna (Benoît XIII); cela paraîtra d'autant plus 
probable si l'on considère que Pedro a pu être d'abord changé en 
Federico, qui sera devenu ensuite Marco. Dans cette hypothèse 
« Florentin » serait une altération de « de Luna ». Il est vrai que 
ce qu'on nous raconte de ce pape, dans ce numéro, ne s'accorde 
guère avec ce qu'on sait de la conduite de Benoît XIII à l'égard 
des Juifs, mais le récit contenu dans notre passage est plus ou 
moins fictif.— Un frère Pedro de celte époque, dans Amador II, 406. 

N° 42 (p. 84). Ordre de succession des nacis de Babylone. 

N° 43 (p. 86). L'affaire des lépreux, de 1320. 

N°44(p. 86). Le confesseur de la reine d'Espagne, le juif baptisé 
Martin de Lucène (ou de Valence?) seconde les Juifs. 

N° 45 (p. 87). Persécution en Catalogne 5153 (1393) ; c'est la suite de la 
persécution de Vincent Ferrer, on ne voit pas pourquoi V dit 
qu'il ne connaît point les causes de cette persécution. Voir U 21. 

N° 46 (p. 87). La persécution sous Benoît XIII en 1412; cf. U 21. V dit 
que 16,000 Juifs se baptisent, TJ (f 188 b) dit 15,000. 

N° 47 (p. 87). Année 5150 (1390), persécution à Toro, Logrono (lire 
^riinb) et Carrion. 

N° 48 (p. 88). Toujours la persécution de 1390-91. Le roi Henri est 
Henri III. Pour les noms de villes, voir U 21. 

N° 49 (p. 88). Jean, fils de Henri ; on décrète le port du signe; c'est 
sans doute Jean II (1406-1454). 

N 08 61 à 58 (p. 89-92). Se rapportent à l'expulsion d'Espagne de 4492 ; 
voir U 25. 

K° 59 (p. 93). Portugal (1496-8) ; cf. U 27. 

N° 60 (p. 93). Portugal (1506); cf. U 29. — P. 94, 1. 5. Pour le nom de 
««■wynjpiBMB, Graetz (IX, 236) propose de lire Mascarenhas. 

N° 61 (p. 94). Enfant chrétien mort, ressuscité par Salomon Hallévi. 
Si ce Salomon Hallévi est celui du n° 41 ci-dessus, il faut placer 
le fait dans la première moitié du xve siècle. 



02 REVUE DES ETUDES JUIVES 

N° 62 (p. 94). Juda ibn Verga à Séville. 

N° 63 (p. 95). Saus intérêt historique. 

N° 64 (p. 95). Controverse de Versorès. 

P. 108. Controverse de don Alfonse de Portugal et don Josef ibn 
Iahia. Voir n° 33. 

P. 410, en bas. Les Juifs d'Espagne à Fez après 1492. 

P. 411, 1. 2. Accusations de meurlre à Amasia et à Tocat, voir U 33, 
E 105. On a ici, si nous ne nous trompons, le développement de 
V 28 

P. 112. Extrait de Semtob Sonsola (ville de la prov. de Ségovie). Voir 
sur tout le passage jusqu'à p. 115, 1. 12, Graetz, VI, note 1 de la 
fin du volume, n° IV. — P. 113, 1. 1, lire 5155; 1. 2, lire 5157, cor- 
rections proposées par Graetz et imposées par la suite chronolo- 
gique. — 1. 8, avant ou après nntti nn^, il manque le mot fDisn, 
voir 94, 16. — 1. 13, corriger ft"i!rû en !"Pîn3 """ïid, comme le 
prouve, du reste, le !"ï"Dp de la ligne précédente. — P. 113, 1. 2, 
en remontant, ii^na est pour lû'ma, Béziers. — P. 114,1. 1, 
Graetz a identifié ^bio^ avec saint Gilles. — 1. 2. Le naci Isaac 
Benvenist est peut-être le père du Schéschet Benvenist de Sara- 
gosse, qui est en correspondance avec les nacis de Narbonne, 
et le naci R. Lévi est Lévi b. Moïse (voir l'étude sur Josef Hacco- 
hen). La date 1215-16 de notre passage est des plus utiles pour la 
chronologie de ces deux personnages et de leurs contemporains. 
— P. 114,1. 17. La persécution dans l'Anjou, le Poitou et la Bre- 
tagne, est mentionnée dans le ircn de R. Iehiel de Paris (édit. 
Thorn, 1873, p. 10, en bas). Voir Graetz, ibid., n° 26 de la note : 
la Bretagne serait l'Angleterre ou les possessions anglaises en 
France ; la date serait 1236, et il faudrait, en tête du paragraphe 
de V, changer 'û"yp en Vatp. Tout cela, cependant, n'est pas abso- 
lument prouvé. — P. 114, 1. 20, le *V12W12 est Paulus Christiani 
[Rabbins français, p. 566). En tête de la phrase, il manquerait la 
date a"a '11, 5029 (1269); voir Graetz, ibid., n° 30, et VII, 150 ; ce 
qui confirme cette hypothèse, c'est qu'en effet, la première or- 
donnance sur la roue des Juifs, en France, paraît être celle de 
S 1 Louis, du 19 juin 1269 ; voir Ulysse Robert, Revue, VI, 83. — 
P. 114, 1. 24. Mardochée b. Josef [Rabb. fr., p 567; ibid., en bas, 
au lieu de plaques, il faudrait signes, pièces d'étoffe, rouelles). — 
1. 25. Sur ^NiiH, voir Rabbins fr., p. 743, ad p. 566. C'est peut- 
être Salons, ordinairement écrit )^w, aussi ibu5 {Hebr. Bibliogr., 
XIV, 98 ; peut-être aussi Saint-Gilles) —P. 115, 1. 2. UWiba n'a 
pas encore été identifié. — P. 115, 1. 6. Il n'est pas sûr que ce 
soit l'histoire des pastoureaux de 1320. La ville de UiNb^Dia (1. 9) 
est Bagnols ou Banyuls (Pyrén. -Orient.); UHNtoiûb paraît être 
Saint-Chamas (départ. Bouches-du-Rhône). — La fête de 3T3N 
(1. 41) est la fête de la Nativité de la S t0 Vierge, fête appelée 
Angeinne et Angevine. Voir La Curne de S ,e Palaye aux mots 
Feste, Angeinne et Angevine. 



JOSEF HAGCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 93 

P. 415, 1. 13. Le roi Alfonse et le savant Thomas ; voir, plus haut, 
n 09 7 et 8. 

P. 123. Histoire d'un sauvage très savant. 

P. 424. Lettre de Meschullam de Rome sur l'expulsion projetée d'Es- 
pagne. 

5. Schalschèlet haccabbala de Guedalia ïbn Iahia. 

(Désigné dans cette étude par la lettre G). 

110 a. — 1. 20. Sisebut et Vitiza, U 4, E 7. — 1. 23. Henri, « roi de 
France » est une faute provenant d'une méprise sur U 2 ou sur le 
passage original de FF. — 1. 25. Pour "WloriT, lire inw. Ce roi 
vient ici deU 3. 

110 b. — 1. 3. Pour i-m'h, lire *Ynvit3 Trêves. — 1. 4. p-nana est 
jpmaina Brandebourg. — 1. 6. li^mOSO est la Saxe. — Pour les 
localités visitées par les croisés, lors de la première croisade, il 
suffit de comparer avec le récit d'E, p. 15 et suiv. — 1. 4 4. na^ba 
est p"3fcbaYl de E 18, 5, pour p^ban (Weveling) ; ÏTTVO est Mors, 
E 20, 9 ; ïrh^p est ÏTrb^ E 23, 6. Pour les identifications, voir la 
note 5, à la fin de Graetz VI ; mb^p ou mb"^ reste à identifier, 
à moins que ce ne soit le village Aldenahr, près de la ville 
d'Aldenahr (Graetz, ib., paragr. 4), c'est-à-dire ntïVn h&5). — 
1. 15. Pour pTO eré>, E 23, 14, a pWB'n Ratisbonne. — 1. 20. 
ip'-iîa'iaa*, voir Josef Haccohen, Libre hayyamim, édit. princeps, 
feuille 3, f. 4#, qui a JréSTDBW, en Hongrie. — 1. 24. Persécution du 
irû^T^anp (consedenti) du temps du Rif (Alfassi) ; nous ne savons 
ce que c'est. — 1. 35. C'est la persécution de la seconde croisade. 

414 a. — 1. 1 . Philippe, roi de France, du vivant de son père, etc.; doit 
venir de U 5 ou FF III, 7, 2 e cruauté, daté 4939 (1. 4) ou 4923 (1. 2). 
— 1. 2. Tolède, Abraham de la Gapa, etc., fuite de Maïmonide; voir 
U 4. — 1. 7. Juifs tués à Paris, U 5. — 1. 8. Juifs tués à Uia*a, en 
Allemagne, en 4940 (4180). C'est l'affaire de mais Boppard, dans 
Wiener, E allemand, fin, p. "û, 1. 9. — 1. 9. Expulsion de France, 
4942(1182), U 10. — 1. 11. Richard Cœur de Lion, Angleterre, 
4920 (lire 4950 == 1 1 90) ; voir Wiener, E allemand, p. E. — 1. 13. 
Cite V n° 48. — 1. 46. Robert de Naples, U 11. — 1. 27. Affaire de 
Braye, sous Philippe-Augusle ; au lieu de ma an a, lire iT^ana ; 
E 45 ; Wiener, E allem., p. *. — 1. 29. Plus de 200 Juifs brûlés, 
le bVttlrt natt; emprunté à Wiener, E allem., p. \ 1. 2, date 4951 ; 
il faut donc changer W3t»8 en anab^a*. — l. 31. Affaire de 
Neuss; Wiener allem., p. a" 1 », a pour date 4947 ; E 47 a 4957, 
comme G. — 1. 34. Pastoureaux, V 6. 

444 b. — 1. 4-6. Suite. Les transcriptions de G ne sont pas utiles pour 
les identifications. Son ïvriD est le b^TiO de V; son rmianaa est 
rmpujao ; Ui^lia est pour tt^YTDî "^DWba est peut-être ba 
DniNdeVp. 5, 1.25; G cite U 16,-1.6. Vienne, U 9.— 1. 9. La 
sœur du pape, Sancha, U 17. Le roi Robert est roi de Naples et 



M REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Jérusalem. — 1. 12. Monzon, V 15. — 1. 15. Allemagne, V 34. 

— 1. 17. Ville fma (1. "pria) en France, V 35. — 1. 22. Allema- 
gne, V 36.— I. 25. Au lieu de CP£>, lire 'pTU), c'est V 38. — 1. 31. 
Normandie (lire nfiPlB&nia}, U 6, E 25. — 1. 30. Pour rTYtnSfc lire 
ïTiNna ; c'est U 7. 

112 a. — 1. 2. Benoît XIII, 1412; V 46. —1. 3. Rome ; c'est V 49; la date 
6172 que G dit avoir trouvée dans V, n'est pas dans V. — 1. 5. 
Isaac Hamonà Grenade, V 37. — 1. 8. Les mots "'pOlNïi 13381 se 
rapportent à U 24, qui cependant s'applique à un tout autre évé- 
nement. L'erreur de G, dans l'explication de ce chapitre de U, 
vient de la fausse date donnée par U à l'événement qu'il raconte. 

— 1. 9. Croisade 4962 (1202), E 48. — 1. 10. Retour des Juifs en 
France, 4958 (1198), E 48. — 1. 12. Juifs à Constantinople, V 28. 

— 1. 15. Le prédicateur de la reine, V 44. — 1. 17. Alfonse et Tho- 
mas, V. 7 ; G met (par hypothèse) une date sûrement fausse, l'an 
5000 environ (1240). — 1. 20. Controverse avec ibn Iahia, V, 
p. 108. — 1. 23. Ecija, V 8. — 1. 24. Ocana, V 34. — 1. 26. Le 
prédicateur qui déplait, V 13. — 1. 30. Gonzalo Martinez, V 10. 

— 1. 33. Le roi veille sur les Juifs, V 6. 

412 à. — 1. 4. France, l'ambassadeur musulman, V 17. — 1. 29. L'his- 
toire de Teutonie-Forchim, TJ45; le principal nom (Forchim) 
manque dans G. — 1. 21 . Hostie : c'est le numéro de U qui pré- 
cède, savoir U 14. — 1. 33. Juifs expulsés de France : c'est V 21. 
Dans notre article les expulsions, etc., nous avons fait remar- 
quer que la fausse date de V 21 (5046 au lieu de 5066) est une 
faute de l'auteur; G a aussi lu, dans son texte de V, le chiffre 
5046. — 1. 35. Le moine anglais qui se convertit au Judaïsme, 
U 12 et 13. 

113 a. — 1. 30. France, 5108 (1348), V 23. La date 5108 doit venir de 
U 20, qui a 5106. Voir notre article les expulsions, etc. La date de 
nb^ (5155 = 4 395) qui se trouve dans V, se trouve aussi, à peu 
près, dans G 110 #, 1. 23 (ibs). 

1 13 b. — 1. 9. Persécutions générales vers 5110 (1350) : c'est la peste 
noire ; cf. V 26. Dans G, les noms géographiques sont : Aragon, 
Catalogne, Barcelone, Tarrega, Solsona (lire frantaViiï)), , Pro- 
vence, Monzon, Lérida (?), Huesca et Allemagne. — 1. 11. Vers 
5081 (1320), peste en Espagne (affaire des lépreux), V 43. — 1. 18. 
Josué de Lorca (au lieu de " l pb"n lire "•jTIlb), V 40. Les mots 'CD 
*d '0*1 Tïï" , b"n" 1 signifient Messer Hierolymo (pour Hieronymo) de 
Santa-Fé. —1. 22. Le pape Marco Florentin (ou Fiorentino), V 
41. — 1. 24. Encore une fois une expulsion de France, avec la 
date 5106 (1346); voir nos observations sur G 413$, 1. 30 ; voir, 
sur le tout, notre article les expulsions, etc. —1. 28. Persécutions 
à Béziers 5128 (1368) et à Beaucaire 5135 (1375). La notice sur Bé- 
ziers vient de V p. 112, 1. 8, en remontant, mais suivant une 
erreur plusieurs fois commise par G sur les dates de ce mor- 
ceau, il a lu 5128 au lieu de 4800 -+- 128, c'est-à-dire 4928, comme 



JOSEF IIACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 05 

l'a V. Beaucaire manque peut-être dans notre texte de V, avec 
la date 4935 (4175). — 1. 29. Persécutions en Castille, Léon (et 
France, lire nsnn ?), famine à Tolède, année 5129 (1369). C'est 
Z 224, 35 0, date 5130, sous Pèdre le Cruel; cf. 97, 24. — 1. 32. 
Persécutions de 4 390 en Espagne; c'est V 47 (localités : Toro, 
Logroîio, Carrion, Burgos). La suite,' avec l'argent donné par 
les Juifs et l'intervention d'un Juif baptisé, se trouve peut-être 
aussi V 44. 

444 a. — • 1. 3. Persécution à Prague 5149 (1389), E 69. — 1. 3. Persé- 
cution de 54 54 (4 391) en Espagne, emprunté à Z, édit. Craco- 
vie, 134 a, 1. 4 ; cf. Z 225, 35 a. — 1. 6. Année 5155 (4 395), expul- 
sion des Juifs de France, empruntée peut-être à E 72. — 1. 7. 
Année 5160 (1400), peste en Allemagne, en Pologne et en Cata- 
logne. Voir nos observations sur la date et sur l'identification 
du fait, U 19,—- 1. 9. Tout le monde sait que cette lettre de Has- 
daï Crescas sur les persécutions de 1391 se trouve dans Y, édit. 
Wiener, p. 128 ; cf. nos observations Z 225, 32a et 46 b. — 1. 42. 
Si, au lieu de ons W3, on lit ns^n, on a le fait raconté V 
p. 4 4 3, 1. 20. Dans les deux passages il est question de 200 Juifs 
tués, seulement, dans V, la date 4 69 signifie 4969 ; G la prend, 
par erreur, pour 5169. — 1. 13. Pour bl'ls fis, lire Lms) lia, 
Montfort. C'est le fait raconté V p. 114, 1. 8. Ici encore la date 
n'est pas 5176, mais 4976. — On dirait, à lire le texte de G, que 
1. 12 à 16 sont tirées de la lettre de Hasdaï Crescas, V p. 128. — 
1. 17 à 444 J, 1. 44, c'est le texte de la lettre de Hasdaï Crescas, 
tel qu'on le trouve dans V p. 428. 

4 44 b. — 1. 14 Persécution en Anjou, Poitou et Bretagne (lire dvdn 
UltPï&l) ; pris de V p. 4 4 4, 1. 4 7. — 1. 4 6. ïU'n'Wb (ou 'wbafc V 
p. 4 45, 1. 2. — 1. 47. Don Enrique, d'après Semtob b. Semtob, 
V 48; ÎW*8 est Ecija ; apUTJT est «îp^bl Illescas; OMab^Dp 
est, dans V, o*n:» b^uiap. —1. 21. Mesures sous don Juan, fils 
de Henri, V 49. — 1. 23. ttJftB est sans doute Fraga, en Espagne. 

— 1. 30. Le mot itD'W est pour îa^N ou œ:pnn Aix, date de la 
persécution, 5170 (1410); serait-ce le fait de V, p. 114, 1. 4 en 
remontant, placé par V vers 4979 ? La date de G est probable- 

. ment 4800 + 190 = 4990. 
445a. — 1. 1. Sur les deux dates 4150 et 4172, voir Z 225, 1 b. — 
rtaEnVn liWI veut dire Vincent de Valence (1. HSi'a^l) ; c'est 
Vincent Ferrer. — 1. 6. Expédition du roi de Portugal à Ceuta, 
voir Z 225, 43 b. — 1. 14. Sur l'abolition de l'ère du nrtt), voir 
Z 225, 29 a. — 1. 24. Affaire de meurtre à Salamanque en 5215; 
c'est U 22. — 1. 27. Don Méir Alguadez tué à Ségovie; c'est U 23. 

— Nous ne suivrons pas G dans son récit de l'expulsion d'Es- 
pagne, dont les sources sont connues de tout le monde et où il 
n'offre rien de spécialement intéressant. 

Isidore Loeb. 
(il suivre). 



LA RÉSIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 



L'antique Massalia doit à son origine grecque son amour de 
l'indépendance, ses qualités avec ses défauts, et jusqu'à sa physio- 
nomie propre, qui, de nos jours encore, lui assignent une place à 
part au milieu de toutes les cités du littoral méditerranéen. 

Cette ville phocéenne, comme la Grèce, sa mère-patrie, a tou- 
jours été éprise de ses libertés et des belles-lettres. Elle a con- 
servé les unes et les autres avec un soin jaloux, et leur offrait un 
asile sur quand d'autres pays les bannissaient. Gela lui valut de la 
part de Pline le titre de Dominatrice des sciences, et Cicéron 
l'appelle Y Athènes des Gaules. Des poètes inspirés, d'éloquents 
orateurs chassés par des adversaires triomphants retrouvaient un 
foyer, des admirateurs dans ce refuge béni des nombreuses vic- 
times de toutes les intolérances. 

Marseille n'hésita point entre Pompée et César, elle paya chère- 
ment sa préférence pour Pompée et son hostilité contre le futur 
maître de Rome. Elle resta toujours fidèle à ces traditions d'hon- 
neur en prenant parti pour le droit contre l'usurpation, pour les 
opprimés contre les tyrans. Les plus rudes épreuves ne purent 
jamais la décider à trahir son passé en désertant la cause de la 
justice. Les rapports constants qu'elle avait avec les marchands 
du monde entier l'habituèrent à considérer les étrangers, sinon 
comme des concitoyens, du moins comme des hommes dont elle 
avait été à même de connaître et d'apprécier le mérite, le cœur et 
la loyauté. 

Les Juifs exilés de leur pays furent les bienvenus dans cette 
généreuse cité, et nous les y trouvons établis dès les premiers 
siècles de l'ère chrétienne. Grégoire de Tours appelle Marseille la 
ville hébreae. Les Juifs n'ont jamais cessé d'habiter Marseille. Ils 
subirent avec elle les vicissitudes diverses qu'elle eut à traverser, 
mais, à toutes les époques, avec des privilèges parfois amoindris, 
avec quelques mesures répressives, il est vrai, ils ne cessèrent d'y 



LA RESIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 97 

résider, d'y être tolérés, soutenus tantôt par le peuple contre les 
chefs, tantôt par ceux-ci contre le peuple. C'est ainsi qu'ils purent 
se maintenir jusqua la veille de la Révolution de 1789. Nous les 
trouvons, six années auparavant, à l'état d'assemblée régulière- 
ment administrée, achetant un cimetière, pour leur usage, à l'ordre 
des prêtres de la Trinité-Rédemption des Captifs * . 

La métropole du commerce français dans la Méditerranée a tou- 
jours regardé les Juifs comme de précieux auxiliaires commer- 
ciaux. Les Juifs seuls pouvaient entretenir des relations commer- 
ciales avec des correspondants qui étaient le plus souvent des 
coreligionnaires disséminés dans tous les pays; ils ont contribué 
au développement de l'industrie dans cette ville. Ce fut un Juif, 
Crescas Davin, qui, en 1371, devint le premier initiateur de la 
fabrication du savon -. 

Les Israélites se distinguaient encore dans le domaine scienti- 
fique ou littéraire, ils avaient deux écoles, l'une dans la cité haute, 
l'autre dans la ville basse. Dans les deux académies on rivalisait 
de zèle pour mettre à la portée du public chrétien les chefs- 
d'œuvre de la littérature des Arabes et des Juifs. Les Tibbon 
eurent avec ces savants de Marseille des relations de parenté 3 . On 
dit qu'un Juif de Marseille, Profatius 4 , aurait été placé en 1300 à 
la tête de la Faculté de médecine de Montpellier, bien que ce fait 
soit contesté par M. Renan 5 . Un autre rabbin, Anatoli, sinon natif 
de Marseille, mais appartenant à une famille ancienne de cette 
ville, fut appelé par l'empereur Frédéric à Naples pour y traduire 
en hébreu des ouvrages arabes qui furent ensuite publiés en latin 
par Michel Scot, ami d' Anatoli, faisant comme lui partie de la 
cour de cet empereur . Ce furent les savants de la communauté 
juive de Marseille, en correspondance avec le célèbre Maïmonide, 
auprès duquel ils jouissaient d'une haute estime 7 , qui appelèrent 
Al'harisi s pour traduire de l'arabe en hébreu les ouvrages de ce 
même Maïmonide, et quand l'esprit libéral et philosophique du 
Guide des Égarés fut attaqué avec passion par les orthodoxes 



1 Sur la liste des olï'randes laites par les chefs de famille pour Tachât de ce cime- 
tière figurent 49 noms (Archives du Consistoire israélite de Marseille). 

2 L. Barthélémy, La savonnerie Marseillaise, page 8. 

3 Voir Loeb, Procès de Samuel Ibn Tibbon. 

4 Graetz, Histoire des Juifs, VII, p. 246. 

5 Histoire littéraire de France, t. XXVII, p. 622. 

6 Graetz, ibid., p. 104. 

7 Lettre de Maïmonide au Collège rabbiuique de Marseille. 

8 Voir dans l'introduction à la Mischnah une description enthousiaste d'Al'harisi 
de la ville et delà communauté de Marseille. 

T. XVII, n° 33. 7 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

juifs, les docteurs de Marseille se rangèrent du côté de l'école 
progressiste. Cet esprit d'indépendance des Juifs de Marseille n'est 
pas sans rapport avec celui des Marseillais en général, dont la 
fréquentation n'était pas restée sans influence sur leurs contem- 
porains israélites. 

lies médecins juifs, de leur côté, si nombreux à Marseille 1 , 
eurent souvent l'occasion de montrer leur dévouement et leur 
esprit de sacrifice pendant les terribles pestes qui désolaient fré- 
quemment leur ville. Ces preuves de charité leur valurent les 
bonnes grâces des gouvernants, particulièrement du roi René, et 
môme les sympathies de la masse ignorante. 

Ce qui a peut-être contribué encore à protéger les Juifs de 
Marseille contre la persécution, c'est la modicité de leur fortune 
comparée aux richesses des grandes maisons commerciales des 
chrétiens 2 . Dans une occasion solennelle, quand JBartholemée 
Jaufredi, capitaine de galion, captura 118 Juifs aragonais chassés 
par redit d'expulsion d'Espagne (1492), leurs coreligionnaires 
de Marseille ne purent réunir la somme nécessaire (1,500 écus) 
pour leur rachat et durent l'emprunter à un chrétien, Charles 
de Forbin 3 . 

Les Juifs de Marseille ont été marchands, industriels, savants, 
médecins. Ils ont été aussi collecteurs pour le compte d'ordres 
religieux, et sont souvent honorés du titre de citoyen 4 et agissent 
comme témoins instrumentaires 5 . Ils furent même l'occasion 
d'une mesure de rigueur vis-à-vis d'une église. L'église Saint- 
Martin, dont la démolition toute récente a provoqué un long con- 
flit entre la Fabrique et le Conseil municipal, fut privée pendant 
de longues années par l'autorité diocésaine, sollicitée à cet effet 
par le roi René, de l'usage des fonts baptismaux, et les paroissiens 
durent faire administrer le baptême à leurs enfants par l'église St- 
Jacques de la Corrigerie. Cette mesure avait été prise parce que 
le clergé de Saint-Martin avait baptisé des enfants juifs à l'insu de 
leurs parents. Les Juifs, pendant tout le temps de cette interdic- 



1 M. Barthélémy, Les médecins à Marseille avant et pendant le moyen âge, p. 25 et 
29, indique de 1320 à 1400 22 médecins juifs, dont une doctoresse du nom de Sarah 
de S 1 Gilles, épouse d'Abraham de S 1 Gilles. Au xv e siècle, il en cite 34. 

5 M. Loeb [Revue des Etudes juives, t. XVI) fait observer avec raison que d'après 
les Documents inédits sur le commerce de Marseille au moyen âge, par M. Blancard, 
à côté de 26 à 28 changeurs chrétiens indiqués pour Tannée 1248, on ne cite pas un 
seul Juif. On ne trouve guère de prêteur de ce culte, et, parmi les clients de la 
maison de banque Manducl, on trouve quantité de débiteurs israélites. 

3 Bévue des Etudes juives, t. IX, p. 66. 

4 Blancard, Documents inédits. 

s Saige, Les Juifs du Languedoc, pag. 56, 57, 195 et 196. 



LA RÉSIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 99 

tion, durent, de leur côté, servir une pension annuelle aux vicaires 
perpétuels de cette église pour les indemniser de la perte de cette 
partie de leur casuel *. 

La bonne harmonie qui régnait entre les Juifs et les chrétiens 
de Marseille ne cessa de subsister, à part quelques cas isolés, jus- 
qu'à l'annexion de la Provence à la France. L'on vit alors, dans 
cette province, se renouveler ce qui s'était passé à la prise de 
possession du Languedoc, l'unité de la foi fut imposée aux habi- 
tants, les privilèges accordés antérieurement aux Juifs furent 
abolis, les édits d'expulsion contre les Juifs mis en vigueur. Ces 
édits restèrent, à Marseille du moins, à l'état de lettre morte 2 . 

Ce n'est pas que certains efforts n'aient été faits à Marseille 
pour y faire prévaloir une politique moins libérale. Nous avons 
déjà signalé autrefois les débats qui s'élevèrent à l'Hôtel de ville 3 
à propos de la protection accordée par la France aux Juifs d'O- 
rient. Aujourd'hui nous publions les documents qui font connaître 
la lutte dont eurent à souffrir les Juifs de Marseille à partir de 
1670. Les échevins et les députés du commerce leur livrèrent, à 
partir de cette date, un combat sans trêve. Les ministres et les 
rois interviennent, le Parlement d'Aix se remue, légifère, mais 
Marseille maintient les Juifs dans ses murs. On attaque particu- 
lièrement un nommé Villaréal, qui se permet de célébrer son culte 
dans sa maison. Il est l'objet d'un violent rapport de police du 
2 mai 1682, suivi d'un arrêt d'expulsion du 22 mai suivant. Le 
conseil de l'Hôtel de ville cherche à réfuter également un mémoire 
du même Villaréal, qu'il présente cependant comme un Juif de 
distinction. En 1710, nouvel arrêt royal rendu en conseil d'État, 
cassant l'ordonnance du Parlement de Provence, qui, sur le vu 
d'une permission du roi, en date du 9 septembre 1698, octroyant 
à certains Juifs d'Avignon la faveur de circuler librement en 
France, leur avait accordé le même droit pour la Provence et 
Marseille. Ce qui n'empêche pas le ministre, en 1711, de se 
plaindre de la tolérance de séjour à Marseille dont bénéficie Lopez, 
originaire de Bordeaux. 

L'année 1758 donne le jour à un autre arrêt du Parlement de 
Provence relatant tous les décrets d'expulsion rendus de longue 
date contre les Juifs, ordonnant à tous ceux qui habitent Marseille 
d'en sortir dans les trois jours, sous les peines les plus sévères. 

1 L. Barthélémy, Un épisode historique de l'église Saint-Martin de Marseille. 

2 C'est l'opinion'de la plupart des historiographes de la Provence. M. Loeh, à propos 
d'une lettre des Juifs de Salonique à ceux de Provence, l'a confirmée, Revue des 
Etudes juives, t. XVI. 

a Revue, tomes XII et XIII. 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous voyons cependant un Juif nommé Rouget réclamer, en 1771 » , 
la permission d'armer des vaisseaux « parce qu'il est d'usage qu'un 
négociant qui a demeuré dix ans à Marseille peut faire le com- 
merce de mer, et que lui y fait sa résidence depuis quinze ans». 
Il ajoute « que l'exactitude et la probité luy ont acquis l'estime 
des honnêtes gens et du commerce à Marseille ». 

Le 4 janvier 1776, le Parlement demande l'application aux Juifs 
de Marseille de l'ordonnance royale qui leur défend le séjour des 
villes de Provence pendant plus de trois jours. 

Le registre des délibérations de la Chambre de commerce de 
Marseille ne s'occupe plus, à partir de cette époque, des Juifs 
marseillais, qui continuèrent jusqu'à nos jours à y séjourner tran- 
quillement. Peut-être que les édiles du xvnr 3 siècle comprirent 
tout le tort qui aurait été porté aux intérêts du port de commerce 
par la disparition de ces intermédiaires précieux ; peut-être aussi 
que, revenus à des sentiments plus en harmonie avec les progrès 
du siècle, considérèrent-ils comme fastidieux de revenir sans cesse 
à des mesures répressives, quand la liberté seule sert les nobles 
causes et que Marseille a toujours défendu cette liberté. 

Jonas Weyl. 



I 

Bureau teneu le vingt deux xbre mil six cent septante dans la 
Chambre de Commerce de l'Hôtel de cette ville de Marseille par 
mandement de MM. les Eschevins et Députez du Commerce où sont 
présents, etc. \ 

Et finalement a été représenté par le Députez de S 1 Jacques qu'ils 
ont receu plaintes de divers négotiants, qu'il habite en cette ville 
quantité de Juifs. Ce qui est contre les édits ordonnances, règle- 
ments et arrests du Conseil qui leur deffendent de rézider en cette 
ville que peudant trois jours et qu'ils ne pourront y négocier que 
par commissionnaires 3 et porter la marque des Juifs. Et sous pré- 
texte de certaine commission qu'ils ont captée au Conseil du Roy, 
ils s'y sont entroduits, sans que les eschevins et députez du Com- 
merce aient été ouys en leurs raisons et deffenses. 

Sur quoy a été résolu que Messieurs les eschevins et députez se 
pourvoiront à la cour pour y porter plainte. 

1 Dec. IX. 

2 Extraits des archives de la Chambre de Commerce de Marseille, registre B.B., 
art. 2, fol. 875. 

8 Chrétiens. 



LA RESIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 101 



II 

Bureau teneu le six février mil six cent septante un dans la 
Chambre de Commerce de l'Hôtel de cette ville de Marseille par 
mandement de Messieurs les eschevins et députez du commerce où 
sont présents, etc. *. 

Aussi a été représenté par le Dé Croiset qu'ils reçoivent journel- 
lement plainte des négotiants de la place que les Juifs viennent en 
grand nombre habiter en cette ville, sans qu'on y puisse mettre 
ordre, à cause qu'ils font voir des ordres qu'ils ont de Monseignaur 
de Colbert. 

Sur quoy a été résolu que les MM. les Eschevins se plaindront au 
seigneur de Colbert. 

Bureau teneu le vingt deux avril mil six cent septante deux dans 
la Chambre du Commerce en l'Hôtel de cette ville de Marseille par 
mandement de MM. les eschevins et Députez, où ont été présents 
MM. les eschevins : François Mazerat, François de Mazanos, Guil- 
laume Betheilh, Antoine de Tras, assesseur. MM. les députez du 
Commerce : Jean Boisselly, Jean Abeille, ... ? Cornier, Antoine Ber- 
nard. MM. du Bureau : Vincent Prat, Barthélémy Paparet. .. 2 . 

En outre a été représenté par le député Boisselly qu'il arrive jour- 
nellement des Juifs en cette ville qui y viennent habiter. Ce qui est 
contraire aux édits, ordonnances et aux statuts de la ville, estant 
nécessaire de prendre garde à ces abus, puisque ce sont des pestes 
des villes. 

Sur quoy a été résolu que MM. les eschevins et députez du Com- 
merce écriront au Roy pour obtenir les ordres de Sa Majesté de les 
faire chasser de cette ville, après qu'ils y auront résidé les trois jours 
portés par les statuts. . . * 



III 

Coppie d'un mémoire contre les Juifs résidans à Marseille et de Vordre 
du Roy qui ordonne qu'ils sortiront de la ville. 4682, 2 3Iai 3 . 

Les Juifs qui demeuroient anciennement à Marseille et en Pro- 
vence, s'estant rendus odieux à cause de quantité de crimes qu'ils 

1 Registre B.B., art. 2, fol. 879. 

2 Registre B.B., art. 3, loi. 49. 

3 Série G. G., art. 1. 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

comettoiout et de leurs grandes uzures, donnèrent lieu à la Provence 
et à la ville de Marseille de députer au Roy pour obtenir qu'ils en 
seroient chassés. M. Honoré de Fourbin fut députté de Marseille sur 
ce sujet. 

Les Juifs firent alors tous leurs efforts pour empescher ce coup et 
eurent de si puissans intercesseurs envers le Roy Charles 8 e qu'il 
n'ordonna autre chose si ce n'est qu'il permettait aux Juifs de se 
retirer si bon leur semblait, ce fut en l'année 1484. Néanmoins quatre 
années après il fit un édit fulminant portant qu'ils sortiront du 
Royaume sous des peines rigoureuses. 

Cet édit ne fut exécuté qu'en 1501 sous Louis XII. Quelques-uns 
d'entre eux se firent chrétiens et les autres se retirèrent en pays 
étrangers (Bouche, Histoire de Provence, tome II, fol. 507 ; Histoire de 
Marseille, f° 420 et 421). Depuis lors aucun Juif n'a osé s'establir, è la 
réserve d'un nommé Villaréal, lequel, sous prétexte d'une Lettre de 
cachet qui lui permet de venir négocier à Marseille avec sa famille, 
y a pris maison et y a attiré plusieurs autres familles de Juifs, qui 
font une sinagogue dans cette maison. 

La résidence des Juifs dans Marseille est d'un grand préjudice à la 
gloire de Dieu, au bien de l'Etat et du commerce. Marseille est une 
ville très-chrestienne et n'a jamais souffert l'exercice d'aucune re- 
ligion que de la véritable catholique, apostolique et romaine. Et 
toutes les fois qu'on a voulu introduire d'autres, elle a eu recours à 
son souverain, pour l'empescher. Témoin les diverses Lettres Patentes 
qu'elle a obtenues à ce sujet. (Suit la nomenclature des griefs que le 
commerce articule contre les Juifs, usuriers, de mauvaise foi et dan- 
gereux concurrents pour les négociants chrétiens.) 

Et c'est pour cette raison qu'ils ont été (les Juifs) chassés de France 
et que le temps de leur résidence a été réduit par arrest du Parle- 
ment de Provence du 9 e novembre 1647, confirmé par arrest du Con- 
seil du 16 avril 1648, qui ordonne de les faire sortir. 

Le nommé Villaréal, Juif de nation, s'est établi à Marseille à la fa- 
veur d'une Lettre de cachet qu'il a surprise, et dans la suite il y est 
venu plusieurs y faire résidence, tous pauvres et misérables, un 
d'eux nommé Franco ayant fait faillite depuis peu. 

Ces établissements sont contraires aux édits et ordonnances du 
Roy particulièrement aux Lettres patentes du 26 juillet 1619, enre- 
gistrées au greffe du Seneschal de Marseille, f° 1382, qui leur ont 
deffendu toute résidence, auxquels le Parlement de Provence ayant 
vouleu donner atteinte par un arrest du 14 janvier 1648, il fut cassé 
par arrest du Conseil du 16 avril même année, avec injonction au 
s r Gouverneur de la province et aux officiers de fadmirauté de tenir 
la main à l'exécution des édits et ordonnances du Roy, faire vuider 
la ville et embarquer les Juifs, qui aborderont à l'avenir à Marseille, 
trois jours après leur arrivée. Il est constant que partout où ils sont 
establis, ils font des assemblées secrètes pour l'exercice de leur reli- 
gion et quelles deffences qu'on leur fasse, on ne peut l'empescher. 



LA RESIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 103 

On les a veus à Marseille s'assembler tous les samedis clans la 
maison dudit Villaréal et dans une autre maison à S 1 Jean l . Et comme 
c'est un jour de repos pour eux et que leur Loi les oblige à s'abste- 
nir de toute sorte de commerce et de travail, il faut conclure qu'ils 
ne s'assemblent que pour faire l'exercice de leur religion. Et en effet 
on les a veus dans une chambre avec des lampes allumées, leur ra- 
bin habillé en surplis et un timbre 2 sur la teste. Ils ont fait venir le 
Rabin de la sinagogue d'Avignon, qui y a circoncis deux enfants 
mâles, l'un du nommé Villaréal, et l'autre neveu de Abraham Athio 
(Athias) de Livorne, demeurant à S 1 Jean. Et la cérémonie a esté 
achevée devant la loy de Moyse en pleine assemblée, prenant l'en- 
fant et le redonnant à la mère moyennant une oblation. Ils ont fait 
la feste des trompettes chez Villaréal le 7 e septembre mois courant 3 , 
le 16, leur grand Jeusne, le 22°, ils doivent s'y assembler pour la feste 
des cabanes, en laquelle ils dressent des cabanes où les hommes 
vont avec une palme et un citron (cédrat), qu'ils ont mandé quérir à 
Nisse par un Juif nommé Arora Koyen (Cohen) Sacerdot 4 de la race 
de Levy. Et cela continuera sans qu'on puisse Tempescher, contre le 
privilège de Marseille suivant lequel il ne doit point être fait d'autre 
exercice de religion que de la catholique, apostolique et romaine. Ce 
qui donne sujet de plaintes aux habitants. . . 

(La pièce cite ensuite l'édit suivant :) 

De par le Roy, comte de Provence, Sa Majesté ayant jugé du 
bien de son service de ne pas permettre un plus long séjour aux Juifs 
qui se sont estabiis à Marseille, Elle leur ordonne de sortir inces- 
samment non seulement de ladite ville, mais du Royaume pour aller 
où bon leur semblera à peine de désobéissance, enjoint Sa Majesté 
au sieur Depilles, gouverneur de ladite ville de Marseille de tenir la 
main à l'exécution du présent ordre. 

Fait à S 1 Cloud, le second jour de may mil six cent quatre-vingt- 
deux. 

{Signé) : Louis ; et plus bas : Colbert, avec le cachet 
de Sa Majesté. 

Nous Gouverneur, Viguier pour le Roy de cette ville de Mar- 
seille, veu l'ordre de Sa Majesté dont l'extrait est ci- dessus, 

Ordonnons aux Trompettes jurés de cette ville de le publier et 
afficher par tous les lieux et carrefours accoutumés afin que per- 
sonne n'en ignore. 

Fait à Marseille ce vingt deuxième jour de May 1682. 

{Signe) Pilles ; et plus bas, Par Monseigneur, Gourna. 

1 Quartier du Vieux-Port. 

2 Bonnet plat de cérémonie : toque. 

3 C'est l'année 5440 correspondant à l'année 1679-80. C'est en cette année que le 
Rosch Haschanah tombait le jeudi 7 septembre 1679. 

4 Traduction française de Cohen, prêtre. 



M. REVUE DES ETUDES JUIVES 



IV 

Responce des Eschevins et Députés du Commerce de Marseille l au Mé- 
moire de Joseph Vais Villaréal, Juif de Livome, présenté à Mu r le 
Marquis de Seignelay 2 , tendant à avoir la permission de revenir 
en France. 

Villaréal est un Juif de distinction et d'une conséquence préjudi- 
ciable au bien de la Religion, de l'Etat et du Commerce, ayant par 
sa conduite donné lieu à Sa Majesté dans les temps de la guerre 
d'Alger déjuger nécessaire pour le but de son service d'ordonner à 
feu M. de Pilles 3 , Gouverneur de Marseille, de faire sortir incessam- 
ment tous les Juifs y establis non seulement de ladite ville, mais 
même de son Royaume. Cet ordre, daté de S 1 Cloud le 2 e de May 
4682. fut précédé d'amples informations juridiquement prises par 
M. Rouillé, Intendant de Provence, en suite d'une Lettre de cachet 
de Sa Majesté du 28 9 de Juillet 1G79, expédiée sur les plaintes de 
M. FEvesque de Marseille et des dits sieurs Eschevins et Députés 
du Commerce. 

Et en effet, ledit Villaréal fut convaincu d'avoir fait une espèce 
de synagogue dans sa maison de Marseille, tous les Juifs au nombre 
de quarante s'y assemblant pour l'exercice de leur religion et y célé- 
brant toutes leurs festes et cérémonies, sans nulle sorte de retenue 
ni de ménagement. 

Il fut encore convaincu et ses confrères aussi d'avoir donné des 
avis aux barbares et particulièrement aux Algériens, de toutes les 
entreprises et préparatifs que Sa Majesté destinait contre eux, en- 
semble du départ et destination des vaisseaux français, et d'avoir 
entretenu une si grande correspondance avec les corsaires, même 
avec ceux de Majorque,. qu'ils avaient revendu quelquefois aux mar- 
chands de Marseille les mêmes effects que lesdits corsaires avaient 
pris sur eux, jusques là même que le s r Villaréal eut la hardiesse 
inconcevable de former opposition à la réclamation que divers mar- 
chands firent de leurs propres marchandises qu'un corsaire de Tri- 
poly leur avait prises sur le vaisseau du capitaine Joseph Tho- 
massin de Marseille et lesquelles avaient été portées par un cas 
fortuit aux infirmeries de Marseille, à cause de ce refus qu'on fit à 
Livorne de les laisser entrer dans un temps de soupçon de peste. Et 

1 Ce mémoire est transcrit Reg. B.B., art. 4, fol. 156, entre le procès-verbal de la 
séance de la Chambre du 10 octobre 1C85 et celui de la séance du 8 novembre même 
année. 

1 Ministre secrétaire d'Etat. 

3 Les considérants qui précèdent l'ordre de M. de Pilles (voir n° Ilij ne parlent 
nullement de plaintes dont aurait été l'objet Villaréal à l'occasion de la guerre 
d'Alger. 



LA RÉSIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 103 

ayant le dit Villaréal été débouté de son opposition par sentence des 
sieurs officiers de TAdmirauté, Ton releva appel au Parlement de 
Provence, qui confirma ladite sentence. 

De sorte que ce ne fut que pour de grandes et importantes rai- 
sons d'Etat et avec une parfaite connaissance de cause, que Sa Ma- 
jesté fit chasser les Juifs de son Royaume. 

Du depuis il n'est point d'artifice que Villaréal n'ait pratiqué pour 
tâcher de surprendre quelque permission de revenir en France et y 
continuer ses malversations, et en effect il surprit un arrest de la 
Chambre des vacations du Parlement d'Aix portant permission à 
Athias, son beau-fils, de séjourner pendant trois mois à Marseille, 
mais ce séjour étant une désobéissance aux ordres du Roy, M. Mo- 
rant, Intendant de Provence, rendit une ordonnance conforme aux 
intentions de Sa Majesté et elle ne fut exécutée qu'avec toute la mo- 
dération possible, bien loin que ce fût une violence ainsi que Villa- 
réal le suppose contre la vérité. 

Moins encore est véritable qu'aucun particulier de Sa Majesté feut 
alors débiteur envers lui de*30,000 livres ni qu'il ait été composé avec 
perte d'un quart comme il le suppose et dont on le défie hardiment 
de pouvoir rapporter aucune sorte de justification. La vérité étant 
qu'un marchand de S'-Malo et non de Marseille, nommé Poulain de 
Sambuc, ayant contracté avec Villaréal de Livorne même, où ils 
étaient l'un et l'autre, lui fournit pour 21,593 liv. 11 d. de lettres de 
change sur divers particuliers de Marseille qui présupposèrent de 
ne devoir pas autant qu'il leur était tiré. Et par l'accord qui fut en- 
suite par devant M. Gordan, notaire de Marseille, le 23 novembre 
4683, il demeure justifié que Villaréal fut entièrement satisfait soit 
en deniers ou en lettres de change et cessions de ce qui lui pouvait 
être légitimement deù. 

Présentement le s r Villaréal, redemandant la même permission de 
revenir en France, a supposé par son mémoire deux autres faits éga- 
lement faux. Le premier que sa résidence avait été avantageuse aux 
fermes du Roy, ayant procuré, dit-il, aux coffres de Sa Majesté par 
le seul article du senne 16,000 liv. tous les ans, sans les autres mar- 
chandises. Et la deuxième qu'il lui était encore deû la somme de 
51,599 liv. 13 d. par des particuliers de Marseille énoncés en un état 
joint à son mémoire signé par M. Maillet, notaire dudit Marseille, et 
c'est principalement sur ce dernier article qu'il se fonde pour insi- 
nuer une espèce d'équité de lui accorder sa demande. 

Mais rien ne pouvait contribuer plus puissamment à faire éclater 
manifestement la fraude et la témérité du dit Villaréal que ces deux 
suppositions, car, quant à la première, l'on soutient qu'il n'a peut- 
être pas fait passer à Lyon pour vingt mille écus de marchandises 
pendant plus de douze années de résidence à Marseille. Et ainsi, il 
est absolument impossible qu'il ait pu donner aucuns profits tant 
soit peu considérables, tout son commerce étant borné à Marseille. 
Et quand ce qu'jl avance serait véritable (ce que non), il n'aurait ja- 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mais l'ait en cela qu'usurper la place des sujets de Sa Majesté qu'il 
aurait privés des avantages du même commerce qu'ils auraient fait 
eux-mêmes. En façon qu'à l'égard des fermes de Sa Majesté, il aurait 
été indifférent que les droits eussent esté produits par les effects des 
uns ou ceux des autres. 

Mais tout au contraire, rien n'a été plus préjudiciable aux sujets 
de Sa Majesté que la plus grande importance du commerce de Villa- 
réal et des autres Juifs, car comme ceux-cy ne négocient ordinaire- 
ment qu'en marchandises déprédées, ayant maison établie en Bar- 
barie et à Livorne, ils ont moyen, à la faveur des avantages illicites 
dont ils se prévalent, de vendre à meilleur marché que les autres 
dont les effets procèdent d'un négoce légitime. Et cette différence de 
prix attirant aux Juifs la préférence dans les occasions de vente, il 
s'en suit que les Juifs ruinent les sujets de Sa Majesté qui ne peu- 
vent vendre qu'à vil prix leurs marchandises, lesquelles leur coûtent 
beaucoup plus qu'aux Juifs, ne les ayant pas par des voies illicites 
comme eux. 

Pour la 2° supposition dudit Villaréal, il-suffit de voir les apostilles 
mises en marge de la copie de l'état de ses prétendues dettes qu'il 
fait monter à 51,599 liv. 4 3 d. pour juger combien sa malice est ex- 
traordinaire et grossière en même temps, car par ces apostilles cer- 
tifiées véritables par le même n° (notaire) qui a expédié ledit état par 
lui produit, il demeure justifié qu'il ne lui est absolument rien deû 
à Marseille, ayant lui-même receu payement de presque tous les dé- 
biteurs dénommés audit état, à la réserve de quelques parties per- 
dues par le risque de la mer dont il était chargé ou par l'insolvabilité 
notoire de débiteurs qui ont fait banqueroute 

De sorte qu'après avoir montré d'une manière si convaincante le 
caractère dangereux et extraordinaire dudit Villaréal et le très grand 
préjudice que son établissement à Marseille a causé et causerait 
toujours plus, les sieurs Eschevins et députés du commerce espèrent 
de la bonté de Sa Majesté la grâce de n'accorder pas, s'il luy plaît, 
audit Villaréal ni aux autres Juifs la permission qu'ils demandent. 



Extrait des registres du Conseil d'Etat 1 . 

Veu par le Roy, étant en son Conseil, l'arrest en la Chambre des 
vaccations du Parlement de Provence le 25 septembre 1709, par lequel 
Arctous Ravel, Joseph Haïn de Lasia, Joseph Delpuget, Samuel de 
Bézieux et Mourdacay de Lasia, tous marchands juifs, résidents à 
Avignon, ayant représenté à la dite Chambre qu'il a plu à Sa Ma- 

1 Série G. G-, art. 1. Ce document est imprimé sans indication de l'imprimeur 
ni du lieu d'impression. 



LA RÉSIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 107 

jesté accorder un Brevet à David Ilaïn del Puget et autres mar- 
chands juifs dudit Avignon portant permission d'aller à Paris et 
autres villes du Royaume pour les affaires de leur commerce, d'y 
passer et séjourner librement, même d'y vendre et achepter des 
étoffes de soye et autres pendant un mois de chaque saison de l'an- 
née, sans pouvoir leur estre donné aucun trouble; ladite Chambre, 
ayant eu égard à leur Requête, leur aurait permis de venir achep- 
ter, vendre et débiter, et négocier toute sorte de marchandises de 
soye, laine et autres neuves et vieilles de quelque qualité et espèce 
qu'elles puissent estre, tant en la ville d'Aix, Marseille, Toulon, 
Arles et autres lieux de la Provence et Ressort de la dite cour, pen- 
dant un mois de chaque saison de l'année, en faisant par eux la dé- 
claration de leur arrivée et sortie au greffe de la Cour et dans ceux 
des Hôtels de ville, avec exhibition et deffenses aux marchands des 
dites villes et lieux de la Province et à toutes personnes de quelque 
état et condition qu'elles soient de leur donner aucun trouble à peine 
de trois cents livres d'amende. Veu aussi par Sa Majesté une copie 
coliationnée d'une prétendue permission par elle donnée à Abraham 
Delpuget, Arahon Ravel, Mourdacay, Jacob de Collins et autres en 
date du 9 septembre 1698 par laquelle il leur est permis de venir 
librement dans le Royaume, même y vendre et achepter des étoffes 
de soye et autres pendant un mois de chaque saison de l'année, et 
ce nonobstant les ordonnances faites contre les Juifs de la rigueur 
desquelles ils sont relevés et dispensés, signé en fin Louis et plus 
loin, par le Roy, Arnault, et Sa Majesté ayant vu, examiné et re- 
connu que cette prétendue permission est fausse et entièrement 
supposée^ considérant qu'elle n'a point dérogé aux ordonnances 
qu'elle a rendues pour deffendre aux Juifs l'entrée dans son 
Royaume, qu'il n'y a que Sa Majesté seule qui puisse leur per- 
mettre d'y venir et séjourner, ouy le Rapport et tout considéré, Le 
Roy, estant en son Conseil, a cassé et annullé, casse et annulle ledit 
arrêt rendu en la Chambre de vaccation du Parlement de Provence 
le 25 septembre 1709 avec deffenses audit Parlement d'en rendre de 
semblables à l'avenir, et en conséquence ordonne Sa Majesté que 
lesdits Juifs ayent à sortir du Royaume sans aucun délay, à peine 
d'encourir la rigueur dés ordonnances de Sa Majesté rendues contre 
eux. Veut en outre Sa Majesté qu'à la diligence du sieur Procureur 
Général en ladite Cour, le présent arrest soit registre dans les Regis- 
tres dudit Parlement au lieu et place de celuy dudit jour 25 sep- 
tembre 1709 et que ledit sieur Procureur Général informe dans le 
mois des diligences qui y auront été faites, pour l'exécution de la 
volonté de Sa Majesté. 

Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Ver- 
sailles le quinze février 1710. {Signé:) Colbert. 

LOUIS par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, comte 
de Provence, Forcalquier et Terres adjacentes, à nos amez et féaux 



106 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

conseillers, à nos procureurs généraux en notre cour de Parlement 
de Provence, les sieurs de Lagarde et de Vergons, Salut, par l'arrêt 
aujourd'huy rendu en notre Conseil d'Etat, Nous y étant, dont l'Ex- 
trait est ci-attaché sous le contre-scel de notre chancellerie, Nous 
avons cassé et annullé un arrest rendu le 25 septembre dernier en 
la Chambre de vaccation de notre Cour et Parlement de Provence et 
ordonné que lesdits Juifs de la ville d'Avignon qui sont dans notre 
Royaume en conséquence de cet arrest ayent à sortir sans aucun 
délay à peine d'encourir la .rigueur de nos ordonnances, et voulant 
que ledit Arrest sorte en plein et entier effet, pour ces causes nous 
vous mandons et ordonnons par ces Présentes signées de notre 
main de vous employer en tout ce qui dépendra du devoir de vos 
charges pour son entière exécution. Voulons en outre qu'à vos dili- 
gences ledit Arrest soit enregistré dans les Registres de notre Cour 
du Parlement, en lieu et place de celuy dudit 25 septembre et que 
vous informiez dans le mois des diligences qui auront été faites pour 
l'exécution de notre volonté. Car tel est notre plaisir. Donné à Ver- 
sailles le quinze Février Tan de grâce 4710 et de notre règne le 
soixante-septième. [Signé :) Louis, et plus bas, Par le Roy, comte de 
Provence : Colbert. 



VI 

Lettre de Monseigneur le comte de P on tchar train, ministre, 
secrétaire d'État 1 . 

Les Députez de la Chambre de Commerce à Marseille. 

Messieurs, 

. . .Sa Majesté a été faschée d'apprendre la tolérance que vous avez 
depuis longtemps de souffrir la résidence dans Marseille d'un Juif 
nommé Antoine-Philippe Lopez sans permission, et son intention 
est que vous l'obligiez d'en sortir sans delay et d'aller si bon lui 
semble à Bordeaux, s'il est vray que le reste de sa famille y est 
étably. .. 

A Versailles, le 48 mars 4771. 



VII 

Lettre de Monseigneur le comte de Pontchar train, ministre, sécrétai e 

d'Etat. 

Les Députez de la Chambre de Marseille 2 . 

Messieurs, 
J'ai receu votre lettre du 34 mars et en ai rendu compte au Roy. 

1 Série A. A., art. 40. 

2 Série A. A., art. 89. 



LA RESIDENCE DES JUIFS A MARSEILLE 109 

Sa Majesté m'a chargé do vous escrirc qu'il suffira que vous exé- 
cutiez l'ordre de faire sortir de Marseille le Juif nommé Philippe 
Espez * aussytôt après son retour d'Alger, n'étant pas à propos, pour 
ne point contrevenir à la liberté du commerce, de pénétrer plus 
avant dans les liaisons ou associations particulières qu'il peut avoir 
avec des négotiants de la ville, à moins que le bien de l'Etat n'y 
fust intéressé. .. 



VIII 

Lettre de M^ r de Boynes, ministre, secrétaire d'Etat - . 

Messieurs de la Chambre de Commerce de Marseille. 

A Versailles, le 20 May 1771. 

Vous trouvères ci-joint, Messieurs, un mémoire qui m'a été remis 
et recommandé. 

Je vous prie d'examiner la demande qu'il contient et de me donner 
les éclaircissements dont elle peut être susceptible. 



P. Messieurs de la Chambre de Commerce de Marseille. 

A M* r de Boynes, 

Il est d'usage qu'un négociant qui a demeuré dix ans à Marseille 
peut faire le commerce de mer, armer des vaisseaux, faire la com- 
mission. Le sieur Rouget Juif y fait sa résidence depuis quinze ans. 
L'exactitude et la probité luy ont acquis l'estime des honnestes gens 
et du commerce de Marseille. 

Rouget supplie le Ministre de lui accorder le brevet de négociant 
pour pouvoir armer un ou deux vaisseaux marchands pour son 
compte et travailler librement. 



IX 

Bureau 3 de la Chambre de Commerce tenu dans l'Hôtel de ville 
après due convocation faite en la manière accoutumée aujourdhuy 
mardy onze avril mil sept cent soixante et quinze quatre heures de 
relevée où ont assisté, etc. 

M. le semainier a ensuite exposé qu'un Juif de La Canée nommé 
Sabaton Constantini se trouvant depuis plusieurs années icy et don- 
nant lieu de se plaindre de sa conduite à beaucoup d'égards, il con- 

1 Appelé Lopez dans le document précédent. 

a Série A. A., art. 89. 

3 Série B.B., art. 16, fol. 272. 



IKi REVUE DES ETUDES JUIVES 

viendrait aux intérêts du commerce de demander à M. de Latour ' 
de vouloir bien solliciter les ordres du Roy pour le faire retourner 
en son pays. 

Il a été délibéré sur cette proposition d'écrire en conformité à 
M. de Latour. 



Bureau 2 de la Chambre de Commerce tenu, dans l'Hôtel de ville 
après due convocation en la manière accoutumée aujourdhuy Jeudy 
quatre Janvier mil sept cent soixante et seize quatre heures de rele- 
vée où ont assisté, etc. 

Il a été ensuite fait lecture de deux Arrêts rendus par le Parlement 
qui défendent aux Juifs de séjourner plus de trois jours dans cer- 
taines villes de la Province parmi lesquelles Marseille n'est pas 
comprise et leur interdit tout commerce. La Chambre considérant 
que ces mêmes Juifs pourraient venir s'établir à Marseille et y faire 
impunément le commerce, s'il n'était pris des mesures pour y pour- 
voir, s'est réunie à penser qu'il serait convenable que M rS les Maires, 
Echevins et Assesseurs voulussent bien présenter Requête à Nossei- 
gneurs du Parlement pour que la Règle qui vient d'êlre établie à 
l'égard des Juifs dans certains lieux de la Province fût également 
suivie à Marseille. 

Sur quoy il a été délibéré de faire travailler à un projet de Requête 
et de prier M rs le Maire, Eschevins et Assesseurs de vouloir bien en 
conséquence se pourvoir en Parlement. 



1 Premier Président, Intendant et Inspecteur du Commerce. 

2 Série B.B., art. 16, fol. 375. 



LE MAQRÈ DARDEQÉ 



(suite 



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in^nNI da dentro IrftB 
^b^fcn datello n^n (= dattcro) 
«Titan dazio 0573 
■n&n dare nn 
N-nm divora b^N 
"îaaEï^m dcbitamentc yvp 
ÛTO*l de brizct >bst (mot français 
pris de Raschi; ms. T ttifaî'nn^ ; 

■Wl due nttî MDiD 

■*»a un*! due tante E|tf 

iïl1 dove ■;« bN iis^N *pN ÏTN ^ 

Nan dotta nbtfi rrn^ -«ta 

NS^iai^ dottrina npb 

Ni-p-ni deviare tiDD 

•maNbn mulatore bnà (— muratorc ; 

1 pour 53) 
^tfb"n murata bos (môme remarque) 
fcmbïi doloia n&o (= dolore, i pour 

-0 
ifcobrr doleo nai 
■nibn dolore nfro m^ smi a^ aiN 

nw nî73 
ÎIÏTÏiblI dolorosa ma 

Titbïi doice an* ûs>3 pm yb?3 



TETitbTi dolccmc ^73 (=* dolcionc) 

NSTitb'n dolcezza n53 

"nbïi dolore o^S 

m^TETi domitit pst (mot corrompu; 

= domine) 
1J5WH dono ^ro 
Nbi3Ti donnola ibn ma 
ibiSD'n dossale "isa 
1D1"! dosso tp nr; 
fc^s-n doppia i-;D3> gpjr 
IHteVi doppio bED 
TS-H duce cibN 
ï-PT&tpVl duché ^bs 
iip'Yl duché ttid 
TûipVT ducs ûTSDmuîilN (français, le 

1 superflu, ms. T um) 
nTl duro Û33i 
N^mi durita mp 
^»mi dorme d"D 'jiid-» 
'iMiTa'WH dormementc hW 
iCM'WH dormente lirs 
""TWn dormirc Q13 
rbltai daltole -H73 (== dattcro) 
^ de nN 
^ di 173 ^ 
1*1 di û"P 

i&n dio nm ïiba bs 
1MCÛT» ^1 de inganno *pn 
1373 ^1 dimanc npa 



1 Voir tome XVI, page 253. 



112 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



"-^rK"^ de infra anp 
~-:ni^ di baado dit! 

::~, ,, N" n ia' ,ta ï devoiéret *)3B (français; 

bn trYW n »a , « i T] 

NOW1 divita npb bbn (= divide) 

i^a-^ debito n:p 

Yraavi di bando 02N 

y*ï2'û^*i debitemeno N3p (= debita- 

mente) 
NtSifctapWI de guistamente "jn 
"nt33T , 1 di dentpo 1^2 
tKTTV*! divora D0n5 
kû^*i d'evita ym hbi bin n^a 

oo» 
iNO^n^ devito 'pan 
■nROT*! d'evitare !HN3 
ntaTh*! debito mn 

■HWYH divinare *ia 

lOMaibW*! disvilimento "jbp 

■n^bTP^i desvilire Inaiû 

1Î3^1 detto ûN3 

la^M-PB*^ determinato yin 

IQVFXlXyiï de traciato "pb» 

■«*j de, dcgli -ï3>a 

fcttT^I digiuna aïs: 

r;N" , j" , 7j' , ' ,ta i dimonéc ïmra (mot fran- 
çais, pris dans Raschi ; même ortho- 
graphe dans RN) 

"ip^Nb"n dclaico bin (le 2° *j super- 
flu) 

n^mb^l diluvio bas bn» 

i-nb^ dolorc i^y 

laPS^I delizia pis 533> 

ifiWbi'l delizie yiy 

nNlp^b^ deliquo ;nfc ûïafi 

■nKipV»*! deliguare 0072 ON» 

■mipiV"»*! deliguare ftyç? 

^:»*n dimane nn73 

">£33' M 1 dente ^^b na 

TW digno nsa "pa 

•^3^7 denarc û^i (= denegare) 

■HNO^ tesoro TU) ("i pour a] 

"NbiO^n desolo IrrNlB 

lïFb'Wl desvilito bp3 

-■jr7:^biio^ desvilimcnto nta 

KTW^ desidera i-i7:0 p^n ta 77ûn 

■W'WC'H desidero a&r 



■■OVPW»'! desideroso n»n 
"iN^TO'n desiderio ptt)3 
NaTuao'n dislurbo TiD 
intaO" 1 ^ destro IfcS 
■Wl desio ma* 
^"ÎB^O"^ di senatorc ni3tf3 
■"^O" 1 *! descende nn3 
T^O" 1 *! descendere 'T-p 
Np^O^ desicca r^iD ùnn 
"^N^p^O"^ de siccitate antt) 
nssa^^D^ desertare g|btl3 
l^TO" 1 *! deserto bs3 
" , jT , ,|ta i discerne "jna 
l^D" l 72" , i!SDO' ,ta î dispiacimento ïr\y 

■ntrao^i disfare nsn? n^î» onn bnn 

NTiBÛ"''! disputa bbs 

"^DO^i dispiace nTeû 

^ntf^ao^ï dispiacere n072 

"îttatt^BO^ dispiacemento 125*13. 

■nao^ disfare pba 3>ba ûuîn 

"•INit-iBO" 1 *! dispersare blT (=disper- 
gere) 

■*3fc* J îB&a'i disperge nTa 

ipo^ disconaï 

" , nn?3lpO" ,l "ï disgombrare i-Hîl 

THOiypc*! disconoscere n03 nai 

iLJNnpO^ discreto dm 

NB^PO^I deserto ni» r;»1 

îNaiS" 1 '! diserto b23 

irano*- 1 ! deserto t>*»"j na"" 

b "î23" , s* ,ta ï depitto na^r (M. Perles, ibid. 
propose de lire : ir^ao^ï dispetto) 

^O" 1 ^ dépose bn (= sospeso, i*i 
pour 00) 

l^'Wp'H dichiaramento lans 
•pians 

^bip-H decollati bbn 

ipti di chc dbll) 

* i "]&Op" ,ta J déclare (= dichiare) n^a 

"nap^NT*! diradicare r>^7a 

i^j">»S3in" ,ta i dirompimento TB 

Kï£3Ktn , " , i dirittanza -niD 

t^rj^TI diritto 1»"» 

1E3' v "r v 7 diritto ni25"» 

un^l diretti ^j»? nao 

T i nt33" , n' ,ta i d'interiore n"»a (lettres dé- 
placées) 



LE MAQRÉ DARDEQÉ 



113 



•nNp^Vl delaicare bbn (le 2« n est 

superflu) 
"•tablai dcmonct caip (français) 
lfim danno pïa 

•nfitawr danzare ndnaa 
•nfitblDT desolare ttas* 
aabnoi desolalo bnfi* 
TÛîPîab'lÛ'l desolamento ann 
taafitDT davanli nas 
hfitfSÏ di poi nna 
"pafim dragone *pn 3Ui:aa> 
lBttTTT drompe ïrn (= rompe, 1 ini- 
tial superflu) 
Itf'v-n diritlo n^aa p 
Wnl diritli ynn 
r^a^ia'm dirittanza *yiBE 
NITJ^n dirittura ùp 
Nbim troncllo ttJna (1 pour ta] 
tin diece -iti>a> 



n 



m fit "^ ^tïîfitn vasselli di oro ""inaiT 
fitptDfitn vasca lis 
1BY1 voto ^3 

■m oi Tn 
fimm vivo ^n 

"nfittam vitare rifitp ïma> (=vomitare) 
NW^n (fita^ai =) vagina ma 
nm vino nttn 
fitEaam venta ans ( = vendica) 
fitBûm vesta *p3> 
&tbn vcia t|m 
ifitbn voio n&n 

"IfiWBfitbn volatedio cpa> ( = volatio) 
•n&tbn velare na 
&tnbn vulva om 
■nfitabn voitare bba 
"maabn vulture îril ( = voltoio) 
ifiT'nBbn volatedio ca" 1 ^ ( = volatio) 
Naa^bn voiente n&n ma 
•nraa^bn volontieri nnfit (le 73 place 
en tête, dans le texte, est pour n) 



■^bn volese 3fit 
■n^ltt humer î^aa (mot français, nabn volpe bru: 
pris de Raschi ; semblable dans BN) ^bn volze bfiT bfi*n îinfit 



i 



fiOfin bava *rn (lettres a et i dé- 
placées) 
fiVTJO vido ppn (= voto) 
iban vaiie bna r^ra a^pn tus 
nfitpfin vacano bsa 
"icaa^ttpfiO vacamento naaiï) nntt) 
rtfcWttpNI vacantia p^i ( = vacanza) 
"iiafitn onta *isn (le 2 e n est pour a, 
et N à placer après B) 

fitTfitn vido ysa 
lT»fitn vido pn («= voto) 
"nfitLTfitn votarc pna 
IBBWl vitto p^ ( = voto) 
fitbfitn valle p^a* 
■nfitbfitn volare Ba> 
ibfitn valle pat b^n 
^D" , bfitn valesi nrn 
fctpDfitn vasca na 
ipfitn vacca ^pa 
■^pnfitn varco iay 

T. XVII, N° 33. 



fin EV1 vomero UJnn nfit 

ttB'ian vendetta ûpa 

"nfin^an inserrare 'pO (la lettre d'en 

tête doit être un i) 
i-rfitn via 'pi ma 
fitbn&tn viola ban 
inaafim venente b>TN 

•n^in vedere nsat r»în 

riNITl vidua ïabfit 

Wnn hatnT^D =) cervice b'W 

ïfitan vito nnaa rpfit 

"HfitBn vitare r>>îba: 
Ifi^i^iDnan viiuperio ^on 
itan vite pa 
ib^ûan viteiio bar 
iibean vitaii ^ac 
fit^ban vital ia "in 
rrfifn ÏTbBn vitalia rea USttp 
nan vetro iiaaî 
bn-ican vitrioio nmu 
naan vecchio haiiû iûiû 
KiTOn vecchezza iibaa inbn 
fitbn vela ua^iD 



,14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ab«n villa ra rb*^ berôiio aï-na 

lûab'n velate na -ma mn W^i vcrmo nfcta an aa 

îaaVn villano baa Tb'Wn vcrmiglio ybn bïï^a 

iVn ville "p* "ÛTl vernio nnD 

' , »BRB3 , lb , n voluntatc «ÏM T^ÉOfcTn bersagîïo -nûE 

•v-jn vende hatt "Ott nsnptD'n vescopo û^N 

i-p-jDn veûdere bfi« Np^taiOO^I balislratica b\^ 

13-n vino yw "iNpi vacuo na!l baa 

iD^a iran venlo seppo £po (le n, WOKpl vacasete nw ( = vacazionc) 

jamais employé en dehors de cet ^a2Np"i vacante p^ft 

exemple, est une faute, pour a) JraraaNpl vacanzia t^TΔ 

■nwaa^l ventare i-nT rifcttttpl vacantaro bzi 

ibian ventolo nm "^jpl vacante ppi 

■ntaïn ventre ïi3>?a ona pa pa ibl&rTi variole . pttî 

■on vene n&o nnii t*^a ïintt ib^ion vasello ^ba 

Wia^l veneta w 1V7 [ = vendetta) ib'W vaselli ^^n 
lOW veneto ban 

8Wn vigna D"ia Pour les lcltres T et n rien. 

irm veneno pb ïittfi 
RWOT vignegna n^a ( = ven- ^ 

demmia) 

TOawflfâ'^l vincimento po N5iaa tavola tûnp 

t^bion [= t^b^sia] pupiiia na pa mata toro ns 

nan ifrrbNa taglio Tn 

"n^aon vestare ïaa "ISSK DON "inN^btta tagliare aip 

iBO'n veste pa n&Na tazza yna 

wwn vestio îaab -v^a tace man uî^n 

Ittttt'Wn vestimento ïTtt Tta^Sta tacito dtoia 

^Vaon vestire "73a n^SSNa tacere 1ïïj> îiDïl att^J dVï 

KSû'n vespe ans au-iNa targa fias 

■*DD">:i vespe -m NJpa-iaa [«Vian a =] nottola iôp 

■nsb^n oppilare ûnD i"naa tarda npa> 

irim vecino p 1 » finaa torcia fiaa 

np-i-i vecchio p-> ab^aa tabella mb ntaa 

Twp"m vecchio pî bSpa-pata tabernacula ban 

fia-^aapn vacantia ban nn fifia bba va tu n« 

( = vacanzia) "^baia tovaglio naa fiïi 

éwti verga ai^a aau) batt ^bisiva tovagiic nca 

WWTn vergogna pbpp tpa taira iai'a tutto ba 

Tmn vergier "p (français, bien or- amaia (fiblûia =] nottola iDp 

thographié dans T '■piârp'n , et dans ^a^bia tollctc ynp 

bn -i^-i^5) limita togiie npb 

fcOWn verdura pii *^un Tirana tolsi î**ttaa 

vnn verde finb Np^ava tonica jpa ybn 

Kan"n verita att>p -n^a tondere na [élision du d) 

■OttDTn veritatc p ViNOia tosare oaa 

^aann verttate n?aN DN ip^aia tossico ypD 



LE MÀQRÉ DARDEQÉ IRi 

nwafcKB*IB topazio TJB (n final su- •"bfittita tanaglia npb 

pcrllu) "lï^aa^a tcnvcs pi (français tenu : M 
1ÈOSKBnt3 topazio pna tb^nisa ; T a un synonyme : WW, 

^TJ tozzia 'yiB menu) 

NpVJ tocca 3>w i13^ . Ntt-i^a tenuita ban 

■^Spitt toccare tDUM Na^c: tenta nos (= tenda) 

icma torto bi? ynn o^n *pa neo^b tinta m 

apj> btt2 m? ^la tinte y^n 

amaTiu tortora 1*1 n , 1^C3 tene 55 

^11Ï3 torto U5p2 bp2 fntt -il^ ^na^'J tenebre nu» baa 

^p^vj^vj tortifica Trïb nb aab ^^"J tigne ynïï 

qbo N^ru tigna pni 

^p^Q^^VJ tortificato îbi Nbwu tignuoîa W 00 

^ith torre blà fcnB^tf tenebra bs^ 

ÏW^ÛD^Tlta tristizia l^n "inra tencro "p 

Nma torna a:uU no 533 inc33 S'i^ ^iTï^a tencrame «-pn bia 

^niû tornia nid 1B3^l3 tempo bntt (= tempra) 

■niû torre n3£ N^a tenza nifc-îl (= tenzionc) 

■^SpTnfittTiM tornare vacante dbd ^WldO^J testimone iriD 

^im torce ndb in^WlSO^ testimonia *& 

i^-pamca torcere ndb Np^idO^J testifica i^ 

"ip^taica tossico y? nap^ao^ia testifico ni3> 

nbia^îd tavole lab "nap^UD^a testificare tt3* 

N3JPÏ3 tegghina naft ^TO^a tessere -po 

lû^ra tetto m tin no^a tessere 3n« 

ipib^fa tettolego biSN ^is^ta toppone a:n ia^ 

NT253NU^a biada dp (conjecture de N'JD^id lepesta n^ttî (= tempes(a) 

M. Perreau, pour ce mot fort cor- Ttt^B^3 piedi segare np3> (lettres 

rompu) déplacées et mot corrompu, nous dit 

Nb^a taglia n^ia M. Perreau) 

■nab^a tclaro *\012 {= telaio) ^li^M tizzone isb UN 

Nb^tD tela *iad Nn h a tira 'pitt 

Wj terne yi? (= tempo) Nl^a terra ipd y^N dltf 

"nwa timoré d"W fcW^B NTa terra piena bbo 

Wl3 time -i;p ^biaNT'J turibile nnn 

N£3Wl3 temenza 3^3 1E33NTE3 tirante a*! 

nar'SMWa temenza ?<tn3 fcmîdNnid tiratore nri'û 

■nWtt temere î>rT< iD^DNnta tira-pesi fjbïd 

m^a timone w~\p *niTPid tirare *p1 • 

"ifi&iû tempo iy?a ibn \1û T1 r\y p3> na^û-pid termeto nm (= tormento) 

&WD "il "îBfcTîa tempo di fievia inaa^na trepelatore yb?a y^b (= 

TIW interprelatore). 

NStoia tempia p*i mbid toglie NDp 

îaos^a tempio ps bdïi fro^bia taglia pbtt bbft blE 

"mar^-nD^id temperatura *jn^ ">w6l3 tagliare 13 baà sna 2l£a 

nî3^d^"j tempesta t03>A u?a:\ oi2n aan ^t ^73n în^ *ro nn 3>^ 

liD^^a: timpano bbn riod 



116 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



W^ÎW tagliante m£ 

lL22"'^- , - , bL3 tagliamcnto OOp 
UaaîQ^bta tagliamcnto nop 
Ètobû talpa ûtt» nsn nttiN 
n^o^dt:^ tcmpcsta -iro 
id p ten fu my [= te no fu) 
■ftKp p te ma che no p 
lÙM tanto pn *jk 
■n^atc taccre û^s non unn 
■nanta travo ^y 

IBiatnta tributo *TV2 

■nfitab'n&na travoltare rabs 

ïiaan:: travetta mp 

inînta trave np 3>biT bbo 131 na 

nini^ trave nsa 

ïrmiriB traere nps na 

n>2ND *i "DN-ia travo di fango b*B3* 

"îatmnanB traverso bsn 

IKObiTiB tralascio lûan 

NB'itt&nB tramuta î-ïD1I3 

^UlttNna tramutare p 

"'BNBaiEfcnB tramontate pS 

iBWiaMnB trambasciate gpy 

immDfinB trasorere po (= tesorere) 

vjim:: tributo œa* 

KBWB targetta nnD p5 

H^na tarda ttpb att^ 

tnna tarde îittïitt imas 

■nfimta tardare nnN 

■»*n*na tardi bsN 

N31TJ trova N£iï 

ïpbb*na treillis •po (mot français; 

BN mieux ©ibb"' , HB) 
TOWia tromette nitn [= trombctta) 
■"bNETia trattaglie a?b 

■na tre ©bts 

«pfinnta teriaca ns 

ia*nB tribu anuî ïia72 

^i 1 ^^ tridenle TDbp 

1BTHB tributo DDtt 

NLTna trita tfjin 

•naana tritare fibtfi 

N^-n^na vollolarsi iiibs (selon 

M. Perreau texte corrompu. Voir 

B-ifiôia) 
W'nti traente n?0 
K3fcWT£ trezza mix, 



■vyi'nB traere TOtt ïi^ïi ma 

np*iN im^B traere arco nm 

N?ma tréma &yn blfi 

î-iNttna tréma bnbn 

liWia tremo ©an nn tZîya (dans la 
prem. mention, il y a un pour a) 

" , nN72" , nL2 tremare îb3> 

ibwib tremito yy-\ aan t\yhi 

^i^ia tremente un 

TWTB tremare InDn 

NBS'na treinta U5bU5 

•mo'na tresoro ni: tw nttN don 
bao (= tesoro) 

NSfcïttO^a tristizia ï-nb na bna ï-dn 

l^'JD^U tristezza û* 

fcttfcSaO'nB tristanza "pa (= tristezza) 

■nBO^B tristo ïtp fi3N h final su- 
perflu) 

KamB trezza ïmx bbl 

■^Opil lat-i^ta trezza di capille ï|bn 

"np'na treccare nan (= trescare) 

ipuma tresco tZ5*ia 

■nKDbna tralasciare afatti 

lIN^na tremaro bb£ 

lïWB termino bna 

iNDD-ia trepasso sna 



■»attn giace n5^25 

*BÊ«5P gigante p33> (N5 pour UN) 
NTP giova b3>"« 
iBlBS^aT gioventute nb"' 
^nr giovanc mtt) ns? nna 
■»aw»aT giovanezza nni23 
"■E^aii giovenezza rpfi 
lô^Tn iudeo "im (= giudeo) 
■>12mm giudici nbtf 
Kp^* giudica p i«n 
*VKp*lV giudicare ^DU5 
•nNTP giovare ïiby pD 
nbt giotta ^b"! (= goccia) 
■»BÏW giumenta ©ai 
iNBar giunto ab*j 
inNa3T> giuntare *vpi 1X1 nm 
N^mjov giustizia pa lin 
n^^caDI" 1 giustizia nbs 



LE MAQRH 

iBKT 1 giusto tt)5N 

•init giuro bari 

"n&rm giurare 3>dUî Nlda 

Itai^aiV giuramento rsbtf 

12111 giorno ûV> 

N^taOT giustizia pis 

N" gia Idd 

Wi eo ^bïi (de ire) 

i^i^N-ii cetace idfin (= cetacco) 

tnilK'" giardino dlld 

WW giudeo m* 

11"" giovo bl3> ( = giogo) 

TpY* gioco *tt5?ti5 ( = giuoco) 

MF* getta bus fnria i— rn-» t^m imi 

•«**&■« getto b*na btaa nia 

^INta^ gettare tabd 

11Kb*" gelare ïipa 

ib 1 " gielo isd 

•pbii giglio iTûtt) 

ib"»"» gielano mp 

WW« giovine ib"> (lettres inter- 
verties) 

anobli ginestra uni 

N^t^rnS"" generazio mi 

•nia-n genero •jntt 

iNia 1 " genero ib* 

"ID" 1 " 1 penso i£i (texte corrompu , vi 
pour as) 

N^tad" 1 estima nba 

■nii ieri bton 

iffin gente i-jn?a 



lab^tabid cultello £]dd 
INtad-mpaid conquisto nap 
1tfa">d chino ta 15 
ïia^d china ïitaa 
b«Dd casale bai 
^bdd casale isd 



S 



llINKb labbro ddtti (les bb mouilles 

comme v) 
^lltaild^b lavoratore n:n 



DARDEQË 117 

■maab lavore to? ina> pi bia Nd 

idui 
Nlldtfb labarda id 
iiawb lavare nni 
i3fctttfb legane nnb 
^aa^niab la domani id£ 
•HlNb Iode lin 
■nanab lodare iït 
■nilfctb lodare bbîi 
NHNb lava ddd 
iNnab lavo tpxa 
"naiIlNb lavorare 1d2 
"nitaïab lavatore ddid [== lavatoio) 
^taaN'JNb lattante bb^ bi3> 
itaab lato lit *pi 1^ 
itatfb latte dbn 
la^taNb latino wh 
frTPtaab la terra bin 
itaa^ti^dU^ttb la speciosamente ?ind 
iDïïtfb lampo ïïfi pid pid ndtf 
"'D^Nb lampi ^bs 
ildttNb lampare ^nb 
N3Nb lana i£ï 
llia^b landro f^b (= lauro) 
iwtttab lentino tfitfijp (•= lente) 
laitf^rtaaNb l'intenzione da>ta 
Ntadd^i isaab lampo dispetta d!nb 
Nita^b lancia "pd ïian 
Nd^b lascia dTa^ "jna nar 
iINDNb lasciare id? 
Nbdttb la sala ilo 
"■IDNb lasciare pit"> y& 
■namsab lapidare ûai bpd 
llib itaa^adildtfb l'apparecchia- 

mento loro ûbafa 
litab laccio nd 
•»ï»b laccie bib 
Nbiù^Nb lo zitello tt>ia 
Ndiptfb la causa nby 
laitfb largo bnN 
NliaiNb largura dm 
•UINb largo «p* 
^tata^lNb largitate mi 
"n^blp^lNb lo raccogliere indd 
•nidb lavore bn"» 
lisb labbro S-rstfi 
ÉWnab lagrima 2101 



■ipNnb loco nnn 
Nannb lucerna rp*D2 
Nûlb lutta BX3 f "D p^N 

WBib lutte bas 

■»5DKEnb lutame *DB 

lûanb levate idS 

•^fcib lombi ybn 

iftlb lomi )T\12 (== lombi) 

ir73ib lo mezzo -na 

•nvbwb lo migliore itoï If-iN IttN 

Tp^ttlb lo manico n^5 

N3lb luna n-o pb mï iw 

NaTAttb lunghezza ^pN 

" , ?2*i2"ib lo nome do 

ntaoïb lustro la» i**» $$fi arts tin 

i&nb lupo nat 

ib^Dlb lo pcnncllo bnn 

i8W»5felb lucente uns 

■piFatlb lucigno nos 

lÙWlb lucerta riNuib 

ipib loco ï-!3D dpïï "n nn n^n 

nan^snpo "ipib loco scoperto bbj> 

Ifinplb logoro nbn 

"E&nplb logoratc nbft 

■ninp'ib logorarc bn 

ir^b latino T3>b 

i£35t3b latlentc -D3 

lû'l&pb liuto 15£ 

■pfiob lcone attb isnb ISS 

•HlDIiOb leopardo 1733 

ibîfb leale nm 

i«mb levo dp 

N-pmb libéra nna 

•nfcrrmb liberare nbtf) 

*nmb libro -idd 

novimb lcbbroso nn» 

■Win^b libertate nn 

*Tnmb levrierc n^T^T 

KJpb liga ùn-i -ion 

■»BK3Pb legato imi 

l£33J2»JPb legamenlo nbu) 

KKKÎpb legaccia ISN 

littttpb legaccie ns'n B1B ^D" 1 nmh 

par 
■nsenb legare w ttnn pna 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■UPb leggi bpD 



iJWb légume arnt 

i^b legge mn 

■n-Onb leggere ^p 

nta^fcinb ligamento non 

iwb lucro 1^3 

inNirb levarc n^n 

v-pri leggicre bp (Noter le son doux 

de ffi = 1) 
i;mb îcito ms ©ris jâpa ïidû y^ 
IWta^b letico niti 
Np^ib letica Hit» "pi 

îKpwb letico m n^n 

"nap^b lcticare mr 

*n;mb lettera n^N 

N3rb lima "i^s sno 

NOto^b limace attn (mot français, pris 
dans Raschi ; BN N©Kttb, T «SfcfcAj 

Himm^b limilare las (le a est su- 
perflu) 

TSéJBWb limitarc £]pO 

intawb limitarc tjO 

iBJnb fcttib legni legati 1051 

KlM^b lingua \vb 

l^b lino ia«3 y*û 

■nabba "i^b lino allegro ©in 

I^B^b lentino pn:? 

Wb ligno osd 

•^bp^M^b lenticole UW (== lenticchia) 

nfrwb îinea n©tt 

■p^b legno yy 

nb-itt^b lenzuolo 'piû 

•n&W^o^b lusingare spn 

m&^b lepore mi 

&ns"<b lepra an* 

rtfirat^afïb licenzîa n© 1 -) Nip 

"INp^b leccare pb"> 

•nmb liscio pbn 

j-î^^O^b lisciera irû (peut-être le fran- 
çais laisse) 

lD?ûb lampo pia 

JXl^b lanzo (ou : lancia) rittl 

Nb^^ab Tancella l'id 

Ktan^b lacerta ni L2^n 

ip^lpb la conca *p 



LE MAQRÉ DARDEQÉ 



119 



fi 

N72 ma ^s bna 

^^W2 [^b^itNtt] macinella mi 

cnm 
13.N72 magro tëns 
H:\N73 magro W1 

iisne magro bn3 bbn 

^11N72 maderas y a (mot français, 

pris de Raschi) 
l^a&to mattino ipa 
11l3D^N72 maestro 172 
n&T3ip3NbN73 melanconia nsi:? (2 e n 

pour 1) 
ibN73 malo in^n 
T^b&W maglio ïib^ 
1N3N73 mano nbia 

pN3N73 manac btoUî (d'où : manaccia) 
N113N73 mandra !H3 
tlNill3N73 mandria H3> 
13N73 mano qss 

•nNaïNtt mantarc a? (= mantellarc) 
"nN^3N73 mangiare Slp 
•nNp3tf72 mancare Ips 



iÊ33^73p3N72 mancamcnto bsn SHS 

NON73 massa ma? 012 

ï1&O1l30N72 maestria tuifi 

■»3M«a mazza dïlb 

b^L31N73 martel tij&û (mot français 

semblable dans BN) 
"natt mare d^ 

11S11 nN53 mare rubro qno 
N^b^li^ maraviglia ïittn 
■n^2 magre pi pi 
Nimaft magrezza "jîi 
Nbllto midolla m 72 
N3^172 medicina îiïi^ ^IN E]DN 

nsi 
17û mo r\y ns yn Us^N 
-oito move Srt^o 
il">m73 movere sn3 bt^btt 
■^381173 mudana S3S (=mutanda) 
iiltt move 2D" 1 
"^3^1173 movente 2073 
"^Htt movere bb72 
1l3173 muto ûba 



T173 moggio rtNO ÎTTD^M 
1^153 moggio mi 
^INlbnft muldare nsili (= mularc) 
HDNlbtfo ibito mulo salvagio 113> 
Ip^Dibs lbi72 mulo salvatico T3> 
It:bi73 molto ni 1N73 
lùi'Vap'^ùbïa moltiplicamcnto in? 
-»bi72 mule npb tr s^m^na 
■n^bi72 muliere tpnb ns nas TON 

bà? Ï113 1= moglie) 
Nb^bl73 mulete ïisp (correct dans T 

Ntpb^fa ; altération de Tavant-dcr- 

nière lettre) 
^Liï^bïa mollemcnte JiTÛ 
I72p^bi72 [Np^bis =] pollice fiia 
N3173 mone îiSî (— mondo) 
N13173 mondo bnn 
113173 mondo £|sn 
131£33173 montagna 13 iïp 17251 ba 

^£33173 monte ils 

NCû^ntt moneta is ?£S 1SN 

Np^3l73 muniflca np3 

■^ISp^S^Itt munificare liia NE3H (= 

purificare, ^3172 au lieu de nD) 
N^3172 monezza tësi "j^l tjlttN (= 

mondizia) 
^3173 monaci 173S 
lb^3i73 moncello bà (= monticello) 
^£3173 moncelli 17311 
NS173 mossa 3>D73 
1l3D173 mosto unn 
^0173 move NU53 ?D3 ?ï (D pour s) 
1pSl73 muscliio 113 lit 
^p0173 mosca s s? 
1i3NS173 muffato lp3 
1p^173 mosecchia ^1133 (= morscc- 

chia) 
N1172 mora NSS 
1N1153 muro NSI 
11N1173 murare^n 
11173 muro mp 13 y^ïi 111 
Nl31173 morta ïiri72 
^£31172 morto «si 
ab^lito mirtillo oi!l 
lûBbwfla mortalitate tp3 1S1 "pN 
11^1173 mortcro NSI (= mortaro) 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bfâiafcB'rfla mortieino bnï N'TiO^ misura n733> îiND n73n Jnb 

'lb'nan'iJa mortarello *ptf (dérive de "limo^ misuro p73 1173 b^ 

morlajo , pour mortadello , 2 e n 

pour *t) 
■OTîM moranc £nb tnfl (= ornamc) 
HnWïltt mormoro t-r^b 
■^:n"i73'Ti73 mormoranlc n73î-f 
T1WÏ1M mormorare pn 
KE3Î2 mallo i:»tf (= mazzo) 
nNatt mattare nKtfi [= mcsccrc, ou : 

mazzerc) 
vnr^'n matura ab73 boa 
WPWîa mcaira 535 (== mclario) 
MaatvTO medicina nî73 
■n«pTB medicarc ND1 
">n*P73 maggiore ma n^ 
"HtfPtt mezzodie nnï3 
"W12 mezzo pT! 
T ira mezzodie nïiï 
la^ia "IP73 mezzo tormino *jnb 
"'•"PU" 1 » mietere n£p 
ÉG^a [Nro =] seno Yi 
NaJSWia mesaggio "PS 
Nb^tt mêla nns 
nb^73 mêla 3<ps> 
■^ib*^ melone nan 
"bm: mêle nn&3 «a*j 
•^73 mille rpN 
vb^a miglio 'jni 
ip^bro melico miû 
Y-PE^a membro nn^ 
■n^Ta membri ns» 
"nja^Ta membri nif 
N3->72 mena nTia bîia 
lîwrça mono a!"T3 T;b^ 
■nfitt^Ta menare nai 
ima^îa minore bs3 
Nartt venta ans &pa (= vendetta, 73 

pour m) 
K3W<ti mentova 3pa 
•ntmiarTa mentovare S"F3p 
narrai» mentio ba>73 tttttt 
■noa^TS montre w 
N""3"iatr?3 menzogna Nllû 
D* l 73 mese nn*» 
NS^-3 messo nVi) 



"nap^caS"^ mestocarc 3na> (= mes- 

colarc) 
^bip^D-Ta mestecolio bsn (= mes- 

cuglio) 
•^73 mese nno lûin 
•p&rOTa missionc ni 
N^mp^PD^ misericordia nDtl 
ltaNblpÛ*» mescolato nb73 
nrpD" l 73 meschino !"DN 
încPTa misura ms 
■»*WF3M mezzedare n^n (= am- 

mazzare) 
Nn^73 mirra n73 

NTN^in^Ta mirdiare a m (=miriade) 
ïiN">n^73 [ôttarWE =] meridiana bbtt 

bitb:* 
N3N^n^53 [NiN'HTE =] meridiana bbtt 

b*b* 
n^n"^ mirer lnb3. (mot français pris 

de Raschi, BN nv^PTa) 
•^aZTtt mercede N3 ia N3N 
!WB3KûKp*YiM mercatanzia nno 

n733> 
ÏWBlîKpTM mercanzia b:sn 
fiioa^pn^a mercadantia nTJ> (=mer- 

catanzia) 
1£ap*V»7a mercato nbt 
lEastapn^ia mercatanto 3>3D. 
nïaïtt^!o mescito bï-173 
"ibip^aiui73 mestecolo Nbi (= mes- 
colato) 
")î33WiZ^73 meschiamento 3T73 bbï"! 

^11^73 mescerc obn 

ltû" ,ta ib?3 maledctto nntf 

" i n^b73 maledirc bbp 

wb7a maglio dann (= mago) 

n&Tim^a maledizio nbN 

i->b73 maglie pm 

fip^b73 meglia bb:a (= mescola) 

■p-bTa maglio nnp73 

•nfcoibja malignare an^ 

N373 manna "J73 

1^^73^573 menamento 1W 



T^aûiTa rncsvilire iran (= misvenire Nn&wio mannara buJ5 £]ba (= mannaia) 



LE MAQRË DARDEQÉ 121 

tn&Wtt mannaia na ^b^Ti73 maraviglia bd* 

fnYiJWa mangiadora n« 03N ( = lbî3n73 martello ù3>5 

mangiatoja: même sens, crèche, se- "nfiWnE marinarc nb73 {= marinajo) 

Ion Raschi) "m 72 n 73 marmore ii:u5 

timîl2 mandra abo ''iaspntt mercanti pis 

■^WiaiO mandragonc th î"ïfrOL]3pn73 mercantia nn73 (ta pour 

■niiîfl mandra n*tt T = z) 
*"n*73tt mandria nnUÎ3> 

1373 mano T ^ 
N:\1373 mangia ?jû 

N£1373 manzo bd73 bbs (= mangio) "^M nave ît^^D "<£ 

■nt3fc«33E mantatre *pD (=mantellare) inM nave ri3N 

1L3373 manto bmo Nl^1N3 navetta àntf 

lb^373 mantello b^a N^N3 nala nriîû 

W373 maneo !i3b inNa&O natare pus pU53 

n:p373 manuga £]50 (= manuccia) 1N1U5 VIi3nDlbN3 na lo pranzo suo 

ÏTW373 mangiada ïnntt (= mangiatoja) 230 

&m*n^373 mangiadura nm (= man- "'bfiW nali nn3 (= nari) 

giatoia) N0N3 nassa bbit 

Np^373 manica boa ^bNONS nasale ûî3 

1Î3V3 map i*r 'niûp'^a manicatore 10N3 naso nn (= nasevole) 

di carne gioto bbî "«blpOfrO nascole t]tf 

Np3?3 manca non ^3lpOtf 3 nasconde Nnn 

1Np373 manco ni^ r-tf "n^ipo&tt nascondere 'jsit 

"nap373 mancare n03 101pON3 nascoso 0730 

Ip373 manco abp onn 13 no ab bn btt itf 

10lp373 mancoso n£3N (= mancino) "ns 13 no pode bon 

lL33^73p373 mancamento £pn ^13 nave n3N 

"np373 mancare tf-jn N3.13 nova nos 

N0?3 massa 3£3 ûno p£n isi3 novo unn 

■"&T073 messaggii n,ab 1313 nube tfUJ3 £|00 nn ma *PN IN 

NnvD73 misura m i^ 3^ 

inï3073 maestro mzm ->to nudo tnj> 

TNiD&n m"JD73 maestro d'ascia o^n n^i3 nodere nt3N (= annodare) 

813073 masnada rnn ^113 nove 3>U)n 

l!sbipo73 mescola ^073 ^13 notte E|tz33 b^b 

lblpD73 mascolo n3'3 nOî &0nt313 nutria n^3 (= nulrica) 

inab^E macellare noa 1^373^^13 nutrimento n3T 

lb^£73 macello nna (sans doute pour Nbi3 nulla bs 

ma, dit le texte) 5nU3^73l3 nominato obp 

1^3^73 macino "jnî3 ÉWmBiD "J13 non si percio ^blb 

■nNp73 ma qua re abri ON I3fcnp3i3 non quano ib "tt (= non 

Nbip73 macula d173 0^73 quando) 

■>np73 ma qua re blb ib tfb "^blN ^niD ^013 no si percio "^blN blN 

N"<"'b"On73 meraviglia no^ 1lo^pOi3 noscheto T730 £3nn (= nas- 

^nis^bi ta in73 hnN^mana =] marto- condito) 

riare noD lifti noce UN 



122 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



iXTù nozzebbaa bbîi 
"lb^Stia nocciuola nb 

fcnna miora nba 

ab^a nottoio e|bù* 

iûéTO ncgatc bd 

■>Ù3*n nicntc ùfttta bbtf "pN 

■^rra neve abttî 

■nWM ncgare ©ffâ 

■m»j negro ifflû 

■n!P3 negro iD"û 

«tn^a negrczza -|NS 

Tï*"OT negrore *np 

NT^a nido ip 

1*713 nido un 

^«Fa ncttare -inti 

rj^a netto E]Dn 

■>U"0 netti ^fcn 

"lûa^EFù^a ncttamento "-d 

ip^wa nemico nnst lit 

"■sr^a nemici *p* TO 

^taiB^a nepote ^sa 

■wp"»a nicchio pai 

vn-pa nervi Tra 

lN3tb3 in) nalzo Tiïto 

■Hïba in) nalzare Tntt 

ttaiarODS uscione îidD (le a initial 

pour i) 
i&raipoa nasconio p^n (= nascosio) 
iTWpûa nascondere 3>bn 
l'T'pa nocchiere bnn 



•waiNO savii npD 

I^WlKbKD s'allargarc 'ib'» 

amûTbKO saldatura pail 

■nNtabND saltarc nOE £p3> 

i&rbND saglio ïib^ 

■v^bNû salicc 6|3tBS6 an? 

T^KO salire pD 

■nJÛKD sangue tn 

i:N5 sano ma 

1C3D«D santo î-jd (= cantô) 

KyUTQItg sinagoga Ti^y (inlervcrsion 

des lettres n et 1) 
''TaipDKÛ sasconere "ino (=s'ascon- 

dere) 



ipND sacco ps) 

■)3^ViNO sardino d*TN (= sardonico, 

ïàpSiov) 

■^•TSfcrao sviandre j>si mt (= scin- 

tillare) 
i1tt)*DO sbarcere Jinn (= sbarcarc) 
N'n&WO sguardo nve y^ nntt 
ÉWWttO sguaina p-v-i 
n&wwao sguaino r|bil3 
•n&TSN'iJiD sguainare nbtt) 
ÉWattû sguardo £33 
IVlfinaD sguardo U33 
fc«a33.D sgotta br 1 (= sgocciolo) 
lOS^TanaD sagramento frbtf 
ifroano sobio natt (= ceppo) 
1-iMD suoeero "{nn iittfi 
"n^no sudore 3>r 

N*jio sotio ftrafc 

rjiD sotto nnn 

"^caiD sottile pT 

ÉPTiiSTca'lû sotteratore b^U) 

"nan^lO solerrare *np 

I&OID savio D^n 

W1Û savie ^n 

iNb^iû suggello dnn 

Nl£3"nD savenza î-pa^) (= sapienza) 

TnablO solare fiba* 

"i^iblD soldo ^as (= solato) 

nb^D SOle 13^5 ^D\T> ni3> £]3 

^bio solo unn ù'nn ïiftn tin 

•nbno solio natt 

■"blû solve nria nn^ 

■n^biD solvere "las 

•^ttarbiD sollicitare rjîjt 

-isbio suifo nsa. 

ipbid soico ma> 7,32 nsi t»» mai 

Dbn 
lO^aiD sommesso ïiSïa 
N310 suono pa 
13N31D sonano dda> 
"•"1N31D sonarc 3>pn 
131D sonno inatD dbn 
■^310 suono bin 
T-pSOID sospiro Tl? p3N T13N 
-PDlTaO-iÛ sospiroso *ntt 
•nfiOlDIO sfonare ynv [= sfondorc) 
iwN^ciD soffio C]U:3 J1D3 



LE MAQUÉ DARDEQÉ 



N^DIO sofila tr^3 (= soffia) 
Nm^no supcrbo am ï^w 
N"»:rps , iD superbia anl 
Ï^ShS) supcro tp3> mo 
Ij^^^ûID supct'iano on* (= ? spia- 

nato) 
I^DTDID superbia iït (second 

pour 3) 
np^Dio soperchio "in" 1 
l^p^^DIO soperchio yyp 
finsno sopra na 
-""mDlD soflïire bibs b^ biïl 

NplO SUCCO *p?3 

"iplD succo yzi2 
NtmD sorte bli 
■W10 sorte ms 
^liû^sno sorpessome yntiJ (= ser- 

peggiame) 
^■niD sorce -D^ 
NCTioio suscita m 2 
"laa&nao stratato iaa3> (= starnutato) 
N3NUD stana *pn 
NpiNBO stanca tp^ 
•^lDNU^PjNlDO stanchitate ï-rabfi 
"iLD5^ûpD>îll]D stancamento C]13> 
•nNtto slaro "prj (= staio) 
•naaû stare 1»^ 
•^NUO straccio iy 
Ninao stuga nri72 (= asciuga) 
"nabl^D satularc y^W î-j"n na (= 

saturare) 
ksiûo stoffa.'w 
l^ainaD sturbo ïin» 
N£-nï3D struzzo )^ 
ÏWIÛÛO statua ^a£ nita nit^ 
na^ao stagno b*ia 
Nb^ao Stella m 'jbtt 
Nto^aD stima ^p^ 1^^ 
"^fcW^aû setlimana yn® 
•n^UO stenerc mo (— stendere) 
T»ÙO steso na\D J>pl lis JTlil 
"n^ao stire nn3 (= attrarre) 
Ip-Pûû sterco ftawç t©ib tt)ns lin 
ÊO^bao staglia aT2 
"n&Oibao stagliare rr-û 
Nb^Dttao stampella }y& 
^nDttao stampate im 



123 
(égal à l'al- 

t pçiâs^jji 



"'pasao stanbecco br 

lemand Steinbock ; 

étanboc) 
pasao stanbecco ïptt 
N^sao stanza a£» 
■^ao stende ïiaa 
s NprjD stanca nnb rizà t\y^ 
•naprao stancare irw 
fiH&naD strada bbo 
"^TûO strade ap3> btf3> 
fcn&iaD strada batiJ ani C= strata) 
laenaD slratto NU53 
NEfcnao strame ai3> (= trama) 
"n^a^lînaD s)travestire Uisn 
N^ttXS-iao strascino jqnD 
"n&tt^&nao strascinarc anD 
Itfpmiao sjtrunco pna 

va^nao stretto npy i^ 

n^TJD straggere TTttD 
^bb^nao striile bn abc 
•nab^iao strillare bb'n 
"n'Waû stremare 221 3>"i1 
lai^iaD starnuto -ira 
•^^-iaD strinec pin (= stride) 
naabbp'naû strechcllato pi» (= 

stralciato) 
^8b-iao slrolago -iaïi 
«araïaû stramonta aa 
"labiJiriao strangulo pin 
■nasTiaD starnutare ïi-iï 
"namao strani -iï» (l'N est déplace) 
^5Îâb strani ynb 
"îÈWWao strascino Sflfl 
•^fittoiao strascinare bnt 
laamao stracciato d-ir 
N^tt5-|àb strascino të-|i ni 

■^d si -naa ûn yba ^ 

i£OD sei UJtiJ 
la^O sevo -i^is abn 
n:po sega -iJitt 
na'nrpD segreto nn 

t > k T , 'D sede au)i 
ilN^I^D sedia no^ 
^T^liro severare nt: 
las^Uî^n^T^o severacemento nna 

(= sceveramento) 
Nù^D sete tp> 



124 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



•^tro settc y y® 
ta^o sagitte ysn 

N-nb^o silva "jab -)?■> 

tfbwo semolo nbo 

■nBPaitTO simoniare tt5\Û ÎTîNttî (= si- 

moneggiare) 
"1U3W3WD simoniamcnte ïins f= 

simoniacamente) 
Nr^WD simonizza ima 
"V'^WD stimola mû (lettres altérées, 

dit M. Perreau) 
1-P3WC) stimolare fjno nD5 DOto 

(même remarque) 
^"^lO^b^îa^O similitudine 11333 
■nKSWO seminare naj> :nî 
"îtoDWO semismo imN 
^u^a^D sementa ViD 
i^lDE^O sempre db^ Yi3> 12 mt: 
Naro singa tpp (= scimia, ou plutôt 

français : singe) 
iro se no nbï nba obn 
13^0 seno bps p-»n 
13^0 segno mi* 
ftWcntO sentenza 1T3 
■»W0 scende nnn 
WD segno ïnn mtt 
1WD signore pi nas *pN 
■n&nvirD signorare Tira 
TW»© signore 135 -ptt IBS ïiii , n« 
arnwo signoria ai3 ^O" 1 nïi 
rtarTWO signoria niûtt mû» ÎH!0 
W*3iO segno ûna 
■*bfirw3iO signale ys "j^D 
ib^^O signale ûioi 
■>-iD3">D sempre bbo (3 pour 5a] 
NSS^o senza i3>ba la 
iD^O^û sestese T-T70 (= stende se) 
Nlû:D"»0 sessanta U)U5 
wvd^o sopporio n^3 [= sopporto) 
■^0 s'esse u^n 
nap^O sesecato UÎ13 



Np^o secco rt^i£ n^D 

iNp^o secco «a* "vin airt bbi 

■nKÛipiÛ seguitare 5pi pbl 

iNpp^o secco no 

■naap^o seccaggine a33 

■np^D secure 3»5F 

IttÛ'HIpiÔ sicuritate nsn naa 

lb^TpiO secreto ino 

VNVO screo ^ïia (= saro) 

"'IN'VD serrare bj>3 

•nn^o servo iaj> 

"mcTT-PO servitore 13>d ItiB» 

wamTO servizio imtf l^ttî 

■n^^O servire n^UJ 

WD serpe oro 

"ittltt^B-po serpeggiame *pT 
ï^bvo serpeggio otol 
NTibo salvo yv>i 
iNCûlbo saluto n3D 
■lùibD saluto Y"ia 
N^bD salta p3T 
•nfcttabo saltare lit! 
•^bo sale nbïï 
"n^bo sagliere pD3 
i-p^NED smagrire n&n 
mSMSO smossere li2y 
itt^TawaD smossemento taitt 
•^ni^b^O similitudine dnn b"^ Ïi5a 
"WWno smembro nn: 
NùiS^D smenoto "pîi (= smenovito) 
•nNai^ttD smenotare pin (= smeno- 
vitare) 

WD sana n ri 

•133D sangue n£3 

Ntrt330 santita U5ip 

^13^30 sanitate inntt 

"nNpiB^û santificare û^fi 

&ÔNBO spalla daitt 

N^3NBD spagna 11BD 

iDNBD spazio Î1C3U5 U5r:3 TV îl^tf 

iNpNEO spacco spu) 3>oui oui nbtt 



Moïse Schwab. 



4 suivre.) 



LES JUIFS DE NANTES ET DO PAYS NANTAIS 



(suite l ) 



II 



C'est vers le commencement du xvi e siècle que l'histoire nous 
signale, à n'en pouvoir douter, la réapparition de Juifs à Nantes 
dans les circonstances suivantes : 

On sait que même encore après l'expulsion des Juifs d'Espagne, 
en 1492, il y avait en Espagne beaucoup de Juifs qui avaient été 
obligés, pour ne pas quitter le pays ou antérieurement pendant 
les persécutions, d'abjurer la religion juive. Un grand nombre 
d'entre eux continuaient à pratiquer en secret le Judaïsme. Il en 
était de même dans le Portugal. De temps en temps, ces néo- 
chrétiens, quand ils le pouvaient, quittaient le pays pour chercher 
refuge dans un pays plus tolérant et revenir au Judaïsme. 

Henri IV n'était encore que roi de Navarre quand il reçut une 
députation secrète de Juifs dont il n'accepta ni ne repoussa la 
demande, se bornant à ajourner sa réponse définitive. Quelques 
années plus tard, en 1595, quand les néo-chrétiens virent que 
Henri IV était venu à bout de la Ligue, ils revinrent à la charge. 
Henri écouta alors, nous dit son historiographe Péréfixe 2 , plus 
favorablement leurs propositions, et, pour en examiner le mérite, 
il envoya des agents en Espagne et finit par donner aux de- 
mandeurs l'espoir d'une assistance prochaine. N'était-il pas pré- 
cisément en guerre avec le roi d'Espagne et n'avait-il pas le droit 
de jouer un mauvais tour à son ennemi? 

Quelle suite immédiate Henri IV donna-t-il à ses promesses? 
Il serait peut-être difficile de l'établir avec une précision absolue, 



1 Voir tome XIV, p. 80. 

2 Histoire de Henri IV, page 348. 



126 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

toujours est-il que, dans les premières années du xvii siècle, des 
Portugais en assez grand nombre étaient venus s'établir à Nantes, 
non sans soulever les protestations des habitants, qui craignaient 
de voir le commerce avec la Péninsule Ibérique passer exclusive- 
ment entre leurs mains. Non pas que tout d'abord la ville se fût 
montrée peu hospitalière, mais l'activité de ces nouveaux venus 
alarma les négociants, et ceux-ci, pour mettre autant que pos- 
sible l'autorité et les populations de leur côté, s'avisèrent de mê- 
ler encore une fois la question religieuse aux difficultés pendantes, 
de façon à surexciter l'opinion contre les étrangers. Il se trouvait, 
en effet, parmi ces étrangers quelques familles juives : il ne fut 
pas malaisé de les accuser d'être la cause des maux que la ville 
endurait, entre autres d'une maladie contagieuse qui avait fait 
d'horribles ravages à Nantes. 

Les autorités se prêtèrent à cette manœuvre. Le 17 novembre 
1603, dénonciation formelle est faite par le procureur syndic' des 
dangers que l'affluence des Portugais fait courir au commerce 
local avec l'Espagne et le Portugal. Les registres des délibéra- 
tions du bureau de la ville de cette année et des années sui- 
vantes n'existent malheureusement plus. L'abbé Travers, qui 
avait pu les consulter, nous apprend que les membres du bureau 
se transportèrent auprès du sénéchal de Nantes afin d'obtenir de 
lui l'expulsion de tous les étrangers *. 

Le 20 novembre, une lettre de l'avocat général demande au 
maire, au nom du parlement de Bretagne, de l'aviser des mesures 
prises, afin d'en avertir le roi. 

Le bureau répondit à l'avocat général et, par la même occasion, 
il écrivit aussi au duc de Montbazon, lieutenant général pour le 
roi, en le priant de demander des instructions à Sa Majesté. En 
attendant, et pour parer à tout événement, les membres du bureau 
résolurent de s'assembler et de prendre des mesures provisoires 
pour chasser les Portugais. 

C'est le dimanche 7 décembre 1G03 que cette délibération eut 
lieu. «Les comportemens et forme de vivre des dits Portugais, en 
ce qui concerne leur religion » l'emporterent-ils sur les préoc- 
cupations commerciales des habitants ? La chose est peu probable, 
et Colbert avait bien raison quand il écrivait, en 1681, à M. Mo- 
rant 2 : « La jalousie du commerce portera toujours les marchands 



1 Histoire civile et religieuse de la ville et du comté de Nantes, déjà citée, t. III, 
p. 145 et suivantes. 

2 Lettres, instructions et mémoires de Colbert, publiés par Pierre Clément. In-4°, 
Paris, imp. Impériale, 1859, t. II, 1-2, p. 722. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 127 

» à être d'avis de chasser les Juifs, mais il faut vous élever au- 
» dessus de ces mouvements d'intérêts particuliers, pour juger 
» sainement si le commerce qu'ils font par les correspondances 
» qu'ils ont dans toutes les parties du monde avec ceux de leur 
» secte, est de telle nature qu'il soit avantageux à l'Etat. » 

La délibération du bureau de ville de Nantes ne fut pas bien 
longue : on demanda l'expulsion des Portugais, tant Juifs que 
chrétiens, comme gens suspects à l'Église et au roi et qui préten- 
daient faire exercice du judaïsme à Nantes. 

Ce n'était cependant que pour la forme que M. de Montbazon 
avait consulté le bureau : il était en effet déjà possesseur d'ordres 
impératifs du roi. Henri IV prenait les réfugiés sous sa protec- 
tion et entendait les maintenir à Nantes envers et contre tous, 
faisant ainsi, selon la juste expression de Guépin, « du despo- 
tisme au profit de la civilisation i ». 

Toutefois le duc de Montbazon personnellement était favorable 
aux prétentions du bureau de la ville, il l'engagea donc à pré- 
senter lui-même ses observations au roi, auprès de qui il promit 
de les appuyer. 

Un mémoire fut arrêté dès le lendemain, approuvé par le grand 
vicaire Decourant, archidiacre de Nantes, et par le théologal Gristi, 
signé par eux comme députés du clergé et remis au duc de Mont- 
bazon le 9 décembre. . 

Mais Henri IV ne revint pas sur sa décision première 2 , et les 
Portugais, au nombre de plus de cinq cents, tant hommes que 
femmes et enfants, restèrent à Nantes sous l'autorité du roi. « On 
» a dit, écrit Travers 3 , et l'on a cru pendant longtemps que tous 
» ces étrangers étaient Juifs judaïsants ; et en cela il y avait beau- 
» coup de préventions; quelques-uns pouvaient l'être, mais on ne 
» peut sans témérité l'assurer de tous. » 

Cette protection du roi, bienfaisante aux malheureux réfugiés, 
venus plus nombreux à la suite de l'édit d'expulsion pris le 10 jan- 
vier 1610 par Philippe III, roi d'Espagne, devait s'évanouir avec 
le monarque qui avait signé, à Nantes même quelques années 

1 A. Guépin, Histoire de Nantes, déjà cité, p. 295. 

2 II convient, du reste, de remarquer que, déjà en 1598, le 5 décembre, Henri IV 
avait dû intervenir pour faire respecter l'autorité méconnue de M. de Lussan, gou- 
verneur de la ville et du château de Nantes, à qui les habitants avaient refusé obéis- 
sance, et qu'en novembre 1599, il avait dû donner l'ordre comminatoire d'élire 
comme maire M. de La Bouchetière, en face du refus des Nantais de tenir compte 
de sa volonté. On comprend, dès lors, qu'il ne devait pas être autrement disposé à 
favoriser l'intolérance du bureau de la ville. Lettres missives de Henri IV, recueillies 
par Berger de Xivrey, Paris, imp. Nationale, t. V, p. 72. 

3 Histoire civile et religieuse de la ville et du comte' de Nantes, déjà citée,, tome III, 
p. 145 et suivantes. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

auparavant, le fameux édit de Nantes en faveur des protes- 
tants. La déclaration de Louis XIII qui expulse les Juifs du 
royaume n'est-elle pas datée du 23 avril 1615 », c'est-à-dire du 
lendemain presque de la mort de Henri IV ? 

A Nantes, les habitants, qui s'étaient soumis aux ordres du roi, 
ne s'y résignaient qu'avec peine. Déjà, en 1605, ils avaient résolu 
de chasser de la ville, sans en référer à Henri IV, des Irlandais 
qui étaient venus y chercher asile et qui se dispersèrent d'eux- 
mêmes en présence de ces dispositions hostiles. 

Néanmoins, les Portugais y étaient demeurés, leur nombre 
même s'y était accru, mais leur activité industrieuse les rendait 
odieux au peuple autant et plus que la religion à laquelle on les 
soupçonnait d'appartenir. Aussi n'est-il pas autrement surprenant 
si des troubles éclatèrent contre eux le 23 novembre 1636. 

Gomme toujours, le bureau de la ville prit parti pour les habi- 
tants contre les étrangers, et nous trouvons la preuve de cette 
hostilité dans la délibération suivante arrêtée dès le lendemain 
matin en assemblée extraordinaire. Voici le texte de cette déli- 
bération, qui est inédite 2 : 

Assemblée extraordinaire touchant V émotion. 

Du lundy vingt quatrième jour de novembre mil six cenlz trente 
six après les huict heures du matin en la maison commune de cette 
ville de Nantes a este convocquee assemblée extraordinaire de 
MM. les maire et eschevins, antiens maires et antiens eschevins, 
capitaines et lieutenants et enseignes de la dicte ville, en présence 
de monsieur de la Gilberdiere, capitaine du château. 

A laquelle assemblée estoient presens et assistantz : 

Monsieur de la Grand haye dubot, maire. 

MM. de la Marcrais Frain soubz maire ; du Housseau Poulain ; de 
la Pannetiere Butet ; Dubreil Langlois ; de la Prevoste Bidet, 
conseillers eschevins. 

Mons r des Joncheres Gouprye, procureur scindicq. 

Antiens Maires : MM. de la Tousche ; Gornullier ; de Lessongères ; 
de Lespinay de harouys ; de la chapelle blanchard. 

Antiens eschevins : MM. des Rigaudieres dhachon; de St-Lo Be- 
deau; de Vieillecourt Bourgogne ; du housseau poulain, adt du 

1 Un des considérants de cette déclaration parle de ces Juifs « qui se sont de- 
» puis quelques années espandus , déguisés en plusieurs lieux de cestuy nostre 
» royaume >. 

8 Archives municipales de Nantes. -*■ Administration communale, série BB. 38. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 129 

roy ; de Juigne lemaslc ; du champ quartier dubreil; des 
Augles Despinoze ; de la Civellière Viau ; de la Noe Charete ; 
de Lomeau Garreau ; de la Rayrie Bide ; du Vergr Guyton. 

Antien scindicq : M. des Ghastelieres Lirot. 

Capitaines : MM. de la Bousche; Barbere; de la Haultiere Ragaud; 
de la Landiere Spadine. 

Lieutenantz : MM. de Bellanton Bernard ; du Maillon Bretagne ; 
de La Roche Poitier; Antoine Dureau; Noël Bernard. 

Enseigne : M. de la Chesnay Litou. 

Capitaines des forsbourgs : Boysmer, cap ne du Marchix ; Boucher, 
cap n e de Richebourg. 

Apres avoir este par monsieur le maire propose a la dicte assem- 
blée le subject d'icelle qui est touchant l'esmotion qui adriva hier au 
soir en cette ville et forsbourgs ace que la dicte assemblée ait a dé- 
libérer et adviser des moyens pour remédier a telz desordres et ob- 
vier aux inconveniantz qui en pourroient advenir. 

A este par la dicte assemblée advise ce qui ensuilt attendant la 
présence de Monseigneur de la Meilleraye, gouverneur; 

En premier lieu : 

Chaisnes de fer. 

Seront faictes des chaisnes de fer pour estre mises et attachées aux 
rues qu'il en sera nécessaire pour estre tendues aux lieux néces- 
saires où il n'y en a. 

Corps de garde. 

Seront reparez et accommodez les corps de garde tant de sur les 
murailles que des portes de la ville et seront veues les serrures des 
portes, barrières, râteaux coulantz a ce que tout soit en bon ordre et 
estât pour la conservation et seurete de la ville. 

Patrouilles. 

MM. les capitaines de la ville feront la nuict par les rues des pa- 
trouilles avecques quinze ou vingt hommes de leur compagnie, cha- 
cun au jour de sa garde, l'heure adrivee au sort le vingt-neufviesme 
d'apvril dernier et commenczera des ce soir la compagnie de 
M. le Maire et ainsy les aultres aux jours ensuyvaniz selon leur 
ordre. 

Et envoyront les dicts sieurs capitaines chacun au dict jour de sa 
garde quatre hommes de leurs compagnies avecq leurs espees seule- 
ment a l'ouverture et fermeture de chacune des portes de la dicte 

T. XVII, N° 33. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ville pour donner assureance aux aultres habitantz du bon estât de 
la seurete d'icelles. 

Portes de la ville. 

Les portes de la ville ayant este fermées au soir, si il estoit requis 
par après de les ouvrir extraordinairement durant la nuict, ne se- 
ront ouvertes sans en donner aduis à monsieur le Maire pour estre 
la porte qu'on aura ouverte, fermée en sa presance ou du capitaine 
du quartier qu'il nommera pour cet eiïect. 

Portugais. 

Et sur l'aduis donné que journellement les Portugais qu'on dict 
avoir esté chassez de Bayonne viennent se retirer en cette ville. 

Sera, suivant la précédante deliberacion du bureau faict visite aux 
maisons des Portugais demeurantz tant en cette ville que forsbourgs 
pour scavoir le nombre de personnes qu'y sont et de leurs armes 
et à cette fin sont députez messieurs du corps de ville pour faire 
la dicte visite par un ou deux chefs capitaines du quartier. 

Et par deliberacion de la dicte assemblée, deffensses sont faictes a 
toutes personnes de tirer aucunes armes a feu la nuict en cette 
ville et forsbourgs sans subject et ordre sur peine de la vie et a 
touttes personnes de courir la nuict et ribler les rues avecq aucunes 
armes ni espees sur peine de prison. 

En suilt la teneur des deffensses qui seront bannies et affixées par 
extraict de la deliberacion cy devant. 

Deffensse pour les armes. 

De par le Roy, 

Deffenses sont faictes à touttes personnes de tirer aucunes armes 
a feu la nuict en cette ville et forsbourgs sans subject et ordre sur 
peine de la vie. 

Faict et arreste en l'assemblée extraordinaire tenue en la maison 
commune de cette ville de Nantes, assistantz MM. les maires et es- 
chevins, antiens maires et antiens eschevins, capitaines, lieutenantz 
et enseignes, en presance de M. de la Gilberdière, capitaine du châ- 
teau, le lundy vingt quatriesme jour de novembre mil six centz 
trante six. 

Ce ne fut pas tout : le bureau de la ville, ajoutant aux précau- 
tions prises le 24 novembre, arrêta, le 27 novembre, de mettre 
double serrure aux portes de la ville et de réparer au plus tôt 
les barrières et corps-de-garde. Voici le texte de cette nouvelle 
délibération qui n'a jamais été publiée, tel qu'il figure aux re- 
gistres de la ville. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 131 

Du jeudy vingt septième jour de novembre mil six centz trente 
six, après une heure d'après midi, en la maison commune de cette 
ville de Nantes. 

Sur le rapport faict par monsieur du housseau poulain, conseiller 
et eschevin, commissaire en la presante sepmaine, avoir veu et vi- 
site Testât auquel sont les serrures des portes de la ville, a ce ap- 
pelle le maitre serrurier d'icelle. A este advise par MM. du bureau 
qu'il sera faict faire des serrures neufves pour estre mises une a 
chacune des dictes portes, oultre celles qui y sont pour plus grande 
seurete des dictes portes. 

En conséquence de la deliberacion précédante, les barrières et 
corps de garde, tant de la ville que de la Fosse, seront reparez le 
plus promptement que faire se pourra et a cette fin est commis et 
députe par le bureau monsieur (nom en blanc), conseiller eschevin. 

Comme on a pu le voir, la première des deux délibérations 
ci-dessus dit que les Portugais sont suspects comme chassés de 
Bayonne. Or, précisément en 1636 un certain nombre de Juifs 
étaient chassés de Saint-Esprit, faubourg de Bayonne, « attendu 
leurs relations continuelles avec les Espagnols l ». 

Il était néanmoins resté quelques Juifs à Nantes. L'un d'eux, 
Michel Durand, y était établi depuis des années et y faisait le 
négoce à l'entrée de la rue de la Fosse, quand il mourut dans la 
nuit du 12 au 13 juin 1772. Ce fait eût passé inaperçu si, avant de 
mourir, Michel Durand, dont la famille habitait Bordeaux, n'avait 
témoigné le désir d'être enseveli dans cette dernière ville. Les 
israélites Bordelais jouissaient depuis longtemps de droits civils 
et même civiques que leurs coreligionnaires n'ont obtenus que 
plus tard sur d'autres points du territoire : ils possédaient notam- 
ment un cimetière spécial, où Michel Durand, fidèle aux préceptes 
du culte mosaïque, avait voulu reposer auprès des siens. Grâce à 
l'intervention d'un marchand mercier de Nantes, François Ruby, 
ami de Durand, et d'un négociant israélite de Bordeaux, Moïse 
Rodrigues, les magistrats autorisèrent le transport du cercueil 
de Nantes à Bordeaux. Le docteur Geffroy qui avait soigné le 
défunt au cours de sa dernière maladie, procéda à l'embaume- 
ment : le corps fut ensuite déposé dans une caisse doublée de 
plomb, et, pour tenir jusqu'au bout sa promesse, Ruby accom- 
pagna Rodrigues à Bordeaux et suivit au cimetière israélite de 
cette ville les dépouilles mortelles de son ami. La famille de 
Michel Durand se composait d'une sœur, Rachel.Melendès, veuve, 
et de ses deux enfants, une fille et un garçon. 

1 Document conservé à la Bibliothèque publique de Bayonne. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voici les documents qui établissent ce point et qui sont conser- 
vés aux archives municipales de Nantes : 

A Messieurs Messieurs les Juges du siège Royal de la Police 
de Nantes, 

Supplient humblement le sieur Moyze Rodrigues, Marchand Né- 
gociant juif établi à Bordeaux et le sieur François Ruby, marchand 
mercier à Nantes. 

Disant que le sieur Michel Durand, Juif, Nég* en cette ville et qui 
y était établi depuis bien des années, est décédé pendant cette nuit 
dernière du 12 au 13 de ce mois, dans sa demeure qu'il faisait à ren- 
trée de la fosse. Gomme le sieur Durand avait sa famille à Bordeaux, 
savoir, une sœur veuve du sieur Rachel Melendes et deux neveux et 
une nièce, enfans de la dite veuve Melendes, il a demandé avant son 
décès, au sieur Rodrigues qui est de sa religion à être inhumé à 
Bordeaux dans le cimetière destiné pour la sépulture des Juifs et il 
a prié et fait promettre au sieur Ruby qui était son ami de faire 
conduire son corps après son décès en la dite ville de Bordeaux et 
de l'accompagner lui-même, ce qu'il offre de faire conjointement 
avec le sieur Rodrigues ; les supplians se proposant pour cela de 
faire embaumer le cadavre par le sieur Geffroy médecin qui a vu 
le sieur Durand pendant sa maladie de mort; mais comme ce trans- 
port ne peut être fait sans la permission du siège, les supplians re- 
quièrent, ce considéré, 

Qu'il vous plaise, messieurs, ayant égard à ce que devant exposé, 
permettre aux supplians de faire embaumer le cadavre du sieur 
Durand par le sieur Geffroy médecin et les personnes qu'il appel- 
lera, de le faire mettre dans une caisse doublée de plomb, et de le 
faire transporter sous leur conduite en la ville de Bordeaux pour 
faire inhumer le dit cadavre dans le cimetière destiné pour la sépul- 
ture des Juifs, joint l'offre d'en présenter un certificat s'ils en sont 

requis, et ferez justice. 

Gédouin. Ruby. 

Je soussigné, certifie avoir vu M. Michel Durand pendant sa der- 
nière maladie, dont il est décédé du 12 au 13 du présent, à Nantes, 
le 13 juin 1772. 



Soit communiqué au Procureur du Roy. 
A Nantes, le 13 juin 1772. 



Geffroy, D. m. 



Marie. 



Conclusions conformes données par Georges Guérin de Beaumont, 
conseiller procureur du Roy sindic de la ville et communauté de 
Nantes pour l'absence du procureur du Roy de police. 

Autorisation conforme à ces conclusions. 
13 juin 1772, 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 133 

La communauté des maîtres fripiers de la ville de Nantes avait 
souvent maille à partir avec ceux qui, juifs ou catholiques, la re- 
ligion importait peu à l'aflaire, empiétaient sur les droits qui leur 
étaient exclusivement réservés. Témoin les très nombreux procès- 
verbaux conservés aux archives municipales de Nantes et qui 
sont là pour attester avec quel soin jaloux les jurés de la commu- 
nauté veillaient au maintien de leurs prérogatives. Les malheu- 
reux commissaires de police étaient souvent requis avec la plus 
grande rigueur pour instrumenter contre ces fripiers marrons 
coupables d'acheter indistinctement à droite et à gauche toutes 
espèces d'habillements et d'en tenter la vente dans les auberges 
et cabarets de la ville. 

Comme de juste, les maîtres fripiers, sévères à l'égard de tout 
le monde, l'étaient encore davantage quand il s'agissait de mar- 
chands juifs, ils évoquaient alors les anciens arrêts qui interdi- 
saient aux disciples de la loi mosaïque le séjour de la province et 
mettaient contre eux encore plus d'acharnement. 

Nous en trouvons la trace dans plusieurs procès-verbaux dres- 
sés à la requête de la corporation des fripiers et que nous avons 
découverts aux archives municipales de Nantes, d'où ils n'avaient 
pas encore été exhumés jusqu'ici. 

En voici le texte : 

19 décembre 1783. Procès-verbal à requête des Jurés fripiers contre 
le nommé Jacob, Juif. 

L'an mil sept cent quatre vingt trois, le vendredy dix neuf décem- 
bre, environ les midy, 

Devant nous, François Fieur-de-Pied, commissaire de police de 
la ville et communoté de Nantes, ont comparu les sieurs Laporte et 
Denion, au présent jurés de la communoté des maîtres fripiers de 
cette ville de Nantes, 

Lesquels nous ont dict quant corre bien qu'il aurait été enjoint 
par arrests de la cour de 1780 aux Juifs de se retirer hortsde la pro- 
vince, aux méprix de ce, il étoit à leurs connoissances que plu- 
sieurs de ces particuliers étoit resté dans cette dicte ville et qu'ils y 
faisoit le trafic de Mrd fripier en ce qu'il achetoit indistinctement 
de toutes espèces d'abillements et les revendoit, les portants pour 
cette effet dans différentes maisons, auberges et cabaraits de cette 
dicte ville. 

Et désirant remédier à un pareil abue qui est aussi préjudiciable 
aux publics ca leur communoté en ce que il y avoit toute à croire 
que party des effets voilé passoit en main de ces sortes de gens et 
désirant se mettre à la recherche de ces sortes de gens. 



t34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Pourquoi il requéroit natre transport dans différentes rues et 
places. 

À quoi inclinant , somme de compagnie des sieurs Laporte et 
Denion parvenus vers les Petits-Murs, paroisse de Saint-Léonard, où 
étant les dits Jurés nous y auroient fait remarquer le nommé Jacob, 
juif de nation, lequel tenoit sous son manteau un très gros paquet. 

Et les dits jurés soupçonnant que le dit paquet contenoit des 
effets de l'état de maitres fripiers, qu'il etoit à promener afin de les 
vendre, pourquoi il auroit arrêté le dit particulier et après qu'il lui 
auroit déclaré la visite qu'il entendoit faire de ce dit paquet, il s'en 
seroit saisis et procédant à la visite dans notre présence, il nous y 
auroit fait remarquer ce qui suit, savoir : 

Un habit veste, verte de laine tricoté, bordé d'une tresse en or 

Une veste verte piquée en soie bordé d'une tresse or 

Un habit de drap bleu gallonné aussi en or 

Une veste d'étoffe d'or, doublée d'une ruche de soie 

Une autre veste de drap d'argent brodée en or 

Le tout enveloppé dans une serviette raie blanche marquée L G. 

A l'endroit, le dit Jacob demeurant au Lion d'argent, paroisse de 
Saint Nicolas, a dit que les habillements vieux lui appartenoient et 
qu'il les portoit pour faire arranger à sa taille, et ensuite que c'étoit 
une personne qui les lui auroit donné pour vendre, 

Et à l'endroit les dits jurés lui auroient déclaré que, comme il etoit 
sans qualité pour vendre de pareils effets dans l'étendue de la ju- 
rande, qu'il le connoissoit pour vendre et acheté de toutes espèces de 
personnes de pareils effets et qu'il ne fait pas d'autre état dans 
cette ville, ils lui déclaroit la saisie desdits habillements vieux réfé- 
rés ci-devant. 

Pour laquelle saisie il lui déclaroit l'affaire appelée à la police pour 
en faire adjuger la confiscation 

Et à l'endroit nous, commissaire susdit, nous avons sommé le dit 
Jacob de nous déclarer les noms et demeure de la personne qui le 
lui avoit donné à vendre, comme il nous l'avoit déclaré 

Ce à quoi il se seroit refusé, qu'il ne la connoissoit pas, mais qu'il 
alloit la chercher. 

Sommé le dit particulier de nous accompagner au greffe de police 
pour y signer ses dires et réponses, ce qu'il a refusé en disant qu'il 
alloit chercher la personne qui lui avoit donné à vendre. 

Et nous étant transporté au susdit greffe les dits jurés y auroit 
déposé la susdite saisie et nous y avons rapporté le présent que 
nous avons clos après avoir suspendu quelque temps et voyant que 
ledit Jacob ne s'y présentait pas et ont les dits sieurs Laporte et 
Denion signé avec nous. 

Laporte, Denion, F s Fleurdepied. 

O à Nantes le 19 décembre 1783 reçu douze sols neuf d. 

Sauvaget. 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 135 

Déposé au greffe de police avec la saisie y mentionnée, le 49 dé- 
cembre 1783. 

Contrôlé à Nantes le 29 décembre 4783, reçu quinze sols. 

Sauvaget. 

43 septembre 4784. Procès-verbal contre le nommé Salomon, juif de pro- 
fession, à requête du sieur Denion, juré fripier. 

L'an mil sept cent quatre vingt quatre, le lundy treize septembre, 
environ les cinq heures et demie, de l'après midy 

Nous françois fleurdepied commissaire de police de la ville et com- 
munoté de Nantes rapportons que devant nous a comparu le sieur 
Denion au présent juré de la communoté des Maitres fripiers ayant 
avec lui les sieurs trigaury et Gox fils, maitres du ditte état, 

Lequel dit Juré nous aurait déclaré quants corre bien qu'il soit 
deffendu aux Juifs par arrest de la cour de 1780 de cejourner noms 
seulement dans cette ville, mais mesme dans toute la province plus 
de vingt quatre heures aux meprix de cette susditte arrest il etoit à 
sa connaissance que plusieurs particuliers juif étaient dans cette 
susditte ville et y trafiquaient de toutes espèces de vieux habille- 
ments et linge tant à l'usage d'hommes que de femmes et du nombre 
desquels juifs brocanteurs est le nommé Salomon, demeurant près 
la chambre des comptes, maison du sieur Langlois, paroisse de Saint 
Léonard. 

Désirant remédier à un pareil abue qui tant à la destruction de 
leurs droits et privilège et faite un torte notoire mesme aux publics 
en ce que ces susdits particuliers achetoit indistinctement de toutes 
les personnes tant suspec que autres tout ce que l'on leur présen- 
tait, sans sinquiéter dont sela prévenait, et qu'il y a toutes à croire 
que les efaix volé passait dans la mains de ses espèces de gens qui 
ne sont pas astrints comme eux, à avoir de livres pour inscrire leurs 
achas et vante. 

Pourquoy il requérait notre transport rue des Pénitents à l'effet de 
veiller le dit particulier qui ne saisse d'y passer avec des paquets 
qu'il promenne dans les rues de cette ville, à quoy inclinant, somme 
de compagnie du dit juré et des deux autres maitres dénommé sy 
devant parvennus dans la dite rue des Penitants et environ les six 
heures les dits jurés et maitres nous aurait faits remarquer un par- 
ticulier tenant un paquet sous le bras 

Et le dit juré soupçonnant que ce fut des hardes que le dit parti- 
culier promennait pour revandre et afin de s assurer du faite l'ayant 
suivy et joint au carfour de St Jean 

Et après lui avoir déclaré l'intention où le dit juré était de visiter 
le dit paquet qu'il portait lequel dit juré sans étant pour cette fin 
saizies et le visitant nous aurait fait voirre et remarquer un abit de 



136 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

drap gry bordé de gallon en ort et bouton aussi dore et une veste de 
soye blanche brodée en soye et argant 

A l'endroit, le dit juré aurait sommé le dit Salomon ce disant 
juif polonaix de lui déclarer quel calité il avait pour vendre de 
pareille marchandises vieilles dans l'étandue de la jurande, à quoy 
il lui aurait répondu qu'il portait le dit abit et veste chez son tail- 
leurs pour le faire mettre à sa taille et qu'il ne les portait pas pour 
vendre. 

Le dit juré l'aurait sommé de lui dirre le noms et la demeure de 
son dit tailleur. Ce à quoy il n'aurait voulu satisfaire, quoy que le 
dit juré laurait sommé à différantes fois. Il auroit seullement dit que 
le dit abit et veste lui avoit été donné par un jeunne homme pour lui 
avoir aracher des corres aux pieds. 

Sommé de déclarer son nom, a dit qu'il l'ignaurait et qu'il étoit 
parti de cette ville et le dit juré ayant aussi sommé le dit Salomon 
de nous acompagner à sa demeure, afin d'y faire la visite, ce à quoy 
il aurait satisfait. 

Et antres dans sa chambre le dit juré nous auroit fait remarquer 
sur une corde un abit et une veste que le susdit particulier auroit 
déclaré èlre à son usage. Pourquoy le dit juré lui auroit laissé. Et 
n'y ayant rien trouvé autre chose de suspect, le susdit juré lui au- 
roit déclaré la saizie du susdit abit, gallon et veste blanche brodée 
en argant et soye, vu qu'un pareille habillement n'était pas de son 
usage. 

Sommé de signer ses dirre et réponse, ce qu'il a refusé. Et à l'an- 
droit nous lui avonts aussi déclaré que nous nous retirions au 
greffe de police à reflets dy déposer la dite saizie et le présent, et 
qu'il y eut à nous y accompagner, ce qu'il a aussi reffusé. De tout 
quoy nous avons clos le présent pour valloir et servir ce que de 
raison. 

Tous les dits maitres et jurés ont signé avec nous 

Denion, Trigory iils, F s Fleurdepied. 

Contrôlé à Nantes le 44 septembre 1784 
Reçu 12 sols 9 d. 

Sauvageï. 



Le 8 aoust 1 786. Procès-verbal de perquisition à requête de la commu- 
nauté des maîtres frippiers. 

L'an mil sept cent quatre vingt six, le mardy huit aoust environ 
les quatre heures du soir, 

Nous Clément Léonard huet-delamare, commissaire de police de la 
ville et communauté de Nantes, Kaportons qu'ayant esté requis en 
notre demeure par les sieurs georges-pacifique Gox, jurés en charge, 
le sieur frigory fils et guillaud, juré et les autres maitres et mar- 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 137 

chand frippiers dmt rue Juiiï'erie, paroisse Sainte-Croix, accom- 
pagné du sieur Laporte, encien juré de la ditte communauté pont 
Sauvetout, paroisse de St-Similien, lesquels nous ont dit qu'il était 
venu à leur connaissance que le nomé Jacob, juif de nation et bro- 
canteur de son état, faisait journellement et clandestinement le co- 
merce de fripperie dans l'étandue de la jurande aux mépris des 
arrests de la cour, ordonances et reglemens de police, pourquoy ils 
requièroient notre transport à la demeure du dit Jacob, avis le puy 
lory, paroisse de St-Denis et ont signé de ce requis 

Guillaud, Laporte, Cox J ne , Trîgory fils. 

Nous commissaire susdit avons raporté acte du dit réquisitoire 
et en conséquence avons pris en ayde de justice les deux harchés de 
ville soussigné et en leur compagnie insy que .de celle des susdits 
jurés et maitres frippiers de la ville et fauxbourgs, sommes trans- 
porté à la demeure dudit Jacob, même lieu et paroisse comme dit 
est, où étant parvenus n'avons trouvé que la femme Jacob que nous 
avons interpellé de nous dire où étoit son mary, laquelle nous a ré- 
pondu qu'il étoit sorty ; et après lui avoir déclaré nos qualités et le 
sujet de notre visite, l'avons sommé d'envoyer chercher son mary 
A quoy la femme Jacob a obey. Un portfaix qui avoit été envoyé à 
cet effet étant revenu, a dit à la femme Jacob qu'il ne l'avoit pas 
trouvé que l'on luy avoit dit que le dit Jacob, son mary, venoit à 
l'instant de sortir du cafte du comerce. Ayant encor attendu plus 
d'une heure et sommé de rechef la femme Jacob de nous donner ou- 
verture de ses chambres et armoires et autres lieux servant de ma- 
gasin, à quoy la ditte femme Jacob a obey en nous ouvrant une ar- 
moire faisant face à la porte de la cuisinne au premier étage. 
N'ayant rien trouvé dans la ditte armoire de contraire aux status 
des maitres et marchands frippiers, avons dit à la femme Jacob de 
fermer sa ditte armoire. Ce quel a fait. 

Ensuite sommes entrés dans la chambre du devant où étant les 
jurés et maîtres frippiers nous onts fait voir et avons vu une ar- 
moire grillée, fermant à clef en face d'un lit. Interpellé la femme 
Jacob de nous donner ouverture de cette ditte armoire s'y est re- 
fusée, disant que son mary en avait la clef et que cette armoire ne 
renfermoit que des marchandises neuves ce qui nous a paru sus- 
pect; et comme un arrest du parlement datte du vingt cinq may mil 
sept cent cinquante neuf autorisse et permets aux jurés de la ditte 
communauté des maitres frippiers de faire des visittes, quand ils le 
jugeront à propos chez toutes les personnes suspects de fairre le 
commerce de fripperie et de fairre ouvrir les appartemens qui se 
trouveroient formés, étant accompagnés d'un commissaire, pour- 
quoy les dits jurés auroint déclaré à la femme Jacob que, sy elle ne 
leur donnoit ouverture de la ditte armoire, ils la feroint ouvrir par 
un serrurier. A quoy a repondu la femme Jacob qu'elle ne pouvoit 
faire autrement n'ayant pas de clef et a envoyé chercher par sa do- 



f88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mestique le sieur Pierre Gosse, maître serrurier, demeurant rue des 
Chapelliers, paroisse de Ste-Croix lequel, étaut arrivé à laditte de- 
meure de Jacob a ouvert à requête des dits jurés et maîtres frip- 
piers, et eu notre présence et celle de la femme Jacob la ditte armoire 
grillée et n'ayant rien trouvé dedans contraire aux status des dits 
maîtres frippiers, nous avons fait refermer par le même serrurier 
la ditle armoire grillée et en notre présensce et celle de la femme 
Jacob. 

Et à l'endroit avons interpellé la femme Jacob de nous dire sy son 
mary n'avoit pas un grenier à quoy ayant répondu que ouï, nous 
l'avons sommés de nous en donner ouverture. A quoi ayant obéy et 
le serrurier étant encor présent, sommes tous de compagnie monté 
au quatrième étage de la même maison où étant la femme Jacob 
nous a ouvert la porte d'un grenier qu'elle a dit estre le sien : où 
étant des jurés et maitres frippiers nous onts fait voir et remar- 
quer et avons vu deux malles fermées de clef sans aucunne adresse 
desus. Interpellé la femme Jacob de nous dire ce que contenoint les 
malles, à l'endroit la susdite nous a répondu que les malles renfer- 
moint divers hardes et linge à usage de femme et qu'ils apparte- 
noint à une dame qu'étoit partie ce jour vingt six aoust pour Bor- 
deaux, que cette dame avoit prié son mari Jacob de lui serrer ces 
deux malles, atandu que, sous quinze jours ou trois semaines, sui- 
vant qu'elle vairroit, elle revienderoit à Nantes. Interpellé la femme 
Jacob de nous représenter les clefs des dittes malles, nous a répondu 
qu'elle n'en avoit point, que cette dame connaissant son mary, l'avoit 
seulement prié de garder ses malles et que même cette ditte dame 
que la femme Jacob nous a dit se nommer pauline Belaslé n'avoit 
pas même exigé de reconnaissance des deux malles de la part de son 
mary. 

Comme tous ces dires paroisoint suspects aux dits jurés, connais- 
sant le dit Jacob pour un brocanteur qui a déjà été saisy par leur 
communauté faisant le comerce de fripperie ils ont, à leur requête 
et en notre présence et celle de la femme Jacob, fait ouvrir les deux 
malles par le dit pierre gosse, maître serrurier et n'ayant trouvé 
que des nippes et linge à usage de femme, comme nous l'avoit dé- 
claré la femme Jacob, les dits jurés et maitres ont faits refermer les 
dittes malles par le dit Gosse, serrurier, en notre présence et celle de 
la femme Jacob. D'après cette opperation les jurés frippiers nous ont 
fait voir et remarquer et avons vu dans un coing du grenier à cotté 
de la porte à gauche en entrant quantitée de vieilles hardes et mor- 
ceaux dans lesquels s'est trouvé un ornement d'églisse consistant en 
un chasuble de soye cramoisy lequel etoit défait et degallonné ; deux 
habits sçavoir un habit de cannelle couleur lylas, un autre habit de 
lustrinne doublé de taffetas rose, un gillet de tricot gris. A l'endroit 
le dit Jacob étant intervenu nous l'avons interpellé de nous dirre 
d'où il avoit eu ce chasuble. A quoy nous a reparty le dit Jacob qu'il 
avoit achepté à St Léonard de cette ville et nous a exibé une recon- 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 139 

naissance du dit achapt signé de messire Beujard, reeleur de la ditte 
paroisse f . 

Interpellé de nous dire à qui appartenoint les deux habits, nous a 
dit être les siens, interpellé de nous dire à qui appartenoint ces 
malles et nous ayant fait les mesmes réponses que sa femme, nous 
luy avons tout laisé et nous sommes retirés après luy avoir donné 
lecture de notre présent procès verbal qu'il a refusé de signer quoi- 
que de ce requis. 

Pourquoy nous avons clos le présent en sa sus ditte demeure pour 
valloir et servir ce que de raison le dit jour et an que desus. Un mot 
rayé nul. 

GOX j n e, TRIGORY fils 

Rezé, Htjchet, Laporte, Guillaud, 
huet delamarre. 
C ] é à Nantes le 9 août 4786. 
Reçu^douze sols neuf deniers. 

Sauvaget. 

Procès-verbal. — Isaac Lévy, juif alsacien et Gabriel Veille, 
juif lorain. 

L'an mil sept cent quatre vingt six, le mercredy vingt trois aoust, 
environ les huit heures du matin, 

Nous Clément Léonard Huet Delamarre, commissaire de police de 
la ville et communauté de Nantes, raportons qu'ayant été requis en 
notre demeure place du Bouffai, paroisse de Sainte Croix, par les 
sieurs Pierre Laporte, ancien juré de la communauté des maîtres 
marchands frippiers de cette ville et faubourg, demeurant pont Sau- 
vetout, paroisse de Saint Simillien et les sieurs jasque françois paul 
de sanlec, juré en charge et jasque louis guillaud et françois trigory, 
tous maîtres de la ditte communauté, demeurant rue Juifferie, pa- 
roisse de Sainte Croix, lesquels nous onts dit qu'étant venu à leur 
conaisance que divers Juifs faisoint aux mépris des arrests de la 
cour de parlement et des statuts du dit état le comerce de fripperie 
et acheptoint continuellement des vieux gallons d'or et argent et 
autres vaisselles et habillements de même nature pourquoy ils re- 
queroint notre transport pour aller chez le nomé Dechamp auber- 
giste au bas de la boucherie i paroisse de St-Nicolas lequel étoit à 
leur connoissance qu'il logeoit beaucoup de juifs et onts signe de ce 
requis. 

Guillaud, trigory fils, de Sanlecque, Laporte. 
Duquel réquisitoir nous avons raporté acte et en concéquence 

1 Le nom de ce recteur doit s'orthographier Beugeard. 

2 La rue de la Boucherie qui existe encore est en pente et aboutit presque au 
pont de PErail. 



] ,'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous commissaire susdit uous sommes transportés de compagnie 
des dits jurés et maîtres frippiers à la demeure dit dechamps. 

Où étant l'avons interpellé de nous donner ouverture des cham- 
bres où logeoint divers Juifs. A l'endroit nous a dit monter au pre- 
mier étage et que nous les trouvoirions. En concéquence sommes 
moutés au premier étage de la dite maison où demeure deschamps 
où étant avons trouvé dans une chambre du derrière donant sur la 
rue connue par le grand escalier Erail quatre Juifs dont uu encor 
couché et après leur avoir déclaré nos qualitées et le sujet de notre 
transport, nous les avons sommés de nous donner ouverture de plu- 
sieurs malles qui étoint dans la ditte chambre à quoy ayant obey 
et après perquisition les susdits jurés et maîtres frippiers nous onts 
fait voir et remarquer un petit sac de toille lequel après notre exa- 
min, avons vu qu'il contenoit un gobelet d'argent portant en écri- 
ture Mr du Miniotherault controllé sur le fond de quatre timbre de 
chez le sieur Bridon père autrefois orfèvre de Nantes. 

Un autre petit paquet en papier contenant deux pommes de 
cannes cassées, un bouton de chemise ayant une coquille, un fillet, 
une paire de petite boucle d'oreille à mantille, le tout en or. 

Un autre petit paquet aussy en papier contenant une pairre de 
boucles d'oreille, une clef de montre, divers autres petits morceaux 
tous coupés, le tout en or. 

Un autre paquet en papier contenant une épaulette et des gallons 
d'habits d'uniforme de la marinne. 

Vingt autres morceaux de gallon, le tout en or. 

Plus envelopé encor dans du papier, dix sept morceaux d'argen- 
terie consistants en une pairre de boucle de jarretière, sans châppe, 
une agraftè de colle, quatre pièces de monoie, des morceaux -de 
boucles à pierre dont les pierres onts étés otée, des morceaux de 
monture d'épée, le tout d'argent. 

Un autre petit paquet en papier contenant un bord de chapeau de 
domestique avec un autre petit morceau de même gallon en neuf, 
des brandbourgs, des boutons et tresses, le tout en argent. 

Lesquels appartiennent au nomé Gabriel Veille, Juif lorrain, le- 
quel nous a déclaré arriver de Lorrient du 20 de ce mois. Interpellé 
le dit Gabriel Veille de nous dire s'il avoit un livre suivant l'ordo- 
nance pour y insérer datte par datte les marchandises concernant le 
trafic des maitres frippiers, à quoy ledit Gabriel Veille nous a re- 
party qu'il n'en avoit point de bessoin, qu'il payoit comptant et que 
d'ailleurs il étoit étranger. 

Ayant fait ouvrir un autre porte-manteau, les jurés frippiers nous 
onts fait voir et remarquer et avons vu dans un morceau de papier 
neuf morceaux de gallons, y compris un morceau de tresse le tout 
en or, différents coupons de gallons et couvertures de boutons le 
tout en argent. 

Interpellé de nous dirre à qui appartenoint les gallons, nous onts 
reparti appartenir au nomé lsaac Levy, Juif Alsacien, arivé d'Ence- 



LES JUIFS DE NANTES ET DU PAYS NANTAIS 141 

nis d'hier 22 aoust lesquels marchandises n'étoint aussi portées sur 
aucun livre et nous ayant aussy répondu qu'il n'en avoit pas de 
bessoin, acheptant argent comptent, et étant étranger et que d'ail- 
leurs ils ne savoint point ecrirre en françois et que nous n'y pou- 
rions rien comprendre; pourquoy, après avoir fait inventaire des 
dits effets, avons renfermés ceux du dit Gabriel Veille dans un sac 
de toille avec une pille de poids de demy livres imparfait et une 
petite pairre de balances que nous avons trouvé dans la ditte malle, 
lequel Gabriel Veille nous a dit lui servir pour fairre son commerce 
de vieux gallons et argenterie et l'avons ficelle et cacheté en cirre 
rouge, sur lequel nous avons apposé deux empreintes d'un cachet 
dont nous sommes porteur et le petit paquet en papier appartenant 
audit Isaac Levy avec aussy une pille de demy livre complet et une 
pairre de petites balances en cuivre servant à son commerce de gal- 
lons et argenterie et après l'avoir ficelle y avons apposé l'empreinte 
du même cachet dont nous sommes porteur et après avoir déclaré 
au nom des susdits jurés et maitres frippiers la saisye des susdits 
gallons et argenterie, les avons sommés de nous accompagner au 
greffe de police et ayant obey nous y avons raporté le présent pour 
valloir et servir ce que de raison. Interpellé qu'ils ayent, après 
lecture faitte, de nous déclarer leurs dirres et de signer, le nomé 
Isaac Lévy nous a déclaré ne le savoir de ce requis suivant l'ordon- 
nance, sommé le dit Gabriel Veille de nous déclarer ses dirres que 
nous allions rester au dit greffe de police pour y raporter notre 
procès verbal, nous a dit avoir affairre et qu'il y passeroit à 
2 heures après midy pour le signer pourquoy nous avons clos le 
présent au dit greffe, le dit jour et an que desus et l'y avons laisé 
déposé pour atendre la signature du dit Gabriel Veille, nous reser- 
vant de le faire controller après la sus ditte signature. 
Ledit Gabriel étant venu à 2 heures, a refusé de signer. 

Laporte, de Sanlecque, Trigory fils, Huet Delamare. 

Gontrolle à Nantes le 23 août 1786. 
Reçu douze sols neuf deniers. 

Sauvaget. 

Ces quatre procès-verbaux s'expliquent d'eux-mêmes et n'ont 
pas besoin de plus longs commentaires. Ils constatent la pré- 
sence à Nantes d'un Juif qui y était domicilié, Jacob, brocan- 
teur de son état, que nous trouvons en 1*783 au Lion d'argent, 
paroisse St-Nicolas, et en 1786, dans la paroisse de St-Denis, 
vis-à-vis le puy Lory. L'aubergiste Deschamps était mal noté 
par les fripiers parce qu'il donnait l'hospitalité aux Juifs de 
passage. 

Un des procès-verbaux, au nom de Salomon, ajoute cette men- 
tion étonnante : juif de profession. 



1 ,J REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quelle suite fut définitivement donnée à ces procès-verbaux 1 , 
nous l'ignorons. Il est présumable que les Juifs victimes de ces 
saisies ne poussèrent pas plus loin leurs réclamations et que leurs 
marchandises furent, en fin de compte, acquises aux infatigables 
jurés de la communauté qui crie à la cotte et à la chape. Ce 
n'étaient pas ces étrangers, ces forains qui auraient perdu 
leur temps à renouveler la lutte du pot de terre contre le pot 
de fer. 

Mais voilà qu'approche l'époque fameuse où les Juifs vont enfin 
devenir des citoyens et des hommes : nous arrivons à l'année mé- 
morable de ÎTO. 

Léqn Brunschvicg. 
[La suite à un prochain numéro.) 

1 Archives municipales, corporations d'arts et métiers, Frippiers, série Il h . 



NOTES ET MÉLANGES 



LES INTERPRÉTATIONS D'AKIBA ET DTSMAEL 

ET DE LEURS DISCIPLES RESPECTIFS 
SUR NOMBRES, V, 28. 



Les méthodes d'interprétation de l'Ecriture Sainte des deux 
célèbres docteurs Akiba et Ismaël diffèrent sur deux points es- 
sentiels. Le premier cherche dans chaque particule ou dans 
chaque redoublement du verbe une extension du sens. Il se plaît 
aussi à voir l'intervention directe et miraculeuse de Dieu dans la 
sphère de l'ordre naturel des choses, en se fondant sur des pas- 
sages bibliques pour lesquels cette interprétation est au moins 
douteuse. R. Ismaël, au contraire, aime l'interprétation simple et 
naturelle; là où la Bible ne parle pas expressément d'un miracle, 
R. Ismaël n'en admet pas. Tandis que R. Akiba voit dans le signe 
de l'accusatif na une extension du sens, R. Ismaël l'explique en 
disant que l'Ecriture Sainte s'exprime en langage usuel. Même 
dans les trois versets où R. Ismaël voit dans le pronom accompagné 
de na le réfléchi (Lévit., xxn, 16 : rnam f\9 dm» narra m, qu'il 
traduit ainsi : Ils se feront porter le péché ; Nomb., vi, 13 : .pvn 
imN N-»^ Tin w nabtt : Le jour de la fin de son naziréat, il 
s'amènera; Deut., xxxrv, 6 : •wsa iniN map-'i : Moïse s'enterra 
lui-même), il ne donne pas à na une signification différente du 
sens naturel, mais l'interprétation appropriée à l'ensemble des 
trois versets et fondée sur le sens naturel ; ce qui exclut égale- 
ment le merveilleux du dernier de ces passages. 

On est donc surpris que le Talmud (Berachot, 31 b) attribue à 
R. Ismaël le procédé d'interprétation de R. Akiba et lui fasse dire 
que les mots d'Anna (I Samuel, i, 11, "^n rtftnn ï-ïîci un) se rap- 



1/,/» REVUE DES ETUDES JUIVES 

portent à la promesse faite dans Nombres, v, 11 et suiv., que, si 
la femme soupçonnée d'adultère est reconnue innocente, elle aura 
des enfants ; tandis que R. Akiba ne voit dans le redoublement 
du verbe ttfcn, dans ce passage, qu'une manière de s'exprimer ha- 
bituelle à l'hébreu. Il faut donc corriger ce passage de Berachot 
par celui de Sota, 26 a, qui contient la discussion de ces deux 
docteurs sur le texte relatif à la femme soupçonnée : pour 
R. Akiba, les mots de Nomb., v, 28 (jnï ftanwi ïtnpin) signifient 
ceci : l'accusation est-elle reconnue fausse, la femme soupçon- 
née, si jusque là elle a été stérile, aura désormais des enfants. 
R. Ismaël objecte à cela que, si le verset de l'Ecriture renfermait 
réellement cette promesse, les épouses stériles n'auraient qu'à 
chercher adroitement à éveiller ce soupçon pour devenir fé- 
condes lorsqu'elles seraient reconnues innocentes à l'épreuve. Les 
honnêtes femmes sans enfants qui n'ont pas recours à ces feintes 
se trouveraient ainsi dans un état d'infériorité imméritée. Selon 
R. Ismaël, le passage contiendrait plutôt l'assurance que la femme 
qui, jusque là, avait enfanté avec douleur enfanterait désormais 
sans douleur. . . 

L'opinion de R. Ismaël ainsi rectifiée ne peut cependant pas lui 
être attribuée sous cette forme, car ce ne sont pas là deux expli- 
cations s'excluant l'une l'autre, pas même deux interprétations 
différentes. Ce sont plutôt deux exemples cités simultanément. 
Les deux explications disent la même chose; seulement elles vi- 
sent deux cas différents : si la femme est innocente, elle aura des 
enfants (y^i ttahm) ; si elle était stérile, elle concevra désormais; 
si elle a déjà enfanté, à l'avenir elle enfantera sans douleur et ses 
enfants seront beaux, etc. » L'objection faite par R. Ismaël, à 
savoir que les épouses stériles pourraient chercher adroitement 
à se faire soupçonner d'infidélité, se retournerait contre lui- 
même, comme le remarquent fort justement les Tosaphot (Sota, 
2G a), sans résoudre le fond de la question. La même attribution 
de cette opinion à R. Ismaël se trouve dans Sifrê sur Nomb., § 19, 
et dans Bem. Rabba, ix, p. 232 d (p. 203, édit. nouvelle de Franc- 
fort). Là on a substitué R. Éliéser et R. Josué à R. Akiba et 
R. Ismaël. 

rima r«*ob ^n*b t^'n Srmiirai nariab tonî-j na^ai ab uni 
wd *itti« s»*"*i snï inanwi inami»!! itn r-nban \n innpsi nyw 

nipDD mp? ï-rrpi-î dn£ ï-roran û^n ïib inrta ^yxii t^nrj 
in "npcnz) b^aœa ibpbp^i rrnpJfi ba i3b"> d"n nttia wiït 'n 
t-nb-p i-rmn fcNO snî Hantai ftnpai b"n î-ie ïTPOBrt ï-niaiiû 

...i^sta 



NOTES ET MÉLANGES 14S 

Au contraire, Jer. Sota, III, p. 18, d, et Bem. Rabba, ix,p. 235a 
(p. 204 a), ont la version exacte : 

i-mtTj ntïtû riwxïï rrNtttaa î^b fcsawî pw Tj$ "pa ïdi 
î*ibl"P3 nnn i— rn ^na dnptoïi Epo î^b^ s*om ï— rmï-i^i b"n ïiei 
V'n 'i:n rrp-n smb-p n^ita imb-p " S-ilpea s-np? irm^ii dau: 
bornas ibpbpm d H «art ba idb-< p un (b"a) [ahÉiir] 'p^ta "i 

♦ 1"IpD^ 

« A quoi bon, après avoir dit qu'elle n'a pas été reconnue im- 
pure, le texte dit-il qu'elle est pure? C'est pour apprendre que 
Dieu la paie de son humiliation : si elle était stérile, elle devient 
féconde, si elle enfantait avec peine, elle enfantera avec facilité. 
R. Simon objecte à cette explication : Dans ce cas, toutes les 
femmes n'auraient qu'à se faire soupçonner pour obtenir ces 
avantages. » 

Tous les autres passages cités sont à rectifier d'après celui-ci, 
ainsi que ceux de Bem. R., ix, p. 232 d (p. 203 b). 

Mais, dans ce passage du Jerouschalmi, R. Ismaël n'explique pas 
les mots :nt ïisnïm. L'explication du verset selon R. Ismaë! et ses 
disciples se trouve dans Bem. R., ix, 232 d (203 &) et' est aiusi 
conçue : 

îTViûa îirp™ -^b aba ïr-p^b *M "pâma ■pa TaiN 'p?™ 'n 
mm» anî ïrntti rtnpsi b"n *ob Trtfb p Nîin bw -n^b rtb^nb 

.tin*» :nïb ôtïi 

« R. Siméon dit : Celles qui ont péché (en excitant le soupçon 
par une conduite légère) n'ont pas droit à une récompense, mais, 
comme (après le soupçon) la cohabitation avec le mari lui avait 
été interdite, on pourrait croire que cette interdiction subsis- 
terait pour l'avenir ; c'est pourquoi l'Ecriture Sainte dit : nnpn 
:nt îwr:n, elle peut de nouveau cohabiter avec son mari et 
avoir des enfants (après avoir été reconnue innocente). » Mais il 
n'est nullement dit, comme le prétend R. Akiba, qu'elle en aura 
sûrement ». 

Dans Sifré, après les mots : na arsiiib :nt însnwi ï-jnpai n"t 
hb^b b"£] ibib im&ci !r»5&wn rrvnb^tf, viennent ceux-ci : « ou 
:nî rwiTM î-inpin signifie qu'elle pourra de nouveau avoir des en- 
fants, mroï-r rrpmïi rainn iaia "pTb hnifcii bbdn simî-nû ^&a 
bbdb, « parce qu'elle avait été comprise dans la règle générale (de 
pouvoir cohabiter avec le mari) et qu'elle en est exclue mainte- 
nant (comme suspecte), pour tomber sous l'application d'une autre 
disposition (la défense qui lui est faite de cohabiter avec son 

T. XVII, n° 33. 10 



1 ',<) REVUE DES ETUDES JUIVES 

mari), ce verset la replace dans la règle générale (après qu'elle a 
été reconnue innocente). 

Nous voici donc vraiment en présence d'une des règles de lo- 
gique de R. Ismael. Il faut donc corriger les passages en question 
de b. Sota, de j. Sota et de Sifrè, les uns d'après les autres. 
Le passage corrigé serait donc ainsi conçu : 

r-nbi" 1 rin^n mhv rn-py nmn dara "mbiï snï ny-im nnp^-i 
z^rn br> izb^ s"n bK*w 'n n"N Vm 'i:n nïna Snibr -i^ssa 
ï-ïmïitiî ^sb t^b« ïi^pod!-» ïibpbp t<bia m npB*iB braiDn ibpbpm 
i-rrnm lïnpai b"n anb l^n^b p Nïin bw nn^u:b nb3>nb rrnoa 
1213 "jTrb rtn^i bbDn î-.mnia lis» nrtfft snïb ï^h mm» rnT 

• bbr>b airon rmïih tinn 

« Les mots ant iisntDi finpai signifient que, si elle était stérile, 
elle deviendra féconde ; si elle enfantait avec douleur, elle enfan- 
tera avec aisance... Telle est l'interprétation de R. Akiba. 
R. Ismael lui objecte : dans ce cas, toutes les femmes devraient 
se faire soupçonner et celles qui n'useraient pas de ce subterfuge 
y perdraient. En réalité, ce texte veut dire que, après avoir été 
défendue à son mari tout le temps qu'elle était soupçonnée, du 
moment qu'elle est reconnue innocente, elle recouvre l'état dans 
lequel elle se trouvait avant le soupçon ...» 

On voit par là comme les théories de R. Ismael et de son école 
ont été proscrites par l'école d'Akiba devenue prépondérante, et 
comment la Mechilta elle-même s'est laissé imposer des retouches 
par l'école rivale, retouches qui ont laissé dans les textes talmu- 
diques des traces profondes, comme Geiger l'a déjà démontré en 
son temps. 

Furst. 



SCÈNES DE CHASSE DANS LE TALMUD 



Le traité de Schabbat (ch. xm, mischna 5-7) mentionne, au 
sujet de l'observance du repos sabbatique, une série de prescrip- 
tions relatives à la chasse qui sont bien curieuses, quand on 
songe que, vu leurs tendances et leurs idées, les Israélites de la 
Palestine n'étaient rien moins qu'un peuple de chasseurs. Voici 
les passages en question : « R. Juda dit : celui qui, le sabbat, 



NOTES ET MÉLANGES U7 

» force un oiseau à entrer dans une tour, ou un cerf dans une 
» maison, viole le repos sabbatique. Les sages disent : on trans- 
» gresse la loi du sabbat en faisant entrer un oiseau dans une 
» tour ou un cerf dans un enclos (ftlM, variante de mn), une cour 
» ou un parc (Tnma). R. Schimon dit : cette règle n'est pas ap- 
» plicable à tous les parcs. Si le parc est tel que, pour s'emparer 
» de l'animal qui y est enfermé, il faille encore lui faire la chasse, 
» celui qui l'y fait entrer n'est pas coupable ; il est, au contraire, 
» passible d'une punition dans le cas où le parc est tel que l'ani- 
» mal qui s'y trouve peut être considéré comme pris. 

» Si un cerf est entré dans une maison et qu'une personne en 
» ferme la porte, elle est coupable ; dans le cas où deux per- 
» sonnes en ont fermé la porte, elles ne sont pas coupables. 

» Si une personne est assise à l'entrée dune maison sans bou- 
» cher complètement cette entrée de son corps et qu'une deuxième 
» personne est venue s'asseoir à côté d'elle et achève de boucher 
» l'entrée, cette deuxième personne est coupable. La deuxième 
» personne bouche-t-elle, au contraire, totalement l'entrée, la 
» deuxième personne qui est venue s'asseoir à ses côtés n'est pas 
» coupable, même si la première personne est partie, la première 
» personne seule est coupable ; c'est comme si une personne fermait 
» sa maison pour la garder et que, par suite de cette fermeture, 
» le cerf s'y trouvât gardé en même temps. » C'est jusqu'ici que 
va la mischna. La Guemara (Schab~bat< 106 b) ajoute un nouveau 
cas : « R. Yirmiya bar Abba dit, au nom de Samuel, que celui 
» qui chasse un lion le sabbat n'est coupable que ■jiè'Wtà 13 

Les Juifs chassaient-ils même le lion? et une chasse aux lions 
le jour de sabbat était-elle pour eux une éventualité si commune, 
que les docteurs aient cru nécessaire de Pexaminer au même titre, 
par exemple, que le fait d'éteindre une lampe le sabbat? Dans 
l'énumération des trente-neuf travaux prohibés le jour de sabbat, 
la mischna (en. vu, mischna 2) mentionne toutes les manipulations 
nécessaires pour rendre une peau de cerf propre à l'usage, depuis 
le moment où le cerf est pris jusqu'au moment où l'on peut écrire 
sur sa peau. Ce sont là des travaux pratiques que les habitants de 
la Palestine avaient l'habitude d'accomplir pendant les jours ou- 
vrables, et il est naturel que la mischna en parle pour les 
défendre le sabbat. Mais pourquoi parler des règles relatives à 
la chasse, et surtout pourquoi mentionner la chasse aux lions ? 

Nous trouvons dans les passages cités plus haut deux mots 
étrangers qui jettent quelque jour sur la question qui nous oc- 
cupe. Le premier de ces mots est l'expression "p-irrn, vivaria, 



143 REVUE DES ETUDES JUIVES 

parcs réservés aux animaux, créés par les besoins de luxe de la 
noblesse romaine. Cette expression comprend les aviaria, vo- 
lières où l'on élevait et engraissait des volatiles, et les vivaria 
bestiarum ferarum, parcs contenant des sangliers, des cerfs, etc., 
et destinés à la chasse et aux ébats des Romains. 

Mais que signifie le second terme, le mot ^11^ ? Cet iicaÇ 
Xsy6[JLevov a bien des variantes : ■np'YHJi ou ipwa ^pWtë ,"*pTO 
■npTnri (voir Rabbi no vicz, Dilidukè Soferim) , ipTTrt ^pbTtt ^pVYW 
(voir Kohut, Aruch Complétant, II, 241 a). Ces nombreuses 
variantes prouvent que le mot est d'origine étrangère. La parti- 
cule nbia suit toujours l'une ou l'autre de ces variantes, et cepen- 
dant elle paraît bien inutile. En supposant, comme le montre le 
contexte, que ipma désigne la cage du lion, à quoi bon ajouter 
ibffi ? Qu'importe que le lion entre dans son ipma à lui ou dans 
un autre ^pma? Le Yelamdènou, cité par M. Kohut, dit : o»3 
Tttirjfc min ; il aurait suffi de même, dans Schabbat, de dire 
ipmab naownb i*. 

Les antiquités gréco-romaines nous font connaître des enclos 
portatifs utilisés pour la chasse (retia, plagae, ôcxrua, evo'Sta, etc.) et 
qui étaient installés et surveillés par des esclaves. L'animal pour- 
suivi était traqué et pourchassé jusqu'à ce qu'il pénétrât dans un 
« sac », dont il ne pouvait plus sortir 1 . Ce « sac » était appelé 
xexpûîpaXoç, cecryphalus ; les Romains ne paraissent pas avoir eu 
de mot technique pour cette sorte de piège. Dans la transcription 
hébraïque, ce terme devrait devenir DlbBVip'tf, parce que le c 
romain, suivi d'une voyelle, est généralement rendu en hébreu 
par 5, comme DT% Caius (Gaius) ; Jibwa, cingulum. Le mot 
cnbcinp^, à l'instar de 'nrû'Haa \ passa en Babylonie, où il n'y 
était plus compris, et subit par conséquent de nombreuses corrup- 
tions ; de là les variantes. La syllabe finale onbs ou 'ibs, incom- 
préhensible pour le copiste, devint nbu), et le restant du mot donna 
naissance aux variantes que nous avons mentionnées plus haut, 
et dont quelques-unes montrent clairement les hésitations des 
copistes entre np et pi, parce que le mot kerky ou herhry avait 
plutôt une apparence sémitique que kehry. 

Les mots vivarium et cecryphalus prouvent que les termes 
hébreux employés dans les passages de la mischna relatifs à la 
chasse sont des traductions de termes cynégétiques transportés 
du dehors en Palestine. Le mot aviarium est traduit par b*w» et 
les mots rra ,îw» ,*i£ri indiquent les divers parcs ou enclos; le 

1 Smith, Antiquités, s. v. Retis. 

1 Revue des Etudes juives, 1883, t. VII, p, 150, 



xNOTES ET MÉLANGES 149 

mot nns s'applique aux entrées et aux sorties des pièges sur- 
veillées par les esclaves, et le verbe batt désigne l'action d'avancer 
le piège, qui, selon sa grandeur, exigeait le concours d'un ou de 
deux esclaves. On voit, par les gravures publiées dans les Anti- 
quités de Smith, que le rédacteur de la mischna a emprunté à la 
vie réelle tous les détails qu'il donne sur la chasse. 

Il s'agit maintenant de déterminer l'époque à laquelle les Juifs 
pouvaient se trouver dans le cas d'être obligés de violer le repos 
sabbatique pour aller à la chasse. On peut supposer que ce fait 
se soit présenté souvent pendant les persécutions d'Adrien. Une 
scène décrite par le Talmud de Jérusalem (Hagitiga, II, 11 V) 
montre comment, à cette époque, les Juifs, contraints de profaner 
le sabbat, cherchaient à ne pas transgresser la loi religieuse et 
comment l'apostat Elischa ben Abouya essaya de rendre vains 
tous leurs efforts. « Pendant la persécution, dit le Talmud, on 
obligeait les Juifs à porter des charges le sabbat, ils s'arran- 
geaient pour que deux personnes portassent ensemble une charge, 
parce que, d'après la loi, deux personnes qui accomplissent en- 
semble un travail interdit le sabbat ne sont pas coupables. Alors 
Elischa disait : qu'un seul porte la charge. . . Quand ils voulaient 
déposer la charge dans un terrain neutre mbfc'-o (sous prétexte 
de se reposer), pour ne pas la transporter d'une propriété privée 
TïTii mim dans un endroit public trmn niai, il leur disait de 
ne pas s'arrêter, et ils étaient obligés de se soumettre à sa vo- 
lonté. » 

C'est cette période de persécutions qui a produit des règle- 
ments casuistiques relatifs à la chasse dont la mischna et la 
guemara de Schàbbat nous donnent un échantillon. 

M. Jastrow. 



UNE INSCRIPTION HÉBRAÏQUE A GIRONE 



M. E.-Gl. Girbal, l'auteur de l'excellente étude intitulée Los 
Judeos de Gerona, et éditeur de la Revista de Gerona. a eu 
l'obligeance de nous envoyer l'estampage d'une inscription ré- 
cemment découverte à Girone. Nous donnons ici la reproduction 
de cette inscription au quart de la grandeur naturelle. Cette re- 
production, pour la forme des lettres, n'est qu'une imitation très 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

imparfaite de l'inscription , nous la publions uniquement pour 
qu'on voie la disposition des mots, les blancs qui les séparent, le 
grand blanc de la ligne 7, qui vient uniquement de ce qu'il y 
avait un accident dans la pierre (l'estampage le prouve), le 
graveur ayant laissé en blanc cet endroit endommagé. 

La pierre est cassée net, de haut en bas, à gauche, et tout le 
fragment de gauche manque, mais comme toute l'inscription, sauf 
une partie des lignes 8 et 9, est composée de centons bibliques, il 
est facile de reconstituer ce qui manque. 

r ^- *•* •*" ■***' 






Nous donnons ici la transcription de l'inscription, les mots 
entre crochets sont ceux du fragment de pierre qui manque. 

1 Isaïe, 3, 5. 



NOTES ET MÉLANGES 151 

[wn fcr-tfïB in]n3 : » i-rbo lib ï-ion» t^ftba fc20mb irtob 

[W yiï S]2> -iMibbrt ^ "WT : 8 c^in piip ■nbih 
[imnrnBa i»a] : 4 Sniiû^ :nt S^ 127273 rmi li-mas 
[hnri3 v^lta ifrn : 5 ism ^ ^sb i-rsi^^ î-w^ 
[IN© : 6 173U5 12>]-D ib (blanc) vnM ï-rb^nn wnsfi 
[ ]m i-iï pia j-ma • 7 i"i t— in is'-m raip t^r 

8 *jrpp aiaa ï-r:n^ : tabiy i-wnâb [ ] 

Il est inutile que nous donnions la traduction de la pièce, 
puisque nous indiquons les versets de la Bible dont elle est com- 
posée. 

On voit clairement que l'inscription est .le monument commé- 
moratif de la construction d'une synagogue, le sens des versets 
qui la composent le prouve suffisamment. Aux lignes 8-9, on a les 
mots : Cette construction fut faite en ... de la création du monde. 
Le passage intermédiaire manque, c'est justement le plus intéres- 
sant de l'inscription. 

Le caractère de l'inscription montre qu'elle n'est pas très an- 
cienne. On peut la placer au xni° ou au xiv° siècle. Il n'est pas 
probable qu'on ait construit une nouvelle synagogue à Girone 
après les graves événements de 1392 et 1412. 

Isidore Loeb. 



MENAHEM VARDIMAS 



J'ai publié récemment une élégie sur la mort de Menahem Var- 
dimas, d'après un ms. unique de la bibliothèque du Vatican, dans 
la Monatsschrift de Graetz (1887, p. 373). Outre les fautes d'im- 
pression qui se sont glissées dans le texte, j'ai dû laisser en 
blanc quelques mots à la fin des strophes, le ms. étant dans un 

1 Psaumes, 62, 9. 

2 Isaïe, 26, 2. 

3 Ps.,99, 5. 

* Ps., 22, 24. 

5 Ps., 95, 6. 

6 Ps., 100,4. 

7 Ps., 134, 2. Dans les lettres ia de cette ligne, avant le crochet, le 1 n'est pas un 
va», mais représente une partie de la lettre qui manque. 

8 Ps., 65, 5. 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

état défectueux. Pouvant à présent remplir ces lacunes, et ayant 
quelques renseignements de plus à donner sur Menahem, je pro- 
fite de l'hospitalité que la Revue m'accorde toujours, pour repro- 
duire ici cette élégie une seconde fois, et dans un état assez 
correct. 

Sur Menahem Vardimas, comme sur tant des rabbins, nous 
avons peu de renseignements. On le cite dans des ouvrages de 
casuistique, tels que ceux de Moïse de Couci 1 , dans une collec- 
tion anonyme de textes de casuistique 2 et dans une histoire 
mystique relative aux phylactères 3 . Il est l'auteur d'une pièce 
liturgique (ïnp*) qui commence par les mots drrûN ain d-DN, 
dont un commentaire se trouve dans un manuscrit d'Oxford. A la 
fin de cette pièce, on lit : "p iDET-mH dn:ft isan a^STû !-mp:Pïi p"^d 
y"î yns 'n Ipîn 4 . Nous connaissons au moins deux autres rab- 
bins du nom de Menahem ben Péreç, celui de Joigny et celui 
qui voyagea en Palestine en 1215. Le premier porte ordinaire- 
ment le titre de Saint (ump, martyr) 5 , et, par confusion, ce titre 
a été donné par quelques auteurs à notre Menahem, qui, comme 
nous le verrons, mourut de mort naturelle à Dreux. Très sou- 
vent on ne sait duquel de ces Menahem il s'agit dans les auteurs, 
ainsi qu'on l'a vu, plus haut (p. 69). Quant à Menahem le voya- 
geur, qui fut pendant huit ans Hazzan à Hébron, et dont la 
relation de voyage s'arrête à Nicosia (Chypre), il est très ha- 
sardé de l'identifier avec notre Menahem 6 . D'abord, il s'appelle 
Hébroni, et non Çarfathi 7 . Puis, les rabbins qui se rendaient en 
Palestine par acte de piété y sont restés, comme Yehiel de Paris, 
Nahmanide et d'autres. Enfin, dans l'élégie que nous publions 
plus loin, on n'aurait pas manqué, entre autres, de mentionner 
que notre Menahem avait visité la Palestine. 

1 Semag, § 27, y"i2 (éd. Venise, 1547, fol. 110 b) : nbdWD d'*») N^n ^b^'l'Vm 

dioa o^wn dre^ 'mn pais mn pi a'n'ra'-ib "pttTiï pn -1 in*n hd 
rmrp im dro pn dmdN -d pn^ '*i. 

2 Ms. d'Oxford, n° 781,2 de notre catalogue : olQ^Tm 'lîT- 

3 M. Kaufmann, dans la Revue, t. V, p. 274 : iDfti'TTlïl ÛrtilO f 1lTl m^d 

4 Voir notre catalogue, sous le n° 422. Cette pièce liturgique est arrangée d'après 
l'alphabet ; à la lettre n on y trouve le nom de 3>"3 irpnnft '"D flfabld. Les autres 
strophes qui suivent celles de Talphabet portent l'acrostiche de "HU^^m drî-fà 
jp'ïl Y*ï£ ^aia ; en outre, la dernière strophe, qui commence par mp, a pour 
refrain à la fin nbfa btf- M. Zunz [Litg. d. Syn. Poésie, p. 328) semble avoir vu dans 
un autre ms. cette pièce sans commentaire ; il dit qu'elle se compose de 45 stro- 
phes, finissant par les mots d^ÛÏT! NOd b^ ZW ^bfa, et qu'à la fin de l'alphabet, 
on trouve l'acrostiche de ipTïl y^D i3"D ^ÎÛE^VH dFPlQ. 

5 Voir Zunz, Zur Gcschichte und Litcratur, à l'index sous ce nom. 

6 Zunz, Gcsammelte Schriften, I, p. 168, 44 A ; Gross, Revue, t. VII, p. 43. 

7 Voir sa relation de voyage, que nous avons publiée dans le journal Ha-Lebanon, 
année V, p. 626 fMi. 



NOTES ET MÉLANGES 153 

Menaliem Vardinias est encore mentionné dans les Schetarot 
publiés dernièrement à Londres ', où nous trouvons son fils Jacob 
marié, en 1257, à une jeune fille de Nothingham. De l'absence de 
la formule usitée pour les morts après le nom de Menaliem, nous 
pourrions peut-être conclure que ce rabbin était encore en vie en 
1257. Cependant Zunz dit que Menaliem est mort vers 1224, nous 
ne savons pas où ce savant a pris cette date. Si elle est justifiée, 
l'omission de la formule des morts dans le document de Nothing- 
ham s'expliquerait, comme dans d'autres documents publiés par 
M. Davis, par la négligence du scribe. 

Menaliem était certainement de Dreux, ou au moins établi à 
Dreux. Dans les Halakhot anonymes que nous avons mention- 
nés 2 , on le cite en même temps que Sire Léon de Paris, Jehiel de 
Paris, son père Samuel Halévi, et Joseph, fils de Jehiel, sous le 
nom de Menahem de Dreux (o:niïï) 3 . Ailleurs 4 , dans des gloses 
sur le Pentateuque, on mentionne une explication de notre Mena- 
liem sous le nom de (lis. oiarn) D1N11 l'a D^Tm'^ii, Vardimas de 
Dreux. Dans l'élégie même, ligne 3, M. Halberstam propose, 
avec raison, la leçon de onitt, au lieu de dnift. La ligne 17 nous 
apprend que l'auteur de l'élégie était un élève et ami de notre 
Menahem. Si, en effet, ce rabbin vivait encore en l'année 1257, ce 
qui est possible, l'auteur de l'élégie est peut-être Méir de Nor- 
wich; l'élégie se trouve, en effet, dans le même ms. du Vatican 
dont M. Berliner a tiré ses autres pièces 5 . Le rythme de l'élégie 

1 Voir niltJlïl, Hebrnv Deeds of English Jetvs before 1290, edited bey M. D. Davis; 
Londres, 1888, p. 244. M. Davis, dans le sommaire anglais de ce document, rend 
Vardimas par « Floride », de in « rose » ; erreur permise dans le Talmud (Sabbat 
118 b), mais non dans un ouvrage moderne. Il est probable que ce nom doit être 
expliqué par le grec, et, suivant M. Bâcher [Die Agada der Babyl. Amorâer, p. 64), 
par E0pu8r]u,o?, nom qu'on trouve dans Hérodote. Eurydemos cependant, comme 
M. Bâcher le remarque, est un équivalent de D^DMI et non pas de Menahem; en 
outre, le nom d'Eurydemos est assez rare dans les écrivains grecs. Quoi qu'il en soit, 
le Talmud identifie Menahem avec Vardimas, et, à cause de la science de notre rabbin, 
on lui avait donné ce nom pour le distinguer d'autres Menahem Péreç. Il est possible 
que notre Menahem descendait d'une famille judéo-grecque, comme Perigoros, qu'on 
trouve parmi les rabbins français. De là, son nom de Vardimas. Nous croyons plutôt 
cependant que Menahem était originaire de Verdun, nom qu'on écrit Û11H1 dans 

le ms. d'Oxford n° 692, foi. 288 b : 'inta diim» baittia '.*\n bwo nnai 

1jTni232 by pJlSfcl (ce n'est pas Samuel de Vérone), et 'plin, comme on le trouve 
dans le même ms., fol 397 b : ("pllllE) "p^llNE 3p3-'"> '1Ï1 mi 123 n (la réponse 
est signée aiS^tl 3>"a £p"P '1Î12 ^p^" 1 ), et que, par analogie de Qlim avec 
Ofa^HII, on a donné cette épithète à notre Menahem. 
1 Ci-dessus, p. 66. 

3 Voir plus loin, p. 154. 

4 Voir Jûdische Zeitschrift fur Wissenschaft uni Zeben, de A. Geiger, IX (1871), 
p. 218. 

5 Voir Hebràische Poesiendes Meir bcn Elia ans Norwich, par A. Berliner Londres, 
1887. 



J54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est Ipbw ja^içtt d^bsnsw (le t) est employé tantôt comme im, 
tantôt comme fian^n). C'est ïe bijfcïi nna d'après Ibn Danan *. Le 
même rythme est employé par Méir dans la dernière pièce de 
l'édition de M. Berliner. 

Voici cette élégie dont il est inutile de donner la traduction 
française : 



[■vra] pnma 'psi !m*3 û:n 

[■^aa] ^ènaa »v»aa y-ia *iy 

[i*nî-n] "nts n^d ^b a&Na 

["Tiaa] "i" ca^sn -nat ara 

F*w] db ">n îs^n ins^nn ^^ns 

hiliD^ ba^n wi d? msda 

[î-HEm] apan 115-mp an a r»^a 

rrmi ^a^ mans-n 

wna *naa "jwn ifci 

"TOba pa pm ïrmn ^n 

i^iai M>sa ^bN an^sn 

iwa wpio b^ 'jannb 

[■^n]7aai ijnzisa npib ten 

Mina mai ims daa-> 

hY^] maiii ntfJN n^ w 

[TfF rrm TttîN w ib* 

[^i] iea inbia^ ^n-pbai 

[ilNEl] "n^aai Tlï5Da ^Ittn 

O'isnb] nna^ nsiNi 



♦ s by ^naaip wp 

^aifcann i»3>b E|SNa n^a 

•rçasab aa in 4 dï-TO y^i 

tp iKnxn nw*n bd ^y 

intaùlÉnin biw irai d3»T d-n 

rra npb nm rpa nmst 

a^anb a^ aaa ftsnan an 

nww 1 oïd na» "p nïî^ *^i 

^ai^tt ï*r** naa dn ^aia» 

ùWln nsa^a anan bab 

^rpfcnb n'n bpoa s^n 

ïTpiSM nrrrp Tûab a^pnta 

nrian bN ^awa "pa^a» bai 

oettvi dnatt naana 

■maya bbs^ tm î-jt ^1 

•^rmaa a-w-iai drwp 

rtbb^ bip 2-vniaa îwia 

•nataa bip d-n&o "jm W 

^aab rip^ msia maa ibn 

irman nnr» an a a*iia >w 

*"r£b \kp in* b^rna matb 

Ad. Neubauer. 



DREUX ET GOURNAY 



Le nom de dani ° pour Dreux est justifié par les anciens noms 
de cette ville, tels que Dorgas Castrum, vers l'année 1000, et 



1 Voir noire MHechet Ila-Schir, Hebrâische Vcrsïtunst, p. 7. 

2 Ms. endommagé. 

» Ms. *p:n. 

4 Ms. amw. 

5 Cette ligne est biffée dans le ms. 
8 Ci-dessus, p. lo3. 



NOTES ET MÉLANGES 1$ 

Dritcas Casirum en 1120 (voir Lucien Merlet, Dictionnaire topo- 
graphique du clép. d'Eure-et-Loir, Paris, 1861), et Drengesin, 
d'après Valois, Notitia Galliarum, p. 180 (communication de 
M. Gross). Nous préférons cependant considérer Dini comme une 
faute de copiste pour pTY?, orthographe employée au xiu e siècle. 
Aux formes corrompues de otïi citées par M. Gross dans cette 
Revue, t. VII, p. 46, nous pouvons en ajouter d'autres : 1° tml 
ou 011*1, ville natale de Berachia [Histoire liit. de la France, 
t. XXVII, p. 491), qu'on a lu Drom et Rhodes et qui nous semble 
être dyvt, Dreux. Dans un ms. de la bibliothèque de M. le baron 
de Gùnzburg (qui n'est pas encore numéroté), lequel renferme le 
rituel de Pâque (nos 'n) de Joseph Tob Elem (Bon fils), avec le 
commentaire de Samuel fils de Salomon de Falaise (un autre ms. 
de ce commentaire se trouve à Parme, dans le ms. De Rossi, 
n° 378), on lit le passage suivant (le ms. n'est pas paginé) : 
ap*i î^a-i '-im tpT 'in ta^îi sî-ns ït!-i p ^d vien dapb ^namaoi 
d^bi 10NTT7» riKbw 'n taun p 1720 (i. oinn) ovnm p ^ms 
btf-itttfi -in pnsp 'n duja ^vd -n ^?: 'nïi 'nd'p ^naitt?. « Quand je 
vins à Caen, on disait que le vénérable R. Joseph se conformait 
à tel usage d'après R. Jacob (de Ramerupt). A Dreux, il en était 
ainsi, sur l'autorité de Salomon de Dreux. Plus tard, je trouvais 
le même usage dans R. Mari fils de Baruch, au nom de R. Isaac 
fils de Samuel. » Plus loin on lit les mots suivants : ta "ni m 
lûT-iTio irabia ^m nnsuï^?3 dna ^d tîi (1. oi-vm). « Et à Dreux se 
trouvaient des membres de la famille de Salomon de Dreux. » Il 
est possible que le nom de u:^n dans ïiplp'n Mm (M.Rosin, dans 
son édition du commentaire de Samuel ben Méir sur le Penta- 
teuque, p. xi de la préface) doit se lire îûTna, sinon taw-û, 
Reims. 

Mais ce n'est pas encore tout : Dreux est devenu Londres (ce 
qui s'explique facilement par la ressemblance de ^1*11 et Çi^Vttb). 
R. Moïse Isserles, dans son commentaire sur le Tur de Jacob ben 
Ascher {Or ah Rayyim, § 473, et ScTiulhan Aruhh, même nu- 
méro), dit, relativement à la récitation de la Haggada en langue 
vulgaire, d^ïi l^iç ^o î*b "p^bd fmïtn bd 'Trpnbio *"n irïg? pi 
d^api-n. « Et ainsi fit le R. J. de Londres, qui traduisait toute 
la Haggada en langue vulgaire pour que les femmes et les enfants 
pussent comprendre. » S'appuyant sur ce passage, M. le D r H. 
Adler, grand rabbin de Londres, dit, dans son intéressante con- 
férence sur l'histoire des grands rabbins d'Angleterre (Papers 
read at the Anglo-Jewish Historicale Exhibition, publication 
N°L, p. 263), que le traducteur de la Haggada en langue vulgaire 
fut R. Jacob de Londres, qui vivait en l'année 1205. Or, dans 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une source plus ancienne, ce fait est rapporté par Isaac de 
Vienne (Or Zarua, Pesahim, fol. 119) au nom de wntt uinpïi, 
qui n'est autre que R. Salomon de Dreux. 

Mentionnons encore, à titre de curiosité, la singulière méprise 
duRev. Nephtali Lévi de Londres, qui, au lieu de s'occuper du 
Talmud et des commentaires qu'il connaît assez bien, s'adonne 
maintenant à l'histoire (des rabbins anglais avant l'expulsion), qu'il 
ne connaît pas du tout. N'expliquait-il pas dernièrement wm par 
Dover ? La manie de vouloir trouver, à toute force, une école de 
Tosafistes en Angleterre a même aveuglé un esprit clair comme 
celui de M. le D r Adler, qui fait des Tosafot Gornisch (iDWia) des 
Tosafot de Norwich (Norguitsch, tarma). Certes, la corruption de 
xwrù en ©wo n'est pas impossible, et serait admissible si on 
trouvait, ne fût-ce qu'une fois, chez un auteur quelconque, le mot 
©W»a. ïl est certain qu'il y avait des rabbins célèbres en Angle- 
terre, tels que Joseph de Nicole (Lincoln), Benjamin de Cantor- 
béry,Méir et les deux Jacob de Londres; des grammairiens comme 
Moïse de Londres, et des poètes comme Méir fils d'Élie de Nor- 
wich. Il y avait probablement aussi des écoles, et les rabbins de 
la Lorraine, de Paris et surtout de la Normandie étaient en cor- 
respondance avec leurs confrères de Ylsle, comme on appelait 
alors l'Angleterre ; mais des Tosafistes, il n'y en avait pas. Les 
Tosafot sont uniquement français, et un peu provençaux. On 
cite les Tosafot de Touques, d'Évreux, de Paris, de Sens, de 
Corbeil, des savants de la Lorraine, de Dijon, de Melun et d'au- 
tres localités de France, mais jamais des Tosafot de l'Isle, de 
Londres, de Norwich, ni dans les anciens commentaires, ni dans 
les gloses sur le Semaq d'Isaac de Corbeil par Moïse de Zurich, 
qui est si riche en citations d'auteurs. Les rabbins allemands ne 
prétendaient pas non plus avoir composé des Tosafot. Quant aux 
Tosafot uwu, M. Schechter en a parlé dans son excellent article, 
paru dans le Jewish Chronicl du 4 mai 1888 ; il croit que le nom 
de çisto est une corruption de &uwa», « Mayence ». En effet, 
les mêmes rabbins sont cités tantôt comme étant de Mayence, 
tantôt comme rabbins de tt^Tn ; on serait donc tenté d'adhérer à 
l'idée de M. Schechter. Seulement, des Tosafot de pays rhénans 
seraient une nouveauté, quoiqu'on puisse dire que les communi- 
cations entre la France proprement dite et le Rhin étaient très 
fréquentes et que, parmi les élèves des écoles des Tosafistes, il y 
en avait beaucoup venus des villes rhénanes et même de l'inté- 
rieur de l'Allemagne. Ce qui pourrait confirmer l'hypothèse de 
M. Schechter, c'est que le ms. n° Tf de la bibliothèque de M. le 
baron Gunzburg a l'inscription suivante : nvwDttiN m»a^ia ttWtt 



NOTES ET MÉLANGES 157 

ywtt ;*in uwu 'ûin Dm. On y cite quelques rabbins allemands, 
mais aussi des rabbins français, tels que Péreç de Gorbeil et 
Jacob de amttbnp, probablement de Chaumont, et non pas de Co- 
logne comme M. Schechter le suppose. Ce même Jacob est cité 
également dans des gloses françaises du xiv e siècle sur le Penta- 
teuque. Les Tosafot «ima sont surtout connus des rabbins ita- 
liens. Ainsi le ms. 603 de la bibliothèque de M. le baron Gùnzburg 
renferme, en même temps que des consultations sur le traité Ye- 
bamot de Jacob Berab adressées à Menahem ^ipmp, des Tosafot 
Gornisch et des Novelles de R. Juda Menz (Mayence). D'un autre 
côté, le ms. add. 26965 du Musée Britannique, qui renferme des 
Novelles de rabbins italiens sur Yebamot et Ketoubot, cite sou- 
vent des passages des Tosafot Gornisch. Finalement, M. Schechter 
a trouvé une grande partie de ces Tosafot dans les Novelles et 
réponses imprimées de R. Moïse Galante sur Yebamot. Il nous 
semble que ces Tosafot sont les derniers composés au xiv e siècle, 
à Gournay (Gorniacus, qui permet la forme Gornais) en Norman- 
die ou en Seine-et-Marne. 

Ad. Neubauer. 



ENCORE UN MOT SDR LES SIGNES MNÉMOTECHNIQUES 



En expliquant, dans mon cours d'hébreu postbiblique, le Loumâ 
d'Aboulvalîd, je me suis arrêté à la fin du chapitre v, où l'auteur 
ne dit pas seulement qu' « à la demande de ses disciples, il a com- 
posé deux nouveaux signes », mais ajoute encore que « ces deux 
signes ont l'avantage de se rapporter l'un à l'autre ». Cette der- 
nière remarque manque dans la version hébraïque du Loumâ, et 
on comprend que M. le D r N. Brull ait cherché une explication 
pour le premier signe sans se préoccuper d'établir une connexité 
avec le second. 

Pour un lecteur du texte arabe, ce rapport n'était pas inutile \ 
il était même indispensable d'après Aboulvalid. 

L'explication de M. K. ralliera-t-elle tous les suffrages 2 , comme 
il l'avance ? Pour ma part, je n'ai jamais espéré pareil succès 
pour la mienne, et je laisse volontiers aux lecteurs le droit de 

1 C'«st le terme dont se sert M. KaufmanD, t. XVI, p. 290, lig. 23. 
• Ibid., 1. 18. 



158 KKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

choisir. Il faut cependant que je me défende pour la faute de 
-ranimaire que j'aurais commise en prenant i-nnn pour une troi- 
sième personne du féminin ; je pense qu'une fois que dft& a la 
valeur de Jérusalem, il doit en prendre également le genre. 

M. Bâcher, dans les gracieuses observations qu'il me consa- 
cre, a bien raison de trouver l'inversion de rp ns dure et inso- 
lite l . Mais j'avais considéré nir comme un adjectif pris substanti- 
vement et à l'état construit avec le nom qui suit, comme main nD"> 
-srn bfa ; ma traduction seule a causé cette méprise. Peut-être 
même tous ces qualificatifs doivent-ils être joints au nom de « Sa- 
lomon » du second signe mnémonique. Ce serait donc comme s'il 
y avait anis inbô *m nsn yû-pn rrabiB ia». 

M. K. n'obtiendra guère le suffrage universel pour les interpré- 
tations qu'il emprunte à l'arabe 2 . Ni Menahem, ni ben Gabirol 
n'aiment ces sortes de mélanges. Quant à Dunach, il avait d'au- 
tant plus le droit de mettre dans na^ un a à la place du n que 
la première de ces deux lettres ne pouvait être admise parmi les 
lettres serviles que parce qu'elle remplace, dans certains cas, la 
seconde. 

Il ne faut pas trop m'en vouloir si ma liste est restée incom- 
plète. A l'origine, Aboulvalîd seul m'occupait ; M. le D r S. Baer a 
bien voulu, sur ma demande, me fournir d'autres signes mnémo- 
niques, et personne ne contestera au modeste savant de Biberich 
sa haute autorité dans les matières massorétiques. Je suis heu- 
reux d'avoir, comme on dit vulgairement, attaché le grelot, 
puisque j'ai provoqué ainsi quatre doctes érudits en Israël à me 
corriger et à me compléter 3 . 

J. Derenbourg. 



UNE PRÉTENDUE CITATION DE SALOMON IBN GABIROL 
DANS JOSEPH KIMHI 

A la fin de ses notes sur les signes mnémoniques (Revue, 
t. XVI, p. 290), M. Kaufmann fait une remarque sur la compo- 
sition de l'alphabet que Joseph Kimhi dans son Zihharon rap- 
porte au nom de R. Salomon, lequel serait sans doute Ibn Gabirol. 

1 Ibid., p. 286. 

2 lbid., p. 2 f J0. 

3 En dehors de MM. Bâcher et Kaufmann, la dernière livraison de la Revue 
donne encore des additions de MM. Grunwald et Porgès. 



NOTES ET MÉLANGES 159 

M. Kaufmann oublie seulement de dire où il a puisé ce renseigne- 
ment, puisque cet ouvrage de Kimhi est encore inédit. Gomme je 
m'occupe justement de la publication du Sefer Zililiaron, qui 
paraîtra l'an prochain dans la collection des Mehizé Nirdamim, je 
peux produire quelque éclaircissement sur le passage en question. 

Après le commencement de chapitre du Sefer Ziliharon qui 
est cité dans l'introduction à l'édition du Dictionnaire de David 
Kimhi par Lebrecht et Biesenthal (col. xxv-xxvn), vient un mor- 
ceau qui traite des fonctions des lettres et qui est ainsi conçu : :m 
rai a ta n'a .taittraïi PWiiïtt lïmiûtt nTmaô pbirra i-nn ï\b$ *S 
iû-ieiû )'nb"D ^iïïu: '■> tû-it© 'ta unira n'T raiwra l'n unira Y5 
raiera n'ra unira n'p unira y'D^'o. 

Ce serait là la remarque de Joseph Kimhi, mais on voit qu'il la 
donne en son nom, et non sur l'autorité de R. Salomon. Et l'on 
découvre bien vite la cause de la méprise de M. Kaufmann. Tout 
de suite après ce passage, vient celui qui traite des signes mné- 
moniques et qui se termine ainsi : ilèta am ni tap n^a ftëifêttS "il 
Ep *iw np taa> te trrr-nn "Wi. Ce R. Salomon est bien effective- 
ment Salomon ibn Gabirol, mais il n'est que l'auteur de ces signes, 
et non de la remarque dont nous nous occupons. 

D'ailleurs, cette observation n'appartient pas en propre à Joseph 
Kimhi ; elle provient en partie d'Abraham ibn Ezra (Yesod Mora, 
ch. xi, voir mon Abraham ibn Esra als Grammatiker, p. 46, 
note 9). Ibn Ezra distribue autrement les lettres, il forme un groupe 
de six lettres serviles yù^'h, parce qu'il considère le ta comme 
tel (au Hitpael), et, en regard, obtient un autre groupe de six let- 
tres radicales, n'p^D^o. Quatre siècles plus tard, Abraham Balmes 
a imité l'exemple de Kimhi et s'est approprié le système d'Ibn 
Ezra sans citer son nom (Mikné Abraham, 7 a)\ il est vrai qu'il 
s'est contenté de reproduire Kimhi. Moïse ben Isaac de Londres 
a également pris à son compte la remarque du Sefer Ziliharon 

[Sefer Hasschoham, col. 5, en bas). 

W. Bâcher. 



LA MODE DU TALET 

Dans son Narrenschiff, Sébastien Brant exhale son indigna- 
tion au sujet de la dégénération de la mode dans la nation alle- 
mande en ces termes (p. 7) : 

« Cela fait que tous les vêtements sont pleins de plis, les robes, 
les manteaux, les chemises, les pourpoints, les pantoufles, les 



1G0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bottes, les pantalons, les souliers, les bonnets et les manteaux de 
chasse avec toute sorte de garnitures. La mode juive veut domi- 
ner partout ' ». 

L'éditeur Zarncke prétend (p. 309) que la mode juive adoptée 
par les chréiiens dont il est question ici est celle des habits juifs, 
qui sont assez longs pour descendre jusqu'à terre, maïs il suffit 
d'un coup d'œil sur le texte de Brant pour reconnaître que la 
mode juive s'était fait jour non seulement dans les habits, mais 
dans tous les vêtements sans exception. M. Gùdemann (Gescli. 
des Erzieliungswesens, III, 274) dit que l'observation de Brant se 
rapporte aux manteaux des Juifs, mais il se borne à citer le man- 
teau rabbinique d'Isserlein comme modèle de cette prétendue 
mode juive. Toutefois, il raille sa propre explication par cette ob- 
servation fort juste que : « ce serait la première fois dans l'his- 
toire que les rabbins auraient créé la mode » (p. 138). La véri- 
table explication se trouve, à ce qu'il nous semble, dans cette 
remarque de Geiler de Keisersperg, citée par Gùdemann : Quid 
tandem de mantellis, qui fimbriis judaicis in ora eorundem sunt 

notati per omnia similes iudeorum vestibus? » Les mots /?m- 

briis judaicis renferment la clef de l'énigme. Ce mot désigne les 
trOPS du talet juif, et probablement aussi les franges qui, dans 
le talet, font partie du tissu et l'encadrent sur les deux côtés 
les plus courts de la pièce d'étoffe dont le talet est formé. Ce sont 
justement ces deux côtés, avec les rpi^it aux quatre angles, qui 
retombent sur le devant du corps, en gros plis, lorsqu'on met le 
talet. Les occasions de voir cet arrangement du talet, avec ses 
rNSPX et franges, ne manquaient pas, elles étaient facilement of- 
fertes par les Juifs, soit dans les synagogues, soit dans leurs 
maisons pendant la prière. Sébastien Brant ne peut donc mieux 
caractériser la mode de disposer tous les vêtements avec des plis 
allant de haut en bas et surtout celle de les garnir de franges 
qu'en disant que la mode juive paraît se généraliser. Il pouvait 
être sûr d'être compris immédiatement de tous les chrétiens de 
pays allemand ; ceux-ci visitaient souvent la synagogue, comme 
le dit déjà le proverbe allemand (v. Gùdemann, p. 98, note 2), et 
connaissaient bien les mœurs des Juifs. 

Ostende, 23 juillet 1888. DAVID KAUFMANN. 



Das dut ail kleyder sindt vol felt 

Rock, mentel, hembder, vnd brust duch Lc gérant, 

Pantoffel, styffel, hosen, schuch - 

Wild kappen, mentel, umbloufF dran, ISRAËL LEVI. 

Der jùdisch syt wil gantz uff stan. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



XV 

ns'n, STÇ5-»bN et wwfi. 

Parmi les quatorze noms de peuples japhétiques énumérés dans 
le x° chapitre de la Genèse (2-4), ces trois noms seuls n'ont pas été 
jusqu'à présent particulièrement déterminés dans mes études pré- 
cédentes. Le moment est venu de combler cette lacune en repre- 
nant l'examen des identifications proposées par mes devanciers, 
soit pour en faire un choix convenable, soit pour émettre de nou- 
velles hypothèses qui semblent pouvoir se recommander par l'état 
plus avancé de nos connaissances en fait de géographie ancienne. 
Il n'est donné à personne de trouver la vérité du premier coup 
sans peine et sans tâtonnement préalable; parfois même la vérité 
paraît moins vraisemblable qu'une supposition ingénieuse, mais le 
chercheur désintéressé n'a pas à se préoccuper des apparences. 
Quand une opinion ne lui parait plus conforme aux principes de 
la science rigoureuse, son devoir est de le signaler aux travail- 
leurs sérieux. C'est la voie que nous ne cesserons de poursuivre 
dans nos recherches. La crainte de rester isolé ou d'avoir à 
démolir ce que nous croyions naguère être très solide n'entrera 
pas dans nos considérations. Dès le moment que la chose nous 
paraîtra erronée, nous la poursuivrons sans pitié, jusqu'au milieu 
de nos affirmations antérieures, sans nous soucier des consé- 
quences. L'erreur est un ennemi avec lequel nous ne transige- 
rons jamais. 

I. RipJiat ou Phirat ? 

Le nom géographique personnifié clans ns^ occupe, dans Ténu- 
mération de la Genèse, une place intermédiaire entre tmn(='Tj3^n) 
et rrcnain, et tous les trois sont des possessions gomérides ou cap- 
T. XVII, n°34. n 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

padociennes, ou, comme s'exprime l'auteur hébreu, les enfants 
de Gomer. 

De ces trois noms nous connaissons, d'une façon générale du 
moins, la situation géographique de ceux qui représentent les 
deux limites extrêmes, notamment : 

TMiptf, répondant à la forteresse de Ushnaniz, située dans le 
pays de Qoué, ou la côte du golfe Issique, forteresse qui, au temps 
de Sargon II, était en possession des Mosches ; 

ïiçniin, ville située aux confins de Tabal, qui était restée en 
possession du royaume gomérien-cappadocien jusqu'à l'invasion 
de Sargon. 

Ces données, absolument certaines pour moi, restreignent le 
problème à une aire géographique très limitée et caractérisent ce 
pays comme une enclave entre les territoires de ipÔEi et de brnn 
du côté méridional, c'est-à-dire dans la région de l'Amanus. 

Après cela, je peux me dispenser de combattre l'opinion de ceux 
qui identifient n§yn avec le territoire bithynien r Pï$avT£a, arrosé par 
le fleuve f PT$a< et s'étendant sur le Bosphore thracique(Dillmann, 
Genesis, 5 e éd., p. 172). Le cadre étroit dans lequel l'auteur biblique 
enchâsse les Goméricles ne permet pas de dépasser la frontière de 
la Gappadoce vers l'ouest. ns*n doit être cherché aux environs 
immédiats des deux autres territoires précités, et nulle part ail- 
leurs. Malheureusement ce nom ne revient plus dans la Bible, et 
les inscriptions assyriennes, malgré la riche nomenclature géo- 
graphique qu'elles nous ont conservée de ces contrées, ne nous 
fournissent aucun nom analogue. Gela ne manquera pas d'étonner 
ceux qui savent de quel secours ces inscriptions ont été jusqu'ici 
pour l'identification des noms japhétites. Faut-il maintenant se 
résigner à la pensée que ces guides fidèles nous ont faussé compa- 
gnie en cette seule occasion? C'est très possible, sans doute, car 
malgré tout, ils sont loin de nous donner une liste complète des 
territoires de cette région. Cependant, comme il s'agit d'un pays 
ayant aux yeux de l'auteur biblique une importance au moins 
égale à celle des deux territoires limitrophes", on se demande ins- 
tinctivement si la leçon reçue, ns-n, est vraiment aussi certaine 
qu'on l'admet communément, ou si l'impuissance à retrouver ce 
nom dans les annales assyriennes ne vient pas plutôt d'une an- 
cienne erreur de scribe qui lui adonné la forme traditionnelle '. 

Nous touchons ici au point le plus délicat des recherches bibli- 
ques : la légitimité de corriger les mots du texte hébreu qui résis- 
tent à une interprétation raisonnable et conforme au milieu où 

1 La variante ns 1 ^ ne semble pas être ancienne. 



RECHERCHES BIBLIQUES 163 

ils se trouvent. Je laisse de côté l'opinion foncièrement arriérée 
qui attribue au texte traditionnel une infaillibilité littérale. Elle 
est contredite par les Massorètes eux-mêmes qui, encore que, par 
suite de scrupules qui nous paraissent outrés, ils se soient attachés 
à un type unique, ont relevé de nombreuses variantes orales (^np 
3Tût) et ont par cela môme attesté l'insécurité de plusieurs 
leçons reçues. Les anciennes versions samaritaines, grecques et 
araméennes du texte biblique ont considérablement augmenté le 
nombre des variantes, parmi lesquelles de très heureuses, qui 
aplanissent les difficultés auxquelles donne lieu le texte hébreu. 
Mais fallait-il s'arrêter à ces seules variantes et s'abstenir désor- 
mais de toute correction nouvelle? La critique moderne ne l'a 
pas pensé, et cela pour cette raison excellente, prouvée par l'expé- 
rience, que maintes fois aucune des variantes transmises ne remé- 
die d'une façon satisfaisante aux inconvénients qui obscurcissent 
le sens de la phrase et que l'on peut écarter à l'aide d'une légère 
correction. C'est un maniement délicat dont il ne faut jamais 
abuser, si l'on ne veut pas tomber dans l'erreur de ces correc- 
teurs à tort et à travers qui, sous prétexte de faire mieux, dé- 
truisent ce qui est bon. Ceux-là, s'ils ne commettent pas de bé- 
vues évidentes, enlèvent toute nuance de style et de pensée aux 
auteurs respectifs et ne leur laissent que des phrases plates et 
tirées au cordeau. Le procédé scientifique doit se tenir à une dis- 
tance égale entre ces deux extrêmes. La correction est de droit, 
mais à la condition d'être indispensable et d'être émise à titre de 
conjecture, quand elle n'est pas l'objet d'une démonstration évi- 
dente. Sous ces conditions, nous assimilons les noms propres aux 
autres catégories de mots, pour les corriger si l'urgence nous y 
amène, et nous ne partageons nullement les scrupules exagérés 
que montrent la plupart des critiques envers les noms propres 
bibliques, comme si ceux-ci étaient doués d'une incorruptibilité 
absolue. Je ne crains pas de le dire : refuser le droit de corriger, 
le cas échéant, quelques noms propres du texte biblique et tout 
spécialement de la liste ethnique de la Genèse, c'est vouloir con- 
damner ce document précieux à une stérilité historique sans 
égale. 11 mérite un meilleur sort : non qu'on lui octroie un privi- 
lège particulier, mais, au contraire, qu'on le fasse entrer dans le 
droit commun, en lui appliquant le traitement de tout autre texte 
géographique parvenu de l'antiquité, où il serait peu scientifique 
de retenir la leçon reçue chaque fois que des passages parallèles 
ou des formes indigènes mises au jour par l'érudition invitent à la 
corriger 1 . 

1 Parmi les noms propres estropiés par la tradition, je me contenterai de men- 



li I REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le principe établi, il me sera facile de montrer la nature exacte 
des corrections que j'ai proposées pour certains noms de la liste 
japhétite : 

En ce qui concerne leur nombre, il se borne à trois dans une 
série de quatorze noms. 

Quant à leur étendue, les modifications suggérées n'affectent en 
rien le cadre du mot et se bornent à supposer une confusion de 
lettres analogues : D'vn pour DW», WSiDK pour narât; ou une mé- 
tathèse : n^n pour rrro. Qu'on me pardonne cette anticipation 
nécessitée par l'idée de suite. 

J'en appelle à tous ceux qui ont travaillé sur des manuscrits 
géographiques : ces corrections dépassent-elles la mesure tracée 
par les règles les plus strictes de la critique modérée ? 

Voici maintenant la raison qui semble recommander le chan- 
gement de ns"n en ïtvd que je viens d'indiquer. Sargon II men- 
tionne dans plusieurs de ses inscriptions sa conquête du pays 
qu'il nomme Bit Punttash ou Puritish, situé entre la Moschène, 
la Tabalène et la Cilicie. D'abord il en avait fait cadeau, ainsi que 
de la Cilicie, à Ambaridi (var. Ambaris, Amris), fils de Hulli, 
roi de Tabal, lequel Ambaridi avait épousé la fille du monarque 
assyrien. Malgré cette insigne faveur, le prince tabalien, à peine 
monté sur le trône après la mort de son père, s'empressa de se 
rendre indépendant de l'Assyrie, et, dans ce but, il s'entendit avec 
les rois d'Ourarthou et de la Moschène, qui devaient coopérer à 
cette entreprise. Sargon, ayant eu connaissance du complot, en- 
vahit la Tabalène, le Bit Puritish et la Cilicie, déporta le gendre 
rebelle et changea ces pays en province assyrienne. Je citerai 
d'abord, le passage des Annales, d'après la révision de M. Win- 
ckler : 

168. . . Ambaridi [ma tu] Ta[balâ 169 alânishunu ina tuhulti 

ilâni 170 rabûti ina kû?i pali-ya us.... ibshû Hullî ina (içu) 

kussû sharru[tishu usheshib? 171 nishi (matu) Bit]-Purulash upahirma 

ana qatishu umanni ina ûme Hullî abilshu 172. . . . ashruqshuma 

bintu itti (dlu) Hilahki addinshu urappishsha mâ(t)$u 173 [u shû 
[amelu] pattû la naçir hitti ana Ursâ shar (matu) Urarthi Alita shar 
{matu) Muski ishpur Ummandt (ilu) Ashur adhima 175 (math) Taba- 
lum [ena] path[gim]rishu uqatti mashetish Ambaris shar (matu) Bit- 
Puritish adi zîr bit abishu 176 (amelu) asharitu matiûiu hamusun 
itti IC narkabâtishu ana Matu) Ashshur (M) alqd (matu) Bil-Puritash 

tionuer Tppj et ^^5*7313!], qui ont donné respectivement Ncsroch et Nabucho- 
donosor. au lieu des formes vraies Nessok et Nabuchodrossor (TpOj et I^N'l'l^n;), 
en assyrien Nusku et Nabukudur[r)iuçw\ 



RECHERCHES BIBLIQUES 1(55 

(malu) Hilakhi apurish 177 uli-ma — ri egirthi ushepisha qirbitshshu 

nishi matâti [ilu) Ashur beliya (amelu) shuparshaqiya 178 (amelu) 

M pahâti elishunu ashkun(ma) mushsMMi Ashshuri emi(d)sunuli. 

168 Amban'di. . . 169... ses villes, avec l'aide des dieux 170 grands 
...dans la puissance (?) de mon gouvernement. .. „ j'ai placé Hulli 
sur le trône de sa royauté et ayant réuni les gens de Bit-Purutash 

je les ai transmis à ses mains. Du temps de son père, Hulli 

172... je lui ai donné, je l'ai marié avec (ma) fille et j'ai agrandi 
ses possessions en y annexant la Cilicie 173. Mais lui, homme per- 
vers (?) et parjure, il lia des rapports avec Ursâ, roi d'Ourarti, et 
Mita, roi des Mosches 174. . . du Tabal, qui s'étaient emparés de mes 
villes frontières. J'ai réuni l'armée d'Assur 175 j'ai tranché tout le 
pays de Tabal comme des masheti, Ambaris, roi de Bit-Puritish avec 
les descendants de la maison de son père 176 les chefs de son pays 
je les ai expédiés prisonniers en Assyrie, ainsi que cent de ses 
chars. Les pays de Bit-Puritash et de la Cilicie comme apurru je 

les ai ... . j'y ai 177 fait faire je les ai peuplés par les hommes 

appartenant à Assur, mon seigneur. J'y ai placé des préfets 178 
et des gouverneurs et je leur ai imposé les corvées usitées en As- 
syrie. 

Ces événements sont aussi mentionnés d'une façon concise dans 
les autres inscriptions de ce roi, comme, par exemple, dans celles 
des barils (1. 23) : 

Munissi mat Bit-Purutash s7ia Ambarissi malaUshunu da- 
miqti Shargin imshuma eli mat Urarthl ù mat Mashi 24 ittahlu 
idanha ad-ate. 

« J'ai détruit Bit-Purutash, dont le roi Ambarissi avait oublié les 
bienfaits de Sargon et, en s'appuyant sur l'Ourarthou et le Mous- 
kou, 24 avait rompu (son) alliance avec (moi). » 

Le nom de ce pays est orthographié Bit Pu-ru-tash, Bit 
Pu-ri-lash et Bit Pii-ri-U-ish. L'élément Bit, comme ma dans 
itç'Tân ma (Ezéchiel, xvn, 14), n'a d'autre but que de repré- 
senter le pays comme une famille unie, et est parfaitement négli- 
geable. La vraie forme du nom donnerait les consonnes rams, 
mais le ni final, qui est très probablement un suffixe adventice, a 
été abandonné dans la prononciation des Hébreux ; de là le bi- 
blique ma, vocalisé n<v>£) (ne^) sur l'analogie de on^n (oyr\). 
L'abandon facultatif des terminaisons dans les noms étrangers 
étant admis même par ceux qui tirent n^l de 'PïjpivTo*, je me 
dispense de le justifier à propos de mon identification. 

Un point à remarquer : Le Bit-Purutash a été annexé au Tabal 
lorsque le prince héritier de ce pays épousa la fille de Sargon. Il 
était donc auparavant indépendant de la Tabalène, et comme il est 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

certain qu'il n'a jamais appartenu au royaume voisin des Mos- 
ches, on peut supposer avec une grande vraisemblance qu'il fai- 
sait partie de la Cappadoce. C'est précisément l'état politique visé 
par la Genèse quand elle déclare n^B (ns^) fils de içâ. Cette 
donnée est donc, en tout cas, antérieure à Sargon. Après la mort 
de ce monarque assyrien, le nom de (Bit) Purutash disparaît de 
l'histoire et ne revient plus dans les annales ninivites. A plus 
forte raison devait-il rester inconnu aux écrivains juifs postérieu- 
rement au vui e siècle avant l'ère vulgaire. 

II. Elisha et Tarshish. 

Dans mon étude générale sur le x e chapitre de la Genèse 
(Recherches bibliques, n° VIII, n), je me suis contenté d'enregis- 
trer purement et simplement les opinions courantes sur ces deux 
noms sans me prononcer sur leur valeur relative, surtout en ce 
qui concerne le premier. De nouvelles méditations sur ce sujet 
obscur m'ont suggéré quelques idées qui peuvent ne pas manquer 
absolument de base. Je vais donc essayer de les exposer ci-après 
avec toutes les précautions dont on doit s'entourer quand on 
marche sur un terrain plein de pièges et de fausses pistes. 

Mais avant d'aborder l'identification de ces enfants de "p" 1 , il est 
indispensable de préciser autant que possible la conception géo- 
graphique de "j-p même. La forme hébraïque rend, sans aucun 
doute, la prononciation archaïque 'iaFove? devenue plus tard 'idoveç, 
iwveç, « Ioniens ». Au temps de Sargon II, la mer Méditerranée 
portait déjà chez les Assyriens la dénomination de tiamte mat 
Iawna, « mer du pays de Iawan »; quelquefois c'est l'île de Chy- 
pre qui est désignée en gros par mat Iawna, « pays de Iawan ». 
Ce fait est d'une haute importance pour la géographie biblique. Si 
l'île de Chypre était de si bonne heure considérée chez les Sé- 
mites comme faisant partie intégrante d'une région portant le 
nom de Iawan, cette région devait être d'une étendue considé- 
rable renfermant une nombreuse population. On est ainsi amené 
à penser que ce nom doit son origine à l'Ionie européenne, c'est-à- 
dire l'Attique, avec sa capitale Athènes, et nullement aux colonies 
grecques de l'Asie-Mineure. L'auteur biblique n'a naturellement 
pu avoir d'autres idées à ce sujet que celles qui furent intro- 
duites en Palestine par les Phéniciens, qui étaient en relations 
avec la Grèce continentale bien longtemps avant la fondation de 
ces colonies. Celles-ci, qui portaient les noms des peuples princi- 
paux de la mère patrie, devaient être considérées par lui, en ad- 



RECHERCHES BIRLÏQUES 167 

mettant qu'il les eût connues, comme une simple prolongation de 
la Hellade, attendu que, dans son langage personnifiant, la diffé- 
rence des noms est la condition indispensable pour qu'une pos- 
session secondaire soit mise à l'égard du pays d'origine dans le 
rapport de fils à père. En un mot, le ^yj des Hébreux et des As- 
syriens, comme celui des Phéniciens, emprunté à l'Ionie euro- 
péenne, représente, dans la Genèse, la Hellade septentrionale, qui 
se rattache au continent européen. 

Ayant déterminé la nature exacte du père, nous pouvons cher- 
cher avec moins de difficulté à reconnaître celle de ses fils. En 
général, nous avons deux indices dont il serait imprudent de ne 
pas tenir compte. Le parallélisme visiblement très intentionnel 
des deux premiers noms avec les deux autres fils de Iawan 
qui nous sont bien connus, savoir : Chypre (trns) et Rhodes 
(d^Ti), montre clairement qu'il ne faut pas chercher dans ceux-là 
de grands pays continentaux, mais des îles, tout au plus des pé- 
ninsules, que les anciens englobaient d'ordinaire dans cette déno- 
mination. D'autre part, le rapport de la série des (lis avec celle de 
leur père Gomer, dans l'énumération des Japhétites asiatiques 
(Genèse, x, 2-3), met hors de doute que ïiiD^ba et ©"WP) ne doivent 
pas se trouver à une très grande distance du continent grec. Ils 
doivent même en être plus proches que les îles de Chypre et de 
Rhodes, qui forment le couple oriental. La preuve de ce que je 
viens d'avancer réside dans la position certaine d'Elisha, dont 
l'identité avec la Laconie résulte sans réplique de ce que l'abon- 
dance en coquilles de pourpre, qui rendit ce pays célèbre dans 
toute l'antiquité, est attribuée par le prophète Ézéchiel aux îles 
d'Elisha, lesquelles importaient à Tyr des étoffes teintes de cette 
couleur si recherchées alors (Ézéchiel, xxvn, 1). Ce fait a été re- 
marqué depuis longtemps, et les interprètes les plus compétents, 
entre autres M. Dillmann, ont bien vu que ïWba représentait le 
Péloponnèse, et, en particulier, la Laconie (Die Genesis, 5 p. 1*75). 
Mais ceci établi, on ne peut plus songer à voir dans Tarshish, 
soit la Turdetaine, comme on l'admet généralement, soit l'île de 
Sardaigne, comme je l'ai supposé dans l'article précité. L'un et 
l'autre de ces pays sont trop au-delà de l'horizon de la Genèse : 
les deux frères doivent être voisins, et rien ne permet de les sé- 
parer par des distances aussi énormes. 

Passons aux questions de détail. 

Pour trouver l'origine du nom de rtuiiba dans des conditions 
vraiment scientifiques, il me paraît indispensable de se pénétrer 
des conditions suivantes, qui rétrécissent le champ de l'erreur et 
bornent l'incertitude à fort peu de chose. 



Il - REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1° Le nom en question doit être emprunté à une ville maritime 
importante de la Laconie propre. 

2° Il doit représenter un dérivé ethnique du nom indigène de la 
ville susdite. Cela résulte de la forme des deux dernières personni- 
fications : û^fis (pour ù^ns) et û^in, qui sont les pluriels des 
noms ethniques ■»"»f>3 et ^lîn, tirés l'un de kyjtiov, et l'autre de 

'Pdôoç ('P<fêov). 

Par contre, ce serait, à mon avis, dépasser la mesure que de 
vouloir que l'auteur biblique eût poussé l'analogie jusqu'à n'em- 
ployer que des formes du pluriel dans le premier couple des en- 
fants de Iawan. Pour faire cela, il lui eût fallu une connaissance 
trop grande des dialectes grecs, tandis qu'en vérité, il n'eut à sa 
disposition que des noms formés séparément et transmis à son 
peuple par l'intermédiaire des Phéniciens. 

En nous tenant dans les limites moyennes que nous venons de 
tracer, nous inclinons à voir dans ttipbN un nom ethnique dérivé 
de la ville de "e)voç en Laconie. Les fréquents rapports des Phé- 
niciens avec cette ville maritime ont été constatés dans ces 
derniers temps par les inscriptions phéniciennes et gréco-chy- 
priotes découvertes dans Plie de Chypre. Phéniciens et Grecs y 
vouaient en commun un culte particulier aux Apollons de Laco- 
nie. On connaissait déjà, depuis une dizaine d'années, des ex-voto 
voués par des Phéniciens à b^5a 6|ttn, c'est-à-dire Apollon Amy- 
cléen, 'AicdMwv 'Auux'Xaioç, en dialecte 'Aitéftov'Ajiuxcftoî.Les trouvailles 
récentes y ont ajouté le culte d'Apollon d'Hélos, 'AndUtov lÀemic, 
rr"bN t|tm ou Drvïiba E|iz)*i, en dialecte 'AireîXov '£Xefa|t ou 'aWkdttk 1 . 
Dans les formes cypro-phéniciennes, l'esprit rude initial n'existe 
point, et le nom commence par la voyelle E ou A, exprimée par a 
en phénicien. C'est précisément la forme populaire qui a dû être 
transmise aux Hébreux, lesquels n'ont pu avoir, à l'époque dont 
nous parlons, la moindre connaissance de l'orthographe savante 
du nom. Maintenant, des deux formes ethniques dérivées d'Hélos, 
l'une : 'ETatvK se rapproche beaucoup de la forme classique et est 
rendue en phénicien n^bat, avec élision du sigma final ; la seconde, 
que l'on peut regarder comme franchement populaire, revêt la 
physionomie jadis entièrement inconnue de 'a^j^ottiç, écrite en 
syllabes chypriotes A-la-si-o-ie-se (au datif: A-la-si-o-ta-ï). La 
transcription littérale en caractères sémitiques en serait DmobNOu 
©ito!>&< Le fait que l'inscription phénicienne le rend par on^nbN 
avec un n, au lieu de o, montre seulement qu'au iv e siècle avant 

1 Ph. Berger, Mémoire sur deux nouvelles inscriptions phéniciennes de l'île de 
Chypre, p. 5-8, 12-14. 



RECHERCHES BIBLIQUES 169 

notre ère la lettre s placée entre deux voyelles se réduisait, dans 
le dialecte chypriote, à une faible aspiration, et ne prouve nulle- 
ment, ainsi que quelques savants inclinaient à le supposer de prime 
abord, que le signe chypriote pour s marquait en même temps 
l'aspiration h. La forme douée de la sifflante était, sans aucun 
doute, primitive en Chypre même. Si je ne me trompe, le nom 
hébreu tttt^bjt anciennement nW'b», s'est développé sur la base 
de 'AXowiwTfa) — (ta)rn^bN ; l'altération consiste, d'une part, dans le 
rejet de la sifflante finale w avant la dentale n, de l'autre, dans la 
métathèse subie par la voyelle i. L'allégement de la sifflante est 
absolument analogue à celui dont nous avons parlé à propos du 
nom de r)&n = rYT»ç ; quant au déplacement de la voyelle, il ne 
pouvait pas manquer dans un nom emprunté à une langue si dif- 
férente. 

Nous abordons enfin le double problème de râ'ttthrj relatif au 
nom et à la chose. La dernière de ces énigmes aura naturellement 
le pas sur la première. J'ai expliqué plus haut pourquoi les terri- 
toires situés à l'ouest de la Grèce ne pouvaient pas entrer dans 
l'horizon de l'auteur du tableau des Japhétites. De toute cette 
vaste région maritime, c'est l'île de Sicile seule, grâce à son an- 
cienne colonisation par les Grecs, qui aurait le droit d'être ap- 
pelée « fils de Iawan », mais cette île est déjà trop en dehors des 
communications directes avec la Palestine. Au sujet des pays 
encore plus éloignés, comme l'île de Sardaigne et surtout la 
péninsule hispanique, l'invraisemblance est encore plus grande. 
Si l'auteur les avait connus, il n'aurait pu les considérer comme 
des colonies grecques, puisqu'il n'y en avait pas avant le vi e siè- 
cle ; il en aurait fait tout au plus d'autres enfants de Japhet. 
Ainsi que je l'ai établi plus haut, on doit voir dans Tarshish 
le représentant d'une île assez importante et -située dans le voi- 
sinage du Péloponnèse. Deux îles grandes et populeuses entre 
toutes celles qui constellent la mer d'Egée se présentent à 
notre choix : l'Eubée et la Crète, mais la première, située 
presque à côté de l'Ionie européenne, a dû être considérée par le 
généalogiste hébreu comme formant partie intégrante de Iawan 
même. En revanche, l'île de Crète offre par sa position méri- 
dionale une sorte de dédoublement du Péloponnèse et a ainsi 
une existence propre ; je crois donc que c'est elle qui doit être 
entendue sous le nom de ri^ipnn. Aucun passage biblique qui men- 
tionne ce nom ne s'oppose à cette identification ; au contraire, 
plusieurs d'entre eux lui sont remarquablement favorables. Il est 
fort peu probable que, dans la pensée de l'auteur du roman anti- 
prophétique connu qui porte le nom de Jonas, ce prophète ait 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voulu s'enfuir jusqu'au bout du monde pour échapper à la mis- 
sion reçue de Iahwé. Dans l'esprit de l'antiquité, on était en 
dehors des atteintes de la divinité nationale dès que Ton se ren- 
dait dans un autre pays, fût-il très voisin (Cf. I Samuel, xxvi, 19). 
Dans Isaïe, lx, 10, Tarshish figure à côté des populations égyp- 
tiennes bns (= ma?) et *nb, situation qui répond bien à celle de 
l'île de Crète, qui est baignée par la mer de Libye, prolongement 
de la mer d'Egypte (cf. Strabon, x, iv, dans la traduction de 
M. A. Tardieu). Le commerce avec l'argent réduit en lames (Jé- 
rémie, x, 9), le fer et le plomb raffiné (b^a, Ézéchiel, xxvn, 12) 
existait, sans aucun doute, sur cette île célèbre et ne force point 
de penser exclusivement à l'Espagne. Aussi est-il avéré que pas 
un commentateur juif n'a jamais songé à ce pays de l'extrême oc- 
cident. On sait, d'autre part, combien les légendes Cretoises ont 
d'attaches avec la côte de la Palestine (Wiener, 3° éd., I, 211), et, 
bien que nous n'allions pas jusqu'à faire venir les Philistins de 
l'île de Crète, ces légendes antiques ne laissent pas d'attester 
l'existence de rapports suivis et très anciens entre la Crète et les 
ports de Palestine, notamment celui de Jaf'a, où s'est localisé le 
mythe d'Andromède et Persée. Le port voisin d'Apollonia montre 
aussi une connexion remarquable avec des mythes grecs, qui nous 
ramènent en Laconie par l'intermédiaire de l'île de Crète, ainsi 
qu'on va le voir tout-à-1'heure. 

Il nous reste à expliquer le nom de tâ^ûhri. D'après tout ce qui 
vient d'être exposé plus haut, il doit provenir d'une localité ma- 
ritime où les Phéniciens avaient l'habitude d'aborder dans leurs 
voyages en Grèce, du premier continent notable qui attirait du 
côté de l'ouest leurs entreprises commerciales. Laissée au hasard, 
notre recherche serait obligée de faire le sarway de l'île entière 
pour la recherche d'un nom de ville ou de territoire qui ait quel- 
que analogie avec le vocable hébreu. Heureusement, le vieil iti- 
néraire des Phéniciens dans la direction susindiquée n'est pas 
difficile à deviner. Dans la haute antiquité, où l'art de naviguer 
venait de naître, on longeait les côtes jusqu'à l'endroit le plus 
rapproché de la côte opposée qu'on voulait atteindre et l'on profi- 
tait des îles qui existaient sur le passage pour se préparer à la 
navigation en pleine mer qui restait à parfaire. Dans le cas spé- 
cial que nous traitons, les vaisseaux phéniciens partis de quelque 
point que ce soit de la côte de Syrie, après avoir quitté les embou- 
chures du Nil, se dirigeaient près des côtes jusqu'au cap de Cyréné 
(aujourd'hui : Barka), qui est le plus rapproché du Péloponnèse. 
Leur prochaine étape était nécessairement la côte sud-ouest de 
l'île de Crète, qu'ils longeaient jusqu'au promontoire nord-ouest 



RECHERCHES RIBLIQUES 171 

dit Cimarus, De là, ils faisaient échelle aux îles d Égilia et de 
Cythère, d'où ils entraient dans le golfe de Laconie. Cette route 
était forcée aussi longtemps que la navigation en pleine mer 
présentait des risques trop grands pour les voyageurs. On peut 
donc admettre, sans être taxé de témérité, que la localité d'après 
laquelle les navigateurs phéniciens ont dénommé l'île de Crète 
tout entière doit être située sur la côte sud-ouest de cette île. Et, 
en effet, à peu de distance du cap sud-ouest nommé Criou-méto- 
pon, se trouve l'ancienne ville de Tâ^a, célèbre pour son temple 
d'Apollon Tarrhéen, 'AicdUwv Tap^afoç (Et. de Byzance, sut? ver~bo). 
La forme Ta^a se ramène, comme d'ordinaire (cf. Tu^evioi = Typœvioi, 
XEp^dvY|<roç= xep^vYiffoç, etc.), à une plus ancienne Tapsa, d'où le nom 
ethnique Tapsafoç. C'est à ce dernier nom que répond lettre pour 
lettre la forme hébraïque tt^tthn, dont les voyelles seules ont été 
légèrement modifiées d'après l'analogie de Tttbn /""Ppon, ou plutôt 
d'après celle des mi-quadrilittères b"»b3ft, ta^a?, T^Brô. La pierre 
précieuse nommée en hébreu u5"<unn, en admettant que ce nom 
soit identique avec le fils de Iawan dont il s'agit, pourrait bien 
être le dactylus que l'on trouvait en Crète (Pline, N. H., 37, 10, 
61). J'ajoute que la transcription du sigma grec par © se constate 
également dans le mot hébreu twbp, qui vient du grec TtâXXa? ; la 
même transcription a été déjà constatée plus haut au sujet de 

fïÇib« = W'bSss 'A^aaiWT(Yiç). 

En terminant, il me semble utile d'attirer l'attention sur une 
circonstance que de nouvelles trouvailles archéologiques pourront 
mettre au clair plus tard. Les noms ethniques Ionien, Héléen et 
Tarrhéen fia jwv, 'AXaatwx^, Tappatt? = Tapaw(oç) , personnifiés en fils de 
Japhet par la Genèse sous la forme de 1v /fW^ba et ra^tthn, sont 
tous les trois des titres d'Apollon, dont le culte a été également 
très répandu dans l'île de Chypre, le d^ns biblique, qui est encore 
un fils de lawan. Si on y ajoute les Apollonia de Cyréné et 
d'Egypte, puis celle du voisinage de Jafa, dont le nom actuel 
Arsoiïf rappelle l'ancien nom phénicien tpavrpa, ainsi que les 
autres villes homonymes de la Syrie, on ne peut pas s'empêcher 
de penser que l'identification du dieu phénicien t|un avec l'Apol- 
lon grec date de très loin, et cela revient à la constatation des 
rapports excessivement anciens entre le monde grec et la Phé- 
nicie. 

J. Halévy. 



GLOSES D'ABOU ZARARIYA BEN BILAM 

SUR ISAIE 



AYANT-PROPOS 



Le fonds Firkowitch de la Bibliothèque Impériale de Saint-Pé- 
tersbourg est si riche qu'on y découvre toujours de nouveaux 
fragments d'ouvrages qu'on croj'ait perdus. Jusqu'à ce moment 
on n'est pas encore parvenu à classer la série de tous les feuillets 
détachés que l'habile et savant chef des Karaïtes a tirés des di- 
verses guenizôt des synagogues de l'Orient M. le D r Harkavy, 
l'un des conservateurs de la Bibliothèque Impériale, y a trouvé la 
matière de ses différents travaux sur Samuel ben-Hofni et des in- 
téressants Responsa des Gueônim, dont la dernière livraison vient 
de paraître dans le recueil des Mehizê Nirdamîm. M. le D'Israel- 
sohn, de Saint-Pétersbourg, un jeune érudit qui donne de grandes 
espérances, a puisé dans ces fragments le Commentaire de 
Samuel ben Hofni sur les trois dernières sections de la Genèse 1 
(xli à l). Nous-mêmes, nous devons à cette riche collection un 
fragment du Kitâb at'-laschwîr d'Ibn Djanâh et un morceau 
étendu des pamphlets que R. Samuel ben Nagdela a lancés contre 
le grammairien de Saragosse, sous le titre de Rasâll ar-rifâk*. 
Nous y avons trouvé tout ce qui paraît rester du Commentaire de 
Saadia sur Isaïe, commentaire dont on appréciera l'importance 
dans les notes accompagnant notre édition de la version de Saadia, 



1 Samuelis Ben Chofni trium sectiomim posteriorum libri Genesis Versio Arabica 
cum Commentario (Petropoli, 188G). 

2 Opuscules et traites d'Abou'l-Walid Merroan Ibn Djanah de Cordouc, texte arabe 
publié avec une traduction française par J. et H. Derenbourg (Paris, 1880), p. xux- 

LIX. 



GLOSES D'ABOU ZAKAH1YA BEN BILAM SUR JSA1E 173 

actuellement sous presse. Grâce à la bienveillance et à la libéralité 
de M. Israelsohn, nous sommes en état de donner aujourd'hui aux 
amateurs de l'exégèse biblique de l'école espagnole presque toutes 
les gloses de R. Jehouda ben Bilâm sur Isaïe. On ne connaissait 
de Ben Bilâm, jusqu'en ces derniers temps, que ses travaux sur les 
accents ». On savait aussi que la Bodléienne possédait ses gloses 
sur les Nombres et le Deutéronome 2 ; la Bibliothèque Impériale de 
Saint-Pétersbourg semble renfermer les gloses sur le Pentateuque 
tout entier. Il y a longtemps que j'ai signalé trois petits traités de 
ce même auteur 3 : 1° sur les synonymes ou les racines à double 
sens, traité qui présente quelques lacunes au commencement; 
2° sur les dénominatifs, ouvrage qui, depuis, a été publié dans le 
Carmel 4 ; 3° sur les particules. Ces trois traités existent à la 
Bibliothèque nationale (fonds hébreu, n° 1221), mais seulement 
dans une version hébraïque. On n'a encore rencontré nulle part 
l'original arabe 5 . Le fonds Firkowitch nous permet d'affirmer 
que Jehouda ben Bilâm a étendu ses observations à la Bible 
tout entière 6 . Nous verrons, en outre, par les citations que 



i Sleinschneider, Catal. libr. Bodl. (Berolini, 1852-1860), col. 1294 et 1295. Une 
excellente édition du traité sur les accents des trois livres poétiques a été faite par 
M. Wickes (Oxford, 1881). 

2 Neubauer, Catalogue ofthe hebrew manuscripts in the bodl. library (Oxford, 1880), 
col. 58 (a» 292). 

3 Wissenschaftl. Zeitsch f. jild. Théologie, V, p. 408. 

4 Vol. III; le même ouvrage a été publié, d'après un autre ms., par M. Adelmann 
dans un recueil intitulé db")J> "i^n, seconde partie. Ni l'un ni l'autre de ces mss. ne 
paraît être complet, puisque certains articles cités par Ben Bilàm lui-même ne s'y 
trouvent pas. 

5 Voy. Wissenschaftliche Zeitsch., V, p. 408, note 7. L'ouvrage lui-même paraît avoir 
présenté des lacunes, d'après le jugement de Moïse ben Ezra : h"HnbN ÏT7ITÏ ">S1 

ribïïj aria» ym b"T da>ba p ni*dî ^asb tj?n?a «EONba v^ tïpnraba 

î* !rpD blpbtt y'pno" 1 dbl rifnb&lï. « Sur les dénominatifs il existe un traité 
d'Abou-Zakariyâ ben Bilâm, qui en a réuni un nombre considérable, sans cepen- 
dant épuiser le sujet. » 

6 Voici la préface qu'on y trouve : 

dbia> ba i'-i dp a 
âaababa nb noas* "jk abiaba nawa yS» 'naKbnba y^a ^bao 
&b3>n mpjp brio^ ^ab e-npttbN yiata ^a ï-ï^paibN ïiamybK nbaœttba 
p i^rrpa, ^di basbabN ^bn ^a ribiTarnabN ">aaa>Eba tzsriD ^Vi 
nnbh ^b« àanma ^bn ^a r-i^ban nnabq ï-iaa»Disi a^-ipba bï-ioba 
rîabbs rrpàn nts *ba> r^aà-in anpsa Hîbsb fcaàrinK 1^ biaba biara 
db N?3i ■patab» p pNprrttîNbs ateisa ^by bis fN ^a'nbNi rra-irbN 
ribbN iim bwKbN &aba ib *-*iïtouj nb ï-nà-n ma Nnina pi 
■pas* "ja nbijhbiNi rtnnbâ ïrâna'b» in irptansba ïïàbba ia in art:? 
TOeasba Eann bissa iïnbhbN i-nnaa t^mnai rrababa S^itr 
■•SN^ttbN y"a>a na^N *jn •jVj ^7û ï-ranam ïTraob» s^ïts b?aam 



174 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

fait Ben Bilâm dans les différentes parties de son œuvre, qu'il a 
composé encore d'autres traités dont on n'avait pas même con- 
servé le titre. 

On sait qu'Abraham Ibn Ezra fut le premier juif d'origine espa- 
gnole qui ait écrit en hébreu ses grammaires et ses commentaires 
sur la Bible et qu'il utilisa pour ses ouvrages, d'autres disent 
pilla, les commentaires écrits en arabe et inconnus jusqu'à lui 
en Italie, en France et, en général, dans les pays chrétiens *. Les 
trois Kamhi l'ont suivi dans cette voie ; mais ils étaient des 
Provençaux et, par là, mieux au courant de ce qu'on avait fait des 
deux côtés des Pyrénées ; ils étaient, en outre, plus originaux dans 
leur exégèse, bien que le père, Joseph Kamhi, paraisse avoir em- 
prunté pas mal d'explications à Saadia sans le nommer 2 . L'origi- 
nalité des Kamhi n'est pas toujours un progrès sur leurs devan- 
ciers en grammaire; le Michlôl est un recul sur le Louma d'Ibn 
Djanâh 3 ; mais l'exégèse du père et de ses deux fils est honnête 
et intelligente. 

rrbl tibNO t^Di TN'TDbN p^ia tob rûfcT' l*o "IN^lbN b'no ^bn 

"[mina mabas ïita , "ntfi "W b^ îibip ib 

t Au nom de l'Eternel, Dieu de l'univers. — Un élève-qui aime l'étude m'a de- 
mandé que je lui explique les mots difficiles et obscurs qui se rencontrent dans les 
textes de l'Ecriture, afin que, par cette connaissance, l'intelligence des diverses ac- 
ceptions dans lesquellee ces mots sont employés lui soit rendue facile et accessible. 
J"ai satisfait à sa demande et j'ai reconnu que, pour cela, trois points sont néces- 
saires : 1" que je traduise chaque mot (hébreu) par le terme le plus approchant que 
fournit le lexique arabe; 2° que j'indique les textes où la même racine est employée 
et, si je n'en trouve pas, que j'apporte des témoignages que j'ai rencontrés dans les 
paroles des Anciens (Que Dieu leur soit propice!) ou dans les langues araméenne 
et arabe; 3° que j'expose la flexion et la position grammaticale de chaque mot. De ces 
trois points on pourra tirer tout le profit possible, et le but poursuivi sera tout à fait 
atteint. Comme supplément de faveur pour ce disciple, je mentionnerai, en outre, quel- 
ques interprétations qui s'y rattachent et qui se présentent à l'esprit, soit que je les 
rapporte au nom de certains commentateurs, soit que je les tire de mes propres ré- 
flexions. Je prie Dieu qu'il me soutienne pour ce travail dans la voie droite et qu'il me 
montre le chemin de la vérité, comme l'en a prié le Psalmiste, lorsqu'il a dit : 
« Ouvre mes yeux et que je découvre les merveilles de ta loi (Ps. cxix, 18). » Nous 
donnons plus loin des extraits des gloses sur Josué, les Juges, Samuel, les Rois, 
Jérémie, Ezéchiel et les douze petits prophètes. Le commentaire de Job est cité 
par Ben Bilâm lui-même (A.mos, vin, 6) ; celui sur les Psaumes, par Ibu Ezra sur 
Ps., lxxxiv, U. 

1 Sur Abraham Ibn Ezra et son œuvre, voy. Graetz, Geschichte cl. Juden, VI, note 
8; Wilhelm Bâcher, Abraham %bn Esras Einleitung tu semem Pentateuch-Ccmmentar 
(Wien, 1876), et Abraham ibn Esra als Grammatiker (Strasbourg, 1882) ; Profiat 
Duran, Ma'ase 'Efâd, p. 44,1. 12-13. 

* Nous les avons signalées dans les notes dont nous accompagnons notre édition 
de la traduction d'Isaïe par Saadia. 

3 C'est surtout la théorie des voyelles qui a bouleversé la grammaire hébraïque. 



GLOSES D'AKOU ZAKARIYA BEN BILAM SUK 1SAIE 175 

Si Ibn Ezra est rarement neuf, il est souvent intéressant, par- 
fois spirituel, dans sa façon de reproduire l'ancien. Il possède 
toutes les sciences de son temps et il les vulgarise non seulement 
par ses écrits, mais encore par son enseignement oral ; il les 
transporte, comme une marchandise, à travers l'Europe, s'arrô- 
tant alternativement dans différentes villes de l'Italie, en France 
et en Angleterre ; il traverse même la Méditerranée pour visiter 
le Nord de l'Afrique, l'Egypte, L'île de Chypre et peut-être la 
Terre Sainte l . Mais il a tous les défauts de ces docteurs de la 
Renaissance qui enseignent tantôt dans telle université, tantôt 
dans telle autre, qui vont chercher fortune à Rome ou à Bologne, 
à Paris ou à Lyon ; ils flagornent les grandes puissances de la 
terre, en vendant leur science au plus offrant. Pour un savant 
juif, les rois sont remplacés par les familles opulentes, dont il ca- 
resse les faiblesses et les préjugés; et, pour leur plaire, il porte les 
jugements les plus contradictoires. Ainsi pourl. E.,Ibn Djanâh est 
à tel moment d'un mérite incontesté ; à tel autre, ses ouvrages sont 
considérés comme hétérodoxes et dignes d'être brûlés 2 . Il est in- 
juste pour Jehoucla Ben Bilâm; il lui emprunte beaucoup, mais il 
le nomme rarement. De plus, comme en pays chrétien les savants 
ne connaissent guère que ce qulbn Ezra a bien voulu leur com- 
muniquer, nombre d'interprétations ingénieuses de Ben Bilâm 
sont restées ignorées. 

Nous savons fort peu de choses sur la personne de Ben Bilâm. 
Gomme il n'était pas médecin, les biographes musulmans ne le nom- 
ment pas, tandis qu'ils mentionnent Ibn Djanâh, Ibn Yaschoùsch 
et tant d'autres. Mais la biographie de ce même Ibn Yaschoùsch 
servira du moins à fixer approximativement l'époque où vivait 
Ben Bilâm. Voici ce que nous lisons chez Ibn Abî Ousaïbfa 3 : 
« Ishâk ibn Kostàr 4 était également juif. Il était au service de Al- 
Mowaffak Moudjâhid, l'Amirite, et de son fils Ikbâl ad-daula *Alî 5 . 
Ishâk connaissait à fond la médecine; il était instruit dans la 
logique et versé dans les systèmes de philosophie. Il était doué 
d'une belle intelligence et d'un agréable caractère. Il occupait une 
des premières places dans la science de la langue hébraïque ; il 

1 Graetz, l. c. 

2 Voy. Opuscules-, p. xxxv, note 2. 

3 Classes des médecins (éd. A. Muller), II, p. 50, où se trouve le texte arabe dont 
nous donnons la traduction. Cette biographie est précédée de celle d'Aboû-'l-Walid 
Ibn Djanâh, ce qui explique le mot t également ». 

4 II faut lire ""iNLDOp, et non ^litfapD, comme il est nommé Opusc, p. xix, note 1. 
Il faut, en outre, y lire : pNHDN ETTUN "DN. 

5 Les deux Amirites régnèrent sur la province de Dénia et sur les Baléares, le 
1" de 408 à 436, et le deuxième de 436 à 468 de l'hégire. 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

excellait dans la jurisprudence juive et il était un des docteurs 
les plus distingués. Il ne s'est jamais marié; il mourut à Tolède 
l'an 448, à l'âge de 75 ans 1 . » 

Ibn Yaschoùsch est donc mort en l'an 1056; et, si les années de 
son âge sont comptées d'après le calendrier juif, il est né en 981 2 . Il 
était, par conséquent, antérieur à Ibn Djanâh, né entre 985 et 990, 
et à R. Samuel Hannaguîd, né en 993. Ibn Ezra ne cite des ouvrages 
grammaticaux d'Ibn Yaschoùsch que le tnDYTOKi 'o, probablement 
en arabe : Epi&tttnbK aana>, « Livre des flexions » ; et Ibn Djanâh 
parait avoir pensé à lui lorsqu'il parle d' « un de ses contemporains 
dont la science lui inspire une grande confiance 3 », et, ailleurs, 
d' « un homme qui mérite sa confiance pour l'intelligence des 
flexions 4 ». Or c'est probablement dans le même ouvrage qu'il aura 
parlé de Ben Bilâm, à qui il reproche d'avoir adopté l'opinion 
d'Abou' 1-Walîd dans l'explication des formes comme ttûliBB (Is., 
xxxn, 11), « en traitant le Naguîd d'ignorant 3 ». Quelle que soit 
l'époque de sa vie où Ibn Yaschoùsch a composé son d^DTT^atn '0, 
toujours est-il que Ben Bilâm doit avoir joui déjà d'une certaine 
considération avant le milieu du xi e siècle, et nous ne nous 
tromperons certes pas en prenant l'année 1020 comme dernier 
terme où l'on puisse placer sa naissance 6 . Moïse Ibn Ezra parle de 
Ben Bilâm dans son Kitab al~mouhadarat, et les quelques lignes 
qu'il lui consacre, dans le chapitre qui traite des savants juifs de 
l'Andalousie, sont d'une grande importance. Nous en donnerons 
donc ici le texte, d'après le ms. de Saint-Pétersbourg, en le fai- 
sant suivre d'une traduction et de quelques notes : 

■^bpba ïû-\ ftrwaabK r-ian-nai rta^isb» sNonabN ■n'ï "j»" 1 
-D8 is r-rpsmaba ^aa'rba bcanba "lïwaba îNnosba bipb^ 
n?:m ibmiDKbH tan "ba^baba t=3>ba }a ^m ^"naî "un imtt3> 
Hrriiittba rib-osba* naafcnpttbfin tïbibJba i-iaKtbttbN anare ï-ibba 
■'Dïaxai Kîiab tprû&n s^ttn'm upoan s**îinaa ibi DNjbs ^Taa 
bân )-û .-mba rtb^bp Y73>bN ïhttû î*o£n i-nkn ^nn kïtoksx] 
tab p-hkt» bann^an ï-waa riDobsa nbaa irraist? ï-tod t-ùtXD 
ï«b*«bN bn i-ram yâHnwa y-n^nbN t^bi î-diid \n ins tabo^ 
ftsibfihn ybaa pb mai r>*iï asti ?n«a* j^dk ib? s^tta 

1 On ne dit pas pour quelle raison Ishâk avait quitté Dénia pour aller mourir à 
Tolède. 

* Si c'étaient des années musulmanes, cela correspondrait à l'année 983 ou 984. 

3 Opusc, p, 86,1. 10, où l'opinion que le noun de D^bfàS est radical est confirmée 
par Ibn Djanâh. 

4 lbid. % p. 263, 1. 9. 

5 Ioid., p. xxi, note. 

6 M. Graetz (Geschichte d. Sud en, VI, p. 82) nous paraît donc avoir fixé trop tard 
l'époque de Ben Bilâm en le Taisant vivre de 1070 à 1100. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN B1LAM SUR 1SA1E 177 

Parmi les hommes qui avaient une origine illustre et qui appar- 
tenaient aux familles les plus nobles, mentionnons Abou Zakariyâ 
Yahyâ ben Bilâm, né à Tolède, et plus tard établi à Séville (que 
Dieu lui fasse miséricorde !). Il était concis dans ses paroles et 
habile ; il était doué d'une excellente mémoire et se ressouvenait 
facilement de ce qui lui avait échappé 1 ; à la fin de sa vie, il étudia 
la science rabbinique; il est l'auteur de résumés excellents et de 
recueils de poésies originales, qui se trouvent dans toutes les 
mains. Il conservait ce qui était fin et spirituel, écartait ce qui était 
grossier, et savait choisir la moelle et la pure quintessence, au point 
que des sujets fort nombreux se présentent chez lui sous un volume 
très petit. Cet homme était d'une opiniâtreté qui faisait tort au calme 
de sa nature et à l'équilibre de son tempérament ; personne n'échap- 
pait à ses attaques (litt. ses filets), ni à ses critiques, lorsqu'on 
s'était trompé quelque part ; bien au contraire, il s'exprimait ouver- 
tement à ce sujet dans les termes les plus acerbes, cela est évident 
pour quiconque jette les yeux sur ses ouvrages. 

Ben Bilâm était donc né à Tolède, dans la même ville où mourut 
Ibn Yaschoûsch. Pendant tout le xi° siècle, Tolède ne cessa pas 
d'être le théâtre de guerres sanglantes entre les Musulmans et les 
Chrétiens, jusqu'à ce que ces derniers s'en emparèrent. À Séville 
l'Islam ne succomba que longtemps après la mort de notre auteur. 
Les gloses que nous publions témoignent de l'exactitude du juge- 
ment que porte Moïse Ibn Ezra sur le caractère de Ben Bilâm. Ce- 
lui-ci s'exprime sans ménagement sur les docteurs les plus consi- 
dérables et les plus respectés. Nous avons déjà vu qu'il traitait le 
Naguîd d'ignorant. Ailleurs, il parle de Saadia comme d'un homme 
qui ignore complètement ce qu'est une racine hébraïque 2 ; en 
effet, personne, avant Ilayyoûdj, n'avait encore découvert le rôle 
que jouent les lettres faibles dans ces racines 3 . Il est particuliè- 

1 Nous avons traduit les deux épitliètes '"Dînbtf bDNÏtbtf suivant la définition 
que Moïse Ibn Ezra donne lui-même à la fin du morceau que nous avons cilé : 

:nttDttbN cbjôws in banba )tà ^ûib&n bsnbaa rtnan f<D?fcn 
ia b^p s^ws jaroa ï-iaSim t^b bïn?a t^ww oaaba ■'a "p^ 
bj>à •fb'rbi it:d ~yn bsn tihs) -ûnban dmiûJi ûmftffli ananiobK 
ùrron ira tam&m bap k»d nTaa pS*M 

« Je lui ai donné ces deux qualités, parce qu'on nomme hâ/lth celui qui conserve 
toujours et d'une façon continue, sans jamais l'oublier, la connaissance de ce qu'il a 
une fois entendu. Cest dans ce sens qu'il faut comprendre les mois : « Vous retien- 
drez (mes commandements) et vous les exécuterez > (Deul., iv, 6) ; on appelle d ha- 
it ir l'homme qui retrouve une connaissance après que le souvenir s'en était affaibli 
et, à cet etïet, la rattache à autre chose ; c'est ainsi qu'il est dit : t Vous verrez 
(les sisit) et vous vous rappellerez » (Nombres, xv, 39). 

1 Voy. ci-dessous ses gloses sur Isaïe, i, 8. 

3 Ojmsc, p- xxn et suiv. 

T. XVII, n° 34, 12 



17b REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rement dur pour R. Mosé Hakkohen Ilm Gikatila, son contem- 
porain, qui était né à Cordoue et enseignait à Saragosse, peut-être 
encore du vivant d'Ibn Djanâh *. Il est curieux que, dans la que- 
relle entre Ibn Djanâh et R. Samuel Hannaguîd, qui se continua 
encore après que les deux adversaires eurent cessé de vivre, le 
docteur de Saragosse - fut plutôt pour le Naguîd, tandis que Ben 
Bilâm, à Séville, tenait pour Ibn Djanâh. 

En dehors des passages que nous fournissent les gloses sur 
Isaïe, nous possédons un assez grand nombre d'extraits des gloses 
sur les Premiers Prophètes, qui sont remplies d'invectives gros- 
sières contre Ibn Gikatila 3 . Un heureux hasard nous a même 
conservé un fragment qui contient un colloque assez vif entre les 
deux docteurs au sujet de Josué, x, 12 : 

mafâ s^nt iib^N P7223 rrrn tan )*wm wnw 

bipwND , pb\x pttstt rrpi rrbnp we ï**eô ott^bN ma ^ba hâNrrba 
antti nm\ "viÇ« F-ppTOîab» S-r^nbN S|piN t^tùN ^K*n hbbN ï« 
■pan ^rwMà xnDipna rjpiD anajjba ^ba p-iOTba p ^absNba 
toam STrnsb capd ^pn isbN i«i sqpn tab t-^haH npna^ hb^opâ 
DfciûbN "1^7 mhT2 p nh^bwX ^sba bh rntt ï-ib snbp ipbi "tebN 
îmha biT^ ï^î^ rrrnkns ■nirmba bar s^tnd hb nbp toa baps 

1 Voici ce que dit de lui Moïse Ibn Ezra : 

Tïist 1» l^a TOOplob^ dh "ncnpba hib^apa p ttttfa '-itti 
pi "psbnttbK ^h&nûEn fasnba toabaw sïabba bÈwm ûb^ba bftâ 
ïnbdtf ha r-iaad ïh'mb ^ba> ■pmbb&a s^^b^i ssWDbbK Hwi* 

r&bN anana *»d hïdnttai 

« Moïse, fils de Gikatila, né à Cordoue et plus tard établi à Saragosse, était un des 
principaux savants et grammairiens, remarquable par la finesse de son exégèse, célèbre 
comme auteur. Il était un des premiers prédicateurs et poètes dans les deux langues, 
malgré sa lenteur habituelle, qui l'empêcha de se placer dans un rang élevé parmi 
les hommes illustres. » 

2 Nous voyons par le Risâlat at-tanbîh (Opusc, p. 248 et suiv.) qu'Ibn Djanâh était 
constamment en butte aux attaques des émissaires du Naguîd, même à Saragosse, et 
il ne serait pas étonnant qu'Ibn Gikatila se fût établi dans cette ville pour y repré- 
senter les doctrines de Hayyoudj au nom du Naguîd. On sait qu'Ibn Gikatila a 
traduit en hébreu les œuvres de Hayyoudj, et nous avons montré ailleurs qu'il s'est 
permis même d'en changer quelquefois la teneur, afin de rendre inutiles et oiseuses 
les critiques d'ihn Djanâh. Il n'était certainement pas beaucoup plus jeune que Ben 
Bilâm. 

3 Le caractère emporté de Ben Bilâm explique l'expression de p ■pbs* 53>b^1 
d^bai, « Ben Bilâm s'est moqué de lui (de Moïse b. G.) » , dont se sert Ibn Ezra, Sephat 
Yeter, n° 35, et de d^b^ p "pb^ 3^b, que le même auteur emploie à propos du 
ps. lxxxiv, 5. Nous avons déjà, donné (W. Z., t. V, p. 408, n.) un échantillon des 
termes peu mesurés dont il s'est servi contre son contemporain Isaac ben Giat, 
qu'il a peut-être vu à Lucène, ville assez rapprochée de Séville. On peut supposer 
qu'à Lucène, où florissaient les études rabbiniques à cette époque, Ben Bilâm a 
acquis, vers la fin de sa vie, les connaissances talmudiques dont parle Moïse Ibn 
Ezra. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN B1LAM SUR ISAIE 179 

np inn *aH3bn f« r?3> tebâ Npn^ i^ Kisn TtewbR in atàNa 
la bNpi "iMpn*iibi« r^ir; ibs? ^b^m ■nb» s^ft Hb r-ibps ma 
rttKib» pbb m Nba t^m iw n&i ab fw*K*rb« ïwrtb» rj-ip-i 
Hi&ttVà ^an* rrbteà )k im *i»* rrm ŒMn fcntn in 'nba 

frvwbil 

Ï5531Z5, etc. Gomme on n'avait besoin que de la lumière du soleil, que 

signifie m*n ? Je réponds que, Dieu ayant arrêté le mouvement 

du côté de l'est, qui fait tourner les sphères du levant au couchant, 
cet arrêt devait donc les arrêter toutes. Ibn Gikatila croit que le 
mouvement du soleil ne s'arrêta pas, mais que le reflet seul resta, 
parce qu'on avait besoin que la clarté se prolongeât. Cependant je 
lui ai dit : « Est-ce que le reflet est l'effet du soleil qui le pro- 
duit? » — Il répondit : « Oui ». — « Eh bien, lui dis-je, lorsque la 
cause a disparu, l'effet doit nécessairement disparaître. » II répli- 
qua : « C'est là le miracle, qu'ici la clarté continua, alors que le soleil, 
qui l'avait produit, était déjà couché. » Je lui dis : « Mais qu'est-ce 
qui t'engage à cette croyance ? » — Il répondit : « Selon moi, il est im- 
possible que le mouvement continu s'arrête jamais. » Tout cela est 
en opposition avec ce texte évident où il est dit : « Et le soleil resta 
immobile et la lune s'arrêta. » Ce qui précède fait partie des opi- 
nions dlbn Gikatila, qui égarent et corrompent. 

Ajoutons qu'il eût été intéressant -de savoir dans quelle ville 
cette discussion eut lieu. 

11 nous reste à énumérer les différents ouvrages de BenBilâm. 
Nous avons déjà parlé de ses travaux sur les accents et de ses 
trois traités sur les synonymes, les dénominatifs et les particules. 
Parmi ses commentaires sur la Bible, celui qu'il a composé sur le 
Pentateuque parait avoir porté le titre de "mmnbfi* nan^. Ainsi, il 
dit, sur Juges, m, 25, n;-n nastbai nabniabis !riM3»M ^3 ^2 ib^rm 
ï-pd i-roiba -john ann w bm ttijai b^p'n b^n'n )v bnpno?:) b^s 

« ib^m signifie attendre, patienter ; c'est un verbe au futur du 
hiphil b^nn. De là brm (Gen., vin, 10) ; telle est la meilleure 
analyse de ce mot, et je l'ai prouvé à l'occasion de ce passage dans 
la ntins (ma) du Kitâb at-tardjih . » 

Ce livre est cité une autre fois sur Jérémie, l, 36 : d^inn b&* mn 
ipi "mari T^d ^wn ma toimm "p^^biai •p'rwiDttbN nbaiin 
minriba n^ns ^d wt ^d ■pbiaba mosn mm. « imin signifie les 
jongleurs et les forgeurs de mensonges. Le targoum de mjy'm six 
(Deut., xviii, 11) est imsn T* 13 - J ' ai mentionné l'explication des 
anciens sur le mot ^i^t dans le Kitâb at-tardjih. » Ben Bilâm 
dit .de même, à propos d'Ezéchiel, chap. 1 : sans ^d mm ^pi 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

yptt wi nrons ^d Nî-irmn ït»ï"nfcb« ^-na-in b« }n Èmttîaà rrrinbN 
« J'ai d^jà mentionné dans le Kitâb at-tarcljih nombre de dates 
» obscures, et j'en ai donné l'explication dans la section de 
» yptt ^m (Gen., xli). » Le mot rpinn signifie choisir entre dif- 
férentes opinions l'opinion la plus probable. 

On mentionne encore un traité de Ben Bilâm intitulé Y^*n 
n&rinab&n rrmnbN n»îâ:?53. « Enumération des miracles qui se 
» trouvent dans le Pentateuque et les Prophètes 1 . » 

J. Derenbourg. 



1 Moïse Ibn Ezra, dans son Kitâb al-mouhûdara, parle de cet ouvrage en ces 
termes : 

nhSN îts mi Bpban î-rbbwX î-ï»m fca*ba "p st^-ût ^asbi 

yiitbb^ tDi^^b^ ia t^rjDtt t*ô t*i?a nwEab&n rimnbN t-iNTà^» 
^aorr i» -nr-ibs riïbtx rn»»a ïiwNnottbN ^ba -iNU>&n 

« On a encore d'Aboû Zakariyâ ben Bilâm un ouvrage où il a réuni la plupart des 
miracles racontés dans la Loi et dans les Prophètes, qu'ils aient été généraux ou par- 
ticuliers. Il y a aussi indiqué les miracles qui arriveront à l'avenir par la volonté de 
Dieu, comme on peut le voir dans cet ouvrage de Ben Bilâm, • 



GLOSES D'ÀBOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR 1SA1E 181 



rryv* ta,£D 



K 

\\£>&i whm dh^« 'Wo FjKia od« ♦po« p vw» pin « 
nnDKiai »^« n«u pm ïïBKi*6K ^p mi ib:6k >:ya p rtawi puma 
ktkï rhbx ddk .Ta rip> î?"ï n^yu 21) ♦ n2 n^« *m« ru*ô ^k ^« 
♦rrum d*b# iyotît 2 ♦ ■j^ jy »jj/idb p^«i nwv^K n^« ! »m ^d 
nn*îwn ru*6 j«3 KtUM jhKiw n«i«aD^« lurin nn*n*UB j« b'p . p« 
pRn nai d'Wîi n« d:j mwi n^ipa y*rn^« fhaâ »b mp^« ^y 
D'jn **|K^k '^ Dip^« paa« pn fhKfwi>K *mA iotot r-ik*tkjb 
*w xtp 3 î lyriD ^p/i rra*6 p tp»io faa bvz . tibbïiï *n^nj 
W v:i;r m !?b ffry* h^s |K3û^« ddk .v^ya dok nsm mp 

TRADUCTION. 
Gh. I. 

4. 'pm... Nom à l'état construit à la troisième radicale faible; le 
vav et le nun sont ajoutés. La racine aie sens de voir ; avant d'être à 
l'état construit, le mot est "pTri (Dan., vin) ; il est en état d'an- 
nexion avec le nom du prophète, parce que c'est à lui que la pro- 
phétie a été révélée. R. Saadia a sous-entendu le mot « Dieu », qu'il 
ajoute, et traduit : « Révélation de Dieu à Isaïe » ; mais le texte 
ne l'exige pas. 

2. UttiD... On dit qu'il invoque ici le ciel et la terre, parce que 
(Moïse*) les avait appelés en témoins dans son allocution d'adieu, en 
disant : « Je prends pour témoins contre eux le ciel et la terre » 
(Deut., xxi, 28) ; il les invoque ici pour qu'ils viennent déposer 
contre le peuple, celui-ci ayant persévéré dans la transgression de 
la loi. — Tiîaft'm : parfait d'un verbe où la troisième radicale est re- 
doublée, d'une forme lourde au sens transitif. 

3. D"n« est le nom de l'endroit où (l'une) prend son fourrage. Ce 
mot [ne] change [pas], lorsqu'il est construit avec un nom apparent, 
[mais il change lorsqu'il est suivi d'un suffixe] ; voyez Job, xxxix, 

1 Ms. NH1 ; les deux manuscrits de S. portent Tll. 

2 Le sujet * Moïse » manque dans le texte. — La comparaison entre l'allocution 
de Moïse et celle d'Isaïe se rencontre dans les Midraschim, 



1ŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t^pySs: jrnSs J?s» m ♦ *ptna« by fî> d« ' ttkô ddk ^« nnsais 
161 toàm va pBttata va |nm^« »^« «vrràtf «î« jtbiAk pptoaAn 
■fynw ppâ ;l ffôrii rrtn ;a ' dîwi dhb« pwrfca «in |« ^p *ri« kb»d 
w ,i«dw bm fist ^p fiba .py 122 oy *• q^i ^ria p rfctoa 
Wto rfet» dd* d^ ^ys »mo ic-Din 1$ ian na :n? 5 *w nm nat? 
p r^wi Ra«ri rhri sm« Ra^a »r pi^si p^« >jya >d ^^i^ ian 
?apnaa wn RaiR rïi 13m •pDD&to [tya ^ip «il ^/la^R pnt^R 
wwi n^ip '^« nn r^>r p»R5oW ^>RapnDR^R ffaR^p «n^x nai nan 
■j^nfc ian * rbri rj£r >hv Rnna-in n>p^>Ri rrsn «n ntopoi rï".o 
riRapa .tt aa^ fei m*iwhs> îwn bas îéw® on* 0^ «a 5 *p> ;n me 
win ( iy) by\ ppa li : n^Di ajj fa? ^y nos im f na ^«ik c in ai?p ^a 
^d van* Rb [R npn [$ae cari rîa^ p «pn^o Dîna {«3 {R ♦ Dîna ia p« 
sn van» d^ ny>:> nya ;r nn rt^r n'sRàR^R va >d pp-a n'DRiR^R 

9. — Combien la réprimande est forte pour les êtres intelligents, 
raisonnables et doués de discernement, lorsqu'on les compare aux 
animaux privés de raison et de discernement, surtout quand on 
dit que ces animaux sont plus intelligents et plus instruits. Certes, 
c'est une parole qui exprime une flétrissure dont Dieu veuille nous 
préserver. 

4. ^33 : adjectif de la forme de -im (Isaïe, lvt, 12; Gen., xlix, 3). 

5. "i-n : verbe passif, comme Deut., xxxiii, 3, dans le sens de cas- 
ser, broyer; le sens est : Plus ils sont châtiés, plus ils s'écartent et 
se détournent de la bonne voie. C'est là l'opinion de quelques com- 
mentateurs. Mais le mot nsn de ce verset est un futur de fbfn 
(Exode, xxn, 1), et le tav indique la seconde personne du futur, 
comme on le reconnaît par le mot ID^Din ; le !"! est tombé et sa 
voyelle a passé au tav ; mais le i^n de Deut., xxxm, 3, est, sans 
aucun doute, un passif comme "î&ttJi (Job, xxxiii, 21). — ssb b^l 
■ni signifie : Tout cœur est souffrant, c'est-à-dire malade, et c'est 
un qualificatif de la forme aw et nbo. 

6. dinfô. Si ûinfa dérivait de la racine ûmn, il ne devrait pas même 
changer à l'état construit, à plus forte raison à l'état absolu; car on 
voit tVîfl (Is., xxx, 3) qui ne varie pas, bien qu'il soit à l'état cons- 
truit. Et s'il faut absolument qu'il soit d'une racine géminée, le mot 



1 Entre £35* et IFiNfc] il faudrait compléter ainsi le texte : T^rP N^l ^ifà^fà 

s Cette observation doit peut-être expliquer "H'n, qu'Ibn Ezra prend seulement 
comme une invocation. 

:i Ms. Ftanb. 

4 Ms. \XfàlK\. 

5 il faut peut-être aj mler VJKfà. 

6 Saadia a 1^773 ; cf. Que., c. 154, v, 70. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR ISA1E 183 

fa <tb srfi Tpri . iw vie f^Jîa^a navî ;a ps* f« 12 \y nb ;ai *)Kia 

/nos Tp }« fio«DJ« b.tb d^ îtb iddi D*na rya ^rio rua ^k ' «my 
in5n «im .'dj*6k a^-ir^K npn«ai ^«"iny«^ m ;y niiSi onràaK 
ùm&b* rai *b "DJa tj ^«^k fi? tik^k ppn^K >s 'îfiwbx j*6 1^3 
naïKia^K «njj? »bji . ij?3 ^aïjn d^ »« fin» fhii ♦ ma nrai rrmm 3>2éb 
W^k in n^« nt *6 ^ans , «n^a ^« ktok |a ,t^k niants son 
n«aâ^« «in n^a wnn *6i .ma nDai ri^p ^y nwn n» -m ^ia 

♦ «n:a d^k p6*D pBpr ^ mnrt ^y my^a or& wsm n^ip^ mat^a^a 

♦ ■ je6k in >*&« j?3£B ^ iwa p^n^a in h?k ;at^n .1221 *6i 
fa n:« ppê idb ipi ♦ p;^K ^nya nbvxz dd> d^ ^b rm t6 |k d^>pkï 
tèfc ^ic«a nb nby *b ja ,tb idb . on? rû&nas 7 : ^3 d i 6i 3 tiv6k ^ya 
«^« ya »ni 4 &bx& rrB o*a^« jôi my t»a djj x?ai ru« paana^K 
n^pa ^/ia ^« w im ont -ny n nar *6i >wa ^iia ntoyai yai^ 
îmny m3J unny i^i>i wya n? wra rntry^ ^«pb« '*n Ai ♦ dhd 

présente une anomalie. L'un de nos contemporains a rapporté ûinia 
à dTiia T^ft (Job, xxiv, 42) et a ainsi expliqué ce verset : a II n'y a 
rien d'humain en eux, leurs humeurs sont corrompues, elles sont 
sorties de l'équilibre régulier et ne forment plus le mélange qui 
constitue l'homme ». C'est cherché bien loin; car il n'est pas rare, 
dans toutes les langues, qu'un mot s'écarte de la règle. — !~Dtt 
JT-Ilû : une blessure fraîche qui n'a pas encore été cicatrisée, L'ab- 
sence de la médication conforme au besoin est donnée dans l'ordre 
inverse des plaies. Ainsi "HT Nb, qui signifie presser (cf. Juges, v/, 
38), se rapporte au mot !T»na i"ûtt ; nilinn Nb, qui a le sens de 
bander (comp. Exode, xxix, 9), se rapporte à îTTDtt, où il s'agit 
d'arrêter l'écoulement du sang ; enfin, ï"D51 ab, qui veut dire 
lénifier, s'applique ordinairement à 5>iTD, qui est la contusion. — 
Sache que l^T est un passif d'un verbe à seconde radicale faible. 
On lui a donné quelquefois le sens de saupoudrer, mais il n'en est 
rien. 

7. û^ï rùDï-itolD. Un homme qui n'a aucune connaissance des ra- 
cines de la langue hébraïque a interprété ù^î comme pluriel de 
tnî (Hab., m, 10), et a prétendu que le mem est radical. Mais le 
mem avec le yod indique le pluriel, et le sens du mot est comme 
dans Jérémie, xxx, 8 ; il est fait allusion à un bouleversement comme 

1 Peut-être faut-il lire fc&iSfcfcto^. — Ce contemporain est R. Mosché Hakkohên 
ibn Gikatila, voy. Ibn Ezra, ad 1., qui écarte également cette opinion par les mots: 

pnm &om. 

2 Mieux vaut riftlûi comme S. traduit d'ordinaire 3>^D- 

3 C'est l'explication de Raschi, qui compare Job, xviii, 15. 

4 Ben Bilâm a ici en vue Saadia, qui traduit b"PObiX ; la discussion qui s'est 
engagée au sujet de cette interprétation entre les grammairiens de cette époque est 
exposée par Ibn Ezra, Scphat Jeter, n° 28. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

npâ »r&« tftett^a fiaipyb« »od np mm nu mas n*s pnba jy b-ur ob 
pam ktkï: \y ob dhd bn« »ba «piai ont [«a [mi ♦ mail -ir rnaybM 
irtm iwa pjnjna io« in •}« «ruip^pn »bp on? naenaa *d fiwotMbM 
r6 {npm rôata piia m pb' jb ;a nb^a ♦ wpoa ruiboa » s ' na/i 
miw pbM najûb ddk nt^pai • tinnbK mw»» naô im b«nyb« aiy^K 
noD ,rrmu wa :KripbK jiaj yiiab fr/ipû «i>« aiyb» bipn a^am 
n'b^n nba irtm na: m pâ riva nyii «rmva |« ikik faisiSo fripa ' ,td 
*n »/ibM a*»nb ban»' maui |o pnra in rrmoi . wd nb *py *6 jo 
TDcabM m idb ,nw p« ^aïK ab 4 3 • "y^ oni^ai nbiîûi am^K 
ya paKipba oaja tth «b »ij?oa npba % s oaJiaa yo b:ibK banna «b 
ruM ian pan >b rbiba ia« arrïa ip. iatn rarn ^ : ' baûraba id 

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jo Kibiatta mj*b »mAm rrmya t«^«i p^bw poba *b aribyca wb« p? 

celui de Sodome. Si l'auteur en question avait vu les mots -iï et 
ÏVliïî dans Isaïe, xxvm, 21, il ne se serait pas écarté de la vérité, 
puisque tu vois que le châtiment extraordinaire qui tranche sur ce 
qui a lieu habituellement est nommé par ces deux mots. Si ù'nT 
indique les habitants de Sodome eux-mêmes, il n'y aurait rien à 
dire et la comparaison de D"nT rûDïiftS serait exacte, puisque cette 
histoire est connue et répandue, et c'est à quoi il faut se tenir. 

8. TOlbttia dérive de }b, futur ■pb'*; c'est l'endroit où l'on passe la 
nuit ; les Arabes l'appellent Arzâl, et c'est une tente que se dresse le 
gardien. — îiiBpîa est le nom d'une plantation de courges (DWVôip), 
et les Arabes disent de même îrnhpto, pour l'endroit où poussent 
les courges (8hp). — ÎTYtita W3. Le mot a été traduit : une ville 
mahsousat, c'est-à-dire dont les maisons deviennent des maisons de 
has (roseaux), qui est une plante 2 ; tout cela est l'artifice d'un homme 
qui ignore le sens d'un mot. Mais !"mafca dérive de "i"n£31 (Isaïe, 
xlix, 6), qui signifie les ruines, comparez ib., lxv, 21 3 . 

13. ÏTttfcan "pN b^1N c*b. Ce traducteur l'explique : « Je ne sup- 
porte pas l'iniquité en même temps que vous séjournez dans le sanc- 
tuaire » v , c'est-à-dire : Je n'agrée pas vos sacrifices accompagnés 
de mauvaises actions. 

16. "Dîï"!. Abulwalid s'est déjà étendu sur l'explication de iSïn et 
a soutenu que c'était le hitpael de !"Dî ; il aurait dû y avoir "DTntt ; 
seulement on a mis le tav du hitpael après le zaïn, comme on fait 
pour le samekh, le schin, le sadé, de sorte que le zaïn serait devenu 

1 Ms. nan. 

2 Le traducteur est Saadia. 

3 Ici il paraît exister une lacune dans notre commentaire ; car les versets 9-12 
devaient offrir ù l'auteur le sujet de diverses interprétation?. 

4 Celte interprétation appartient à Saudia, qui, dans notre texte, a "pà^. à la place 
debfcnriK. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAN SUR ISAIE 185 

ki$h3Kï pî ja pjuanrn «i^«p «aa îmn Ki^Kpe *6ki $>kj>hbj6k an 

a«na >c "i^ nai oarn Rio jtSkîw *o «arm*™ aianai k\sï ^*n^>« fa 
: ' i«jh môjKD ntop *ra na «a vikib^k ja rtf»p abii pr^naa^K 
jans »n »jt»^« [pno^»«] ^y maip *k D^à^ «nm^ .pan n»n *? 
kn nm« niawa rua pna^R aatfi ♦ ■p^ ^na itr«i brio naa vn 
'ffryno ffea pam ♦ ym »jb nws nœn c« aip^a aa« »d b»pi 
ffy«ai^ p:^« . A na»» nnaui a: in^ »» : pa^aa oan >:yaa piipy Ta ^ria 
nrr mi?i:ï ^ ^a ny w \y K^p:a ^oî?« «a wtàai p^«p^« 
iTo iDD ' nH'«a dd' a^ «a ^apnDD . î^aan ain 2 -> 3 ^ai/i^K ns;yai 
5 «ran an j«a «ami ♦ anp îrn * «a«ro rA p^pin *« n*o^« pojnwi 
6 n:«ynD«^« «n rpina pr |« ni'i •spotou pa» «a:« Dj«:a |« *« 
«n^ria ïïtîb rre k»^k « BSE>a via^a 2 1 : i^:«n anna «in ^y .Ta nii^Ki 

un samekh ; alors on a changé le tav du hitpael en dalet et on a dit : 
•DTTtT, comme on dit "pns^î- (Daniel, n, 9), de *p2î, puis on a changé 
le dalet en zaïn et inséré l'un des deux zaïn dans l'autre, d'où est 
résulté Wîl. Abulwalid a exposé cela dans le livre duMustalhiq, et 
par les citations qu'il y apporte il a confirmé son opinion; voyez 
cet article. 

47. yi^n VN8K : Dirigez l'injuste, c'est-à-dire : remettez-le sur la 
route qui est meilleure. iT*aN est un impératif, comme Prov., xxiii, 
19. De la même racine on forme un nom pour le chemin (Job, xxnr, 
11), et pour le pied (ib., xxxi, 7) ; yi?jn est un adjectif dans le sens 
du participe actif, comme yW9 (Jérémie, xxu, 3). Le sens est le 
même que celui de la racine a^n avec un samekh. 

18. î"îna"i2"i. Le min indique la première personne du pluriel, le 
vav est la première radicale du verbe, à la place du yod de la racine 
na*<, comme i"WiDl (Néhémie, vi, 2). Le sens de la racine est : répri- 
mander. 

20. ibiwSn ann. Futur du passif. On a expliqué : vous serez donnés 
à manger à l'épée, c'est-à-dire : vous lui serez livrés en pâture ; 
c'est un sens acceptable ; mais peut-être mrt est-il une spécification, 
c'est-à-dire : votre destruction ne se fera que par l'épée. Il se peut 
aussi qu'on ait retranché le bet du moyen, dans ce cas, c'est comme 
s'il y avait mm. 

21. TiabE. Le yod est explétif, comme dans ">naïiN (Osée, x, 11). 

» Opuscules, p. 129 et suiv. 

2 yinn = y*nn. 

3 Cette observation est dirigée contre Saadia, qui dérive le mot de la racine J"DD« 
Voyez Ousoul, s, v. fia"*. 

4 Le mu/assir ici n'est pas Saadia, qui s'accorde plutôt avec la troisième inter- 
prétation. 

& Ce terme de grammaire, rendu en hébreu par n^aTî, ne s'y est pas maintenu. 
fi Ce que les grammairiens appellent ib^ïl '3. 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pKpntra vb\ ttotaa Jtîûîj .0*03 $>ra "jk2d m :^h^ »/iart« ^d 
in 1^301 • ' \k?6 bwô$r\ù#h& ivro fèï*6ai «rutf fiôe^a ninb 
: i3t> i«3D3i bpth* rua âi/ip* ipi ♦ >3ij^K èd?^ djkjs im i»5^« 
Dnfys *b«3» bum '« fweK3tA« mwoi Htîb .tb pato • o^w^r p]in 23 

* ^ki# > tok - î : rj^usks ;y briffai d«3Tti6« »b fearo^Ka : «ijn 
D*jm i»an n5n fria rre mai raa ;n <ï:ï »Vp fias mi ^«kidk Wi 
'ithta ♦ -pjro H33 tptKi 25 p*» diiû2 TU* rûr >bv bixwb iew 
f]D3 d^d n^JToi ppo-aa /123 »3P« *tw^h *m 11233 ^ro rpjsi ^ki 
kj.i créuti .nurun ^iia iBn3/i '3 rwa niiba .d^kb npia» ^3 s' 1 ;rn 

♦ omm ira nioina 'tVi ^y Wi^ki pian ^m bf® litres m 
tmafcn mem ^/id nà^n rouya R wo tj ^2pnD2 ^d nwwi 
'ip^a ♦ rrnpA ponn rrm ;] J janpn ap«D fhitrs ♦n^y rtai p6k3 : >° 

^3 Jltf *^B^K p/WH fUÛ H^« DDtfbai D^K3 «11 pDm ^JÎO 

ftpwi : vnjtt »:stn dj ^p ruai [«n3^ ffiKBj mw:i ♦ jmi Tyn }sn 

22. ïra:n bffiû : mélangé d'eau ; ce mot n'a pas de dérivé chez 
nous, mais les anciens docteurs l'emploient souvent. — ^830 signifie 
le vin, et ce mot est analogue au mot arabe ; on en a aussi formé le 
verbe !"JK30j*i (Isaïe, lvi, 4 2). 

23. traiîablD. Le nun est explétif, dans le sens de rétribution, c'est- 
à-dire : ils s'accordent mutuellement des faveurs dans les jugements 
et s'écartent de la justice. 

24. bfihŒh n^nwN : le puissant d'Israël ; c'est un qualificatif de la 
forme de T3JI (Gen., xxvir, 37); de ce mot il y a une autre forme» 
T»38 (I Sam., xxi, 8), comme ^Pltf (Ps., xcni, 4). 

25. "pS n^5 tpssao. Il devrait y avoir n32 i, pJPtfBpS»L— MO sont 
les scories, c'est-à-dire les parties mauvaises du minerai ; cf. Ez., 
xxn, 18. 

29. "iiû3\ Il faudrait "rtann comme îlttim. — d^ba sont ici les ar- 
bres, comme Is. , lxi, 3; ce qui est prouvé par le mot t\ittnlQ qui 
suit, lionm est un verbe neutre au futur, qui signifie : avoir honte, 
cf. Is., xxiv, 23. 

30. nbr hbai'3 tâao : e Gomme un arbre dont les feuilles tom- 
bent ». 

31. 'pOfiîl : « le fort », comme Amos, u, 0, et le nom d'où dérive le 
verbe est pn (Jér., xxr, 5). — mva : l'étoupe du lin ; de cette ra- 
cine on dit Tn*a (Néhémie, v, 43). — "ib^bi. Le mot devrait être 
"ibjDI comme Job, xxxvi, 24, puisque cette forme ne s'emploie 

1 Voyez Levy, Neuhehraeisch.es Wôrtcrbuch, s. v. b»"fà« 
- Il paraît manquer ici les mots 11335 ÏTD. 
3 C'est-à-dire que c'est un qal et non pas un M fil. 

* lien Bilâm semble prendre *|0n, comme plus haut yTftn, pour un qualificatif 
ayant le sens du participe. 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN 13ILAM SlUi ISAlti 187 

ïiK\m «ib«p «ii ^Jio nain ^s py npi . i^ d^t p« -j^bi n^ip »a 

nrosm mm nn $>Jiû W>j;q pra. 1 *p$>r&* pprr^K ^« fiait^ ^pja 

na«» t6 i« j^fi^K j-iavi [a rr™ D^aaui >a 5 «nsr lia» orm » py^K 

— . »ai^ iiî? î«n3^« p paru* «a 2 ? i«j^« pin npnm d^ê&k 

que pour le participe présent, la même irrégularité se rencontre 
dans Jér., xxn, 13, mais la forme régulière se retrouve dans Y'?? (^ s> » 
xlv, 9). Le même phénomène se présente dans *ntt*m (ià., lu, 4 1), 
qui est comme ib^bi, tandis qu'il devrait y avoir Viçri, comme dans 
I Sam., xxviii, 14, où le son o est transporté sous Ja lettre guttu- 
rale. — p^5 est du paradigme blb^D, comme rnrpj ; il signifie.étin- 
celle; de là d^S'ûn (Ez., i, 7). Ces deux mots redoublent la troisième 
radicale d'un verbe à la deuxième radicale faible. Abou-Zakariya 
s'est trompé au sujet de transi, qu'il a placé parmi les racines gé- 
minées, parce qu'il n'a pas fait attention au mot "pSTS"!, qui, sans 
aucun doute, vient d'une racine à la seconde radicale faible. Le sens 
du verset est : l'injustice brûle l'injuste, comme le feu brûle l'étoupe 
du lin, qui se répand quand on le bat. 

Gh. IL 

2. "nîiîn a le sens de s'avancer. Peut-être ce mot tirè-t-il son sens 
de !"nïi5 (Job, m, 4) et signifie- t-il « se lever comme le soleil ». 
6. r;r)U5^3. Saadia traduit n-fn, c'est-à-dire « tu as abandonné ». 

1 Voyez Luma, p. 212, 1. 19. — On voit que notre auteur partage l'erreur de ses 
devanciers Hayyoudj et Djanah, qui prenaient le humez dans des mots comme "pj^fà, 
"HNn, etc., pour un kamez gadol ; voy. Beitràge, III, p. 33 (Nutt, p. 16, 1. 22] ; 
Luma, p. 176, 1. 15-19 (Riqmak, p. 101), et sur tout ce sujet mes Notes épi graphi- 
ques, p. 129 sqq. Ibu Gikatila parait avoir été du même avis, puisqu'il n'ajoute au- 
cune correction au texte de Hayyoudj. 

2 Ms. tiiï&n. 

3 Dukes, p. 165 ; Nutt, 113; et Opuscules, p. 92; Ben Bilâm paraît avoir copié 
Ibn Djanah sans le mentionner. 

4 C'est le sens que donne S. ; la seconde interprétation est presque midraschique. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

cbs/in xb my\s |«b ^ nni3*i kbjxi win w /vrti ptu nnyo ai ,yb 
tap/TDota n;a &np >sa:w ;i3in3 n:y «:^d« rua 'iaa^« ^B^»a 
^apiiDO^« *di K*îai *tfa "rt ptop»o m«fi vr >r6« i«^« rfîna naabto 
♦riroa pon3' cn:« '« »ip*BttP ans: n^ai : tt *6i *pa *6 
^ria avfca aby abûb m\rnn> «a >a dhoidi wtiAjrfn cn/HKim paaiw^ii 
ppu b« *pn «:n toi oasbi* i«3a ♦ enb «e»n bai 9 : rron b«DnbK 
♦7« *6*3D anb bpfr tibt* *bv pn n:K3 i« rrwbK 10 >by i33bK >d 
rooa rmpri . ^ dik mnaj »ry * ' : npn ^y b« pra 'rwibw *oab« 
»od rttûi dê^k n«:yai paa ^kj?w« .rra5> »"> a:^:i :di« w 
nma ♦ •p.niain a^o i^aai ntopa HjwAh pan^i iïpxb* y&bpbx 
r\ibb ïbi dd« pr npi vd^k . ip'ttnn nn« b3 bm ^ ♦ i 3 j^ a D ^b D 
pi?« »ûd n3i tP'ttnna wui inab« «a pb^> ddk in «a ruai 5 n^mn 
nnna n^oa ^a nbna NmnKi . "îcy iiAnaai ] 9 : arw twin 3 mpa^K 

Je ne mentionne cette version que parce que les Arabes n'emploient 
pas dans leur langage le parfait de ce verbe, et le remplacent par 
nann. Le futur et l'impératif seuls sont usités, et le waw, qui est la 
première radicale, y est retranché. Ainsi ils disent (à l'impératif) : 
« laisse pi) ceci ou cela », et au futur : « il ne demeure ni n'aban- 
donne (ni" 1 ) » — ■Vibrai, c'est-à-dire il leur suffit de ce que produi- 
sent et créent les étrangers, et ils s'y conforment, savoir : à ce que 
les élrangers créent pour l'étude des sciences occultes, comme la 
science des augures et autres choses semblables. 

8. Nian ban. wan tient la place d'un nom, et l'emploi de btf ici 
est insolite, puisqu'il s'applique à une énonciation contre, toute habi- 
tude. Ou bien c'est comme si le prophète avait excité (Dieu) à ne pas 
leur donner le moyen de monter et de se relever. De cette façon 
l'emploi de bN serait exact. 

41. ...^y. C'est comme si ce mot venait après mms. — aaïa^i, 
parfait du niphal, qui signifie « être fort », de là les citadelles inac- 
cessibles et les forteresses élevées sont nommées a^TO ; voy. Is., 
xxv, 12; et xxxm, 16. 

16. "w v ann signifie la mer; quelquefois c'est le nom d'un pays, 
II Chr., xx, 36; il désigne aussi la couleur des eaux de la mer, 
Dan., x, 6; on nomme du même mot le chrysolithe, Exode, 
xxxix, 12. 

19. mbrtiâ. Le singulier est îibntt, comme îiba?:, rrnntt d'une ra- 
cine géminée, dans le sens du targoum d'Exode, xxvn, 8, où ains 
est rendu par b^bn. Les a mehillôt » sont des chemins souterrains 
pratiqués dans la terre pour s'y cacher. — ynrb. Infinitif de la 

1 C'est ainsi que nous corrigeons le texte, qui portait : i£$ bN ^bs* VTî îljNai 

pbyâ . . . 

2 Li verset porte 'a v ann sans hé ; b. B. l'a confondu avec Jonas, i, 3. 

3 Ibn Djanah, Qusoul, s. v,, donne pITtt mptf" 1 au nom de S. 



GLOSES D'ABOU ZAKAK1YA BEN B1LAM SUR ISAlti 189 

ni pmfc b'bn m n^« mm^ aiaj ouin »#a »b p^AAn ri«n foi 
pntyo ♦î>i«,i pnj^ iDipa iRTfi «enStf^ p*6« >c fijroattAK anaiD^K 
♦ D^D^fây^i miD icn^ 20 ♦ ^5 ^^ p-i^^i id:^k mi utavi wn jb 
pa KBôroa pr *nn îwkd^k dd« mie nsin^» pr j« n*o [«3 nJ£* 
ttfta tkû^i |«rn^ «mn^ cn:« »« d^bs^i in h^k n^y rpisya^K 

^B^K DDK TîSû [«3 NB^l , KnJJ? CI KI^J «"ÎK Dn^îWB *B Bnûtôn 

I» ipj kb ♦Bnttn nnpia «ai> 21 «^d^k rai jaaa yiv j« mi 

lia riapa ^ki pa» py bs nsh npja ^p n:ai >atôa mtttD i«in^« 
tt fri>Kj^K jkîhéAk3 ,Ta^n^ >h> ♦ d^dh »b>jhmi 1 odk im Dmpj 

♦ pp j?b nnnm ^«3j&k ^am# 



'o n/waJttn nrîîpa pjî«i^« mi n«ai^ *nan^a #w na:i 2 
ktjîd «mma np h^k k.tb fiam^i "&ibx h nan^B tr*m . 31t6k 
nan^a n^ ntpyn jr^ianra >a ^p ipi iniy:a nani?a &"tt mm n^ipa 
aiy^K ijmw ^ipa firKiB^K »h> k.tb anpa in *«^k ^a 

forme légère; ce verbe est de la même famille que y:n (voir Juges, 
x, 8) et signifie « briser, broyer ». 

20. nviD nsnb. Il devrait y avoir le participe, "îBIfib, afia que le 
mot soit en harmonie avec le nom û^sbu^bi auquel il est joint, 
et le sens est qu'ils abandonneront leurs demeures aux bêtes et 
aux oiseaux qui leur succéderont, lorsqu'ils en auront été exilés; 
mais comme l'infinitif est le nom du verbe, il est permis de le mettre 
à la place de toutes les formes du verbe. 

21. nnpsa : les parties creuses des rochers qui servent de ca- 
chettes. C'est un nom dont est tiré le verbe, I Sam., xi, 2 ; Isaïe, lt, 
1. — ^DSI. Il y a ici une comparaison avec les branches élevées 
d'un arbre ; c'est-à-dire : les sommets des montagnes. Le singulier 
est gp>o. 



Ch. III. 

2. TDJi : le héros, c'est celui qui a confiance en sa force et en sa 
bravoure dans les combats ; MttnbE tû'W, c'est l'homme qui pos- 
sède la raison et la résolution à la guerre, parce qu'il y a souvent 
assisté, comme il est dit I Samuel, xvn, 33, et de même Prov., xx, 
48. Mais la raison à la guerre est préférable à la bravoure, comme 
a dit le poète arabe : 

La rakon vient avant la bravoure chez le héros, 
Celle-là occupe la première place, celle-ci la seconde. 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

»j«ifr« bnaba vn Çtr in ttyJtt^K nyait? ?ap *ki^ 

: ' [838^»! R^r6« [a riAa ff"ffi BBib «yanâK «on K1KB 

3»sd^« Btfpbaa »£itptai ny«tp ^«i aaanbK .jpri ooip &>aji ûbiïf 
tm p>pi i/id ji? afc&it n* n:*oi pp*b«a rûâ »ib« hb*6k ^y 
mos^Ra rmaiin >jya^ ^tt^eti »na»pa rra a-ir î6 «a w |âi?«2 a»r 
rtnaan ipe o^wa jy d^ [« ^p ipi n^y ;«jd«^« m^ 
rtaV* ♦ am!> pan : pana** >b ja aan« ♦ a»ttnn carn 3 ï anain^» 
i dkWk 2 paKpoa nariB^ pp^/i^w fhKaj^H ;dit ^k ypsea^a a N Eâ^K 
nos ♦ tp*K3f « ayn twji ^ î^ysn prnjrfîBS ♦ aa i^a' û'Wotï 4 
tm roi n« r* 3 trr *6i ;a n^«i fraa aniya nip^K Jiatwï .tb 
laaa^K pinna iéusAk p^p n«:ya • ; pïa npan lanT : B^aa «icnp«^« 
r6ipa bjjï npB^a rra idb * i,t nnn riKîn n^aam 6 ♦ Dn a pi/ifr 
: rn«a e»k Aboi ja wi^k n^rai 4 ma min ara ara ^an rrm 

Mais quand toutes deu^ à la fois sont réunies dans une âme, 
Celle-ci parvient à la noblesse et à la puissance. 

D&1TB : le juge; &T23 : le poète; BOip : celui qui juge par analogie, 
qui tombe juste dans les affaires, celui dont les suppositions pren- 
nent un degré de certitude, comme s'il entrevoyait les choses cachées 
à travers un voile mince, de sorte qu'il atteint par supposition ce 
qu'un autre n'atteint pas par la certitude ; ïpï : le a vieillard », eu 
égard à l'expérience qu'il a acquise des choses, à cause des années 
qui ont passé sur lui ; on dit : S'il n'est pas savant, les expériences 
l'ont rendu sage. 

3. asm : « le plus fort d'entre les artisans ». — lîîfib ynii, l'homme 
éloquent, l'homme disert et élégant qui sait bien expliquer et ensei- 
gner, parce qu'il comprend les coupes des phrases. 

4. piVibJWrn : qualificatif du paradigme ta foui. 

5. IBWi. Saadia traduit : les hommes sont opprimés l'un par 
l'autre ; le sens est le même que dans iujp (Deut., xv, 2), qui siguifie 
« exiger le paiement d'une dette avec rigueur ». — "îaiT-p signifie : 
les jeunes s'obstinent à vilipender les vieux et leur résistent effron- 
tément. 

6. ïibwSttrn. S. donne à la racine le sens de « être pauvre », en 
comparant bttSiln (Zach., xu, 8). Le véritable sens du mot est 
« trébucher », comme dans Lévit., xxvr, 37. 

1 Le mètre est hawiil. — lin — m paraît ici avoir le sens de : l'un, l'autre. 

2 La racine « 3>C2p, couper », permet de voir dans 3>UiSp73 des sens divers: 
il peut signifier les t origines », les « carrières d'où les mots sont taillés » ; les « di- 
visions » grammaticales ou logiques du langage. Il se présente même dans le sens 
de « syllabes ». (Voy. Dozy, s. v.) 

3 En effet, S. traduit ce mot par "i^np" 1 . 

* En effet, S. traduit « cette nation pauvre i ; Ibn Dj., s. v. } reconnaît ce sens à 
b©3, Ps., cv, 37. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 191 

bf\n nn DDp^a kp* yn iai« ♦ twi .Tn«i6 ib*6 min nm «œ* ? 

ttw bbipû «iw ?]«n n^np ^« nn *é« iïimb* ?rfci jj? >« m s i«o 

rm ^rô ni dit n^« ♦ q^ nnjy omc irai 9 4 dkt pn 1 ?» ww br\ tt 

on «n«sc iKEna^K ■ jNoâo >b kuso p^« ♦ d^/iû -ptPKû w x \wivbn 
♦ tnn omya nn«i 'i 4 t 1^7 anja ir d^ }ûo dht^ ^nKic pbiû^« 

^wi *6i ^»pJî^« p ^kd ♦ D^yjrnptra 1 6 î pii?»n iTD ips ♦ urresn 
}n:« »« 5 w:yn mn kimi npi t/d j^i*6k n^és >b im p^« >b rh 
pnt^û 112:» ♦pjibïdi ybn txrinn m&nbxbm ib^k 6 pfw ^ jnn^n |iai> 
{ruiam {mnSan m ikiki ♦ t/d jd^k «in >a nj?^« ;&6 bwi pp ja 
>n >r6a d>d3j> ja yûflpB ^b ♦ ruMyn jir^nm narmatt *e>û^« >b 

7. Ntti\ On sous-entend a^vec NU^ le nom de celui par qui on jure, 
comme 'tt ûtt5 (Exode, xx, 7) ou quelque autre mot ; c'est-à-dire : 
« Il jurera : je ne serai pas chef. » On dit que ttJsn signifie « celui 
qui ceint la couronne », et ce mot peut se passer de son complé- 
ment, comme on voit dans Job, xxxiv, 47 : « Est-ce que celui qui hait 
la justice sera fait chef (ttnrp) ? » 

9. rfDït. msn est pour STOSïi, comme ïibitiri (Esther, iv, 14). 
Le sens est : « L'impudence se reconnaît sur leurs visages ». 

12. bbn^fa. C'est un qualificatif et on entend par là « les adoles- 
cents ». — 1732... Ceux qui étaient chargés de diriger dans la bonne 
voie, ceux-là mêmes ont conduit à l'erreur, à plus forte raison ceux 
dont on ne pouvait pas même l'espérer. 

14. ûrHya».. Vous avez lâché dans les vignes le bétail; ce verbe 
est dérivé de l^n (bêtes de somme) (Gen., xlv, 17). 

15. lifian. S. traduit : •pniban, « défaire les traits du visage ». 

16. h^y mnpMi. C'est un participe de la forme lourde. Il n'y a 
pas de second exemple de ce mot dans l'Ecriture ; mais il est fréquent 
dans le langage des Anciens. Ainsi, ils qualifient Eve de rr^npo. Le 
sens du verset est : « Les filles de Sion clignent des yeux », c'est- 
à-dire elles regardent avec fixité et longuement par effronterie. — 
C]2l31. C'est un infinitif dérivé de tp (Esther, ni, 43), « enfant », parce 
qu'à cet âge on folâtre beaucoup. On entend par là qu'elles se balan- 
cent effrontément et marchent en se dandinant. — ïi3032n. Verbe 



1 C'est la version de S. 

2 C'est l'opinion de S., qui a pensé à Ezéch., xxiv, 17, où le mot 1^3 est ajouté. 

3 Ibn Dj., Ousoul, col. 435, 1. 23, a à la place de ce mot J"DôfîbïfcbôS « la dureté ». 

4 Ce mot est obscur ; peut-être faut-il lire '{N'aii'a, de "poït, qui renferme le sens 
de garantir, se charger de quelque chose. (Voy. ci-dessous, chap. ix, 15.) 

5 Voy. Midrasch rabba sur Genèse, chap. xvm, § 2. 

6 Lisez : 'jbU' 1 . 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1 ktoû flyai H^aâ *d h»D^K rrtn mri ipi , ppic hd >rùa Tôa^K 
■jkd/i K^ b/iû raw Kni> *pim xb >/£« xsDxba p ny^npK «sa 
: ; nn«D^n »b «a pprisn «7 »« whkb naawn p pn^K -pn« 
♦ mr [îto *i : jtod ut ruw p rta\si rnp*i anj'i . n,np n« *'» iwi ' 7 
mi »D^Dn rran mn W ni/nom Wa im fn:a iris*?** ^y nypia dd« irtn 
, ira tèj^a ffîn rave 3«tt*6« k.t^p nin tttAk p ^nn frino lyaip 
^pftta p ^apnoa i>3>B mm . i»an finritt> nmorn ruttN&a ^p rnt^« rn 
nin p . wwm n'D^m D'Myn 1 8 : fp^si mya^K ns:yai *™a^« 
K2« *rvh> P]pv *6 «a anaai fîp»pr&« ^y nrr.tt> rpy> «a ?]k:2:s6k 
mon ps p pjwa h'^nK^K o^m^m ^k^&k n:« nu npe own 
mi 'pv nn oinn .wwm *o i^h>. tl « rima »^y ^>ay »in 
w nioba »ûd tfta k<tb ^6« in^« few ^a p n^« \$b rm^a 
,td icd rwn yui •ivwo npi^K ♦ oniïppni 20 jn>rab« dt n:*6 
: n^Jio {«d Kami vt^k p? rpnya bnb tmjy ^«p'i 4 tti6k n*rq 

dérivé de û*03* (v. 18', qui désigne les chaînettes qu'elles portaient 
à leurs jambes. — J'ai déjà mentionné ce mot dans un Recueil, où j'ai 
réuni les verbes dérivés de noms et qui n'ont pas de conjugaison 
dans notre langue; tel est n^Dn (Deut., xxiv, 20), qui est dérivé de 
vn'iND (Ezéch., xxxi, 5), « ses branches » ; c'est-à-dire « ne coupe pas 
entièrement ce qui est aux branches de l'olivier ». 

17. ns\Di : Il couvrira de lèpre et de plaies. Le sens dérive de nrDD 
(Lév., xin, 2). — ïïins. Ce nom est appliqué aux parties honteuses 
des femmes; de même, mmsïTl (I Rois, vu, 50) désigne les bases 
arrondies faites de fer, sur lesquelles tournent les portes et aux- 
quelles cette partie du corps est comparée. Cette explication est 
confirmée par le mot de la Mischnah (Kelim, xr, 2) : « et la cra- 
paudine qui est au-dessous du pivot. » — ï"W\ futur du piël, qui 
signifie « mettre à nu, découvrir ». 

18. û^D^fï. Parmi ces différents objets il y en a dont on connaît 
exactement l'explication, il y en a d'autres qu'on ne saurait préciser. 
tT033>»1 sont évidemment les chaînettes; tP3nTO!-n sont les crois- 
sants, avec le même sens que n'HOït (Gant., vin, 3), c'est un joyau 
fait en forme de croissant. 

19. rViTwm. Le targoum de nn (Exode, xxxv, 22) est pTE, « les 
bracelets », qui tirent leur sens de leur forme ronde; pour la même 
raison un mur est appelé THZ3, parce qu'il entoure la ville. 

20. D'H'llDpîTl : « les colliers », mot connu. — ©B2Î1 TOI. On a tra- 
duit ces mots par e plastrons de la poitrine » ; chez nous on appelle 

1 II faut sous-entendre btf^DNbtf \Ï2 ; voy. ci-dessus p. 173. 

2 Voy. Opusc, p. 103, et Ousoul, col. 561, 1. 1 sq. 

3 Ceci explique les mots d'Ibn Ezra : Û*nnN D2Hb rPWlN ûnîHn N1ÏT). 

4 S. n'a pas le mol Tl^b^. Comme on voit dans I, I)j., Ousoul, col. 9?-, I. 10, 



GLOSES D'ABOU ZAKAMYA BEN B1LAM SUR ISAlti 193 

ain fhay »e d^ï p]Îî6k ^j?i jnt6« >^ jAjp ^n ddk » ?]«n 'ara 1 ! 21 
. ms&nan ~~ t *6aynaa nKannai? *6i *pa6« ^y »W>« [a »p p^yn j«ûî^« 
fiiD^K ^ i>a w ;ûkd itfi tt ^o«t^o^« . niEByam t ' ^n^ .td idd 
»an «.Tinaii 2 frappa n % B tda ♦ wneasam : nrotra «ai kt&jo «n^o 
pa 24 • flpprfcaa n^j? pp »h «naa .-nriK d^ «ai ♦"p^y ^^ -nnsiaan 
♦ nspa mm nnrn : [«an^« >aya$>Ki pmina napan ja pn^a ddk . rm 
rpa ans p« y? p^*6a b*63 »bi ispa* D'an b*p naai firooi ddk 
mpa *6k nw d^ n^a^a vhy ptnsa p a» *6« ntaa^ w^aa 
«c«ia d^ nwai rrinaa^K frn^K 3 £>ra] n^oon ♦ n^pa nwo nnm 
n«iai n^Jiai n^jïss ntppai bVaDa nais "i^i ^v Wn^Ki nirpa ^« 
piDB^K b)M bwù ♦ w nnn »s î annaai «nn«M ^ DiTÈot a*aBi«n 

un joyau connu « ornement de la poitrine ». C'est à celui-ci que 
ressemblait peut-être l'ornement de notre verset. 

21. £]N!n *ST31. On appelle ûîa un joyau qu'on suspend aux oreilles 
et au nez. Ce n'est plus l'usage de notre temps de suspendre quoi 
que ce soit au nez, et nous n'en avons jamais vu l'emploi. 

22. matinall. On a traduit par « les manteaux ». — msï3J»iTl « les 
surtouts », c'est-à-dire un vêtement très ample qui enveloppe tous les 
autres vêtements, comme les manteaux et autres vêtements sembla- 
bles. — mfiSE3»ï"n-On a traduit par « linge dont on se couvre la tête ». 
Le singulier est nnaLDtt (Ruth, ni, 4 5). — Les autres mots que je n'ai 
pas mentionnés ne sont pas compris exactement. 

24. pia, nom dérivé du verbe ïnspton (Zach., xiv, 42), qui signifie 
« se fondre » ; — ïispj nom signifiant c blessure », de là nDpj" 1 
(Is., xxix, 1) ; chez les Anciens on trouve la sentence : « personne 
ne se blesse (ËjpU) même le doigt à moins d'un décret d'en haut 
(Hullin, là) », c'est-à-dire il n'est blessé que par l'arrêt divin. 
— ïitfJptt ïTQyn nnm, « à la place d'une forme proportionnée ». nvyi2 
n'est pas à l'état construit avec ïTlBptt, comme c'est prouvé par le 
ségol ; TOp?: en est le qualificatif. De même DîTWm (Ezéch., i, 46) 
signifie « leur forme et leur aspect ». — ib^ nnn "O. Ce membre de 
phrase doit être joint au commencement du verset suivant; c'est- 
à-dire : en échange de ce que vous vous êtes montrées coquettes et 
belles avec les hommes, ceux-ci tomberont par le glaive, et l'objet de 
votre coquetterie sera ainsi perdu à jamais. — Le mot ^rmaai veut 
dire ici e. ceux qui font ta force ». 

nfcWnS désigne une cotte de mailles courte à laquelle ce vêtement de femme est 
comparé. Dozy, Sup., s. ©., rapporte par erreur l'explication d'I. Dj. au mot 

1 Ainsi S. et I. Dj. 

2 S. et I. Dj. traduisent par 3>3Np?abN, • les voiles ». 

3 Nous avons ainsi rempli la lacune qui se trouve ici dans le ms. Cf. I. Dj., 
Ousoul, col. 650, 1. 33 à 651, 1. 6. 

T. XVII, n° 34. 13 



l.i ; REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aîtrc rphfà ppp orna hxhbb pabnri pfeata ^n pt hp rrè» *fta 
tyrnM ^:s tt mante ^mi^^ rfcipi » i! «piPi na jr^airi «d 

: ?rpm« tm taraDuta ntupts ♦ nt^n p*6 nnwi : dk:^ 



anp/i dki ^iia aia^ *6 ,Tpnn^ aurn c« »>"> pm or 4 
irr.îAita bus* .mys irr jrtsi irta j«3 tri» nna j-irvi "trtM rima 
jir prrw r**rï mai rrèûi mai ^"r p^iR^R aiéa »bi rbw m 

26. i2&o . • . C'est une expression figurée pour désigner la solitude 
et le désert, car la tristesse n'existe que pour les hommes (et non 
pour « les portes »). — ïinps") renferme le sens « d'extermination » ; 
c'est un niphal. 

Ch. IV 

4. ûn est ici une particule affirmative et non conditionnelle, comme 
Lév., ii, 14; il faut traduire : « lorsqu'il arrivera telle et telle chose... » 
— HT « il lavera »; comme Ezéch., xl, 38. Cette forme se trouve 
également dans le langage des Anciens [Hullin, 113a; et M. Pesa- 
chim, v, 8). C'est un futur du hiphil. 

1 B. Bilam et S. prennent ia pour une conjonction ; Ibn Ezra, qui cite déjà l'ex- 
plication de id par ÏTHD, la rejette en prétendant que le vav radical n'aurait pas pu 
disparaître. Cependant Râbâ (Sabbat, 62 b) avait déjà comparé, avec raison, le pro- 
verbe populaire Ï1JOD iX'IDYO "'S'ibn, « à la place de la beauté la brûlure ». C'est 
là la bonne leçon du texte talmudique donné par Kamchi. — Cette dernière inter- 
prétation suppose au lieu du maqqaf un accent spécial pour le mot 13, comme 
M. S. Baer l'a trouvé dans certaines copies. 

* B. Bilam, dans son Traité « Sur les Particules > (ms. héb., n° 1221, f° 19, v°), 
distingue le EN de notre passage de celui deLévit., n, 14 ; voici ce qu'ii dit : 

(T'" 1 'n s-op^} i>*:3fin ^a tt-DS fczfrn 'ps* ***^ *\w irïrn 
t-\K$ \^yh ts mm ... : Ynan 172a s^ann ^a iasai ira* 
twNi (V^ 'a ta») ir-naa r-rra» a*npn taxi msMa c© i?:a 
s<Vm nwi Dî-psid to^R (îi"a 'a m»©) ^b rro*ri ta^aa r\nv2 
aaaran iy ainan "ibri ùb^a^ai ,w»afci"rta an amaarn nain 
tar:as naTEfi b^aïaa nfcNi .(n'" 1 :Ta r^n^n) , taaifibR pip ïna 
mttbffl pMH . l'i T"a a-nai) ^pfibis 'n naïtt *hn îrnn m»bta 
tar-a-in Wïï b"T midi v.ttin bnaa ibaai î^bia i&nasui i^a 
t-to"» y-iN "i3 n aa>n ypnp fibnnab î^m© ^ tnataia t<b y-iRa 
i:aiT ta^raN ï-7:ee iRiarvn aabci^b ï-nsro fr<b© mm ta^a^n 
i-ii vroïi im»>tD aa^a^ mittE aa^pnb annan^a na-72 aantt 
&r r:a nran iwiït© aais W> ^a nain s^nm m:^ na'ia ?<ir;^ 
^a mr T^bn ('-i N"a r-n»u5] t-r^N ib t^" 1 i^^^ 



GLOSES D'ABOU ZAKAR1YA BEN BILAM SUR 1SAIE VSÔ 



n 

«an fiy\r\bx ffM pa râia »« ' pa *i pi »b ♦ pt£» p ppa * 
p«^ 2 nns/fc* p nâ p» w6k ♦ în^pD'i "inpîri S : nmw nanai ^«p 
jè6s»b «am 3 nrurB nu» ♦ maints bwn ♦ in^pD»i : jntt n^r6 

>B plD^l pnD^K ,TD 1DB1 DirAtf p p3» Ka TIJ8 ♦ p W înW î JN^p/l 

k by pno^a Wi mn^* 3*b »b py «oi« mj^K ;kd^ 
inn^K piD >b on^x natt 
♦ b'»i«3 wi : h'nàn fbnya fiàs^ b'ï pj*j nnya an Ç>«p h^« pna^s Wn 
ion s ♦ jair^K ,tb idd -pt*»^ p m* o^p yj ^y ntpjo nw «mrao 

Gh. V. 

1. '{Ta© p 1-ipa : « dans un terrain gras », c'est-à-dire un endroit 
d'une terre dont le sol est fertile ; cf. Néh., îx, 25. 

2. lîlpT^^ : « bêcher », est une manière de labourer la terre pour 
la rendre propre aux semailles. — lîlbpO'n, « enlever les pierres du 
terrain pour qu'il produise ». Ces deux verbes sont au piel. — pnta 
désigne ce qu'il y a de mieux en fait de vigne, Saadia traduit ce 
mot par p*no. Mais pna, et peut-être aussi p"HO, signifie en arabe la 
bonne soie. On dit : 

Les filles des Grecs (vêtues) de la meilleure soie. 

Peut-être le mot p^abtf dont s'est servi R. Saadia est-il un mot 
arabisé usité dans sa ville. — B^iafiO. Le singulier de ce mot est 
rrçaa (Job, xxxi, 40), contre l'analogie; c'est une espèce d'épines. 
Saadia traduit "jaiT. 

5. ï^Di^ft est le nom de la haie qui empêche l'accès des vignes ; de 

taN *pi *p rwi nuttc ,*nïîaa •pas'bn l'i /ta i îtjw) 'n ym a» 

(Y'b n"y tnbnn) irtwriii twin 

On voit que dans le verset où il s'agit des prémices, UN s'applique à une of- 
frande obligatoire et nullement abandonnée à l'arbitraire de chacun. 11 en est de 
même pour la construction de l'autel, qui doit être élevé avec des pierres extraites 
d'une terre vierge. Notre particule est déjà ainsi expliquée par R. Ismael (dans la 
Mcchilta, à la fin de la section de TID" 1 ). B. Bilam indique ensuite encore deux 
autres sens de cette particule : « au temps où » et « lorsque » ; cette distinction est à 
peine appréciable ; toutefois "O r\y paraît être une mauvaise version de *P3Tt, tandis 
que "lUÎN^ traduit &ÔN, et il y a cette nuance que dans le premier cas UN répond 
à « alors », et dans le second à « lorsque ». B. Bilam paraît s'être décidé finalement 
pour N'iN aussi dans notre verset, puisque les mots *pï '■p ï"pfi TSJfrO ne sont 
que la traduction de notre &Ô51 N^D 1ôO N^ÏN. 

1 C'est la version de S. 

2 Dans le ms. un trou a enlevé la 5 e lettre, qui doit être un *■). 

3 II manque une lettre que nous supposons être 3. 

4 C'est un hémistiche du mètre hczdj. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

■pn m "jtp rçan b*p mai onsbK p î?Jon »nb« fhrikrfca ddk . înaitra 
jàb i^i n« sai «iwa *]ro«ûba \>vz >b lin ,"10123 ^iia ddk îm 
mbo?/©' 0^ fÎD'Bi «nba ppba nrt^x bayeàba p fîp»npo^« KDDKba 
fiuaaba "i^îdi «nb«i orçbaq «rua fwaaba «d^d ab dkjik^« kto 
PdJ mn nb« bpciw oa nuA/i bria W b*bp «b« 5 «r6ai artb*» 
b'pjîba p im b»k w »3 p tob . iy:ib rrm : naipn nou/i fi» >by ruibn 
niTirbu sam fia^D^b ajna w muye -ira* îwa iym >#« T7#ab« 
cncn j« *]b ! j« npi , aatjtb rtpi bape pinbK >jj;a p nbyii ain p ikiid 
j« bip« cri , rrby iiW* npâioi *uaip «sa «ba nTDcn m* s 1 ? n:« 
bjh« pan raiœa ion i^a DBiab n*m nu pis nbip »s FiTaaba 
tnaiDTn [twnbai D*ob« npieflbe fibai ^«n^« feaiîi rua }Kvnb« 
î mnan >brm n:ai fhKayba ftp ^ 6 iKiaba n*uya ddk . nna înrriPKï G 
«om Jfhnta TDnbtfa piaba psi im ns» «bi 12?» **b . tut xbi w ab 
vn nmai rua yap' «b »k mis? atpa imn p pnœa ion bayes» 

la même racine vient le mot *]"Q (Osée, 11, 8). C'est un nom de la 
forme r»0"D72. Ce mot se trouve dans certaines copies avec daguesch, 
ce que je n'approuve pas, parce que les noms dérivés de verbes 
à la deuxième radicale faible sont tous sans daguesch et n'em- 
ploient pas l'insertion, surtout lorsque ces noms sont formés avec 
mîm et hé, ou bien avec taw et hé; peu de mots s'écartent de- 
cette règle, comme msnbn (Exode, xvi, 12), qui est le pluriel de 
ttaibn sur la forme de ttDian ttiaipn. — n^ab mm. C'est l'infi- 
nitif dans le sens de n^n - » (Exode, xxir, 4); c'est un pie], comme 
"I3>m (iàid.). Le sens est : « il deviendra un pâturage pour les 
bêtes ». Le targoum s'écarte de cette interprétation et donne à *iw 
le sens de « brûler » en traduisant Kahatb NrPY. Mais on a dû com- 
prendre facilement qu'aucune autre interprétation n'est permise que 
celle que nous avons avancée, comme le prouve le coûtexte. J'ajoute 
qu'il était utile de placer ..."nu y^D après irûlttE non, etc. ; les 
pieds des animaux ont pu s'emparer de la vigne après que le mur 
en avait été entièrement enlevé, et alors les hommes et les bêtes y 
ont pu marcher et la fouler. 

6. rtna. C'est un nom qui signifie le « désert », c'est-à-dire 
« une terre peu cultivée »; cf., plus loin, vu, 19. — Nbi 112V &6 
■W». « Elle ne sera ni émondée ni labourée » ; ce dernier mot signi- 
iie amollir le sol en le travaillant avec la bêche et la charrue. Les 
deux verbes sont au niphal. lizv «b est dérivé de ÏTVW3T (Nomb., xiii, 
23) et signifie « on n'en coupera pas des nmttt », c'est-à-dire « des 
branches ». 

1 Dans le ms. il y a tfnbfrO NîlbfiO- 

2 En lisant "JiSlpi ce serait une répétition de p^nbiX *Î9%1 "'D. 

3 C'est la version de S. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR (SAIE 197 

jk pnrtn kbjk $>#p ♦ om^ Dnntpirri Dïpû dbk 13; 8 : pr6a ni in »^« 
♦ nrnaaj »"* »jroa 9 î ûps btijm arunsyns «nacD p -wt^ «^5n 

}« mâai 3^pa^« p ♦ cp^T p ^3 *nn«a j fie^i^a yvpn mbx \mh 
\xnbx >n ^i m» k»k . Wrri rpn bail ms mm ! 2 : 2 p' ip*^T pr 
wAwi ^2? p »m cns^ c^nn nm:^ nbip "]^i ♦fy br îwibx p 
?^an scté* bip ^d (-|M) «r«. kj:6k n*6** p baj »#« »b^k n^n p?i 
ppi?K Wm P]in *s idbi ♦ rni^ai iK/v^p^K «».tb lODi deô *é pr im mwn 
mm <-3 jnimb :ra buïji in nb« pjnb Wn p ^^n p«pn^«i »kA«i 
? ktt&*û ;«:b «nb« k Wi mm nn n»« ^î» dd« m nos « k»u nnse 
*« ♦ mro d^d uni ''7 îmmjmc jrsœm ^p niai pbj^k mttpai 
«»o • i^mp tnj o s ns mmm : n«i3« *6i f\:y \n snterum «rfrao ^y 

RTBfcK* ffj*BD^K IK^K D*riBB D'JûtP p DW31 flBSÉ^K *b« «ffcfit 

7. nDIBft, au sens propre, « blessure », comme fiïrtttl (chap. m, 17). 
C'est une métaphore pour la violence, qui est l'opposé de la justice. 

8. ODtf *-rJ etc. « Vous voulez que les demeures soient vides de leurs 
habitants, afin de les occuper seuls ». 

9. ■rçtfiw. Le verbe T£N ou vnp est sous-entendu. 

14. ipnn ift^ffitt. Le mem est tombé, car il n'y a pas d'annexion, 
puisque le bèth coupe l'annexion. — ûp^T 'p\ Il y a inversion et il 
faudrait "p"» Tp^bmv « ils poursuivent le vin ». 

12. *tdd etc. ^Ij^ et bris sont deux instruments de bois, comme 
cela est prouvé par II Ghr., ix, M, où il est dit que ces deux instru- 
ments pour les chanteurs étaient fabriqués en 'bois de corail. Ce mot 
baa est encore appliqué à un instrument d'accompagnement dans 
cette phrase des Pères !m v £~ ^1351 (Kel., xv, 6), où il s'agit d'une 
outre et non de bois. On a traduit ces deux mots par « cithare et 
luth ». On a rendu les deux mots b^bm 5|n par « tambourin et 
flûte »; ce dernier mot est dérivé de b^bfi, « creux », qui est le tar- 
goum de 3135 (Exode, xxvn, 8). 

13. !"»fi£ est un qualificatif ou un nom de la forme TON, et si ce 
n'était le n, le mot aurait un daguesch; le sens est : a la soif », de 
là dérive mttitttsta (Is., lviii, 11). 

17. Cm^rs, c'est-à-dire selon leur habitude et leur coutume, sans 
répugnance ni contrainte. — mmm, etc. Il y a annexion avec un 
qualificatif, et t2^n?3 a le sens de tPfitttt (Is., xxv, 6) ; c'est-à-dire : « le 
produit des terres grasses sera consommé par leurs habitants ». On 

1 Ce verbe est mentionné parmi les dénominatifs dans le traité spécial que B. Bi- 
lam a consacré à ce sujet (ms. 1221, f° 36, v°). 

2 Cf. Luma, p. 340,1. 19. 

bl 

3 Voy. Ousoïil, s. v, ni- 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

uni ya paawrè a*na nbw bnp faôiâ^K btib *b ibb ipi » «njKaa 
^ana ppn »awio m «s ♦•j^fa tt>w piaa^K osa: ;*6 Tjn îm a^aa 
ïAw py nœpi&Ki kû5î>« niyn [« najya »nwan rè#n rnnyDï «wn 
•^3? Tîp* *6b fi^ata Tsm hixybx \xb «ip* *Sa> «a^a niî as^i ktb* 
yny a$>na ^ïb3 rfcip »fi asBB^a ïi^/ib Tpi -|^i ;a ntb& «a npiasa 
raite yjna ipi ' tïdkb btib w . «oa rw a»p»l3î jnp-rci 23 ; D n^a 
jnpnr orna >« byzb»2 xh ùdh6»2 pa*i ' «a3K fî?Kt«^« rrtn 'wai 
an^a nom ^b >b *6i ^ip >a diotjm» *6a n^y an «a Ta »to ;t6k^k 
pb 24 jonia prena* «a ^Js [a ^n^aa an 1 ? jrw fîbm pr^Kt^aa 
»p #a jw£ ^îaaa p^ nTipn . hbt nstb twm tr« pt^b œp ^a«a 
bbk ♦ nniaa ai^aj mm 25 :twr6« bdk 8 mi »trn nain narta 
B3a^K w m» >wa »b nna ja n:« *6« bikbï *na r^Jiai ffa«3^« 
3 n/ntpp wa fc pa^« rnna anp^« ^pm map »jiitoi ?a r6stKi 

a aussi traduit û^n?3 par e agneaux », comme Ps., lxvi, 15, pour 
établir un accord avec tmaaô; mais c'est inadmissible, parce que 
le contexte répugne à cette explication. 

18. n *i!^ etc. Le sens est : L'habitude des péchés et des transgres- 
sions est au début légère et faible, ensuite, au fur et à mesure 
qu'on avance, elle se fortifie, parce que l'habitude se change en na- 
ture et il devient impossible de se détacher des choses auxquelles 
on s'est accoutumé. Ailleurs, on s'est servi de la comparaison du se- 
vrage (xxvin, 9). 

23. 157353 1T&\ 13253 est pour Bîlttj mais il a employé le sin- 
gulier; j'ai déjà montré des cas analogues. Le sens de VPO" 1 est 
qu'ils les dépouillent du nom de justes, mais non de leurs actes de 
justice ; c'est-à-dire ils supposent' les justes autrement qu'ils ne 
sont et ne leur rendent justice ni en paroles ni en actions, tandis 
qu'ils font le contraire à l'égard des hommes injustes, dont ils attes- 
tent l'équité, à cause du profit qu'ils tirent d'eux. 

24. *pb etc. C'est comme si les compléments tiîp et tëDfi étaient 
placés après leurs sujets, latûjn signifie l'herbe sèche comme l'arabe 
haschisch. 

25. !HmDB : nom qui désigne la « balayure », dans le même sens 
que Tia (Sam., ni, 45) ; seulement ce dernier mot vient de ÎTTIO, dans 
le sens de « enlever l'ordure »,cf. "TPttBl (Ezech., xxvi, 4); les Arabes 
disent de même : 'psabô* niftO, « j'ai enlevé et ôté la boue », tandis que 
STÏTie dérive de mo. 



1 Peut-être faut-il donner à ce mot le sens de B^p^Sbilia IFlN ba» d'après Ezra, I. 

2 Nous supposons NÏT5N, ou bien fc^jtf KÏ13N. 

3 Ms. a m. 

'' Ms. ^ybN ; nous avons changé d'après I. Dj., Ousoul, col. 478, 1. 20."' 
: Ce mot a ici le sens général de t dépouiller » . 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN B1LAM SUB 1SAIE 199 

bp) b*p toi n^rù» n^« %ib w&\ 26 tpj£« br\yn nmoi nrbm 
«ûi ♦ i^y: -pi? pro «^i 27 :-fî4n«^« ^ î«io im «jiotïpb «iip 
tlYroi puijn p pn^û prua n^5t« pas ^«pbj« nbyi *]*w y^ôjK 
p iru «i ipï lis: ^jîb im i?xbx nin^K ♦ wnj im vdid nions 28 
»ni^« n'ino *b «ni33i nniDi a^«i^ .naios r^^i n'a iptw ♦**!» 123 ^d «in 
^« 1^ p n^«i rr«o p p]y«ia Wji nsw^>« n«nb« mi î>3«i£«d 
nom t nry\ pria bf\n bvtb» kd p£« j>kb ^d • pi*6 b3ji 30 : ovrr 
lûp^i Dat^î? }«3p^ «on:« nnyo an $>«p ♦îwntfa n^n -!i«i n^ ytm 
.Tanin i^n ii«i p:n -|E>r6 «Bit na ps» j« pn^« «aa« «ni Tin irtm 

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*py ffÀ p r£«riû« p nny:A rua npnvu miw nb ykm &b 

♦ «nîo 

1 

tj «im i.tw pnsa rûo .td idd ♦irrry ^on nia rw:i * 
nâ« ♦ nn «a 5>i« vn nma fao m ^ n^«pï> Wn «^ n« "y«D 

26. p*rcn signifie proprement « siffler», de là «mpruOE (Dan., 
III, 5); il est employé métaphoriquement pour « appeler ». 

27. pria «bl etc. : « la courroie de son soulier n'est pas arrachée » ; 
prû est un parfait du niphal, pour pn 23, dérivé de pirûi (Lév., xxn, 24). 

28. nsto : « une pierre dure », dans le même sens que -)^ (Exode, iv, 
25). Un cas semblable se trouve dans *DD (Ps., xvm, 21) et dans "in 
(iàid., il, 12). — !";dio:d l^baba : « les axes et les jantes (des roues) de 
ses chars ressembleront pour la rapidité de leur course aux tourbil- 
lons» ; ï"!D1D signifie les vents violents; dans baba la première radicale 
est répétée ; la forme primitive se trouve dans ibà (I Sam., xiv, 33). 

30. tanai. C'est un verbe au parfait, et le noun est la première radi- 
cale, comme dans yn3 et autres. — "lit nj^n ïiDïn etc. R. Saadia dit 
que 1£ et *n« sont deux surnoms du soleil et de la lune. Cette 
explication est très recherchée. La vérité est que "]£ est un qualifi- 
catif de ^Uîh et que y^'n *nNn etc. sont le .sujet et le verbe ; le 
sens est : la lumière est obscurcie dans ses régions. î-pD^a est 
un nom qu'on explique [d'après le contexte], puisque nous n'avons 
aucun passage d'où nous pourrions le dériver, car il s'éloigne, pour 
le sens, de tous les exemples que présente la racine Sp*. 

Cil. VI. 
1. mtt naiûs etc. S. traduit : « dans l'année où Ouzyyah fut atteint 

1 B. B. a adopté l'explication de S. 

1 C'est cependant l'explication du Targoum et de la tradition. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Wi^«i rvbv ?)pi *6 >:ya^ w ffwrà a p^« p {kdb^k wîn ^« ina^ 
top p >pa ip ;«3 «o ^« pi » iA 1^ 'ai n^K »b n« ntop ^"i ^y 
*i>p /uns nnnM p lai »ro* ■pW'K fàai *b rtài» »ajn ; s n mny 

a^a rbwi : îrpfirr m« onv vpiji wa aana^K ma ^o n^ipa arrro 
bwn ^w ^ nbipa a«»f&8 p ^ï^Ka ftwrim m^K i5«i« »feawi n» 
jK/nw^K ^« aitwta ptAa naiBîiKi ♦ d^ddh jiibk wï 4 * a*3B 
, d^dî^ rb& tr\** ^ T\ % nii *a ^ >ik s ♦ «û.t^ riajiy^ pan \nrbx 
. dk^« ^nyai?** p f «a îwbjk im p^piw» nna*tt ruai *]*6n^K >wb p 

Î1BBJ "ttp fUK '« ' Bî6a^K JfôpJB IBBB^K ^Kp «û"0 BVIBtP «ÛM '#B1 

niai ♦ np^ anp^aa nwn vrai 6 : anaa/maa *6i dk^« ôr a^> «a^c 
lai^Ka nasii n«anû^« mairie »bb» aij^K a*6a *bï nann *]iïn ruai ito 
Tp ;kd [«1 wb ^pii p£> p na« .ntn ayn a^> pt^n *o : n'aida 
♦ i32n rariti î îratn Tjrat^ï faiw »fi rnyna tj H:Wh rrtn na à 
n»an n« ntsi Di:nri p n^ai jbi aatt** «xnpn vrm tanartiK ipia 
rnain^a rrtm .mpn ^« atpn ^»/ib pyto ^nya «vn wra rr ywi 

de la lèpre ». Celte version n'est pas admissible, puisque celui qui la 
donne n'y apporte aucune preuve. Il s'agit donc ici de l'année de sa 
mort, qui était la première où Isaïe a prophétisé. Il n'a mentionné 
ce fait qu'à cet endroit du texte, soit arbitrairement, soit pour 
une raison que nous ignorons. Ce qui le prouve, c'est le verset 8, 
où il est dit : e Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? » Mais comme 
Ouzyyah vivait encore au moment où Isaïe commença sa pro- 
phétie, il l'a introduit dans l'ensemble des rois à l'époque des- 
quels il dit avoir prophétisé, en disant au commencement du livre : 
« Du temps d'Ouzyyah, Jotam, etc. » (i, 4). — "pblttîi, les derniers 
rayons de la lumière, qui sont comparés aux bords des vêtements ; 
cf. Exode, xxviii, 34. 

4. Wi etc.: « les bâtisses des linteaux furent ébranlées 9, c'est-à- 
dire les deux poteaux sur lesquels reposent les linteaux. 

5. VWra a le sens de « périr », comme Inntt^ (Jérémie, xlvii, 5). 
C'est un parfait du niphal d'une racine à la troisième radicale faible. 
Le sens de tPnBTD iïft'û, d'après la version de S., est « incapable de 
parler », c'est-à-dire qu'il se sentit impuissant, n'ayant jamais 
exhorté les gens ni cherché à les ramener au bien. 

6. nssn : « charbon ardent » ; de là Spsti (Cant., in, 40) « brûlant 
d'amour » En arabe, on nomme les pierres rougies au feu nSBin, 
avec un dad. 

40. )"2'ï- : impératif de \W 9 au hiphil, avec le seQS actif » Dien <ï ue 
cette forme se rencontre également avec le sens neutre dans laiftOT 
(Néh., ix, 25). — TBSî"» c alourdis leurs oreilles ». — TiïT> « couvre et 
ferme (ses yeux) » ; ce verbe emprunte son sens au Targoum de nan 

1 Notre texte de S. porte blp>N. 



GLOSES D'ABOU ZAKARIYA BEN BILAM SUR ISAIE 201 

.T^o^i ïivxvhb &b wrtb* Yar/i >d »n n« rfA* \û ffrid Knîo 
^p/n niAp Ap 2 î«ii rwi pp p kid na n^« *tk*ik jod ' toio k.td 
mnp «a rrs djv^ d.t# 3^p *6i nn py *6i paon p« *6d nyao 
np7« «rôn .on? hw dk ïpk iy 11 :rm6 ™ *6 nb« nbba 
mttra kï33 rua dd«^hi 'JTKtP nat? [a p«a ^ys îro n^«5 ^p^n *>& 
nain ^Jia dd« »n3Wi rcm ,2 tnyin 'n ^y ttAi iïjî ^3? cnno 
rorn t6 rniap a:n »'rwAn nui? b)p p«i .Jfoîn r&iajri i^on vbw 
y&yb» RTPB »p3*i ♦ mw fp *iw 13 :{K5a ddk irtn |«a jki A 
■A3 \û facA* ïrti inj ^d ;«3 ^k min» ^3 Ak w im 

(Lé vit., xiv, 42). MlB'n C'est une racine à la seconde radicale faible, 
comme aiDtt (Ezéch., xxt, 35). — Il est permis de dire que Dieu pro- 
duit toutes ces choses, puisqu'elles se rapportent à la direction 
des affaires mondaines et que l'obéissance et la désobéissance de 
l'homme n'ont rien de commun avec cela. Celui à qui Dieu veut du 
mal, Dieu ferme l'œil de son intelligence, voile son cœur, alourdit 
son ouïe, de manière que son oreille n'entende pas, ni son œil ne 
voie, ni son cœur ne comprenne, afin d'accomplir à son égard ce 
qu'il a arrêté, lui contre l'ordre de qui aucune résistance n'est 
possible. 

14. û"n? iNE) : « Les villes seront désertes », c'est-à-dire elles 
resteront inhabitées. C'est le verbe ÏINŒ au parfait; le nom qui en 
dérive est rtNlïS (Prov., i, 26), sur la forme de Win (Is., xxxn, 6). 

42, SiaTT^ïi. C'est un nom de Ja forme de ttbittiitt (II Sam., xix, 37), 
ÎWlbn (Exode, xxxn, 18), ÏTYDp (Eccl., vi, 3), bien que ce dernier 
soit un nom de lieu. 

4 3. Wptûj : « Il y restera la dixième partie » ; il indique par là le 
pays de Juda, qui était à peu près dans cette proportion à l'égard 
du pays des dix tribus. 



1 Cf. Kitab alamanaty p. 160. 

2 Nous lisons *p"|. 



(A suivre.) 



SIGNES DE DANGER ET DE MALHEUR 



Dans cette étrange histoire de David que raconte le Talmud 
(Sanhédrin, 95 a), il est un épisode plus étrange encore que les 
autres et qui arrêtait déjà les rabbins. David, étant à la chasse, 
voit passer devant lui un cerf, qui n'est autre que Satan ; ayant 
en vain essayé de l'atteindre de ses flèches, il se lance à sa pour- 
suite et se laisse ainsi entraîner jusqu'au pays des Philistins 1 . Là, 
il tombe au pouvoir de Isbi-Benob, qui, jaloux de venger la mort 
de son frère Goliath, l'enchaîne et le couche sous un pressoir pour 
l'écraser plus sûrement. A ce moment même, veille du sabbat, 
Abisaï, compagnon d'armes et neveu du roi, se baignant la tête 
dans l'eau, y voit tout d'un coup des taches de sang. « C'est un 
signe que le roi d'Israël est en danger 1 » s'écrie-t-il, et, après 
avoir demandé l'autorisation de monter le cheval de son maître, 
il vole à son secours. 

Dans le ms. du Talmud de Munich (Diqduqè Sofrim, ad loc), 
au lieu des mots « des taches de sang », on lit : « ... l'eau se 
changea en sang. » C'est la leçon suivie par le Yalqoat et le Hib- 
bour Maasiot, lequel s'exprime ainsi : « Abisaï, étant entré dans 
un bain, vit l'eau qu'il avait dans la main se transformer en sang. 
Le roi doit être en péril, s'écria-t-il alors. » 

Ensuite le Talmud raconte qu'Abisaï arrive aussitôt près du 
roi, parce que la terre se raccourcit sous lui. Il rencontre en che- 
min la mère d'Isbi, Orpha, occupée à filer; elle laisse tomber son 

1 Ce déguisement de Satan a son analogue dans une autre légende de David 
racontée par le même docteur babylonien. David ayant demandé à Dieu de l'éprou- 
ver, t Satan vint sous la forme d'un oiseau. Le roi lui lança une flèche, qui atteignit 
une ruche sous laquelle Bethsabé se baignait » [Sanhédrin, 107 a). Chez les auteurs 
musulmans, l'histoire a été enjolivée : David suit l'oiseau, qui voltige d'arbre en 
arbre, jusqu'à ce qu'un peu avant le coucher du soleil, il se trouve au bord d'un petit 
lac. L'oiseau disparaît dans le lac, et, à sa place, sort de l'eau une femme, dont la 
beauté éblouit le roi comme ferait le soleil (Weil, Bill. Legenden d. Musuîmàner, 
p. 209). Dans Tabari, I, p. 427, la colombe simule la mort et tombe devant lui. 
David veut la saisir, mais elle s'envole par la fenêtre. Il la suit du regard et voit 
une femme toute nue assise devant lui et qui se lave la tête. 



SIGNES DE DANGER ET DE MALHEUR 203 

fuseau et lui dit de le lui rendre, mais il le lui jette à la tête et la 
tue. Isbi, le voyant venir, s'écrie : ils sont à deux maintenant contre 
moi et vont me tuer. Alors il lance David en l'air pour qu'il s'en- 
ferre dans une épée qu'il plante en terre. Mais Abisaï prononce le 
« nom », et David reste suspendu entre ciel et terre. Isbi se met 
à leur poursuite, les deux compagnons lui crient qu'il aille re- 
trouver sa mère dans le tombeau ; à peine a-t-il entendu le nom 
de sa mère que sa force l'abandonne, il ne peut plus avancer et 
ses deux adversaires le tuent l . 

Pourquoi cette métamorphose de l'eau en sang était-elle une 
preuve du danger couru par David? C'est ce que les docteurs du 
Talmud ne pouvaient comprendre, car, en cet endroit, ils interca- 
lent ces mots : « D'aucuns prétendent qu'à ce moment, une colombe 
vint devant lui donnant des signes de désespoir. Israël étant com- 
paré par la Bible à une colombe, c'était donc le signe du danger 
qui menaçait le roi ». D'après d'autres, ajoutent le ms. de Munich 
et le Ya/qoat, à ce moment, la mule (de David 2 ) vint pleurer 
devant lui. » Ces deux gloses sont l'interprétation de commenta- 
teurs aux abois, qui, ne pouvant se rendre compte de cet incident, 
trouvent plus simple de le supprimer et d'expliquer l'exclamation 
d'Abisaï par l'introduction d'un nouvel épisode 3 . 

Si toute cette histoire est d'invention juive, il en résulte qu'au 
temps de la rédaction du Talmud on avait perdu le souvenir de la 
croyance populaire qui est l'âme de ce récit. Si, au contraire, elle 
n'est qu'une adaptation d'un roman étranger, il est tout naturel 
que les rabbins aient éprouvé quelque embarras devant une con- 
ception qui n'avait pas de racines dans les idées juives. 

Cette croyance populaire, en tout cas, nous est bien connue, 
car elle s'est conservée dans une foule de contes recueillis dans 
les régions les plus diverses. Lorsqu'on est uni par les liens de la 
parenté ou de l'amitié à quelqu'un qui part pour une aven- 
ture, on peut être averti de la mort qui le menace ou l'a frappé 
par le moyen d'un objet qui change d'aspect ou même de nature. 
Vraisemblablement, c'est le sang qui, à l'origine, devait toujours 
jouer ce rôle, vu la place prépondérante qu'il occupe dans Yani- 
misme, qui fait le fond de la plupart de ces superstitions popu- 
laires, et, effectivement, c'est le signe qui se rencontre le plus 
souvent dans ces contes. 



1 J'ai suivi de préférence la version du Yalqout, qui est la meilleure. 

- Ces mots d'après un ms. du Yalqout. 

3 Episode qui rappelle l'histoire de Menahcm, racontée dans j. Berachot, 5 a. 
Comme sa vache mugissait, un Arabe qui passait, lui dit : « Le temple est dé- 
truit » . 



20 j REVUE DES ETUDES JUIVES 

Qu'on compare le récit du Talmud avec tous ceux que nous 
allons citer, en nous servant des matériaux abondants fournis par 
l'excellent travail de M. Cosquin 1 , et l'on verra qu'il n'offre, pour 
cet épisode, qu'une variante d'un thème général. 

Dans le conte égyptien des « deux frères », mis par écrit au 
xiv c siècle avant l'ère chrétienne, Bitiou dit à son frère Anou- 
pou : « Or, tu sauras qu'il m'est arrivé quelque chose, quand on 
te mettra une cruche de bière dans la main et qu'elle fera des 
bouillons ; alors ne reste pas un instant après que cela te sera 
arrivé 2 . » Dans un conte serbe, le héros dit à son frère, en le 
quittant pour un long voyage : « Prends cette fiole remplie d'eau, 
et garde-la toujours sur toi. Si tu vois l'eau se troubler, sache 
alors que je suis mort. » Dans un vieux roman français, Histoire 
d'Olivier de Castille et d'Artus d'Algaroe, l'eau, en cas de danger, 
doit devenir noire. Dans un récit russe, Ivan dit à Germain, le 
sacristain : « Si je suis tué en bataille, le cheval aura dans son 
écurie du sang jusqu'aux genoux. Alors tu le selleras et partiras 
à ma recherche : il te conduira de lui-même auprès de mon ca- 
davre 3 ». Dans deux récits suédois, le jeune homme laisse à son 
frère une cuve pleine de lait : si le lait devient rouge, ce sera 
signe qu'il est en grand danger. Ou bien, il lui indique une source : 
tout le temps que l'eau en sera claire, ce sera une preuve qu'il est 
en vie ; si elle devient rouge et trouble, c'est qu'il sera mort. 
Dans le conte lorrain du « pêcheur », un poisson dit à un pêcheur : 
Mets trois gouttes de mon sang dans un verre, ce sang bouil- 
lonnera s'il arrive quelque malheur aux enfants (nés du sang du 
poisson). C'est encore l'apparition du sang qui révèle le danger 
dans un conte breton 4 , dans un conte de l'Agenais 3 , dans une 
version grecque , dans un conte indien recueilli au Bengale, etc. 

L'examen comparatif de tous les récits où figure ce trait per- 
met de conclure qu'il est toujours l'indice d'un conte populaire qui 
met en scène deux compagnons, généralement frères jumeaux, 
dont l'un part pour une aventure, et l'autre, prévenu par ce signe 
% du danger qu'il court, s'empresse de se porter à son secours. Or, 
ce cadre se retrouve entièrement dans la version talmudique. Si 
Abisaï n'est pas le frère jumeau de David, il en est le neveu par sa 

1 Cosquin, Contes populaires de Lorraine, t. I, p. lxv et suiv., 70 et suiv. Tous 
les exemples cités plus loin sans indication de source sont pris dans cet ouvrage. 
8 Maspéro, Contes populaires de V ancienne 'Egypte, p. 15. 

3 Rambaud, La Russie épique, p. 378. 

4 Luzel, Contes bretons, 1870, p. 63 et suiv. 

s Bladé, Contes populaires recueillis en Agenais, p. 10, variante qui paraît avoir 
échappé aux recherches de M. Cosquin. 

6 Von Hahn, Griechische u. Albanesische Marche», II, p. 214. 



SIGNES DE DANGER ET DE MALHEUR 205 

mère, et l'on sait que, d'après le Talmud, les enfants ressemblent 
au frère de leur mère. En outre, en beaucoup de contes de ce 
cycle, le souvenir de l'origine commune des deux héros s'est com- 
plètement effacé, et les deux héros ne sont plus parents du tout. 
On peut donc affirmer que notre récit, dans ses grandes lignes, 
n'est que la transformation en légende pieuse d'un conte populaire, 
— conte babylonien, ou judéo-babylonien, ou d'origine étrangère, 
la question importe peu à l'objet présent de cette étude. 

Ce point admis, tous ou presque tous les épisodes de cette his- 
toire s'éclairent du même coup : ils se retrouvent dans les contes 
qui traitent le même thème. 

1. Etant à la chasse, David poursuit un cerf, qui n'est autre que 
Satan et qui l'entraîne derrière lui dans un mauvais dessein. — 
Dans un conte indien du Bengale, le prince poursuit également 
un cerf, qui est une rakshasi (démon femelle) et qui l'entraîne à 
sa suite dans une maison où il trouve une femme très belle, la 
rakshasi. Celle-ci, après lui avoir ravi la liberté, l'enferme dans 
une cave pour le manger plus tard. 

2. David, parvenu chez les Philistins, tombe au pouvoir d'Isbi, 
qui le couche sous un pressoir. — Dans le conte que nous venons 
de citer, le prince est enfermé dans une cave. Dans la version de 
l'Agenais, le jeune homme est englouti dans la terre; dans celle 
de la Bretagne, il est jeté sous la roue d'un moulin à rasoirs. 

3. Dès qu' Abisaï est prévenu du danger qui menace son maître, 
il demande au tribunal s'il lui est permis d'enfourcher la monture 
du roi, malgré la loi qui le défend. Pourquoi a-t-il besoin de ce 
cheval ou de cette mule? Il n'en est rien dit. Abisaï prend la mule 
du roi, et incontinent arrive près du roi : la terre se raccourcit 
sous lui. — Dans la version russe, Ivan dit à Germain : « Quand 
tu auras vu le signe, aussitôt prends mon cheval, qui te conduira 
de lui-même près de mon corps. » Dans le conte agenais, le second 
frère dit à son cheval : « Gagne ton avoine, mon cheval », et, 
tandis que son frère avait mis trois jours et trois nuits à parvenir 
en ce lieu, il y arrive le jour même. Ici même on spécifie que c'est 
au coucher du soleil, comme dans le Talmud. 

4. Quand Abisaï est proche du roi, il rencontre la mère d'Isbi, 
Orplia ', occupée à filer. Quand elle l'aperçoit, elle jette son fuseau, 



1 Le Talmud idenliiie la belle-sœur de Ruth avec la mère de Goliath et d'Isbi, 
parce que ceux-ci sont dits fils de Harapba (qu'on traduit d'ordinaire par gc'ant), et 
que les deux noms ont quelque ressemblance. C'est un des procédés de l'aggada de 
réduire en une seule personne des individus différents et de donner un état civil aux 
anonymes. D'une part, Nemrod est le même qu'Amraphel, Melchisédec, que Sem, 
Schifra et Poua, les deux sages-femmes hébreues, sont Jocabed et Miriam ; Moïse, 



066 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

puis elle lui dit : « Jeune homme, rends-moi ce fuseau » ; mais 
lui l'en frappe à la tète et la fait périr. — Dans un grand nombre 
des contes de ce cycle, une sorcière, qui est celle qui a joué un 
mauvais tour au premier frère, veut également mettre à mal le 
second; mais lui ne s'y laisse pas prendre et la tue avec ses 
propres armes. Ainsi, dans le conte breton, la vieille lui dit : 
« Baisse-toi un peu, tu verras mieux le moulin des rasoirs. » 
Mais il lui répond : « Montre-moi d'abord comment il faut faire. » 
Elle passe la tête par le trou, et il l'y précipite. Dans la version 
lorraine, la vieille fée lui demande de descendre de cheval pour 
l'aider à charger une botte d'herbes, afin de pouvoir lui donner 
un coup de baguette qui le change en touffes d'herbes. Dans une 
autre variante, lorsque la sorcière lève sa baguette, le jeune 
homme lui abat de sa lance une de ses têtes *. 

Les seuls traits particuliers à notre légende sont donc, d'abord, le 
dédoublement de la personne qui doit mettre à l'épreuve nos deux 
héros; mais l'intervention de Isbi-Benob se justifie, puisqu'elle 
est nécessaire à l'interprétation du passage de l'Écriture qui parle 
de lui d'une façon si énigmatique : « Et Isbi-Benob qui était 
des descendants de Harapha (d'après l'explication talmudique). . . 
voulait frapper David. Mais Abisaï, fils de Serouya, vint à son 
secours et tua le Philistin » (II Samuel, xxi, 16-1*7). Au contraire, 
la scène de tentative de meurtre de Orpha ne joue aucun rôle dans 
l'histoire, n'est rattachée à aucun verset de la Bible et ne peut 
être expliquée que comme un vestige d'un conte populaire. Le 
second trait est également relatif à Isbi, c'est l'expédient qu'il 
emploie, quand il voit arriver Abisaï, pour mettre à mort David : 
il le jette en l'air et plante en terre son épée pour qu'il retombe 
dessus. Mais cet épisode, qui est une addition inutile à la scène du 
pressoir, porte en lui-même la marque de son origine, puisqu'il a 
pour complément ce dénouement, qui a un caractère essentielle- 
ment juif : «Abisaï prononça le nom (de Dieu), et David resta 
suspendu en l'air 2 . » Il est même facile de préciser davantage, les 
éléments de cette addition paraissent fournis par une autre légende 
relative à Isbi et qui se racontait en Palestine : 



David et Salomon ont un grand nombre de noms; d'autre part, le fuyard qui apprend 
à Abraham la capture de son neveu est Og; les deux émissaires de Josué qui se 
rendent à Jéricho sont Pinhas et Caleb, etc. 

1 Je ne peux trouver d'explication ni d'analogie au trait de la fin : Isbi poursuit 
David et Abisaï, mais ceux-ci, en fuyant, lui disent : Va rejoindre ta mère au tom- 
beau. Quand ils eurent prononcé le nom de sa mère, sa force disparut et ils le tuèrent. 

! Il suflit de parcourir les différentes versions de notre conte pour reconnaître que 
le cadre s'est enrichi un peu partout d'incidents de toute nature. C'est d'ailleurs 
l'observation qu'on peut faire pour la majorité de ces fictions. 



SIGNES DE DANGER ET DE MALHEUR 207 

« IsM-Benol) le fit tournoyer avec son bouclier, mais David fit 
un bond en arrière qui le porta à dix-huit coudées de là. Ils 
avaient peur l'un de l'autre, Isbi se disait : s'il saute ainsi en 
arrière, que sera-ce en avant? David pensait : s'il est si fort avec 
son bouclier, comment pourrai-je le vaincre? Alors il s'écria : 
« Ali , si l'un de mes neveux était là pour m'aider ! Aussitôt 
Abisaï vint à son secours (Glose : Était-il donc à la porte? Les 
Rabbins répondent que, même s'il avait été au bout du monde, 
Dieu l'aurait fait voler, pour que David ne fût pas en détresse). 
Isbi s'écria : Deux contre un! David et Abisaï lui répondirent : Si 
nous te tuons, tu pourras dire dans la ville que tu as été mis à 
mort par dix 1 . » 

Ces lignes étaient écrites quand je me suis avisé de comparer le 
texte du Talmud avec le Midrasch Goliath imprimé dans le Beth- 
Hamidrasch de Jellinek (IV, p. 140), d'après le ms. 1098 de la 
Bibliothèque Bodléienne, dont l'écriture est allemande. 

Après un prologue semblable à celui du Hïbbour Maasiot, où 
on nous montre David se vantant de sa force et Dieu lui répon- 
dant qu'il lui fera bien voir d'où elle vient, \e texte continue 
ainsi : 

Dieu alors suscita un cerf, qui se mit à fuir devant le roi. Or Abisaï 
était à ses côtés. Accompagné d' Abisaï, David poursuivit le cerf, mais 
si loin qu'ils perdirent leur chemin. Pendant qu' Abisaï renouait les 
cordons de son soulier, David continuait à courir, et il arriva ainsi 
devant un beau château. Il y entra et y vit une sorcière qui filait, 
c'était la mère de Goliath. Elle reconnut bien le meurtrier de son 
fils, mais lui ne savait qui elle était. Elle cassa le fil et dit à David : 
Mon fils, passe-moi mon fuseau. — Bien, madame. — Gomme il se 
baissait pour lé ramasser, elle le courba de sa main et le mit sous le 
lit qu'elle occupait, pour lui briser les membres ; heureusement, grâce 
à Dieu, un trou se produisit, où il s'enfonça. Lorsque revint le frère 
de Goliath, sa mère lui dit : Sais-tu qui j'ai pris ? David, le meur- 
trier de ton frère. — Qu'as- tu fait de ce méchant, livre-le moi que 
je le tue. — Regarde-le sous le lit, je lui ai brisé les membres. — Il 
aperçut alors David tranquillement assis dans le trou. — Mais il vit, 
s'écria-t-il. — Alors il prit son épée, la planta en terre, la pointe vers 
le ciel, et lança David en l'air pour qu'il s'y enferrât. Dieu le retint 
dans l'espace. A ce moment arrivait Abisaï, qui dit au frère de Go- 



1 Bereschit Mabba, lix. La dernière partie, qui relate l'exclamation d'Isbi, n'a été 
conservée que dans le Yalqout t II, 136. Au paragraphe I, 107, ce recueil donne la 
même version que les éditions actuelles de Ber. Rabba et le ms. 149 de la Bibl. 
nationale. Pour ceux qui aiment à expliquer les étrangetés par des erreurs de lecture, 
je signale la ressemblance des mots N^npD 8WW avec tfmpa Ntt^N, qui, les uns 
et les autres, appartiennent à des phrases qui restent, pour moi, incompréhensibles. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

liath : Donne-moi ton épée que je le tue. — Prends-la. — Abisaï la 
tourna contre lui et le mit à mort.f Alors David retomba à terre, et ils 
s'en revinrent cbez eux, en répétant : La force vient de Dieu. C'est 
pourquoi il est dit : Abisaï sauva David et tua le Philistin. 

Je ne pouvais désirer une plus éclatante confirmation de mes 
conjectures : ici les deux héros chassent de compagnie ; le premier 
se laisse prendre aux ruses de la sorcière; mais le second se 
montre plus adroit. De deux choses l'une, ou l'auteur de ce petit 
récit avait une autre version de la légende d'Isbi que celle du Tal- 
mud, ce qui paraît peu probable, ou, de son propre chef, il a com- 
biné celle-ci avec le conte des deux frères, ce que je crois plus vo- 
lontiers : il a donc senti comme moi l'affinité de ces deux fictions. 

Il est une autre variété de signes avertisseurs du péril ou de 
la mort, ce sont des plantes ou des arbres qui se flétrissent, ou des 
objets de métal qui se ternissent. 

Ainsi, dans le roman de Floire et Blanchefleur , la pierre d'un 
anneau doit se ternir si la vie ou la liberté de la jeune fille sont 
en péril. Dans la vie de sainte Elisabeth de Hongrie, c'est une 
bague qui se brise lorsqu'il arrive malheur à la personne qui l'a 
donnée.. Dans un conte des Mille et une nuits (Histoire de deux 
sœurs jalouses de leur cadette), un prince remet à sa sœur un 
couteau dont la lame doit se tacher de sang s'il perd la vie (Ce 
trait appartient peut-être plutôt à la première catégorie). 

Voilà pour les objets faits de métal; pour les végétaux, les 
exemples en sont encore plus nombreux. 

Dans une légende berrichonne de saint Honoré de Buzançais, le 
saint dit à sa mère que, par le moyen d'un laurier qui a été planté 
le jour de sa naissance, elle aura toujours de ses nouvelles : le 
laurier languira si lui-même est malade, il se desséchera s'il est 
mort. Dans un conte du Pentameron, avant de quitter son 
frère, le jeune Ganneloro enfonce en terre un poignard, et aussi- 
tôt il pousse un arbrisseau, qui se flétrira s'il est en danger, ou 
mourra s'il meurt. Dans un conte des Karaines de Birmanie, ce 
sont deux herbes à haute tige qui jouent ce rôle ; dans un conte 
indien du Pandjab, une tige d'orge, au Mexique, un roseau. Dans 
d'autres (allemand, grec, écossais, du Tyrol allemand, des Abruz- 
zes), ce sont des lis d'or, des œillets, des cyprès ou d'autres arbres 
qui doivent se flétrir s'il arrive malheur à trois jeunes gens unis 
à eux (comme nous l'avons vu plus haut) par la communauté 
d'origine. Enfin, dans un conte kalmouk, plusieurs compagnons, 
avant de se séparer, plantent chacun un « arbre de vie » qui doit 
se dessécher s'il survient quelque mal à celui qui l'a planté. 



SIGNES DE DANGER ET DE MALHEUR 209 

Ces traits se retrouvent également dans le Talmud. Au sujet de 
Job, la Bible raconte que ses trois amis, ayant appris son mal- 
heur, quittèrent chacun leur pays et se concertèrent pour aller 
ensemble consoler leur ami commun. Les rabbins se sont de- 
mandé, comme on le devine bien, par quelle voie ils avaient pu, 
chacun de son côté et simultanément, être avisés de la détresse de 
Job, alors qu'il n'est pas parlé dans l'Écriture d'un messager qui 
leur en aurait apporté la nouvelle. Ils résolvent la difficulté en 
disant qu' « ils avaient des couronnes, ou, d'après d'autres, des 
arbres qui les avertissaient en se flétrissant {Baba Batra, 16&). 
Ce passage est ainsi commenté par R. Gerson de Metz, suivi par 
Raschi : « Ils avaient chacun une couronne sur laquelle était 
gravé le portrait de leurs trois amis ; ces portraits changeaient 
d'aspect quand l'un d'eux était malheureux. Dans l'autre expli- 
cation, ils avaient chacun trois arbres portant le nom des trois 
amis. Lorsque l'arbre de l'un d'eux dépérissait, c'était un signe 
qu'il était dans le malheur. » A l'aide des données qui pré- 
cèdent, on peut rectifier ce commentaire. Si le mot helila (cou- 
ronne) désigne vraiment une couronne en métal, ce qui n'est pas 
nécessaire, car ce mot s'emploie aussi bien pour des couronnes 
végétales, la supposition d'une gravure est superflue, la couronne 
avertissait du malheur en se ternissant. 

Ici, ce trait est un commentaire de la Bible puisé dans le trésor 
des contes populaires. On voit, en outre, que les Juifs de Babylonie 
connaissaient déjà plusieurs formes du thème primitif. 

Il n'y a pas longtemps qu'on se croyait tenu de traiter les fictions 
du Talmud d' « inventions folles », de « fables ridicules », d' « ex- 
travagances » des « rabbins », comme si elles étaient un phéno- 
nomène unique et n'avaient pas leurs pareilles dans les autres 
littératures. Et il se trouve que ces « extravagances » s'expliquent 
par d'autres « extravagances » qui appartiennent à toutes les 
latitudes ! Elles forment un canton dans un vaste domaine où 
Aryens et Sémites ne sont point séparés par des barrières artifi- 
cielles, canton d'une fertilité remarquable si l'on veut, mais dont 
le sol est constitué des mêmes éléments. 

Israël Lévt. 



T. XVII, N° 34. u 



LES JUIFS DE TOURAINE 



L'indolence proverbiale des Tourangeaux s'est manifestée à 
l'égard de leur histoire, jusqu'au commencement de ce siècle. A plu- 
sieurs reprises, sous l'ancien régime, quelques-uns d'entre eux 
— un chanoine de Tours nommé Carreau, puis un érudit de Chi- 
non, M. de la Sauvagère — avaient, sans y réussir, formé le projet 
de l'écrire. En 1828 seulement parut la première histoire de Tou- 
raine digne d'être mentionnée * ; elle était due à un savant local, 
Chalmel ; il a eu depuis des imitateurs et des continuateurs nom- 
breux. Grâce à leurs travaux, l'histoire de la province est aujour- 
d'hui aussi bien connue que celle d'aucune autre. Toutefois, les 
Juifs de Touraine n'ont guère profité de cette floraison d'études 
historiques. Chalmel n'en dit pas un mot ; deux courtes mentions 
dans l'histoire de Tours du docteur Giraudet 2 , quelques lignes dans 
l'histoire des rues de Tours de Lelogeais 3 sont, à notre connais- 
sance, tout ce que l'on a sur eux ; ils méritent cependant d'être 
mieux traités : s'ils n'ont pas joué un rôle bien éclatant, leur long 
séjour dans une province française, l'importance de leur commerce, 
la situation légale toute particulière qui leur fut faite et les cruelles 
persécutions qu'ils ont endurées au xiv e siècle les rendent dignes 
de quelque intérêt. Aussi nous proposons-nous d'exposer dans les 
pages qui suivent ce que nous avons pu recueillir sur eux. 

Les Juifs étaient en Touraine dès la première moitié duvr 3 siècle 
et avaient même dans ce pays des communautés ; la Vie de saint 
Germain, due à Venantius Fortunatus, nous apprend que l'évêque, 
se rendant au tombeau de saint Martin à Tours, vers 5^0, ren- 
contra à Civray *, un jeune homme que les Juifs de la localité 
avaient jeté dans les fers et qu'ils retenaient prisonniers sans 

1 Chalmel, Histoire de Touraine, Tours, 1828, 4 volumes, in-8°. 

2 Giraudet, Histoire de la ville de Tours, 2 vol. ; Tours, 1873, in-8° ; tome I, 
p. 127 et 138. 

3 Lelogeais, Histoire des rues de Tours, 1870, in-8°, p. 81. 

* Indre-et-Loire, arrondissement de Tours, canton de Bléré. 



LES JUIFS DE T0URA1NE 211 

pouvoir îe décider à embrasser leur foi. Quelques années plus 
tard, à Tours même, un Juif, collecteur d'impôts, nommé Aman- 
tius, était assailli traîtreusement, au sortir d'un souper, par un 
certain Injuriosus, dépouillé de tout ce qu'il avait sur lui et assas- 
siné ainsi qu'un serviteur juif et deux serviteurs chrétiens qui 
l'accompagnaient; le cadavre d'Amantius était ensuite jeté dans 
un puits. Malheureusement, personne n'avait été témoin oculaire 
du crime, et lorsque, suivant les formes de la procédure méro- 
vingienne, Injuriosus eut comparu pendant trois nuits devant le 
tribunal du comte, on dut le renvoyer indemne, puisque nul ne 
pouvait prouver sa culpabilité 1 , 

Après ce tragique événement, le silence se fait pendant cinq 
siècles sur les Juifs de Touraine ; ils passent successivement, 
comme le pays où ils se trouvent, sous les dominations des comtes 
de Blois, des comtes d'Anjou. C'est à ce moment que l'on retrouve 
quelques traces de leur existence dans la ville de Tours : ils sont 
alors sous la dépendance du roi de France, Philippe I er ; celui-ci 
avait, vers la fin du xi° siècle, cédé à sa femme Bertrade certains 
des droits qu'il avait en Touraine, et, en particulier, la moitié de la 
redevance des Juifs de Tours 2 . Son successeur, Louis VI, donna 
tout cela à l'abbaye de Saint-Martin en 1119, et cette libéralité fut 
confirmée par son fils Louis VII, en 1143 3 . Un titre de 1141 4 nous 
apprend ce que les Juifs devaient au roi ; leurs obligations envers 
l'abbaye devaient être identiques : à Pâques trente sous et quelques 
dons en nature; une demi-livre de poivre à Pâques, une autre à 
Noël, deux pains, un pichet de vin et de la viande. A la fin du 
xii e siècle, il n'en est plus de même ; les Juifs donnent trente sous 
par an au comte, qui est alors le roi d'Angleterre Richard, et trente 
sous à l'abbaye Saint-Martin ; les redevances en nature ont dis- 
paru 5 . La Touraine devint terre française en 1202, et deux ans 
plus tard Philippe-Auguste s'assurait, dans un acte officiel, les 
revenus de ses Juifs, en interdisant formellement à Guillaume de 
Roches, sénéchal d'Anjou, d'en rien percevoir G . En 1211, une en- 
quête confirmait à cet égard les droits pécuniaires des rois de 
France 7 ; pendant tout le xm e siècle, ils reçurent directement 
l'argent des Juifs de Touraine, d'abord au Temple, puis, vers la fin 
du siècle au Trésor du Louvre ; l'accroissement des recettes fut 

1 Historia Francorum, dans Patroîogie de Migne, col. 450, n° 349. 

2 Pièces justificatives, n° 1. 

3 Collection de Touraine, tome II, n° 1700. 

4 Pièces justificatives, n° 2. 

5 Pièces justificatives, n° 2. 

6 Teulet, Layettes du trésor des Chartes, Paris, 1863-75, 3 voh in-4°, tome II, p, fi07. 

7 Pièces justificatives, n° 2. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'ailleurs constant, elles montèrent de 120 livres, chiffre de 1234 \ 
à 2,(m livres, chiffre de 1299. 

Parmi les pouvoirs locaux, c'est surtout à l'archevêque de Tours 
que les Juifs eurent affaire ; c'est de lui qu'ils tenaient leur cime- 
tière. L'auteur de l'histoire de Tours, M. Giraudet, constate que la 
ville, après la réédification de ses murailles en 1365, comptait 
quinze cimetières, parmi lesquels celui des Juifs, dont la situation, 
nous dit-il, ne peut être déterminée. La difficulté n'est peut-être 
pas insoluble si l'on consulte l'acte de confirmation, qui semble 
avoir été inconnu de M. Giraudet. On y trouve que le cimetière et 
les terrains en dépendant étaient situés « dans la paroisse de Saint- 
Vincent, dans le fief de l'évêché, près de Tours , devant le vieux 
jardin s'étendant en longueur, des vignes de Saint-Vincent à la 
rue de la Chèvre, en largeur, depuis les vignes de la sacristie de 
Saint-Julien à la rue qui passe devant le vieux jardin 2 . » L'église 
Saint- Vincent est aujourd'hui détruite, mais nous avons comme 
point de repère la rue de la Chèvre, une petite ruelle située dans 
le quartier du marché et aboutissant à la place Saint- Venant. C'est 
donc au sud de la ville actuelle de Tours qu'il faudrait diriger des 
recherches si l'on voulait retrouver quelques débris du premier 
cimetière juif de Tours ; les fouilles seraient, il faut bien le dire, 
probablement infructueuses : un simple examen de la question 
suffira à le prouver. 

Ce cimetière existait antérieurement au xrn e siècle, quand, à la 
suite d'un conflit entre la communauté de Tours et l'archevêque de 
cette ville, celui-ci en confirma aux Juifs la possession, moyennant 
une redevance annuelle de vingt-cinq sous, payables à Noël chaque 
année. En cas de retard dans le payement, les Juifs devaient 
donner à l'archevêque, non plus vingt-cinq sous, mais trente-sept 
sous et demi ; en retour, les archevêques garantissaient aux Juifs 
la paisible possession de leur cimetière, le droit d'y enterrer leurs 
coreligionnaires d'où que provinssent les corps, leur permettaient 
d'y entretenir un gardien, exempt de tout service et de toute rede- 
vance à l'égard des archevêques, et s'engageaient à ne rien exiger 
de plus que les redevances convenues, ainsi qu'à empêcher qui 

1 Compotus Ballivorum Francie (1234]. De Judeis Turonensibus per Templum 
VI** libr. — Recueil des Historiens de la France, tome XXII, p. 577. De Finatione 
Judeorum ballivie Turonensis 2077 1. v. Vendredi 19 f er 1299. — Journal du Trésor 
du Louvre, m. lat. de la Bibl. nat., 9783, folio 9 verso. 

2 Publié dans les Layettes, tome II, n° 4215, d'après n° 2 de la Layette, 176 : 
« Prope Turones ante ortum vêtus prout predictum cimiterium et predicta terra 
protenduntur in longum in vinea terra et domo a vineis nostris de Sancto Vincencio 
usque ad ruam Chèvre et in latum a vineis Sacriste Beati Juliani Turonensis usque 
ad viam que prolenditur ante predictum ortum vêtus >. 



LES JUIFS DE TOURAINE 213 

que ce fût d'en demander ; ils ne gardaient pour eux que la juri- 
diction. Ce traité, confirmé par le chapitre de la cathédrale (octo- 
bre 1255), fut renouvelé cinquante ans plus tard par Renaud, suc- 
cesseur de Pierre de Lamballe 1 . En 1306, lors de l'expulsion 
générale, le cimetière fut sans doute confisqué avec les autres 
biens des Juifs; l'archevêque protesta-t-il, le réclama-t-il comme 
son bien? C'est ce qu'on ne peut dire, faute de documents ; mais il 
semble que le cimetière ne disparut qu'en 1359-60, époque où des 
comptes municipaux indiquent des journées d'ouvriers payées 
pour la destruction du cimetière des Juifs ; c'est là un fait propre 
à décourager les archéologues qui seraient tentés de le retrouver 2 . 
Aucun événement, à part ces petits incidents, ne semble avoir 
troublé les Juifs de Tours durant le cours du xm e siècle : tandis 
que leurs coreligionnaires d'Anjou et du Maine se voyaient bru- 
talement expulsés par leur maître et seigneur 3 , sous prétexte de 
vol et d'usure, mais, en réalité, parce que leur expulsion rappor- 
tait à leur seigneur un fouage de trois deniers par maison, eux 
vivaient paisiblement sous la protection des rois de France. Saint 
Louis, qui haïssait mortellement les Juifs, mais dont l'honnêteté 
était supérieure à celle de tous ses contemporains, ne leur extor- 
qua rien; bien plus, il voulut rembourser en Touraineles intérêts 
qui avaient pu être perçus 4 . La politique rapace de Philippe-le- 
Bel allait mettre un terme à cette prospérité. Mais, avant d'ex- 
poser les malheureux événements qui chassèrent pour jamais les 
Juifs de la Touraine, il n'est pas inutile d'examiner brièvement 
leur situation dans ce pays. 



II 



La difficulté principale qui arrête les historiens dans l'étude de 
la condition des Juifs au moyen âge, c'est l'incohérence, parfois la 

1 Pièces justificatives, n° 7. 

2 N° 163, 1358-1359. Journées d'ouvrier pour enlever de la pierre à S' Vincent 
aux murs de la maison de M r Gilles de Chasteau-Regnault, du « cimetère aus Juis ». 

— N° 670, 1359-1360. Extraction de pierre « aux fbndemenz au cimetère aus Juis ». 

— Delaville le Roulx, Registres et comptes municipaux de la ville de Tours, Tours, 
1878-81, 2 vol., in-8°, tome I, p. 33 et 136. 

3 Pièces justificatives, d° 6. 

4 Compte de 1260, terme de l'Ascension, bailliage de Touraine : « Pro restituen- 
dis usuris per Judeos in Turonia extortis 600 libr. quse traditse i'uerunt Magistro 
Nicolas de Vernolio clerico et Guillelmo de Croyssetto ». B. N., ms. fr. 20309, avant- 
dern. page. 



21 'i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contradiction même des mesures prises à leur égard. Ces incon- 
séquences finissent cependant par s'expliquer, quand on considère 
que les Juifs, durant toute cette période, ont été soumis à deux puis- 
sances et à deux lois, qui souvent se prêtent contre eux un mutuel 
appui, s'unissent pour les accabler, mais qui parfois, tout en étant 
d'accord en apparence, sont séparées par de profonds dissentiments. 
Chacun de ces pouvoirs, ecclésiastique et laïque, considérait les 
Juifs d'un œil différent et cherchait en eux tout autre chose que 
l'autre. 

Pour l'Église, les Juifs sont une race maudite, leur existence 
misérable est un témoignage perpétuel de la vérité du christianisme, 
aussi rien ne sera fait pour leur rendre la vie plus douce, aucune 
humiliation ne leur sera épargnée ; mais il faudra cependant éviter 
que leur disparition n'enlève à la foi chrétienne un de ses meilleurs 
arguments ; c'est pourquoi Ton respectera leur vie. Néanmoins 
on prendra toute sorte de précautions pour les empêcher de 
contaminer par leur présence et par la contagion de leur exemple 
les chrétiens qui seraient tentés d'adopter leur religion. D'autre 
part, on accueillera à bras ouverts, on encouragera même à prix 
d'argent ceux des Juifs qui seraient tentés d'embrasser le christia- 
nisme. Tels furent les principes de la politique des papes à leur 
égard, ceux qui furent appliqués en Touraine par une série de 
conciles tenus à Tours ou dans la province ecclésiastique et aux- 
quels prennent part les prélats de cette ville. Dès le v e siècle, ils 
apparaissent dans les canons d'un concile de Vannes présidé par 
S. Perpetuus, évêque de Tours ; on y interdit aux clercs de pren- 
dre part aux repas des Juifs 1 ; les barrières destinées à séparer les 
deux religions sont encore renforcées cinquante ans plus tard par 
le concile d'Orléans, qui prohibe sévèrement les mariages entre 
Juifs et Chrétiens 2 . Pendant plusieurs siècles, l'Église de Touraine 
est muette sur cette matière, mais avec le xm e siècle, elle recom- 
mence à s'inquiéter des progrès des Juifs, et le concile de Château- 
Gontier défend aux seigneurs de les nommer à aucune dignité, en 
particulier d'en faire des baillis ; précaution sans doute bien inutile, 



1 Concilium Veneticum actum a Sco Perpetuo- Veneliis anno 465. Art. XII: Omnes 
deinceps clerici judœorum convivia évitent nec eos ad convivium quisquara excipiat, 
quia cum apud Christianos cibis communibus non utantur, indignum est atque sacri- 
legum eorum cibos a Christianis sumi. Maan, Historia Ecclcsiœ Turoncnsis ; Augusta 
Turonuin, 1667, in-folio, 2° partie, page 11. 

2 Concilium Aurelianense cui interfuit Injuriosus Turonensis episcopus an. 533. 
Art. XIX : Placuit ut nullus Christianus judaiam neque judseus christianam in ma- 
trimonio ducat uxorem, quia in ter hujusmodi personas illicitas nuptias esse censemus ; 
qui si commoniti a consortio hoc se separare distulerunt, a communionis gratia sint 
sine dubio submovendi. Maan, 2 e partie, page 17. 



LES JUIFS DE T0UKA1NE 2i:> 

car on n'a pu encore citer un seul Juif arrivé à ces fonctions. Le 
même concile interdit aux Juifs de blasphémer et de donner leur 
témoignage en justice contre les Chrétiens ! . Quelques années plus 
tard, le concile de 1236 défend de leur faire violence 2 ; enfin, en 
1277, celui de Bourges leur interdit d'habiter les petites localités 
où ils entraînaient facilement à leur culte les chrétiens parmi les- 
quels ils vivaient et qui n'avaient point au milieu d'eux de théolo- 
giens capables de tenir tête aux Juifs 3 ; le concile ne faisait d'ail- 
leurs qu'élargir et ratifier une disposition que la puissante abbaye 
de Saint-Martin avait déjà prise depuis longtemps et par laquelle 
elle empêchait les Juifs d'habiter les petits endroits sur lesquels 
s'étendait sa domination. Nous en avons encore un exemple pour 
un village du département actuel d'Indre-et-Loire, Longueil 4 . 
Enfin, une dernière préoccupation du clergé était de mettre à l'abri 
de la misère les Juifs convertis au christianisme ; il craignait 
que le besoin ne les fit retourner à leur foi première 3 . Là encore 
les vœux des conciles furent exaucés ; nous avons la preuve qu'en 
Touraine, comme ailleurs au xm e siècle, les rois de France entre- 
tinrent les Juifs convertis à raison de quatre deniers par jour G . 

1 Concilium apud Castrum Gonterii sub Juhello Turonensi celebratum anno do- 
mini 1231. XXIX. De Judaeis : Item districtius inhibemus ne Judaei efficiantur Bal- 
livi nec eis contra fidèles aliqua districtio committatur et si contra hoj factum fuerit 
deliquentes ad desistendum per censuram ecclesiasticam compellantur. XXX : Coer- 
ceantur etiam Judsei ne quid f'aciant vel decant in contemptum fidei Christianae ac 
et blasphemie Salvatoris. XXXI : Quia novimus quod de testimoniis Judaeorum 
contra Christianos proveniunt multa mal a prohibemus destrictius ne testimonia 
judaeorum contra Christianos admittantur de cetero. Maan, 2 e partie, page 53. 

* 1235 ou 1236. Concilium anno sequenti Turonibus coegebat quatuor decimca- 
nones; editurus de fide judœis servanda quibus vim inferre nulli licitum cum Ecclesia 
Judaeos ut ait sustineat, quœ non vult mortem peccatoris. Gallia Christiana, tome 
XIV, col. 110. 

3 Concilium générale apud Bituras celebratum in diocesi Turonensi (1277). De 
Judœis. De Judaûs quorum perfîdia plerumque simplices Christianos fraudulenter 
decipit et malitiose secum pertrahit in errorem sacro approbante concilio duximus 
ordinandum ut non nisi in civitatibus castris et aliis locis insignibus habitare prœsu- 
mant, temporalibus locorum dominis ac vices gerentibus eorumdem districtius inhi- 
bentes ne Judœos ipsos permittant alibi quam in locis expressis superius habitare, 
ipsis adhoc, si rex egerit, a Diocesanis eorumdem locorum authoritate presentis con- 
cilii per censuram ecclesiasticam compellendis. Maan, 2 e partie, page 209. 

4 Accord entre S 1 Martin de Tours et le seigneur de Loches, mars 1215 : Nullus 
Judeus poterit manere in terra Ligoliensi. Teulet, Layettes duTre'sor, tome I, p. 42. 

5 Concilium Turonense V, 1233. XIII : De conversis : Disponant Episcopi in 
suis diaocesibus qualité r de novo conversi erudiantur in fide et commode susten- 
tentur, sicut viderint expedire ne sub paupertatis prœtextu ad vomitum redire 
cogantur. Maan, 2° partie, p. 56. 

6 Touraine, compte de la Toussaint 1299. Expensa Turonensia : Pro gagiis novem 
baptizatorum et liberorum Insulû Fulizani a nativitate Johannis Baptiste usque ad 
Octabas Omnium Sanctorum VI XX VII diebus, 5 s. 3 d. per diem Ecclesiae Pictavensi 

per diem 36 1. 2 s. 1 d. Ecclesiae Pictavensi : pro locagio domorum suorum pro 

medio 57 s. 11 d. B. N., ms. latin 10365, folio 4. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A côté de ces mesures édictées par l'Église, il faut placer celles 
que prend le pouvoir civil ; elles semblent généralement destinées 
à fortifier les prescriptions ecclésiastiques ; en réalité, elles en 
diffèrent beaucoup; dociles aux prescriptions de l'Eglise, quand 
elles favorisent leur intérêt, le seigneur et le roi savent fort bien 
s'en affranchir quand elles pourraient leur causer un préjudice 
matériel ; la législation civile des Juifs offre de ce fait un éclatant 
exemple. Aux yeux du seigneur, en effet, les Juifs étaient des 
machines à faire de l'argent, il fallait en avoir le plus possible, 
les garder de son mieux et tenter de prendre ceux des autres, 
quand on n'en avait pas. Déjà, par son ordonnance de 1230, 
saint Louis avait tenté de mettre fin à ces vols de Juifs que les 
seigneurs commettaient entre eux ; il n'y réussit guère si l'on en 
juge par les luttes que la royauté eut à soutenir en Touraine avec 
ses vassaux pour garder ses Juifs ; tantôt c'était un médecin juif 
du roi, passant par Châtellerault, que la vicomtesse de l'endroit 
faisait emprisonner sans motif et que le roi tentait de délivrer * ; 
tantôt c'était la propriété de deux Juifs que Philippe-le-Bel avait 
à disputer successivement à Jean II et à Pierre I er , seigneurs 
d'Amboise ; le débat dura deux années 2 ; en vertu de lettres du 
Parlement, le seigneur d'Amboise s'était adjugé la propriété de ces 
Juifs, le roi recommande au bailli de Touraine de vérifier la 
valeur de ces lettres, de porter même la question à Paris devant 
les gens chargés des affaires des Juifs, et, pendant l'instance, 
d'empêcher le seigneur de passer sa mauvaise humeur sur Haquin 
et Bonzian ; le résultat du procès ne fut pas favorable au seigneur, 
les Juifs furent reconnus Juifs du roi, et le seigneur se vengea de 
la sentence portée contre lui en dépouillant ces malheureux de 
tout ce qu'ils avaient. Nouvelle intervention de la royauté ; cette 
fois Philippe-le-Bel, impatienté, déclare qu'il ne veut plus entendre 
parler de cette affaire et ordonne au bailli de protéger efficacement 
les deux Juifs en leur faisant rendre tout ce qu'on leur avait 
pris. 

Si Ton se disputait en Touraine les Juifs avec cet acharnement, 
c'est qu'ils étaient une propriété d'un fort beau rapport. Là, 
comme partout, ils étaient serfs du roi ou du seigneur, suivant le 
territoire où ils étaient nés. Ce n'est pas le lieu de faire ici une 
longue démonstration, mais dans les rares textes où l'on traite de 
la condition des Juifs, le nom qu'on leur applique est celui de 
« servi ». Guillaume le Breton, d'une part, saint Thomas d'Aquin, de 



Pièces justificatives, n° 4. 
Pièces justificatives, n°- 8 et 9, 



LES JUIFS DE TOURAINE 217 

l'autre, les nomment ainsi, et quand saint Bernard veut qualifier 
la misérable situation des Juifs, c'est encore le mot servitus qui 
se trouve sous sa plume 1 . De cet état découle naturellement la 
conséquence suivante : Les biens du Juif sont à son seigneur : la 
coutume de Touraine rédigée en 1246 le déclare et elle en conclut 
que le Juif du seigneur ou du roi, par un privilège tout à fait 
curieux, alors même qu'il sera demandeur, sera jugé par son 
seigneur ou par le roi, propriétaire réel de ses biens 2 . La royauté 
profita de cet article si avantageux pour elle, et, quand les Juifs 
de Touraine furent chassés, en 1322, le roi se substitua à eux 
comme créancier et toucha tout l'argent que des chrétiens leur 
devaient. Cette opération rapporta à Charles-le-Bel plus de 
2,000 livres, que le trésor royal encaissa, en dépit de l'interdiction 
réitérée par l'Église du prêt à intérêt 3 . 

La défense de laisser les Juifs habiter les petites localités ne 
fut pas mieux observée par les seigneurs. L'abbaye de Saint- 
Martin n'en voulait pas dans ses domaines ; le seigneur de Preuilly 
en avait, malgré la défense, et nous voyons, en 1233, son Juif 
Dieudonné en relations d'affaires avec l'abbaye delà Merci-Dieu 4 . 

Enfin, une dernière prohibition se retrouve dans le droit canon 
et le droit civil : celle de recevoir le serment des Juifs en justice. 
La coutume primitive de Touraine- Anjou l'ignore en 1246 3 ; 
les Établissements de saint Louis, compilation copiée en partie sur 
cette coutume vers 1273, l'introduisent, d'après le droit romain, 
dit le rédacteur, en réalité, d'après un canon du Concile de Tours 
de 1239, dont le texte se retrouve presque mot à mot dans les 
Établissements 6 . Mais là encore, le silence des documents nous 
permet de croire que cette prescription ne fut jamais observée, 
elle eût par trop gêné les transactions commerciales. 



1 An ideo non servus, quia non uni servus, sed omnibus? Nulla turpior servitus 
graviorve quam servitus Judseorum quam quocumque se ierint post se trahunt et 
ubique dominos offendunt suos. Sci Bernardi, De consideratione Libri V ad Eugenium 
papam, livre I, ch. m. Éd. Migne, tome I, p. 732, n° 410. 

2 De plainte encort le Baron d'orne le Roi. Se aucuns hom estoit qui deust diners 
au Juif li Roi et Juis s'an fut clamez à la joutise le roi et li Bers en qui chastellerie 
li hom seroit en demandast la cort à avoir, se il bien le trovoit défendant, s'il n'en 
aurait-il point, car li mueble au juif le roi sunt au roi. Et. de S 1 Louis, art. 132, éd. 
Viollet, tome II, p. 250-1. 

3 Pièces justificatives, n° 13. 

4 Pièces justificatives, n° 3. 

5 Publié par Viollet, Etab. de S 1 Louis, tome III, p. 82. 

6 De Juif. Et einsinc se li bers avoit Juif qui se plainsist des homnes au vavassor 
en la cort au baron et li vavassor en demandast la cort a avoir il ne l'en aurait mie 
car tout li mueble au Juif sunt au Baron. Ici s'arrête le Texte de la coutume 
d'Anjou, les établissements, art. 133, ajoutent : Et nus juis n'est receuz en nul tes- 
moignage encontre crestiens selon droit escrit ou Code : De Hœret. et Mani. Lex. : 



I REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cet antagonisme entre les deux pouvoirs, guidés, l'un par le 
sentiment religieux, l'autre par l'intérêt, permit aux Juifs en 
Touraine, comme en d'autres endroits, de vivre plus paisiblement 
que ne le laisserait croire l'examen trop rapide des textes de 
droit canon ou civil. Elle leur avait permis de s'établir en bien 
des lieux ; sans parler des communes rurales, on trouvait des 
communautés juives en dehors de Tours, à Loches, à Amboise, 
à Chàteau-Chinon ; sur cette dernière, la plus importante au point 
de vue de l'histoire littéraire du Judaïsme, les documents ne nous 
ont rien appris, nous sommes donc forcés, à notre vif regret, de 
n'en rien dire. 

A Tours, et c'est la meilleure preuve de l'antiquité de leur 
communauté, les Juifs étaient établis clans la plus ancienne partie 
de la ville, le Caasarodunum des anciens, qui prit, au moyen âge, 
le nom de « la Cité » ; c'est là qu'on les trouve dès le xi° siècle ; 
leur juiverie, située au bord de la Loire, occupait l'emplacement 
de la rue actuelle des Maures, entre le vieux pont et la rue de la 
Caserne { ; elle ne laissait pas que d'être assez importante, au dire 
des documents, et contenait au moins une vingtaine de maisons ; 
en 1306, elle fut donnée à l'archevêque de Tours, et le clergé, qui 
officiellement poursuivait les Juifs, mais ne dédaignait pas de 
commercer avec eux quand ils étaient là et de s'emparer de leurs 
dépouilles quand ils étaient chassés, profita de cette expulsion. 
Trois prêtres au moins figurent parmi les sept ou huit détenteurs 
des maisons de la juiverie de Tours 2 . A Amboise nous avons vu, 
par l'histoire d'Haquin et de Bonzian, les Juifs installés .dans cette 
ville à la fin du xm e siècle ; là aussi le roi tira quelque chose des 
Juifs, et vendit, en 1311, par l'intermédiaire de Nicolas de la 
Poterie, commissaire des affaires juives en Touraine, moyennant 
un cens de huit livres et cinq sous tournois de rente, les maisons 
qui avaient appartenu à Rousseau, à Gentile, sa femme, et à 
Moreau, leur fils. Juifs de la localité 3 . 

Loches possédait une communauté et une synagogue située dans 
la paroisse de Saint-Ours, au bord de l'Indre 4 . Une maison 
appartenant à cette communauté fut cédée, en juin 1308, à Ernaut 
de Mer, clerc, moyennant cinq sols de cens. Dans un autre 
endroit, situé sur la rivière d'Indre, à Cliatillon. on vendit une 

Quoniam Judices ou paragraphe Sed is quidam ou il est,escrit de cette matière. Etab., 
art. 133, éd. Viollet, tome II, p. 251. Voir aussi note 20, Décision du concile de 
Ch. Gantier. 

1 Lelogeais, Histoire des rues de Tours, p. 81. 

2 Pièces justificatives, n" 12. 
J Pièces justificatives, n° 11. 
4 Pièces justificatives, n° 10. 



LES JUIFS DE TOUR AIN li il.» 

maison et un enclos appartenant à Croissant Gastellon le Poitevin, 
Juif, pour 80 livres de monnaie courante l . 

Les communautés de Touraine se virent toutes dispersées par 
l'expulsion de 1306. Les Juifs quittèrent Tours, et probablement 
toute la Touraine, un jour destiné aux actes de fanatisme religieux, 
le jour de la Saint-Barthélémy (24 août 1306) - . 



III 



Les Juifs étaient rentrés en Touraine, comme dans le reste du 
domaine royal, en vertu de l'ordonnance de 1315 qui les rappellait 
pour douze ans ; un des leurs, Morel d'Amboise, dont les biens 
auraient été vendus en 1308 à la requête du roi figurait parmi 
ceux qui étaient chargés de faire rentrer les dettes dues lors de 
l'expulsion 3 . L'année suivante, ils payaient au Trésor 2,700 livres 
pour leur part de la contribution de retour 4 . Ils jouirent de quel- 
ques années calmes ; vers 131 9 5 , pourtant, ils eurent des difficultés 
avec une bande d'escrocs qui parcouraient le pays en prétendant 
les rançonner au nom du roi ; mais en 1320, tandis que leurs in- 
fortunés coreligionnaires d'Aquitaine et de Saintonge périssaient 
sous les coups des Pastouraux, ils restèrent sains et saufs ; ils 
allaient payer chèrement leur éphémère tranquillité. 

En 1321, se produisit contre les Juifs de France une accusation 
grotesque, mais dont les conséquences furent terribles pour eux. 
On arrêta sur le territoire du seigneur de Parthenay, en Poitou, 
un lépreux porteur d'un paquet renfermant des produits bizarres ; 
on l'interrogea et l'on tira de lui la confession suivante : les Juifs 
devaient', d'accord avec les Lépreux, soutenus et encouragés par 
les rois de Tunis et de Grenade, dont les lettres sont encore aux 
Archives nationales , exterminer tous les chrétiens et se partager 



1 Arch. nat., registre JJ 44, n° 45, publié dans Revue des Études juives, t. II, p. 44. 

2 Hoc anno (1306) fuerunt ejecti omnes Judei de regno Francise et die in qua fuit 
festum Beati Bartholomœi exierunt de Turonis [Chronicon Turonense abbreviatum, 
publiée dans Salmon, Recueil des Chroniques de Touraine, Tours, 1854, in-8 .). 

3 Saige, Histoire des Juifs du Languedoc, Paris, 1881, in-8°, p. 330. 

4 Pièces justificatives, n° 13. 

5 Mandement aux baillis de Tours, d'Orléans et de Bourges d'arrêter une bande 
d'escrocs qui parcourent le royaume en disant aux Juifs qu'ils avaient commission de 
les poursuivre et de leur extorquer de l'argent (3 mars 1319), Boutaric, Actes du 
parlement, tome II, n° 5713. 

6 Arch. nationales, Layette J. 427, n e 18. Analysées dans Inventaire du Musée des 
Archives nationales, Paris, 1872, in-4°, n° 328, p. 182. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ensuite le royaume. Ils empoisonneraient, à cet effet, les puits et les 
fontaines, sachant bien qu'ils ne pourraient infecter les eaux cou- 
rantes. La mixture dont ils se servaient était un mélange d'urine, 
de sang humain et de deux ou trois herbes dont les noms sont 
inconnus; suivant d'autres auteurs, le poison se composait de têtes 
de couleuvres, de pattes de crapauds et de cheveux de femmes. 
Les auteurs de ces méfaits furent cruellement punis en Touraine, 
en Poitou, en Guyenne ; à Ghinon, en un seul jour, on en brûla cent 
soixante ; les autres, moins coupables, furent condamnés à cent 
cinquante mille livres d'amendes. 

Tel est le récit des chroniques générales, des chroniques de 
Saint-Denis, de Guillaume Saint- Victor, du continuateur de 
Gérard du Fraischet, du continuateur de Nangis, etc. l — La 
chronique locale est déjà moins précise ; elle connaît l'accord des 
Juifs et des lépreux pour empoisonner les fontaines, mais elle ne 
sait rien de l'intervention du roi de Grenade ; d'ailleurs, ajoute 
l'auteur anonyme, démontrant par cela même l'inanité de ses 
accusations, grâce à l'appui de Dieu, aucun Chrétien ne but de 
cette eau empoisonnée, aucun ne périt ni n'eut le moindre mal 2 . 

Passons , enfin , à l'examen des documents émanés de la 
royauté : ils ne sont pas très nombreux, voici ce qu'ils nous ap- 
prennent. Le jeudi 11 juin 13:21, jour de la Saint-Barnabe, les Juifs 
de Tours furent arrêtés, sous l'inculpation probablement d'avoir 
empoisonné les fontaines 3 . Le Parlement, trois ou quatre jours plus 
tard, condamna la communauté des Juifs de France à cent cin- 
quante mille livres tournois ou cent mille livres parisis d'amende 4 . 

1 Recueil des historiens de la France, tome XX, p. 658 et 659, 705 ; tome XXI, 
p. 56 et 673. 

2 1321. Hoc anno combusti fuerunt leprosi et Judsei eo quod Judaei cum leprosis 
pactum fecerant ut ipsi leprosi ponerent venena in fontibus et puteis ut sic Christiani, 
ex aquis talibus potantes et allia edentes, morte intempestiva interirent et sic 
faclum fuit, sed virtute divina nullus christianus ex potatione aquarum mortem 
sustinuit neque malurn. Chr. Tur. abbr,, Salmon, p. 198. 

3 Pièces justificatives, n° 14. 

4 C'est évidemment à cette condamnation que fait allusion le mémorial A de la 
Chambre des comptes cité par Brussel, Traite de Vusage des fiefs, p. 608, et par les 
Historiens de la France, tome XXII, p. 758 : Et l'an mil ccc vint es octaves de la Pen- 

thecoste lesquels Juifs de Paris et de la viconté furent taxés à paier pour leur 

portion des c. vn livres parisis en quoi la communauté des Juifs fut condempnéeY. M. 
III e l. p. La date donnée par le Mémorial est évidemment fausse : dans les comptes 
contemporains, qui sont assez nombreux, on ne trouve pas trace d'amende en 1320, 
tous, au contraire, mentionnent l'amende de 1321. En voici quelques exemples : De 
bonis Judeorum Suessionensium pro portione sibiimposita de 100,000 l. p. ad quas com- 
munito s Judeorum extitit condempnat a per g entes parlamenti anno 15%1. « Journal 
du trésor, de 1322 à 1327. A. N. K K 1 , P. 253. » De bonis Judeorum Ballivie 
Ambianensi in deductionem de 100,000 l. p. ad quas Communitas Judeorum extitit 
condtmpnata per gentes par lamente anno 1521 (KK',p. 365). On pourrait multiplier 



LES JUIFS DE TOURAINE 221 

C'est sans doute à cette époque qu'eut lieu à Chinon l'horrible 
exécution rapportée par les chroniques ; la royauté tira des dé- 
pouilles des "victimes, dans la seule province de Touraine, plus de 
deux mille livres. Un mois plus tard (21 juillet 1321), un mande- 
ment adressé aux baillis et sénéchaux de différentes provinces 
leur ordonnait de faire le procès des Juifs accusés d'empoisonne- 
ment, l'affaire traînait encore en février 1322, et la même année, à 
une date inconnue, le roi ordonnait aux baillis de Senlis, Vitry, 
Tours et Bourges, de faire rentrer dans les caisses du Trésor 
l'argent provenant des cent cinquante mille livres d'amendes et 
des biens des victimes ' . 

Si nous résumons les renseignements qui nous sont fournis par 
les actes officiels, nous trouvons ceci : l'arrestation des Juifs, de 
Tours eut lieu au mois de juin 1321, la condamnation à 150,000 
livres d'amende fut prononcée le 14 ou le 15 du même mois, et c'est 
seulement au cours du procès en juillet que put être produite la 
lettre du roi de Grenade, adressée aux Juifs de France à la date 
du 2 juillet 1321, postérieure non seulement à l'arrestation des pré- 
tendus coupables (11 juin 1321) de Tours, mais même à la con- 
damnation à l'amende de 100,000 livres parisis ou de 150,000 livres 
tournois, et peut-être même aux exécutions de Chinon. Tout cela 
indique que la lettre dut, comme 200 ans plus tôt celle des Juifs 
d'Orléans au calife, être fabriquée pour justifier la continuation 
des poursuites (21 juillet 1321) et les exécutions qui s'ensuivirent. 
La royauté avait été certainement excitée à continuer le procès 
par les bénéfices énormes qu'elle en avait déjà retirés. Plus tard 
sentit-elle le rôle odieux qu'elle avait joué dans toute cette affaire? 
Il serait téméraire de l'affirmer. Mais les registres officiels de la 
Chancellerie (série ,77 des Archives nationales) ne contiennent pas 
un seul des ordres qui furent donnés à l'occasion de ce drame 
sanglant, et c'est à l'aide seulement de mémoriaux de la chambre 
des comptes et de pièces de comptabilité qu'on peut déterminer la 
responsabilité de Philippe V et de Charles-le-Bel dans ces meurtres 
judiciaires. 

Au mois de juin 1322, le jour de la Saint-Jean-Baptiste 2 , les Juifs 
quittaient encore une fois la France : ceux de Touraine depuis 



ces citations, le registre K K l renfermant plus de cent indications du même genre. 
Celles-ci suffisent à prouver qu'il n'y eut pas d'amende contre les Juifs en 1320 et 
que la condamnation de 1321 dut être prononcée à l'Octave de la Pentecôte de cette 
même année (Dimanche 14 ou Lundi 15 juin 1321). 

1 Pièces justificatives, n° 15. 

a Tempore quo Judœi banniti sunt de regno Frrancie scilicet a Festa nativitatis 
Beati Johannis Baptiste cccxxn (Brussel, p. 622). 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur arrestation (11 juin 1321) et l'auto-da-fé de Chinon s'étaient 
dispersés. C'est ce que prouve surabondamment l'enquête que 
nous publions et qui contient les doléances du fermier de l'enre- 
gistrement de Tours, Moricet Sadan l . Au mois de juin 1320, il 
avait pris à ferme le sceau et l'enregistrement de Tours pour trois 
ans moyennant huit cents livres ; il comptait parmi ses revenus 
cent livres à percevoir des Juifs tous les ans, et encore, dit-il, 
« ils ne faisaient que commencer à passer grosses besoignes », et 
il ajoute que, s'il avait pu prévoir que, moins d'un an après, les Juifs 
seraient chassés, il aurait refusé de se charger de cette entreprise. 
C'est ce que viennent affirmer tous les témoins qu'il cite : Jean 
Sarrazin, clerc, âgé de vingt-six ans, Martin d'Amboise, bourgeois 
de Tours, âgé de quarante-cinq ans, Nicolas Foubert et Renaut 
Engelard. Le pauvre Moricet obtint-il la restitution d'une partie de 
son argent ? Les documents ne le disent pas et la chose semble 
peu probable. En tous cas, sa plainte n'eut pas pour effet de faire 
revenir les Juifs à Tours : ils avaient quitté la ville pour jamais. 

Lucien Lazard. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Notes sur la date de quelques pièces justificatives. 

Quelques-unes des pièces justificatives (n os 4, 5, 8, 9) sont 
empruntées par nous au ms. latin 4763 de la Bibliothèque Natio- 
nale, qui est un formulaire à l'usage des Chancelleries et des 
Notaires, rédigé dans la première moitié du xiv e siècle. Les pièces 
qui le composent, prises par l'auteur dans des recueils de chartes 
royales ou seigneuriales, ont été, suivant l'usage du moyen âge, 
privées de leurs clauses initiales et finales et n'ont gardé que les 
exposés et les dispositifs. — Voici les indices qui nous ont servi 
à dater ces documents. 

Le n° 4 mentionne une vicomtesse de Châtellerault : la seule que 
l'on connaisse est une certaine Clémence, vicomtesse de 1240 à 
1268 - : la pièce doit donc être placée entre ces deux dates. 

1 Pièces justificatives, n° 14. 

1 Lalanne, Histoire de Châtellerault, 1859, 2 vol. in-8°, tome I or , p. 230. 



LES JUIFS DE T0URA1NE 223 

Quant aux n os 8 et 9, ils se rapportent à un différend entre le 
roi et les seigneurs d'Amboise. — Les actes, comme tous ceux du 
recueil, sont de la seconde moitié du xm° siècle ou de la première 
du xiv e siècle. Le second de ces actes mentionne ce fait qu'entre 
la publication du premier ordre royal et celle du second le sei- 
gneur d'Amboise était mort, laissant sa terre à son fils. Dans 
l'époque qui nous occupe, ce fait se produisit trois fois, en 1274, 
1303 et 1322 1 . — En 1274 les « gentes deputati ad négocia Judeo- 
rum » dont parle la pièce n° 8 n'existaient pas encore, ils ne 
furent établis que sous Philippe-le-Bel. En 1322, il n'y avait plus 
de Juifs en Touraine : les deux actes se placent donc, le premier 
vers la fin de la vie de Jean II d'Amboise mort en 1303, le, second 
à l'avènement de son fils Pierre I or , vers 1303 ou 1304. — Quant 
à la pièce n° 5, aucun indice ne nous permet de la dater. 

L'enquête sur l'expulsion des Juifs de Tours (n° 14) ne porte 
pas non plus d'indication chronologique, mais il semble bien, 
d'après de nombreuses dépositions, qu'elle a été rédigée au mo- 
ment où le bail du fermier de l'enregistrement de Tours prenait 
fin (24 juin 1323), c'est-à-dire à la fin de l'année 1323 ou au com- 
mencement de l'année 1324, 



\ M 9. 

Cession par Louis VI, à l'abbaye de Saint-Martin de Tours, des droits 
que la reine Bertrade avait eus sur les Juifs de cette ville. 

(Bibl. nat., collecti n de Touraine, tome IV, n° 1395.) 

In Nomine Sancteet Individue Trinitatis Ludovicus dei propitiante 

Glementia Francorum rex Odo Beati Martini patroni nostri 

decanus, Fulcherius cantor, Sicardus magister scolarum cumquibus- 
dam concanonicis suis vice totius capituli rogantes ac obnixe de- 
precantes quatenus ad remedium animas nostree predecessorum 
que nostrorum communi capitulo B. Martini ecclesiam S ct i Pétri 
extramurum quœ modo Puellarii dicitur et Burgum qui ejusdem 

Ecclesiee juris videbatur quicquid etiam Bertrada regina à 

Philippe» pâtre nostro in pago Turonico tenuit et possedit videlicet 
partem quamin porta S ci Cincii habebat et in teloneo et in judeis in 
ponte et in aqua redderemus atque donaremus. Quatenus etc. . . Ac- 
tum. . . anno incarnati Verbi U\9° regni nostri 12°. 



Cartier, Essai historique sur Amboise, Poitiers, 1842, in-8°, p. 13. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II 
1141. 

Enquêtes sur les Juifs de Tours. 

(Archives nationales, carton J. 746, rouleau n° 1.) 
1° 

La Terre Mon Seignor Sainl Martin don Chasteau Nuef. 

Li juef de la cité doivent au roy xxx souz a Pasques e demée livre 
de poivre, et demée livre a Naau, et ii i ont leur livreison à Pasques 
et a Naau dous pains et plain pichier de vin et une pièce de char. 

2° 
Juillet 1190. 

Enquête sur les coutumes de Tours, entre Richard Cœur de lion et 
Philippe-Auguste. 

(Archives nationales, carton J. 746, rouleau n° 1.) 

De d^solidis quos Judei civitatis debent in Pascha, Ecclesia Beati 
Martini débet habere in portu sancti Cyrici 30 s. Tantum débet ha- 
bere Ecclesia quantum cornes. 

Le même texte se retrouve dans une enquête de 1211, carton J. 746, n° 2. 

III 

Juin 1233. 

Geoffroi, seigneur de Preuilly, confirme une cession de Mens faite par 
son juif Dieudonnê à V abbaye de la Merci-Dieu. 

(Bibl. nat., collection de Touraine, tome VI, n° 2743.) 

Universis présentes litteras inspecturis Gaufridus dominus de 
Prulliaco salutem in domino. 

Noverit universitas vestra quod Deodatus judeus meus de Prulliaco 
in mea presentia constitutus décimas et terragia de Plein Martin 
et redditus Gaufridi Fabri et Pétri Fabri fratrum, Ioannis de Buxeria 
et Pétri Doria que omnia a Jokerando Asini milite habebat nomine 
pignoris obligata, cum idem Joscerandus predicta terragia et décimas 
et redditus prelocutos Abbati et conventui de Misericordia Dei cister- 
ciensis ordinis in elemosinam donavisset eidem Abbati et conventui 
[concessit]. 

Actum annodomini 1233 mense junii. 



LES JUIFS DK Ï0URA1NK 225 

IV 

Entre 1240 et 1268. 

Ordre an bailli de Tours de faire relâcher le médecin juif Vignet, que 
la vicomtesse de Chatelleraut avait illégalement arrêté. 

(Bibl. nat., ms. latin 4763, c, f° 89, v°.) 

Ballivo Turonensi salutem. 

Accepimus guod dilecta et fidelis nostra Vicecomitissa de Castro 
Heraldi aut ejus gentes, ipsa ratum habente, Vignetum medicum 
judeum nostrum per terram ipsius vicecomitisse, in diocesi Picta- 
vensi transitum facientem absque causa rationabili ceperunt. Et 
ipsum captum detinent quominus injuste. Quare mandamus tibi 
quatenus si tibi constiterit ita esse, preefatam Vicecomitissam ad 
restituendum et deliberandum nobis dictum Judeum previa ratione 
compellas. 



Date inconnue. 

■ 

Ordre au bailli de Tours d'enregistrer une donation faite à un Juif de 

la Baillie 

(Bibl. nat., ms. latin 4763, fol. 85, v°.) 

Ballivo Turonensi Salutem — Mandamus vobis quatenus dona- 
tionem bonorum et rerum aliarum quam dictus Joie filius magistri 
Ketinis (?) de Trecis Mouseti fiiio Mousseti de Noire judei fecisse 
dicitur prout de dicta donatione nobis constiterit et eam rite et 
juste factam fuisse noveiïtis et in litleris prepositure Turonensis 
super hoc certificetis ut dicitur plenius flrmiter teneri. Impedimen- 
tum si quod, notatis enotandis, in premissis indebite noveritis ap- 
positum, facientes ut justum fuerit amoveri. 



VI 

8 décembre 1288. 

Ordonnance de Charles II, roi de Sicile et duc d'Anjou, expulsant les 
Juifs du Maine et de l'Anjou. 

(Bibl. nat., collection de Dom Housseau, tome VII, n° 3362.) 

Karolus Dei gratia Rex Jérusalem Siciliae, ducatus Appuliee et 

principalus Gapue, princep Achayie, Provinciee et Forcalquerii 

cornes..., comitatuum Andegavise et Cenomanise qui, Deo volente, 

nostro subeunt rogirnini conditiones et mores diligenti inquisitione 

T. XVII, n° 34. 15 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

habita propensius agnoscentes invenimus statum dicte terre. Et 
comperimus multis enorrnitatibus et delionestatibus Deo odibilibus 
et fidei christiane abominabilibus subjacere : in multis siquidem 
locis ipsius terrœ plerique Judœi vivificee crucis totiusque Christia- 
nitatis iuimici inter Christianos passim et publiée commorantes 
plures utriusque sexus eorum qui Christiana professione censeiitur 
a via veritatis déviantes perfide subverterunt et adhuc subvertere 
amplius nitebantur omnes quos poterant, bonis mobilibus et immo- 
bilibus exquisitis fallaciis usurarum voragine spoliantes et mendi- 
care turpiter compellentes, et quod horribilius est, cum multis 
mulieribusChristianis senefarie commixebant. Propterquœ... omnes 
singulosque Judeos masculos et fœminas adultas, impubères et in- 
fantes, cujuscumque sexus conditionisve fuerint, ubicumque fuerint 
progeniti ac etiam educati a prsedictis nostris Andegaviee et Geno- 
mania3 comitatibus expellemus , expellique preecipimus et a locis 
omnibus et singulis comitatuum eorumdem non solum pro presenti 
tempore sed et omni in posterum tam nostris quam successorum 
nostrorum ... Et quia accidente consensu reverendorum in christo 
Patrum Dominorum Nicolaii Andegavis, Durendi Namnetensis Epis- 
coporum Capitulorumque dictorum locorum, nec non Capitulorum 
Genomanensis, Pictaviensis, Sancti Martini Turonensis Abbatum, hos- 
pitaliorum templariorumque, Gomitum, Baronum, militum etc. nobis 
graciose sine debito est concessum, ut uno per alium computato a 
quolibet foco très solidos semel tantum, et a quolibet serviente mer- 
cedem sex denarorium semel duntaxat, ad aliquam emolumenti ejus 
quod amittimus pro expedicionibus preelibatis recompensationem 
percipere et habere debeamus, juxta tractatus cum eis habitas per 
dilectum et fidelem nostrum Mauricium dominum de Gredonio se- 
nescallum et vicarium nostrum in comitatibus predictis. Datum 
Andegavis anno domini 4288°, die 8 a decembris, III a indictione 
regnorum nostrorum anno quinto. 

VII 

Lundi 19 juin 4 301. 

Lettre de Regnauld, archevêque de Tours, confirmant celle de Pierre, 
son prédécesseur, au sujet du cimetière des Juifs de la ville, et per- 
mettant aux Juifs d'y entretenir un gardien. 

(Arch. nat., carton J. 176, n° 18.) 

Universis présentes litteras inspecturis et audituris Reginaldus 
dei gracia archiepiscopus Turonensis, Salutem in Domino. Noveritis 
nos vidisse litteras bone mémorial Pétri quondam Archiepiscopi 
Turonensis predecessoris nostri sigillo ipsius sigillatas non abolitas 
non cancellatas nec in aliqua sui parte viciatas ut prima fuit appa- 
rebat, formam que sequitur continentes. 



LES JUIFS DE TOURATNE 227 

Texte de la lettre de Pierre ' : 

Post multas vero altercaciones iuter nos ex una parte et Judeos 
dicte Turonensis diocesis de quibus fit mentio in litteris supradictis 
ex altéra habitas super aliquibus articulis in dictis litteris contentis 
et specialiter super ponendo seu mittendo hospitem in cimiterio 
Judeorum de quo in dictis litteris fit mencio, litteras predicti pre- 
decessoris nostri et contenta in eis confirmamus et approbamus et 
rata in posterum esse volumus atque firma, déclarantes predictos 
Judeos posse ponere in cimiterio predicto Judeorum hospitem no- 
mine suo et habere christianum legitimum et bone famé qui nobis 
quotiescumque voluerimus juramentum prestabit quod in custodia 
dictorum cimiterii terre domus et vinee honeste se habebit nec sus- 
tinebit inibi aliquid fieri inhones'tum. Et promittimus bona fide nos 
et successores nostros contra hoc non venire. In quorum omnium 
testimonium et munimen sigillum nostrum presentibus duximus 
apponendum. Datum apud Larcayum die lune ante festam Nativi- 
tatis Beati Johannis Baptisti anno Domini millesimo tricentesimo 
primo. 

VIII 

Vers 1303. 

Ordre au bailli de Tours de revendiquer pour le roi les Juifs Haquin, 
Bonsian et Morel d'Amboise, dont le seigneur de la mile s'était 
emparé. 

(Bibl. nat., ms. latin 4763, fol. 55.) 

Gum Haquinus Bonsian d'Amboise et Morellus ejus filius judei 
sint judei nostri originales et justiciabiles ac eorum antecessores ab 
antiquo fuerint, prout per gentes nostras super hoc fuimus plenius 
informati, nichilominus dominus d'Amboise virtute quarundam 
litterarum a Guria nostra, veritate tacita, obtentarum ut dicitur dictos 
Judeos suos justiciabiles fore et sibi apparere eosdem nititur in 
nostri prejudicium indebite ac de novo. Quare mandamus tibi qua- 
tinus virtute talium litterarum sic veritate tacita impetratarum vel 
impetrandarum non permittas ipsos Judeos nostros prefato Domino 
d'Amboise apparari vel eosdem per ipsum occasione hujus pregra- 
vari aut molestari. Si vero predictus dominus d'Amboise contra ipsos 
Judeos super hoc questionem mouere voluerit, partes ipsas Parisius 
coram nobis vel coram gentibus nostris ad négocia Judeorum depu- 
tatis a nobis donec tamen a dicto domino super hoc fueris requisitus 
adjornare non omittas ut auditis hinc inde rationibus fiât inter 
predictas partes justicie complementum. 

1 Publiée dans Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, t. II, n° 4215. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IX 

Vers 4304. 

Ordre au bailli aVAmboise de 'protéger Haquin, Bonsian et Morel, juifs 
du roi, dont le seigneur de la ville s'était emparé et de les remettre 
en possession de leurs biens. 

(Bibl. nat., ms. latin 4763, fol. 72 r°.) 

Ballivo Turonensi Salutem — Mandamus tibi et prsecipimus 
quatiuus mandatum nostrum tibi seu predecessori tuo factum per 
nostras patentes litteras sicut intelleximus, pro Haquino Bonsian 
de Ambroisia etMorello ejus filio judeis nostris contra dominum de 
Amboisia et ejus filium secundum quod in dictis litteris videris 
contineri, taliter facias et compleas, ne de cetero per tuum defectum 
super boc ad nos referatur querela. Et si filius dicti domini de 
Ambasia defuncti ad ea se opponere voluerit contra dictos Judeos 
nostros, notatis que fuerint enotanda, auditisque rationibus hinc et 
inde dictis Judeis mature complementum justicie exbibeas, prout ad 
te noveris pertinere, dictosque Judeos in suis justis saisinis et 
possessionibus hereditatum suarum in quibus ipsos inveneris no- 
tatis enotandis, manuteneas ipsosque et manifestis violentiis, in- 
juriis offensionibus et novitatibus indebitis custodias et defendas 
ut justum fuerit et ad te noveris pertinere, non permittens eisdem 
aliquas indebitas fieri novitates. 



Tours, vendredi 21 juin 1308. 

Prise et cens par Ernaut de Mer d'une maison ayant appartenu à la 
Communauté des Juifs de Loches. 

(Arch. nat., Layette J. 175, n° 23.) 

• 

Saicbent tuit présens et à venir que Ernaut de Mer, clerc a con- 
fessié en droit en la cour le Roy à Tours que il a pris et recehu à 
gré à héritage à soi et à ses hers de maistre Guillaume de la Poterie 
clerc nostre seignor le Roy establi es besoignes des Juexen Torenne, 
en nom doudit notre seignor le Roy une meson o le courtil qui y est 
et o les apertenaaces d'icelle meson séant sur le parvis de Loiches 
en la paroisse de Saint-Ors de Loches, laquelle meson fut au commun 
des Juex de Loches, joignant à la meson ou fu l'escole das Juex 
d'une partie et à un ruisseau d'Eindre d'autre partie, à avoir à tenir 
pour cinc sols de monnaie courante d'annuel et perpétuel cens, de la- 
quelle prise ledit Ernaut se tient pour bien paiez pour soi et pour 
ses hoirs asdiz cinc sols de cens. Lesquelx cinc solz de cens ledit Er- 
naut promet à rendre tant pour soy quant pour ses hers et pour les 



LES JUIFS DE TOURAINE 229 

possessors qui pour le temps tendront lesdites choses prises que il 
establit pour soi en tôt cest fait audit notre seignor Je Roy et à ses 
hers et à ceux qui ont et auront cause de lui à Loiches à la Saint- 
Micho chascun an a mes toz jour, et l'amende pour chascun deffaut 
par la costume de la terre en li garantissent à lui et à ses hers les- 
dites choses prises o leurs apertenances. Et de tôt ce tenir, garder, 
sigre acomplir et entériner per toz articles einsi que cist dessus est 
dit et de non venir encontre, ledit Ernaut oblige soi et ses hers et 
especialement lesdites choses prises et tôt l'amendement qu'il y fera 
et généralement toz ses autres biens moibles et immoibles ou que il 
soient présenz à venir. Et renonçant en tôt cest fait le dit Ernant à 
tote exception de mal de fraude. . . 

Ce fut fait à Tours et adjugié a tenir par le jugement de ladite 
Court le Roy, ledit Ernaut présent et consentant et scellé à sa re- 
queste dou seau de ladite Court le Roy, en tesmoing de vérité, le 
vendredi d'avant la Nativité de Saint-Jehan-Baptiste Tan de nostre 
Seignor mil trois cent et oit. J. le Haut. 

XI 

Tours, 4 311. 

Prise et cens, moyennant huit livres cinq sous tournois, par Marion la 
Rotière d'Amboise des maisons ayant appartenu à Rousseau, Qentile 
et Moreau, juifs de cette ville. 

(Arch. nat., Layette J. 175, n° 24.) 

Saichent tuit presenz est à venir que Marion la Rotière d'Ambaex 
a confessié en droit en la court le Roy à Tours qu'elle prinst et receut 
à gré despiecea à héritage à soy et à ses hers de nostre Seigneur le 
Roy cest dessus dit par Nicholas de la Poterie clerc député en celui 
temps as négoces tœchenz les biens des Jues en la baillie de Tours 
et en ressort, a oict livres et cinq solz de tournois d'annuel et per- 
pétuel ferme ou rente frais et quittes, les maisons qui furent feu 
Rousseau de Ambaeze et Gintils sa femme et Moreau lor fils Juex 
seanz a Ambaeze, joute la meson aux hers feu Guillaume de la Tor 
d'une partie et joute la meson Lorenz de Beze et Perroeche sa femme 
d'autre partie, et une autre meson qui fut auxdiz Juex séant auxi a 
Ambaeze joute ladite meson ausdiz Lorenz et Perroeche d'une partie 
et joute la meson Johanne Labrunete d'autre partie, desquelles me- 
sons cest dessus devisées que ladite Marion a prises si comme des- 
sus est dit et tient, que les fonz et les autres apertenances d'icelles 
mesons dudit nostre seignor le Roy à ladite ferme ou Rente icelle 
Marion se tient pour bien paiee pour soi et pour ses diz hers et pour 
ses successors à ladite ferme ou rente. Laquelle ferme ou rente c'est 
a savoir lesdites oict livres et cinq solz de tournois, elle est tenue et 
promet en bonne foy tant pour soy, quant pour ses hers et pour ses 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

successors qui pour le temps tendront les mesons cist dessus de- 
visées et leurdites apertenances, rendre et parfere en lors despenz 
à Tours audit nostre Seiguorle roy ou à ceux qui de par lui seront 
establiz a recevoir les en ceste manière : c'est à savoir à la Nativité 
Saint-Jehan-Baptiste quatre livres dous solz et sex deniers, et à 
Noël autres quatres livres dous solz et sex deniers : ladite monnaie 
franches et quittes chascun an des ores d'avant a mestre az jours et 
a rendre o tout ce, en nom doudit nostre Seignor le Roy et pour luy 
tous les autres devoirs acoustumez a rendre, des devant dites mesons 
ainsi prises et de lors dites apertenences, aux personnes à qui il 
sunt dehuz as leus et aux termes acoustumés par tout le temps qui 
est à venir, et de tout ce sigre tenir, acomplir et entériner par toz 
articles et de non venir encontre, ladite Marion oblige soi et ses hers 
et espéciaument tout l'amendement qu'elle fera ou mettra es devant 
dites mesons qu'elle a prises et en lorsdites apertenences et lesdites 
mesons a toutes les apertenences expressément, et géuéraument 
touz ses autres biens moibles et immoibles ou que il soient, pre- 
senz et avenir. Renonçant etc.. Ce fut fait à Tours [et adjugié à 
Tours par le jugement de ladite cour le Roy, ladite Marion présente 
et consentant, et fiencie d'icelle Marion de non venir encontre, le 
Mercredi empres les oictieves de Pâques l'an de mil ccc et unze. 
De la vente. 



XII 

Aoust 1314. 

Aveu à l'Archevêque des maisons de la Juiverie de Tours. 

(Bibl. nat., N. 1., 1217, Cartulaire de l'Archevêché de Tours, p. 311 à 314.) 

Item ouit sols de cens que Berthelemer de la Guerche prestre me 
doit sur sa maison de la Jueverie. Item cinq deniers et maille d'une 
partie et un denier et un pesi d'autre partie des mesons que Haquin 
le Juef fils Gressent le Juef soloit tenir en la Juerie de Tours en la 
mestre rue de Tours. 

Item 3 mailles et un pesi que l'en me doit sur la veerie de la 
meson que Joce le Juef soloit de tenir de Baron en ladite Jueverie. 

Item cinq deniers de cens que l'en me doit sur la meson audit 
Joce, lesquelx me sont paies par les successeurs au feu Abbé. 

Item trois mailles de eens que Guillaume Arrablat me doit de 
messons ou demeure monseigneur Jouffroy Bodin, assises en la 
Juefverie. — Item cinq sols de cens que l'on me doit sur les mai- 
sons Guillaume de la Ferriere prestre assises eu la Jueverie de 
Tours. 

Item doze deniers que les hoirs feu Ronier de Nantes me doivent 
de leurs mesous de la jueverie. 



LES JUIFS DE TOURAÏNE 231 

Item cinq soûls de cens que Johan Aubert me doit assis sur une 
maison qui est en la jueverie qui fut feue Guille de [ 1 

Item ouit deniers de cens que Archambaut Chapelain doit de sa 
meson de la jueverie. 

Item quatre deniers de cens que le frater me doit de sa meson 
de la jueverie. 

, XIII 
1316-4 322. 

Extrait de comptes relatifs aux Juifs de Touraine. 

(Bibl. nat., ms. fr. 20685, f° 148.) 

Compotus Thesauri de termino S is Johannis Baptiste 1346. 
Recepta communis Turonensis 
De compositione facta per gentes Régis Domini Ludovici cum Ju- 
deis qui fuerunt a Regno expulsi anno 4306, super regressu dicto- 

rum Judeorum ad regnum 2,700 1. 

29 a maii et ultima junii 

1322. 
Extraits du journal du Trésor {i322). 

(Arch. nat., KK«.) 

Compte de la S* Jean. 

[Page 11] Jovis 4 8*»- die Februarii 4 321 (1322 n. s.) 

De bonis et debitis Judeorum Ballivie Turonen- 
sis levatis in deductione de 150,000 1. t. in quibus 
condempnati fuerunt Judei de regno in paria- 
mento ultimo preterito pro quibusdam certis ab 
ipsis commissis pro Vincentio Saillenbien recep- 

tre ballive Turonensis 2761. 13 s. 7 d. t. 

computata per se super executionem Régis Phi- 
lippi magni. 

[Page 50]. Veneris 16a Aprilis. 
De bonis Judeorum justiciatorum in ballivia 
Turonensi pro crimine eis imposito de potionibus 
positis in aquis et fontibus pro Vincentio Saillent- 
bien, receptore dicte Ballivie 423 1. 6 s. 7 d. t. 

computata per se in stellis, quolibet pro quatuor 
denariis super executione régis Philippi magni. 

[Page 58]. Martis 4 4aMaii. 
De bonis Judeorum in Ballivia Turonensi per 
Ballivium dicte Ballivie pro criminibus sibi impo- 
sitis, justiciatorum seu combustorum pro Vincen- 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tio Saillentbien receptore Ballivie 300 1. 

in stellis, pro quatuor denariis pro quolibet com- 
putatre per se super executione régis Philippi 
magni. 

Compte de Noël 4322. 

[Page 139]. Lune 19» die Julïi. 
De bonis Judeorum justiciatorum in Ballivia 
Turonensi pro crimine potionum eis imposito et 

probato vel confesso 400 1. t. 

per receptorum dicte Ballivie Vencentium Sail- 
lentbien. 

[Page 221]. Martis U a die decembris. 
De bonis Judeorum justiciatorum Ballivie Tn- 
ronensis pro receptore ibi Vincentio Saillentbieu.. 1,0001. t. 
in monetis sequentibus, videlicet in 76 florenis ad 
agnum et ad reginam quolibet pro 15 s. 4 d. p. — 
120. de Florencia, pro 13 s. 4 d. p. — 10 ad maciam 
pro 23 s. 4 d. p. — 123 1„ stelliûgis pro quolibet 
4 den. p. — et in parvis pruvinis 231 1 17 s. p. — 
et in nova moneta régis 124 1. 13 s. 8 d. super rege. 

XIV 

Vers 1324, 

Enquête sur les dommages causés au fermier du sceau et de l'enregis- 
trement de Tours par Vexpulsion des Juifs de cette ville en 4324. 

(Bibl. nat., ms. français 25994, n° 304.) 

Jehan Sarrazin clerc de l'aage de 26 ans ou environ tesmoing jure 
et dit par son serment qu'il set bien que ledit Morice Sadan prit la 
ferme de l'émolument du scel et de l'escripture de Tours à la feste 
Saint-Jehan-Baptiste l'an 1320 jusques de 3 années prochennes d'i- 
lecques ensigans, et set bien que ladicte ferme lui coustait durant 
iceluy terme 800 livres et set bien que les Juifs qui lors vivaient 
valoient moult grant chouse audit émolument chascun an et dit le- 
dit clerc que chouse commune et vérité est que lesdiz Juifs furent 
pris environ la Saint-Barnabe l'an 21 prochènement ensigant ladite 
feste de Saint- Jehan et croit fermement ledit clerc que ledit Morice 
ot bien de domaige à ladicte escripture par la prise desdiz juifs par 
l'espace dou temps qu'il avait enquoures à tenir ledit émolument 
emprès la prise d'iceulx Juifs, chacun an de 100 livres; et croit bien 
que il ne l'eust pas pris se il ne cuidast que l'en leur eust lessé fère 
leurs contraux ainsinc que par avant. Et dit que tant eussent-il bien 
valu audit émolument chascun an mesmement comme yceulx Juifs 
ne faisoient que commencer à passer grosses besoignes et n'estoit 



LES JUIFS DE TOURAINE 233 

l'un jour par l'autre que yceux Juifs ne valussent audit émolument 
o sous ou plus, si comme ledit clerc qui a présent est juré de ladite 
escripture a veu sur les registres. 

Martin d'Amboise, bourgeois de Tours de l'aage de 45 ans ou en- 
viron tesmoing, jure etc et diligemment examiné sur les chouses 
dessus dictes, dit par son serment que Tan 320 il set que Moricet 
Sadan prist l'émolument dou scel et de l'escripture de Tours à 800 
livres, et dit que l'an ensigant environ la Saint-Bernabé que les Juifs 
furent pris. Requis se il set combien ledit Moricet perdit le temps 
que les Juyfs morirent, par chascun an 100 livres et plus si comme 
li semble, et dit que encoirs ne fesoient-il que commencier, quant il 
furent pris, de prester grossement. 

Nicolas Foubert de l'aage de 40 ans tesmoing jure et diligemment 
examiné requis sur les chouses dessus dictes, dit par son serment 
que il set que Morice Sadan acheta l'émolument dou seau et de l'es- 
cripture de Tours à la Sainct-Jehan l'an 20 que les Juyfs renaient à 
Tours et dit que il furent pris environ la Trenité ensuf, que ledit 
Morice avoit enquour à tenir la dicte escripture 2 ans et que par 
chascune année que les Juyfs furent mis à exécution l'escripture 
valit meins 100 livres et plus, pour ce que il .commencoient à faire 
les granz prez. 

Renaut Engelart clerc de l'aage de 50 ans ou environ, tesmoing, 
jure et diligemment examiné sur les chouses dessus dictes, dit par 
son serment que Morice Sadan acheta l'émolument et touz les profiz 
dou seau et de l'escripture de Tours apertenans au Roy nostre sire à 
la Saint- Jehan-Baptiste qui fut l'an 1320, à recevoir et fère siens 
touz yceux émoluments des la dicte feste jusques à 3 ans accomplis 
et achevez pour le priz de 800 livres pour lesdiz 3 ans. En temps 
douquel achat Juyfs estoient à Tours, demorans et prestoient et 
fesoient moult de contraz et plusieurs sur lectres dou Roy nostre 
sire dont grant profit appartenoit et devoit appartenir audit Moricet, 
lesquiels Juyfs furent pris de par le Roy nostre sire à la Saint-Bar- 
nabe prochain ensigant ou environ, si que en 2 ans et tant comme il 
a des la Saint-Barnabe jusques à la Saint-Jehan-Baptiste se faillit, 
que le dit Moricet n'ot perfectement l'émolument des lettres desdiz 
juyfs, si que par cestuy tesmoing qui parle dit et croit par son ser- 
ment que si ledit Moricet eust eu et reçu par les 3 ans dessusdiz l'émo- 
lument et le profit des lettres desdiz Juyfs, que bien li eussent valu 
par chascun desdiz 3 ans 100 livres et plus, et que en temps que 
ledit Morice acheta lesdictes lectres et l'émolument d'icelles, s'il en- 
tendist que lesdiz juyfs ne fussent demorez, quant à prendre lettres 
doudit office contre pris de 800 livres, il n'eust donnié ne otroieé en 
nulle manière. 

Item me monstra ledit Morice les registres esquiels estoient passez 
et contenus les prez et les contraux que les Juyfs avoient faiz avec- 
ques les Ghrestiainz depuis le temps que ledit Morice ot afermée 
l'escripture dessus dicte jusques au Mardi emprès la Trenité l'an 21 



23 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

dont l'émolument doudit seau et escripture se monte ou puet mon- 
ter et valoir environ 90 livres, si comme ledit Morice a ce tesmoigné 
et me raporte par son serment, jure sur ce, sur Saintes Evangelies 
estre vray. 

XV 

D'après Journal A, f° 3. 

Extraits des mémoriaux de la Chambre des comptes de Paris relatifs 

aux Juifs. 

(Bibl. nat.,ms. français 2835.) 

[P. 106] Commission du Roy Philippes du 21 juillet 1321 adressée 
a divers Seneschaus et Baillis pour faire le procès aux Juifs pour 
certaines causes et pour plusieurs maléfices et excez laids et horri- 
bles qu'ils ont faicts, spéciaument par ce qu'ils sont très coupables 
et soupçonnés participans et consentants des congrégations et cons- 
pirations que les mezeaux ont fait longtemps que de mettre poisons 
mortels en puits et en fontaines et autres lieux. 

D'après journal A, folio 66,. 20. 

[P. 124] . Commission en l'an 1 322 aux Baillis de Chaumont et Senlis, 
Vitry, Tours et Bourges pour prendre asseurance des Juifs à ce que 
chacun paye sa cotte de l'amende en laquelle ils avaient été imposés 
et de donner ordre de faire aporter promptement lesdis deniers au 
Trésor, d'aporter aussi tous les inventaires des biens des justiciés et 
les deniers qui en avoient esté receux. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE D'ATHRIBIS 



Nos lecteurs ont déjà fait connaissance avec la Revue autrefois 
publiée à Smyrne sous le titre (T'Opipoç, organe du Syllogue litté- 
raire du même nom, d'où nous avons exhumé le curieux texte de 
Phocée qui mentionne l'existence d'une synagogue judéo-grecque 
dans cette ville 1 . Ayant réussi, non sans peine, à nous procurer 
la collection complète de ce recueil (Smyrne, 1873-1878, 6 vol. 
in-8°), nous pouvons aujourd'hui lui emprunter deux nouveaux 
textes grecs relatifs à une communauté juive encore ignorée de 
la Basse-Egypte, colle d'Athribis. L'article où ils figurent se 
trouve dans Po^pos de 1876, p. 365-366, avec un erratum impor- 
tant à la page 407. M. E.-E. Roupas, Grec d'Alexandrie, est l'au- 
teur de la communication adressée au Syllogue de Smyrne et pu- 
bliée sous le titre de rewypacpixod s^ei^aç ; on peut la résumer 
brièvement comme il suit : 

La ville actuelle de Bencha (Bévx<x) 2 , sur la rive droite de la 
branche du Nil qui aboutit à Damiette (Phatnicum ostium), 
compte environ 4,000 habitants, dont 73 Grecs : sa situation est 
fort importante comme point de jonction de plusieurs voies fer- 
rées. Près de la bourgade moderne est une colline où l'on recon- 
naît les vestiges d'une ancienne ville, que nos inscriptions iden- 
tifient définitivement avec Athribis 3 . Cette colline a été souvent 
fouillée par les Arabes de Bencha qui se livrent au commerce des 
antiquités, et l'article de l v Ou,Yipoç cite, parmi les collections qui ont 

1 Revue des Etudes juives, 1886, 1, p. 237 ; cf. nos Esquisses archéologiques, Paris, 
Leroux, 1888, p. 265. 

1 Benh*a el Asi, au sud-ouest de Zagazig (Er-Zagâzîk). 

3 Le nom d'Athribis ne s'était pas encore, que je sache, rencontré dans un texte 
épigraphique. Il existe en Egypte deux villes de ce nom, l'une dans le Delta — 
celle dont il est question ici — l'autre dans la Thébaïde, au sud-est de Panopolis. 
Voir Champollion, YEgypte, t. II, p. 48; Wilkinson, Egypt and Thebes, p. 393; 
Manners and cu&toms of the ancient Egyptians, l ro éd., t. IV, p. 265; Letronne, 
Recueil des inscriptions de l'Egypte, t. I, p. 112, 228 ; Corpus inscriptionum grœca- 
rum, t. III, n° 4711. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

profité de leurs trouvailles, celle de M. Démétrios B. Phôtios, lé- 
guée par le testament de son possesseur au Cabinet des Médailles 
de l'Université d'Athènes l . 

Les trois inscriptions que nous reproduisons ici, gravées sur des 
plaques de marbre blanc, ont été découvertes vers 1876 et ache- 
tées par un M. Th. Kovatchevitch 2 , qui les revendit au prix de 
mille francs, vers la fin du mois de juin 1876, à un Anglais dont 
on ne donne pas le nom. Où sont-elles conservées aujourd'hui? 
Nous serions fort aise qu'un de nos lecteurs pût nous l'apprendre, 
car il serait alors possible de les dater approximativement par 
l'étude paléographique des originaux; les copies de Po^po? ne 
fournissent aucune indication à cet égard, étant en majuscules 
typographiques ordinaires. 

Voici ces copies, dues à M. Théodoros I. Stavrinidès : 

1. rnEYBAIlAEmnTOAEMAIOr . 
KAIBAZIAI2IH2KAEOIIATPA2 

nTOAEMAlOIEniKTAOT 
OEniITAïHITONOTAAKrmN 
KA1OIENA0PIBE1IOYAA1O1 

THNI1POIETXHN 

2. rnEPBAIlAEOinTOTEMAlOT 
KAIBA II AI22H2KAEOIIATPA2 

KAITÛNTEKNGN 
EPMI A2K AIOI AOÏEPA HITNH 
KAlTAnAIAIATHNAEESEAPAN 

TH1 (sic) nPOSEÏXHN 

3. OIEKTH2 

TIGTIKHI 

OAON^NI 

2THTHN 

KI1.T02 

nom 



i Cette collection est-elle identique à celle de M . Giovanni di Demetrio de Lem- 
nos, autrefois établi à Ramleh près d'Alexandrie, collection qui est entrée par dona- 
tion, en 1881, au Polytechnicon d'Athènes '? 

* Le nom est orthographié KopoiTÇsfiiTç dans l'"Ou.yipoç, 1876, p. 407. 



LA COMMUNAUTÉ JUIVE D'ATHRIBIS 237 

Il n'y a rien à tirer du troisième fragment, que nous reprodui- 
sons seulement pour mémoire : voici maintenant la transcription 
et la traduction des deux premiers : 

1. 'XrÀp (3aaiXéeoç IlToXeptaioy kzi fictoïkiGanç, Kleondrpaç, ïlxoXz- 

[XOÙQÇ, E7TlXU^OU, 6 iTïlGTXTYiÇ TtoV CpuXaKlTWV , ZOU OÎ ïv *Aôplj3ei 

'lovfocîoi, ttîv 7Tpoa£L>^r/V 0£w Y^iazoù. 

2. Trop (SaaiXswç IlToAe/xaibu %ol\ QxGih'nanç KXeoTrarpaç x.al tgûv 
texvwv, 'Ep^.taç xaî ( P(XoT£pa v? yw>7 xat là 7wu&'a tïïv$£ l£é£pav 
[xal] t>j[v] TTpoaeu^v, 

4 . « En l'honneur du roi Ptolémée et de la reine Gléopâtre, Ptolé- 
mée, fils d'Epicyde, surveillant des gardes, et les Juifs rési- 
dant à Athribis, [consacrent] ce lieu de prière au Dieu Très- 
Haut. » 

2. a En l'honneur du roi Ptolémée et de la reine Gléopâtre et de 
leurs enfants, Hermias et sa femme Philotère et leurs enfants 
[consacrent] cette exèdre et le lieu de prière. » 

Le roi Ptolémée; nommé dans nos deux textes, peut être le 5% 
le 6 e ou le 8 e du nom, car ces trois monarques ont eu des femmes 
nommées Gléopâtre. Nous pensons qu'il s'agit de Ptolémée V 
Epiphane, mort en 181 av. J -G., qui laissa, de son mariage avec 
Gléopâtre, une fille de même nom et deux fils nommés Ptolémée, 
qui régnèrent sous les noms de Ptolémée Philométor et d'Éver^ 
gète II (Ptolémée VII). 

Le titre d'towrdTiic twv cpiAaxtxwv s'est déjà rencontré dans une 
inscription de Philé en Egypte * ; il doit probablement être distin- 
gué de celui d'àp/i'fuXaxMç, qui a été lu sur un papyrus 2 . « Ce 
mot çuXaxïTai, dit Letronne, dans sa signification propre, signifie 
gardiens. On pourrait l'entendre des troupes (8uvâu.eiç) commises à 
la garde de l'île de Philes et de ses monuments, ou de celles qui 
étaient chargées de la garde du pays, puisque, de tout temps, des 
corps avaient été placés aux environs de Syène et de Philes pour 
défendre cette région contre les courses des Nubiens ; mais plu- 
sieurs passages des papyrus montrent que ce devait être une 
garde de police, une espèce de gendarmerie, qui avait pour chefs 
ceux qu'on appelle ici èicwTdftai, et ailleurs àpx^Xaxïxou. » 

1 Corpus inscriptionum gracarum, t. III, n° 4896; Letronne, Recueil des inscrip- 
tions de l'Egypte, t. I, p. 343. 

1 Corpus inscriptionum grœcarum, t. III, p. 289. Letronne admettait la synonymie 
des deux titres (Inscrip. de l'Egypte, t. I, p. 343), mais on a fait observer que le 
papyrus en question porte £7ii<TxàxY)ç tÙ>v cpuXaxixtov xai àpjtiçuXaxixy];; [Pap. Lugd. 
Batav., G), ce qui semble bien indiquer deux fonctions différentes. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Quand on considère attentivement notre premier texte, il paraît 
évident que si l'épistate des phylacites se joint aux Juifs d'Athri- 
bis pour dédier un lieu de prière, c'est que cet épistate lui-même 
était un Juif. Les phylacites placés sous ses ordres Tétaient-ils 
aussi ? Cela est probable, et notre opinion à cet égard s'appuie sur 
un témoignage formel, d'après lequel Ptolémée I er , fils de Lagus, 
arma trente mille Juifs et leur fit tenir garnison dans ses places 
fortes l . Bien que le Ptolémée de notre inscription ne puisse pas 
être le fils de Lagus, dont la femme ne s'appelait pas Gléopâtre, 
rien n'empêche d'admettre que l'organisation militaire du premier 
Ptolémée ait été respectée par ses successeurs. Les fiAaxïtai d'A- 
thribis peuvent d'ailleurs avoir formé un corps de troupe ou une 
gendarmerie, et l'explication de Letronne, que nous avons repro- 
duite plus haut, n'est pas en contradiction avec celle que nous 
proposons ici. 

L'existence d'une communauté juive à Athribis n'était encore 
connue par aucun texte 2 . Le mot irpoaeu/Yj, signifiant « lieu de 
prière » et appliqué à une synagogue juive, s'est rencontré dans 
deux inscriptions du Bosphore cimmérien 3 ; il est d'un usage 
assez fréquent dans les textes littéraires 4 . L'èÇéôpa, dont il est fait 
mention dans le second texte, est probablement le vestibule de la 
icpoae-jx^ î ce mot assez vague désigne une salle ornée de sièges, 
à la fois un promenoir et un parloir; peut-être est-il ici sy- 
nonyme de l'OitaiOpov que nous avons trouvé dans l'inscription de 
Phocée s . 

L'épithète o^kjtoç est appliquée souvent à Jupiter dans les textes 
païens ; ici, comme dans la version grecque des Septante, où l'ex- 
pression 0e6ç ttytcToç revient plusieurs fois 6 , il s'agit incontestable- 
ment du Dieu des Juifs. Je n'en connais pas d'autre exemple dans 
l'épigraphie. 

Salomon Reinach. 



1 'A ?' (ov œcrei rpetç [j-uptàcaç xaQo7r)i<xa? àvopwv èxXexrwv eîç tt]v x^P av xaxwxiaev 
ev toTç çpovpioifr Aristeœ epist. éd. M. Schmidt, cité par Schurer, Geschichte des 
Jûdischen Volkes, 2 e éd., t. II, p. 499, note 24. 

2 Sur les Juifs dans l'Egypte hellénisée, voir Schurer, op. laud., p. 499 et suiv. 
Reuss {Geschichte der heiligen Schriften des alten Testaments) cite à ce sujet deux 
travaux spéciaux que je n'ai point vus : Thorheke, De judœis œgyptiis, Detmold, 
1870, et Goguel, Les Juifs d'Egypte avant l'ère chrétienne, Strasbourg, 1868. 

3 Corpus inscr. grœc, t. II, p. 1004, Addenda, n os 2114 b, 2114 bb. 

4 Voir les références dans Schurer, op. laud., p. 370, note 85. 

5 Revue des Études juives, 1886, p. 236 et suiv. 

« Genèse, 14, 18; 14, 22; Psaumes, 7, 18; 17, 15; 49, 15; Macchabées, 2, 3,31, 
etc. Cf. le Thésaurus d'Estienne-Didot, s. v. 



SENS ET ORIGINE 



DE LA DENOMINATION 



SGHEM HAMEPHORASCH 



La dénomination de wriawtt d\a se rencontre, presque sans ex- 
ception, dans tous les écrits de la littérature talmudico-midras- 
chique, dans la Mischna ! , la Mekhilta, le Sifra, le Sifré, le Talmud 
de Babylone, comme dans les ouvrages midraschiques spéciaux et 
dans les Targoumim palestiniens 2 . 

Ce qu'on entend par cette dénomination, c'est incontestable- 
ment le tétragramme, le nom de Dieu JHVH. Sur ce point, il y a 
chez les savants versés dans les Ecritures saintes et les exégètes 
une entière certitude et un accord presque général 3 . 

Mais l'accord cesse quand on passe à l'explication du mot. Quel 
est le sens littéral du terme ttmsttln ? En vertu de quelle qualité 

1 loma, VI, 2 ; dans la mischna du Talmud de Jérus., les mots d^ïld!"!"!, contre 
l'authenticité desquels s'élève une foule de motifs intrinsèques et extrinsèques, ne 
se trouvent pas. Du reste, on a reconnu depuis longtemps la source à laquelle il 
faut ramener l'origine de ce passage, savoir la mention du Talmud de Jérusalem 
{loma, III, 7) : d^DIS "Pïl ÛTmpïl (▼. ïl'^ïl dans le Mordechaï). Il est vrai- 
semblable que ces mots sont parvenus indirectement dans la Mischna de l'Aboda 
de José ben José, telle qu'elle se trouve dans le Sidour de R. Amram. La liberté 
prise avec la source du sujet dénote le poète. Il est certain que la Mischna apparut 
ainsi arrangée à Maïmonide (voir le commentaire de la Mischna et Hilchot Abodat 
Iom Hakipourim, II, 7). 

2 Mekhilta sur Exode, 20, 24 ; 21, 17 ; Sifra sur Lévit., 20, 9 ; 24, 11 ; Sifri sur 
Nomb., 6, 23; Hagiga, 16 a ; loma, 69 a; Sot a, 38 a,- Synh., 60 a; Gen. Rabba, 
chap. xvn ; iîchir hasch. Rabla sur 4, 5 ; Kohel. Rabba sur 3, 11, et fréquemment 
dans d'autres midraschim; Pseudo-Jonathan, Ex., 21, 17; Lévit., 24, 11. Dans le 
Talm. de Jérus., je ne trouve que irfPfàïl Ù125. 

3 V. Ascheri, loma, chap. vm, et cf. Bâcher, Agada der babglon. Amoraër, p. 17 
et suiv. Exceptionnellement Raschi y voit le nom aux 42 lettres (Sgnh., 60 a), pro- 
bablement à cause de l'obscurité du passage, ce qui lui fait ajouter aussitôt '"Ifà'lblD 
inVfàïl d125. Le passage typique dans Raschi est Lévit., xxiv, 11. 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

inhérente au tétragramme, pour quel motif ou en raison de quelle 
nécessité historique cette dénomination lui a-t-elle été donnée ? 
C'est ici que commencent l'obscurité et l'incertitude. On a souvent 
cherché à répondre à ces questions, et on a donné diverses solu- 
tions au problème, suivant des vues et des interprétations diffé- 
rentes. 

Il est nécessaire que nous donnions ici un court aperçu critique 
des plus importantes de ces interprétations. 

Prenons tout d'abord l'explication philosophico-théologique, qui 
a pour représentant principal Maïmonide. Pour elle, le mot îY'tz) 
désigne le tétragramme, parce que, seul, il exprime, d'une ma- 
nière spéciale et unique, l'essence de Dieu * . 

Cette interprétation a le défaut ordinaire des interprétations 
philosophiques ; elle s'engage sur une voie où il est impossible 
d'arriver à la solution du problème. Les données que nous avons 
sur le ïi"tfî s'opposent à ce qu'on ait recours, pour chercher cette 
solution, à la spéculation métaphysique. Il est à peine nécessaire 
de faire remarquer que cette méthode néglige le côté linguistique 
de la question. Cette explication a trouvé des partisans même 
parmi les représentants de la science objective, qui n'ont pas 
manqué de l'appuyer d'arguments plus précis, sans rien ajouter 
à sa solidité 2 . 

Voici maintenant deux interprétations s'appuyant sur un seul 



1 Maïmonide, Guide des Egarés, trad. Munk., I, p. 267. 

% Levy, Chald. Worterb., s. v. UJ1D ; J. Mùller, Masecheth Soferim, p. 57. Il est 
certain que U}*nD73ï"ï Û1D, comme inT^îl U'û, désigne le tétragramme et, sous ce 
rapport, les deux, termes sont identiques, mais il s'agit du sens littéral. L'identité 
persiste-t-elle également à ce sujet et peut-on traduire 'tfiTlDTOÏ-î par nom désigné 
exactement et spécialement ? Ce qui est plus important, c'est que l'idée fondamentale 
n'est pas ici en harmonie avec la tradition; cf. ~Ex. JRabba, 3, sur ""ittJN ï"P!niS 
i"pniX- Contre ce que dit M. Bâcher [loc. cit.) au sujet du nom à 12 et 42 lettres, je 
me bornerai à objecter que, si les « dix choses » par lesquelles le monde a été créé 
(v. Abot, V, 1) représentent, par le nombre de leurs lettres, le « nom de 42 lettres », 
il faut aussi se demander quel nom de Dieu correspond aux sept choses par lesquelles 
le monde a été créé [Abot de R. Nathan, XXXVII), lesquelles « sept choses » 
sont également mentionnées dans la sentence de Rab. Il faut également tenir compte 
d'une erreur de calcul qui est assez importante. Dans le compte du nom de 42 lettres, 
le tétragramme est compté parmi les lettres des « dix choses » ; dans le compte du 
nom de 12 lettres, qui forme pourtant la base de la thèse, le tétragramme n' est pas 
compté. Je voudrais donner ici une place à une hypothèse sur le même sujet. Par 
suite de diverses circonstances, la tradition relative à la véritable prononciation du 
tét.agramme s ; est perdue ; de là, des hésitations et des incertitudes, de là aussi, 
des façons différentes de prononcer le tétragramme. Comme il n'était pas possible de 
trouver la vraie prononciation, on a eu l'idée, pour ne pas se tromper complètement, 
de réunir en un seul mot les diverses prononciations connues. On est arrivé ainsi à 
former le « nom » de 12 lettres et, plus tard, à la suite d'un développement ulté- 
rieur, le « nom » de 42 lettres. Cette explication fait comprendre la formation d'un 
vocable démesurément long de 42 lettres. 



SENS ET ORIGINE DE SCHBM HAMEPHORASCH 241 

et même fait : la défense de prononcer le tétragramme tel qu'il est 
écrit, excepté pendant l'office divin, dans le temple de Jérusalem, 
et son remplacement officiel par le nom ■vjia. Il y a là une sorte 
de dualisme, un tétragramme idéal et un tétragramme réel con- 
tenu dans •rç-ïN. Le mot n"tf3 soulignerait ce dualisme en désignant 
le nom tel qu'il est écrit exactement et expressément dans la 
Tora, par opposition au nom tel qui est prononcé dans la pratique 
consacrée. — Telle est la première interprétation *, 

En admettant que cette interprétation soit conforme au sens 
grammatical du mot, ce qui est encore à démontrer 2 , il n'aurait 
été défendu que de prononcer le nom tel qu'il existait à une 
époque reconnue comme étant primitive. Mais la Mischna (Sota, 
vu, 6; Tamid, vu, 2) a un autre terme pour exprimer cette 
idée, elle nous donne la formule isrûs ù^n, « le nom tel qu'il est 
écrit », en opposition avec le "nss, « tel qu'il est prononcé » ; le 
Talmud (J. Synh., x, 1, 6 ; Pesahim, bOa; Kiddous chinai a), de 
son côté, a la formule nVi tpaa xnpsi a"r; Y'm insi, « le nom 
écrit avec yod et he et lu avec aleph et dalet », formule qui est la 
même que celle des -np — mro destinés à sauvegarder et à con- 
trôler le texte et la lecture de l'Ecriture sainte. 

Ce dualisme a aussi donné lieu à cette autre opinion que le îY'iD 
est le « nom tenu secret », le nom ineffable 3 . Cette conception 
trouve un argument séduisant dans le texte biblique, car dans 
Juges, 13, 18, en réponse à la question de Manoach à l'ange, 
celui-ci dit *$6b hiîiï, mots que le Targoum rend par Nirn 
aunsto. Ici, il est question d'un être supérieur, et celui-ci est re- 
présenté comme wib», comme « mystérieux », comme « merveil- 
leux ». Il y aurait donc ici une analogie quant au sens même et 
à l'étymologie de ttmstt. Cependant, quand on examine de plus 
près cette analogie et le sens grammatical, il s'élève une objection 
insoluble, -uns» répond, il est vrai, comme on peut le voir par les 
ïargoumim 4 , au mot hébreu abï: ou Nbss et signifie « mystérieux » 
ou « merveilleux », mais la logique exige que ce soit le sujet 
(l'ange) qui ait échappé à la perception et qui, par suite, soit con- 
sidéré comme « mystérieux » et comme « merveilleux ». Mais 
ce nom, d'après le Talmud, n'est rien moins que mystérieux, il 

i Fûrst, Z. D. 31. G., XXXIII, p. 297 et suiv.; Nager, ibid. t t. XXXV, p. 162 
et suiv. 

2 La terminologie de la Mischna n'offre pas d'argument à l'appui de cette thèse. 
Elle parle du cas où le nom est effectivement prononcé : ïlfà dlïîïl ID^D^UJ 1$ 
•IISVPD^ n3>731ï5ll5. Mais que le nom écrit soit exprimé par 1U1D par opposition au 
« nom lu •, cela ne résulte nullement du sens grammatical. 

3 Grunbaum, Z. D. M. #., t. XXXIX, p. 543-617. 

4 Deut., xxx, 11 ; Juges, xm, 18 ; II Sam., i, 26. 

T. XVII, n° 34. 16 



-2 VI REVUE DES ETUDES JUIVES 

est seulement interdit à l'usage par une sainte terreur et est 
conservé avec vénération ; on cherche à le cacher, à cause de 
sa sainteté ; il n'a donc rien de commun avec l'araméen uns», 
pas plus qu'avec l'hébreu &6b3. On prétend que les prêtres 
et les docteurs connaissaient la prononciation exacte du tétra- 
gramme, et qu'elle n'était jamais entendue de la masse du peuple. 
Cette assertion est démentie par la Halacha. Ainsi, dans la Me- 
liliiUa et le Sifri, il est admis, comme une règle incontestée, que 
dans toutes les prestations de serment et, en première ligne, dans 
les procès civils, le serment devait être prononcé en exprimant 
le nom ti'n t"V* '. Dans la pratique, cette halacha n'a perdu de 
son autorité que quant à l'usage obligatoire, tandis que Vusage 
facultatifs été maintenu comme licite 2 . Si donc le tétragramme 
a pénétré ainsi dans la vie ordinaire, dans le domaine de la pro- 
cédure judiciaire, il est impossible de prétendre qu'il ait été mys- 
térieux ou connu seulement de quelques-uns. 

Le sens d' « ineffable » n'a pu être emprunté qu'à Philon, qui 
l'a pris lui-même des Grecs. Que dans le cours d'une longue pé- 
riode de temps, le nom de Dieu ait pris un caractère mystique, 
et cela grâce à la sainteté qui s'y attachait et au fait qu'il était 
interdit à l'usage, même pour le service divin ordinaire, et que 
ceux qui en connaissaient la prononciation exacte soient devenus 
de plus en plus rares, cela n'est que trop naturel. Les textes du 



i Mehhilta sur Ex., xxn, 10 : bsb 1*7 iinN )$5ft K"ïl 1^3 f T\ njnStt) 
N"H *fV3L ÊÔN WKffl nvn©î"ï... lbid, sur tp nbt: Nb; iàid. sur xxn, 7; 
Sifri sur Nomb., v, 21 et 22. Ou entend ici le tétragramme tel qu'il est écrit : cela 
résulte de la déduction et est confirmé par la formule JS"n Y'TO 3ï"03. Une 
dérogation à la nécessité absolue d'employer le tétragramme pour les prestations de 
serment se trouve dans la Mischna [Schebouot, IV, 13), et, dans la discussion talmu- 
dique se rattachant à cette Mischna (Schebouot, 35 b), il est question d'une divergence 
d'opinion existant sur ce point. 

* Schebouot, 38 a, d'après la version de Raschi "Hj^S Nfà^n "iVdN, tandis que 
dans Alfasi et dans le texte ordinaire on lit : i Jj3'"| NTD^n lb n D&. La décision de 
Maïmonide répond à la version de Raschi [ti. Schebouot, XI, 1 et 8). Cependant 
il semble très douteux que cette conception soit la bonne. L'impression qui se 
dégage, pour nous, du rapport talmudique et de la discussion subséquente, c'est 
que le tétragramme a été complètement laissé de côté dans les prestations de 
serment — il s'agit en première ligne des procédures civiles — et que, pour le 
remplacer ou pour en rappeler le souvenir, l'usage a été établi de tenir un objet 
sacré, comme la Tora ou les Tefilim. Celte décision et cette innovation, Raba 
les a trouvées dans la parole de Rab, qui, pour établir la l'orme du serment 
dont il est question dans la Tora (minS ÏTTlttNïl WDttï), s'appuie sur un 
passage de l'histoire d'Abraham, où on mentionne, à propos d'un serment, le 
fait qu'on touche un objet sacré. La remarque faite dans le T. J. Synh., X, 2 sur 
l. w- PS FUfliîSïl : jVan©ai ^niD "pb&t J*tà3 Itttf &tt£ 'n semble autoriser 
la conclusion qu'en Palestine on n'employait pas le tétragramme à cette époque, 
pour la prestation du serment. Seuls les Samaritains le prononçaient encore. Voir, 
à ce sujet, Tosafot sur Schebouot, 35 a, nb*! £lbN3. 



SENS ET ORIGINE DE SCHMM HAMEPHOBASCH 243 

Talmud le disent explicitement l ; mais croire qu'à une époque où 
ce nom était encore usité dans la vie active, il ait été forgé à son 
intention, dans l'arsenal du mysticisme, un nom qui aurait été 
adopté par la Halacha, ennemie de tout ce qui est mystique, c'est 
là une hypothèse qui ne peut se maintenir, aussi plausible qu'elle 
paraisse 2 . 

Une opinion remarquable par son originalité a été émise par 
Léopold Low et David Oppenheim presque simultanément 3 . r;"tt5 
serait « le nom gravé », parce que le tétragramme était gravé sur 
le frontal du grand-prêtre et que nous le trouvons dans les ex- 
pressions et les légendes du Midrasch sous une forme qui indique 
nécessairement le sens de graver pour le mot tt)*js, On voit qu'ici 
on ne songe guère à une phase du développement historique des 
idées religieuses, même en admettant qu'il y eût de ces gravures 
dont parlent les Midraschim. Malheureusement, il n'y a aucun 
passage qui montre le verbe tans employé pour « graver » ; la 
langue usuelle fournit plutôt un autre vocable pour ce sens 4 , 

i J. loma, III, 7 : fcô Û^TlSîl 'D'TlIitt tH& b^b 107:3 ÏT^ÏÏ ÎTJTOÈna 
Û^ia^b Nbtf "10)33 ÏTÏ1 ; cf. T. B. Kidousckin, 71 a. 

* Il y a déjà quelques années, avant d'avoir pris connaissance du travail de M. Griïn- 
baum, j'ai écrit qu'il faut voir dans t T\"i^ t le nom merveilleux », en tant qu'on attri- 
buait au tétragramme une puissance miraculeuse, comme on le voit fréquemment 
dans les récits et légendes midraschiques. On ne sera pas surpris qu'il n'ait pas été 
fait de distinction entre le « merveilleux » et le « miraculeux » ; de telles distinc- 
tions ne sont pas le fait de la pensée appliquée à l'observation des miracles. Je m'é- 
tais confirmé dans mon opinion, en songeant à la puissance de la croyance aux mi- 
racles de la thaumaturgie. Tous ces faits, concordant avec les traditions et les légendes 
midraschiques sur la puissance miraculeuse du tétragramme et l'emploi du mot lD*"|D/3 
en araméen, étaient encore confirmés par le passage suivant du Jalkout (Exod., 
176, sans autre citation de texte) : &ïlb ilTWlD fc*b Ùnb ^nSHia tfb 'n ^Ï2"û"\ 
blfcttb ^bin ïin&NB 1D1N ^mba ^bl Nlïl limBfc EN. Toutefois, j'ai renoncé à 
mon système pour les raisons suivantes : 1° il n'y a que les documents tardifs qui 
parlent de la puissance miraculeuse du tétragramme ; 2° ce sont précisément les pas- 
sages les plus anciens de la Halacha qui donnent !~l"U5, ce qui ferait supposer que 
le sens de cette dénomination leur aurait échappé, puisqu'à côté du *in*T73M Ù1Ï5, ils 
auraient introduit dans la Halacha le « nom miraculeux >. 

3 Lôw, G-raphische Requisitem u. Erzeugnisse, p. 24, et préface, p. vin ; Oppen- 
heim, Monatsschrift, 1869. 

* C'est le terme technique grec qui rend le sens de graver, surtout quand il s'agit 
de travaux d'art, yXucpeTv, qui est employé partout. Ainsi Onkelos, sur Exode, xxviii, 
9, rend nnriDI par fpbMTl ; le Targoum des Prophètes "irnnD par tlb^T, ainsi que 
le nnD" 1 ! de I Rois, vu, 36. Mais UÎ1S73 n'est jamais employé dans ce sens. La 
Halacha a le substantit TlDlb^ = y).ucpY] {Mekhilta, "£5Tl'rD sur bOD). Que signifie 
alors U5"lD)2 3FÙ d'Onkelos ? C'est Técriture nette. C'est dans ce sens qu'on lit 
aussi ■tfî'HD'O 3nD dans le Targoum sur les Prophètes : Isaïe, vin, 1, OIjN £3*11*1. 
Si dans Onk., Exode, xxxn, 16, m*lïl est rendu par 'O t "|D73, la raison déterminante 
en est dans Drûtoï""/. Le Targ. Jonathan fournit d'ailleurs un utile contrôle pour 
Onkelos ; en effet, celui-ci écrit toujours ffiHSH p^pn, ce qui exclut toute méprise. 
Ordinairement dans les Targoumim, pour pptl et autres expressions telles que 
1*1*11*1, ppn, TXi DU)*1, on trouve aussi nnE, mais nulle part ^"1D. aTTin U3*1D. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les hypothèses que nous venons d'étudier ont un trait com- 
mun : aucune ne s'appuie sur un témoignage direct emprunté à la 
littérature ou sur un indice direct provenant de celle-ci. Or, d'après 
moi, il existe un indice de ce genre, auquel on n'a pas jusqu'à 
présent prêté l'attention qu'il mérite. 

Dans le Sifra, sur Lévit., xxiv, 11, on lit : ï-jî dtun ntf ...sip^ 
TO» yfciûia uniBfcrt bV. Il prononça le « nom, c'est-à-dire le 
schem hamephorasch entendu au Sinaï. » Nulle part ailleurs les 
mots rV'o ne sont accompagnés d'une phrase explicative. La 
simple apparition de ïY'tti suffit pour être reconnue, sans autre ex- 
plication ni complément. 

Pourquoi le Sifra ne dit-il donc pas simplement umsttï-j du) ïtt, 
« c'est-à-dire le schem hamephorasch » ? A quoi bon ajouter jwjd 
to»? Ces deux mots n'ont-ils pas justement pour but de nous 
expliquer le mot « mephorasch » ? 

Dans ce passage du Lévitique, le tétragramme est représenté 
simplement par la forme de d^rs, « le nom », tandis que, dansDeut., 
xxviii, 58, les mots : rrm stisïti isto^n bttïîl, « le nom glorieux 
et redoutable », sont suivis des mots "pi-iba *r\ dn « l'Eternel 
ton Dieu ». Ce passage est celui qui a donné naissance à la déno- 
mination ordinaire de bWîl pour le tétragramme. Mais à l'ori- 
gine cette dénomination reposait sur l'hypothèse que le « nom » 
était connu de tous et qu"il n'y avait pas de méprise possible sur 
sa prononciation. Or, quel nom cela pouvait-il être? 

C'est le nom exprimé, manifesté ou, pour mieux dire, le nom 
révélé entendu au Sinaï. Comment par le bffiï"», « le nom » par 
excellence, n'aurait-on pas reconnu et compris le tétragramme, 
puisque c'est le nom que Dieu a révélé lui-même comme étant le. 
sien ? 

Une confirmation du fait que les mots du Sifra se rapportent à 
l'origine et au sens du ïf'iB, se trouve, suivant nous, dans le Tar- 
goum de Jonathan 1, où ces mots se trouvent reproduits sous la 
forme suivante ; yfciûl iznantfi t^npii ksi n?:uî ni ïpnm ttii*is 
1510a. Tandis que Jonathan II a NUinD?: neiïî, qui se retrouve 
aussi ailleurs dans Jonathan I, ici Ktt"iBtt est remplacé par 
©nsn», changement qui s'explique le plus naturellement, si on 



(Juges, m, 31] et Ï-P12*"|D (I Sam., xm, 10) sont simplement dérivés du sens fonda- 
mental de UJnS, « séparer », le premier l'ait penser à d"0"n n 115*13 ; le second, s'il 
n'est pas identique à fcT^in wlD (en effet, on trouve deux l'ois in 125 "in 72, cf. Kim- 
chi), il faut entendre par là « la charrue traçant son sillon ». Une preuve certaine 
de l'emploi de yXuçeiv se trouve dans le Midrasch Rabba et le Tanhuma sur Nom- 
bres, 23, 24 •. -pb* nib^ ti'npT, biD imu: y^n n« "ib îantt ; comp. Gitan, 

20 a. 



SENS ET ORIGINE DE SCHEM HAMEPHOBASCH 245 

admej que le sens du ïi"ii5 devait être rendu suivant son origine, 
c'est-à-dire le nom entendu au Sinaï. 

Mais cette explication est-elle justifiée grammaticalement? Il 
est incontestable qu'en hébreu, comme en araméen, idid signifie 
prononcer, expliquer, manifester; quand il s'agit de manifesta- 
tions de la Divinité, au lieu du terme manifester, nous employons 
régulièrement celui de révêler, mais il est impossible de trouver 
dans la langue hébraïque et dans l'araméen un autre mot qui soit 
aussi propre à exprimer cette pensée de cette façon 1 . Si nous 
faisons la contre-épreuve des interprétations que nous avons 
citées, il en résulte qu'aucune ne donne aux paroles du Sifra leur 
valeur pleine et naturelle, tandis que l'explication par le nom 
révélé se suffît à elle-même. Les expressions se rapportant à n"ii5 
que nous trouvons ailleurs s'accordent parfaitement avec cette 
dernière interprétation. On sera forcé de reconnaître que le « nom 
révélé » constitue pour le tétragramme une caractéristique qui 
ne peut être omise dans l'histoire de la religion, car il y aurait 
une lacune essentielle dans la série des noms divins, si son origine 
n'avait été fixée par une dénomination qui exprime en même 
temps son incomparable grandeur et sa sainteté. La preuve que 
cette pensée était familière et présente dans le judaïsme se trouve 
dans ces mots de Josèphe: «Dieu lui (à Moïse) prononça son nom, 
qui auparavant n'était arrivé jusqu'à aucun homme » [Ant. jud., 
II, xin, 4, éd. Didot). 

Quant à l'époque où s'est formée l'expression de ï-j"H5, on ne 
peut rien dire de précis. Il est possible qu'elle remonte à une 
époque bien primitive de l'interprétation des Ecritures. Le fait 
qu'elle ne se trouve pas dans Philon est de peu de poids. Mais on 
peut admettre avec certitude qu'elle n'est pas postérieure à l'école 
de R. Aquiba, dont les principaux travaux sur l'Ecriture sainte 
sont consignés dans Melihilta, Sifra et Slfri. 

Quant aux rapports extérieurs de iiins'att du: avec imrott ûii5 
— complètement identique avec nomen proprium ^b im^n ûii5 
(Sota, 38 a) — , on peut dire que le premier était familier dans les 
milieux savants comme dans les milieux non savants, tandis que 
.TmttîT bii5 appartient exclusivement à l'école. 

1 11515 dans l'hébreu biblique signifie « prononcer, expliquer, manifester » ; 
Lévit., xxiv, 12, 'n ">D hy dïlb U51£>b ; Nornb., xv, 34, U5nS tfb ; Néhémie, vin, 8, 
IDIDfà " 'INIp^l : ils lurent... clairement exprimé... (observation faite à cause 
des points de contact des divers dialectes sémitiques; cf. Ezra, iv, 18); en ara- 
méen U5 13 signifie « prononcer », Ezra, iv, 18, ^1p H51DT3, Targ. Onkelos, Lévit., 
xxiv, 11, 12; Lévit., v, 5, 4 ; Nomb., xxx, 7, etc. — On ne peut pas prétendre 
que le verbe ;-jbà aurait mieux convenu dans le sens de « révéler » , car il signifie 
t révéler par la vue ». 



24G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si on voulait établir l'ordre chronologique des dénominations 
qui se groupent autour du tétragramme, voici le plan qui se pré- 
senterait et qui serait à peu près exact : — i^o — 1355?! DttStt 
bnan DO ou itttD (en hébreu) ; — Nnn rcaiB ou rpM (araméen) l ; 

imr:r! do — cms^i do — niTiix ^ana p do 2 . 

Werschetz (Hongrie). 

SlDON. 



1 L'explication du n"0 due à Jacob d'Edesse, * le nom séparé, distinct », serai 
une singulière atténuation du « Grand nom • par excellence. 

a Deut., xxviii, 58; Lévit., xxiv, 11 ; Berachot, 3a; Soia, 49 a ; Synh., 60a 
Kidouschin, 71 a ; &'/>a sur Lévit., xxiv, 12 ; T. J. $ynh. t vu, 10. 



JOSEE HACCOHEN 

ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 



( SUITE ET FIN 



6. La chronologie des Asmonéens, de Jésus et de Mahomet. 

a. Les Asmonéens. 

Le système chronologique adopté par les rabbins pour l'époque 
du second temple présente un certain nombre de difficultés qui 
méritent d'être examinées de près et dont la solution permettra 
de rectifier un grand nombre de passages de nos textes. M. Cas- 
sel a consacré à cette question, dans l'Encyclopédie Ersch et 
Grùber, article Juden, p. 33, une excellente notice, mais où nous 
croyons qu'il est fait une trop grande place à des hypothèses inu- 
tiles. Tout le système repose sur les données du Séder olam 
ratifia, ch. 37, reproduites et complétées dans Aboda zara, 9 a à 
10 a (voir Raschi, 9 a) et qui font durer le second temple 420 ans, 
divisés comme suit * : 

De la construction du second temple à Alexandre.. 34 ans. 

Durée de l'empire grec en Palestine 180 — 

Durée du royaume asmonéen jusqu'à Ilérode 103 — 

D'Hérode à la destruction du temple. . . 103 — 



420 ans. 



D'après ces données, on a le tableau suivant (E. Gr. =± ère de la 
création ; E. Tpl. = ère du second temple ; av. Dest. — avant la 
destruction du second temple; E. chr. = ère chrétienne) : 

1 II faut comparer Raschi dans Aboda tara, p. 97 a. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

E. Cr. E. Tpl. av. Dest. E. chr. Différence. 



4. 


Temple construit. . . 


3408 




420 


— 352 




2. 


Ere des rois grecs.. 


3442 


34 


386 


— 318 


34 


3. 


Ere des Séleucides.. 


3448 


40 


380 


— 312 


6 


4. 


Ere des Asmonéens. 


3622 


214 


206 


— 138 


174 


5. 


Avènement d'Hérode 


3725 


317 


103 


— 35 


103 


6. 


Ere chrétienne 


3760 










7. 


Destruct. du Temple. 


3828 


420 




-f- 68 


103 



Il faut d'abord faire, sur cette chronologie, les observations 
suivantes : 

1. Tout le monde a déjà remarqué la grosse erreur qu'elle com- 
met sur la durée de la domination persane, depuis le retour de 
l'exil jusqu'à l'avènement d'Alexandre. 

2. L'ère des rois grecs (le n° 2 du tableau) est censément l'avè- 
nement d'Alexandre. Le Talmud [l. c.) explique ce que signifie la 
différence de 6 ans entre ce numéro et le numéro suivant. C'est de 
cette date 3442 du n° 2 que partent les 180 ans de la durée de l'em- 
pire grec en Palestine. 

3. L'ère des Séleucides est exacte. 

4. L'ère des Asmonéens, nous le prouverons tout à l'heure, 
doit partir de l'avènement de Jean Hyrcan (135-105), le temps 
compris entre la révolte de Mattatias et l'avènement de Jean Hyr- 
can (167-135) fait partie de l'époque des rois grecs. Jean Hyrcan, 
par l'éclat de sa puissance militaire et l'extension donnée à son 
royaume, aura passé, chez les Juifs, pour le premier roi asmo* 
néen, quoique ce soit en réalité son successeur Aristobule qui ait, 
le premier, pri£ le titre de roi. Les princes asmonéens antérieurs 
étaient à peine connus des Juifs avant la rédaction du Josippon, 
leur pouvoir n'aura point paru bien solidement établi, et, de plus, 
les Juifs avaient particulièrement retenu le nom de Jean Hyrcan 
à cause de ses démêlés avec les Pharisiens. La date donnée dans 
le tableau, pour l'avènement de Jean Hyrcan (avènement des As- 
monéens), est exacte à trois années près (en réalité 135, non 138 
avant l'ère chrét). 

5. La date de l'avènement d'Hérode part de sa victoire sur An- 
tigone et la prise de Jérusalem. Elle est exacte à deux années 
près : il faut 37 au lieu de 35 avant l'ère chr. Cette erreur, avec 
celle qui a été signalée plus haut (observât. 4), fait que, d'après ce 
système, la durée de l'époque asmonéenne est trop longue de 
5 ans; elle n'était, en réalité, que de 98 ans (135 à 37), le système 
la fait commencer 3 ans trop tôt et finir 2 ans trop tard. 

G. Tout le monde sait que les chronographes juifs mettent la 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 249 

destruction de Jérusalem en l'an 68 (au lieu de 70) de l'ère chré- 
tienne. 

La difficulté devient grande lorsqu'on veut se rendre compte 
de la façon dont la chronologie juive distribue les princes asmo- 
néens et les docteurs juifs contemporains dans cet espace de 
103 ans qui leur est assigné. 

La plus ancienne tradition connue sur ce sujet et la plus auto- 
risée est celle du Sèder olam znita\ composé, sans doute, vers 
l'année 4280 (520), comme on le voit à la fin de l'ouvrage 2 . D'après 
cet ouvrage, la période de 103 ans des princes asmonéens doit être 
répartie comme suit 3 : 

Jean Hyrcan règne 37 ans. 

Alexandre Jannée 27 — 

Aristobule 4 3 — 

Antigone ... '. 26 — 

103 ans. 

Des variantes de ce tableau se trouvent dans O 169, 3, Z 90, 
28 a à 91, 15 b, et 91, 20 6, et Z 92, 24 &. Nous les reproduisons ici, 
en regard des chiffres indiquant la durée vraie du règne des 
princes asmonéens. La première colonne de chiffres est la durée 
vraie ; la seconde (Sz.) est la série du Sèder olam zutta ; les sui- 
vantes seront indiquées par les initiales et chiffres usités dans le 
cours de ce travail. On aura donc : 

Vraie. Sz. 169. Z 90. Z 91. Z 92. 



Jean Hyrcan (135-4 05) 30 37 26 26 21 37 

Aristobule I (105-404) 1 114 

Alexandre Jannée (104-78) 26 27 27 27 27 27 

Alexandra (78-69) 9 9 9 9 

Aristobule II (69-63) 6 13 3 3 3 6 

Hyrcan II (63-40) 23 40 40 40 

Antigone (40-37).. 3 26 3 27 

98 103 109 106 101 97 
Après correction 103 1 03 1 03 1 03 

Ces listes sont, en réalité, toutes les mêmes, sauf une variante 
importante, pour la durée des règnes de Jean Hyrcan et de Hyr- 

* Nous le citons d'après l'édition de Cracovie du Juhasin, f u 165 b, et l'édition 
d'Amsterdam de 1711. 

2 La date 1053 de la destruction du temple qui se trouve en tête de l'ouvrage est 
la date d'une copie de l'ouvrage reproduite par les éditions. Elle correspond à l'année 
1121 de l'ère chrétienne et à l'année 4881 (non 4801, comme l'ont les éditions) de la 
création. 

3 Edit. Cracovie, 167 b ; édit. Amst., 21 b. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

can IL D'après et Z 90 et 91, le règne du premier est de 26 ans, 
et celui du second, de 40 ans ; d'après Sz., Jean Hyrcan règne 
37 ans et Hyrcan II probablement 23 ans, comme nous le verrons 
tout à l'heure. Nous allons, du reste, montrer que la colonne et 
les colonnes Z 90 et 91 sont identiques. Il faut d'abord, Z 91, chan- 
ger le 21 de Jean Hyrcan (1. 24 b du texte) en 26, car Z 91 n'est 
que le résumé de Z 90 (se reporter au texte et comparer, pour 
Jean Hyrcan, Z 90, 6 b ; les chiffres de Z donnés ici sont tirés du 
Josippon, comme Z le dit lui-môme). D'un autre côté, le texte du 
passage de O 169 montre clairement que l'auteur de ce passage 
considère Aristobule II et Antigone comme des usurpateurs et, 
par suite, les 3 ans de chacun d'eux sont compris dans les 40 
années de Hyrcan. On a donc, pour les trois colonnes 169, Z 90 
et Z 91, une seule et même série : 26 + 1 + 27 + 9 + 40 = 103. 
La colonne Sz. est à peu près juste, même dans les détails, si on 
tient compte des observations suivantes : 1. Le règne de Jean 
Hyrcan est trop long de 7 ans, l'auteur paraît amalgamer avec ce 
règne celui de Simon, père de Hyrcan, qui avait duré 8 ans (voir 
Z 92, 24 b). —2. Il est clair que les 27 ans d'Alexandre Jannée 
comprennent le règne d'Aristobule I er ; de même, les 13 ans d'A- 
ristobule II représentent, ensemble, avec une erreur de 2 ans, les 
règnes d'Alexandra et d'Aristobule ; les 26 ans d' Antigone repré- 
sentent (exactement) les règnes d'Hyrcan II et cl'Antigone réunis. 
On remarquera enfin que Z 92 est du même type que Sz., il y 
faut changer le 6 d'Aristobule II en 12 ou 13, ou bien, ce qui nous 
paraît plus probable, intercaler 6 ans pour le règne d'Alexandra, 
de façon à avoir 103 ans ; le texte dit formellement (1. 23 b) que 
le total doit donner 103 ans (il faudrait effacer les deux points de 
la 1. 23 & et les remplacer par une virgule). 

Puisque, dans tous ces auteurs, les 103 années asmonéennes, 
comme le montre notre tableau ainsi corrigé, partent de l'avène- 
ment de Jean Hyrcan, il nous paraît prouvé (et c'est la preuve que 
nous annoncions plus haut) que cet avènement de Jean Hyrcan est 
bien le point de départ de l'ère asmonéenne. Du reste, O 169, 3, 
et O 197, 26, disent formellement que Jean Hyrcan a commencé son 
règne en 180 de l'ère grecque, les princes asmonéens précédents 
sont donc placés, par nos chroniqueurs, dans la période grecque, 
puisque celle-ci, d'après eux, dure juste 180 ans. 

La chronologie des premiers princes asmonéens varie grande- 
ment chez nos auteurs. On trouve chez eux les données suivantes 
sur la durée du règne de chacun de ces princes * : 

» D'après Z12Ê, lignes 20, 38, 42; Z 90 a, 1. 28 à 31, et 91 b, 1. 20 à 23 ; Z92, 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 251 

Vraie. 52. Z 12. Z 90. Z 92, 10. 

Mattatias (166-165).... 1114 4 

Juda (165-160) 5 6 6 6 6 

Jonatan (160-143) 17 6 6 9 7 

Simon (143-135^ 8 .18 18 7 12 

31 31 31 23 26 

Si les col. 52 et Z 12 sont inexactes dans le détail (on dirait 
qu'elles intervertissent les chiffres relatifs à Jonatan et à Simon), 
elles donnent un total exact. Les chiffres de la col. Z 90 sont, 
d'après Z, empruntés au Josippon, mais les leçons des mss. du 
Josippon étaient assez incertaines (voir Z 90, 6 &), et il est possible 
qu'au lieu des 7 ans de Simon, il faille, dans Z 90, lire 17 ans, de 
sorte qu'on arrive de nouveau au même total à peu près. Inver- 
sement, comme O et Z 12 ne peuvent guère avoir pris leurs chiffres 
ailleurs que chez Josippon, si Z 90 était juste, il faudrait, O 52 et 
Z 12, pour Simon, lire 8 au lieu de 18 (î-jidm au lieu de iw !-jseib), 
ce qui donnerait un total de 21 ans au lieu de 31 ans. Cette donnée 
de la durée de 20 ans des trois premiers Asmonéens (car générale- 
ment on n'y ajoute pas l'année de Mattatias) a sûrement existé, 
le tn nfcifc (édit. Lemberg, 1847, f. 20 6, 1. 27) dit l'avoir trouvée 
dans le Johasin et dans Abraham ibn Daud (c'est-à-dire dans 
notre passage O 52) ; nous y reviendrons tout à l'heure. Disons 
seulement dès à présent que dans Z 92, 10, il y a sûrement une 
faute, car l'auteur dit que le total 26, augmenté de 16 ans attri- 
bués à Jean Hyrcan {ibii.) t doit faire 47, et il ne fait que 42. Nous 
y reviendrons également. 

Il n'y a rien à tirer, pour l'explication de nos auteurs, du Sêder 
olam zutta ; le texte, en ce passage, parait corrompu. D'après 
l'édition de Cracovie (f. 167 a) et celle d'Amsterdam, il semble 
dire que Mattatias mourut en l'an 140 de l'empire grec, mais le 
■mnttit a lu 148 [L c, f. 20 &, 1.26; la suite prouve, 1. 29, qu'il 
faut lire n"ttp, non rf'ftp), et une version du même passage du 
Séder ol. z. qui se trouve O 197, 23, a l'année 146. Les trois ver- 
sions ont, pour la mort de Simon, l'année 170 de l'empire grec, ce 
qui donne aux trois premiers Asmonéens (si l'on prend pour Mat- 
tatias les chiffres 146 ou 148, dont le premier est tout à fait exact), 
une durée de 24 à 22 ans. Ce qui est curieux, c'est que les deux 
premières versions semblent mettre un intervalle de 5 ans entre la 
mort de Simon et l'avènement de Jean Hyrcan, et O 197 met, entre 

10 b ; O 52, 1. 12 à 14. — On peut, en outre, comparer Z 242 «, 1. 24 et suiv., et 
Z 12, 45 b. 



■::■■: REVUE DES ETUDES JUIVES 

ces deux événements, un intervalle de 10 ans. Nous ne savons 
comment expliquer cette singulière chronologie, on pourrait sup- 
poser qu'à la place de Simon, mort en 170, il faut lire Jonatan, 
et attribuer ensuite à Simon les 10 ans entre 1*70 et l'avènement 
de^Jean Hyrcan. 

Voici quel est l'intérêt de cette discussion. Notre passage Z 92, 
10, et un passage d'Abraham ibn Daud relatif à Jésus (0 53, 1. 11 
à 23), copié ensuite par Josef d'Arévalo (0 89, 1. 14 à 25), disent, 
directement ou indirectement, que de l'avènement des Asmonéens 
jusqu'à la mort de Jean Hyrcan, il s'est écoulé 47 ans, et que Jean 
Hyrcan est mort en 259-60 de l'ère du second temple, c'est-à-dire 
en l'année 3669-70 de la création. Nous avons ici affaire à une 
tradition nouvelle et qui, obéissant à un sentiment très naturel, 
voulait commencer l'ère des Asmonéens à Mattatias ou à Juda, et 
non à Jean Hyrcan. Cette tradition plaçait donc l'avènement de 
Mattatias en 3622 (quelquefois 3620), elle attribuait 21 ans aux 
premiers Asmonéens, 26 ans à Jean Hyrcan (comme 169, Z 90 et 
Z 91 corrigé), ce qui fait bien 47 ans et conduit jusqu'en 3669. 
D'autres faisaient probablement le calcul en attribuant seulement 
16 ans à Jean Hyrcan (Z 92, 13 b) et 31 ans aux Asmonéens pré- 
cédents. Notre col. Z 92, 10, rentre dans cette seconde catégorie, 
et il y faut, probablement, changer en 17 ou 18 les 12 ans attribués 
à Simon, ce qui donne, de Juda à Jean Hyrcan, 31 ans, et de Juda 
à la mort de Jean Hyrcan, 47 ans, et fait, en outre, rentrer cette 
colonne dans les types 52 et Z 12 du même tableau. 52 (Abra- 
ham ibn Daud) paraît avoir fait de même 1 (placé les premiers 
Asmonéens dans l'époque des Asmonéens et non dans l'époque 
grecque, et donné à Jean Hyrcan 16 ans seulement). Reste à savoir 
comment, d'après ce calcul, se distribue le reste des 103 ans de 
l'époque asmonéenne. Il faudrait, d'après les systèmes antérieure- 
ment exposés, 66 ans pour les successeurs de Jean Hyrcan, et il 
n'en reste que 56 de disponibles (47 -f- 56 = 103). Le "m n»B [L c, 
f. 22 b, 1. 4 en remontant) se tire à peu près d'affaire en n'attri- 
buant à Alexandre Jannée que 18 ans, au lieu de 26 ou 27 ans, 
mais nous ne savons où il a pris ce chiffre. La vraie solution 
se trouve Z 92, 10, qui donne 57 ans en tout aux successeurs de 
Jean Hyrcan, savoir : 

1 II est possible, cependant, qu'Abr. ibn Daud n'ait pas chercbé à concilier les 
dates de O 52 avec celles de O 53 ; il n'est pas absolument certain que le passage 
de O 53 ne soit pas interpolé ou ajouté plus tard par l'auteur ; voir O 60, 15, où il y 
a une autre contradiction. 



JOSEF 1IACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 253 

Alexandre Jannée 37 ans. 

Aristobule 10 — 

Antigone 10 — 

57 ans. 

D'après ce tableau, et d'après les considérations qui précèdent, 
la chronologie des Asmonéens, si les 103 ans qui leur sont attri- 
bués commencent à Juda (car Mattatias n'est généralement pas 
compté), se règle d'après l'un des deux types suivants : 

1 er type. 2 e type. 

Juda 6 ans. 6 ans. 

Jonatan 6 6 

Simon 8 18 

20 ans. 30 ans. 
Jean Hyrcan 27 17 

47 ans. 47 ans. 
Alexandre Jannée à Hérode. ... 57 57 

Total 4 04 ans. 104 ans. 



Il faut remarquer, en finissant, que dans O 195, 26, la durée des 
Asmonéens, contrairement à toutes les traditions juives, est fixée 
à 95 ans. Il faut peut-être lire 98 (confusion du n et du n), de 
sorte qu'on aurait la durée exacte du règne des Asmonéens depuis 
Jean Hyrcan. Il n'est pas impossible que Z 92, 24 b, qui donne un 
total de 97 ans, se rattache aussi à un système de ce genre, mal- 
gré l'explication contraire que nous avons donnée plus haut. 

Il ne serait pas sans intérêt, pour finir, d'étudier la chronologie 
des Asmonéens exposée dans les n os 260 et 332 du Nizzahon de 
Lipmann Mùhlhausen, mais l'édition de 1644 que nous avons sous 
les yeux contient trop de fautes pour que cet examen puisse être 
utile. Nous nous bornons à faire les remarques suivantes : 1. L'au- 
teur n'indique pas la durée de Mattatias et de Juda, mais tout le 
monde attribue à l'un 1 an, à l'autre 6 ans ; il n'y a donc pas 
de doute qu'il faut prendre ces chiffres ; — 2. Pour la veuve 
d'Alexandre Jannée, il a 7 ans au n° 260 et 10 ans au n° 332 ; le 
chiffre 10 nous paraît meilleur, il se rapproche davantage des 
données des autres chroniqueurs et de la vérité historique ; — 

3. Gomme d'autres auteurs et en particulier comme le Toledot 
Jesu, il confond Alexandra, veuve d'Alexandre Jannée, avec Hé- 
lène d'Adiabène, et Monobaze, fils d'Hélène, avec Hyrcan II ; — 

4. Il indique, pour l'avènement des Asmonéens, l'année 211 du 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

second temple (n° 260), et pour la 4 e année d'Alexandre Jannée 
l'année 252 (n° 332), ce qui fait une différence de 41 ans, non 51, 
comme l'ont les autres chroniqueurs qui ont fait ce calcul, et on 
peut se demander, si, au lieu de 252, il ne faut pas lire 262 (n"on 
au lieu de a"an) l ; — 5. Quand on fait le total des années de chaque 
Asmonéen, depuis Juda jusqu'à la 4« année d'Alexandre Jan- 
née, d'après les chiffres de l'auteur (6 ans pour Juda), on trouve 
43 et non 41, il y a donc faute ou contradiction ; on pourrait sup- 
poser que, pour Simon, au lieu de 9 ans, il faudrait 7 ans, comme 
l'ont la plupart des chroniqueurs, et que pour Jean Hyrcan, au 
lieu de 17 ans, il faudrait 27 ans, comme l'ont aussi un grand 
nombre de chroniqueurs ; de cette façon, on obtiendrait, depuis 
Juda jusqu'à la 4 e année d'Alexandre Jannée, soit 41 ans (en cor- 
rigeant seulement la durée du règne de Simon), soit 51 ans ; — 
6. Au n° 260, le total des Asmonéens doit être de 110. mais on doit, 
d'après l'auteur, en retrancher 7, restent les 103 ans du Tal- 
mud -. On ne voit pas bien comment l'auteur obtient ce chiffre de 
1 10, le total des chiffres qu'il donne (avec 6 ans pour Juda, 7 ou 10 
pour Hélène) est 98 ou 95 ; il devient 96 ou 93, si on diminue Si- 
mon de 2 ans ; si on augmente Jean Hyrcan de 10 ans, ces quatre 
chiffres deviennent respectivement 108, 105, 106, 103. On a l'em- 
barras du choix. 

b. La Chronologie de Jésus. 

Comme nous l'avons déjà dit plus haut, la chronologie de Jésus 
se rattache à celle des Asmonéens. Les chroniqueurs juifs étaient, 
sur ce sujet, dans le plus grand embarras. D'un côté, ils avaient 
trouvé dans le Talmud un passage où Jésus était mis en relations 
avec Josué b. Pérahia 3 , et, quoique leur chronologie sur Josué b. 
Pérahia fût assez incertaine, on ne pouvait le placer, au plus tard, 
qu'à l'époque de Jean Hyrcan et au début du règne d'Alexandre 
Jannée; mais d'autres chroniqueurs, amalgamant toute cette his- 
toire des docteurs du second temple et des Macchabées, avaient 
même fait de Josué b. Pérahia le contemporain de Mattatias. Les 
uns se résolurent à mettre également Jésus au temps de Mattatias 
ou au temps d'Alexandre Jannée, successeur de Jean Hyrcan 



1 Le passage contient une autre faute (p. 181, 1. 11, de l'édit. de 1644) : après les 
mots Q^sbN '3, les centaines, dizaines et unités manquent. A la page 141, 1. 7 du 
du n° 260, au lieu de p"Z"l> il faut lire S"n. 

* On pourrait cependant soutenir, tant le langage de l'auteur sur ce sujet (voir 
aussi p. précédente) est embarrassé, qu'il veut qu'on compte 96 -f 7 =a 103. 

3 Sanhédrin, 107 b ; Sota. 47 a. 



JOSEF HACCOHËN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS m 

(après Aristobule). D'autres, répugnant à cet anachronisme, pré- 
tendirent que le Jésus de Josué b. Pérahia n'était pas le Jésus 
chrétien, cette distinction entre le Jésus chrétien et le Jésus de 
Josué b. Pérahia passait pour avoir été faite pour la première fois 
par Iehiel de Paris, dans sa célèbre controverse de 1240 contre 
Nicolas Donin (édit. Thorn, 1873, p. 5), mais elle est plus ancienne 
que lui, car elle se trouve déjà dans les tosafot, au nom de Rabbénu 
Tarn [Sabbat, 104 fr, partie supprimée par la censure). D'après 
Rabb. Tarn et Iehiel de Paris, le Jésus chrétien est postérieur de 
beaucoup à celui de Josué b. Pérahia; il est contemporain d'Hélène 
d'Adiabène, tandis que celui de Josué b. Pérahia est contem- 
porain d'Alexandre Jannée. 

L'origine de cette opinion qui met le Jésus chrétien en relation 
avec Hélène d'Adiabène se trouve uniquement, à notre avis, dans 
le livre connu sous le titre de Toledot Jesu. Ce livre est très 
ancien, déjà au ix e siècle Agobard et Amolo, évêques de Lyon, 
attribuent aux Juifs des opinions sur Jésus qui ne pouvaient 
se trouver que dans cet ouvrage. 11 est vrai que l'ouvrage original 
a subi toutes sortes de remaniements, d'additions et de retranche- 
ments. Diverses énonciations d'Agobard ne sont pas confirmées 
par les textes que nous connaissons. Le texte publié par Wagenseil 
(dans Tela ignea) n'est pas le même, au moins dans le détail, que 
celui qui a été publié en traduction latine, dans le Pugio Fidei, 
2 e partie, en. 8, n° 6. Enfin, une traduction française» du moyen 
âge, contenue dans le ms. lat. n° 12,722 de la bibliothèque natio- 
nale, diffère du texte de Wagenseil et de celui du Pugio Fidei l . 
Mais ces trois éditions sont d'accord sur un point : Jésus a été con- 
temporain d'Hélène (elle n'est pas appelée Hélène d'Adiabène), et 
c'est de là qu'a dû venir l'opinion de Iehiel de Paris. Il connais- 
sait sûrement le Toledot Jesu, et si on en voulait la preuve, on 
la trouverait dans ce fait qu'il donne pour fiancé à Marie, mère de 
Jésus, un homme appelé Jean, justement comme le Toledot Jesu 
publié par Wagenseil. 

D'après certains textes du Toledot Jesu (Wagenseil ; Nizzahon 
de Lipmann Mùhlhausen, n° 332 2 ), Hélène était contemporaine 
d'Alexandre Jannée et était même sa femme. On paraît l'avoir 

1 Un manuscrit d'écriture italienne qui se trouve à la Bibliothèque de V Alliance 
israélite a un texte qui se rapproche beaucoup de celui de Wagenseil, mais avec des 
différences très notables pourtant. 

s L'auteur de cet ouvrage paraît se contredire. A la p. 192 de l'édit. de 1644 
(controverse contre l'apostat Pierre), il met Hélène au temps de Ilillel et longtemps 
après Josué b. Pérahia ; au n° 332, il en fait, au contraire, la femme d'Alexandre 
Jannée. On dirait presque qu'il y a pour lui deux Hélène : la femme d'Alexandre 
Jannée, et la reine Hélène d'Adiabène, du temps de Hillel. 



256 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

confondue avec Salomé-Alexandra. Mais il faut admettre que le 
Toledot connu de Iehiel de Paris n'avait pas cette version, sans 
cela toute son argumentation serait fausse et les deux Jésus dont 
il parle se confondraient. La version qui met Hélène au temps 
d'Alexandre Jannée nous paraît être une addition postérieure, elle 
ne se trouve pas dans le Toledot du Pugio Fldei, elle n'est pas non 
plus dans ce manuscrit dont nous avons parlé plus haut, dans une 
note, et qui ne contient même pas le nom d'Hélène : il dit simple- 
ment i-ûbïïi-», la reine, sans ajouter de nom propre. 

Pour les docteurs juifs, l'époque d'Hélène (qui n'est autre que la 
fameuse Hélène d'Adiabène) est fixée par un passage de Nazir % 
Mischna III, 6 (édit. du Talmud, Nazir 19 ô), où Hélène d'Adia- 
bène est mise en relation avec l'école de Hillel l . Or, un texte tal- 
mudique formel et reproduit par tous nos chroniqueurs dit que 
Hillel et ses descendants ont fleuri dans les cent dernières années 
du second temple, on place donc Hillel, et, par suite, Hélène d'A- 
diabène et Jésus, 100 ans avant la destruction du temple. D'autres 
chroniqueurs juifs placent Jésus juste à l'avènement d'Hérode, 
qui est à peu près de la même époque (103 ans avant la des- 
truction du temple). De plus, comme les textes ne sont pas 
très précis, la date 100, ou 103-104, désigne, pour les uns, l'époque 
de la naissance, pour les autres, l'époque de la mort de Jésus. De 
là viennent, sur la vie de Jésus, les données suivantes : 

1. Jésus serait né en 3671, correspondant à l'année 263 du 
second temple, et à la 51 e année du règne des Asmonéens, la 4° 
du règne d'Alexandre Jannée. Cette indication se trouve dans 
Abraham ibn Daud (O 53, 1. 11-22) et elle est répétée, d'après lui, 
par Josef d'Arévalo (O 89, 14 à 25). Elle se trouve aussi Z 15, 36 a. 
Aron de Lunel (O 191, 22), donne aussi la date 3670 de la création. 
Cette même date (3671) se trouve aussi en tête du Toledot Jesu, 
édit. Wagenseil. 

2. Si Jésus est né en l'année 263 du second temple, et si, comme 
l'admettent généralement nos chroniqueurs, il est mort à 36 ans, 
sa mort se place en 299 du second temple, ou 121 ans avant 
la destruction du temple, 3707 de la création. Ce sont les dates 
qu'on trouve exactement ou à peu près dans O 89, 24 (O 194, 7, 
O 196, 11, qui ont 131 ans avant la destruction du temple, au lieu 
de 121), Z 15, 1 a. 

3. D'autres ont fait naître ou mourir Jésus, comme nous l'avons 
dit, juste à l'avènement d'Hérode, 103-4 ans avant la destruction 
du temple, en 3724 de la création. Le seul texte qui dise clairement 

1 Cf. Sabbat. 15 a. 



JOSEF HACCOIIEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 257 

que Jésus est né en 3724 (ou plutôt 3720) est 194, 23; les textes 
qui disent formellement ^que Jésus est mort en 3724 sont 193, 2, 
7, 20 et 25; 194, 8; les textes 170, 7, et 198, 3, sont douteux, 
on ne sait s'ils donnent 3724 pour la date de la naissance ou pour 
la date de la mort de Jésus, mais comme ils sont de la même 
famille que 193, il est probable que leur 3724 désigne la date de 
la mort de Jésus. 

Pour l'intelligence de ce qui va suivre et pour permettre au 
lecteur d'identifier facilement les dates données dans des ères dif- 
férentes, nous insérons d'abord ici le tableau suivant (E. Cr. = 
ère de la création; E. Tpl. = ère de la construction du second 
temple; av. Destr. r= avant la destruction du second temple; 
E. Ghr. = ère chrétienne) : 



S. Cr. 


E. Tpl. 


av. Destr. 


E. Ghi 


3671 


263 


157 


— 89 


3693 


285 


135 


— 67 


3707 


299 


121 


— 53 


3724 


316 


104 


— 36 


3761 


352 


68 





3828 


420 




+ 68 



Il semble bien que la date 3671 de la naissance de Jésus (et, par 
suite, 3704 ou 3707 pour sa mort, selon qu'on le fait mourir 
à 33 ou à 36 ans) vienne du Toledoi Jesu. Voici comment on peut 
expliquer cette date du Toledot Jesu. On a vu plus haut que, 
d'après un certain nombre de chroniqueurs, Jean Hyrcan est 
mort dans la 47 e année des Asmonéens et l'avènement de ceux- ci 
est, du reste, placé par la plupart des chroniqueurs en 3620-21 
(cf. 52, 10, corrigé; O 89, 3; Z 12, 39 &). D'autre part, il s'était, 
à ce qu'il semble, établi une tradition d'après laquelle Jésus était 
né dans la 2 e ou 4° année d'Alexandre Jannée et de sa prétendue 
femme Hélène (le ms. du Toledot Jesu de Y Alliance Israélite com- 
mence par ces mots : ' ai mn *itm fiobfcin nobwnb d^ia nsim) ; 
3620 + 47 + 4 = 3671. Le n° 332 du Nizzahon de Lipmann 
Mùhlhausen semble indiquer que toute cette chronologie de Jésus 
qui serait né dans la 4 e année d'Alexandre Jannée se trouverait 
dans le Talmud, de sorte que c'est de là que le Toledot Jesu 
l'aurait tirée, mais ce passage du Talmud [Sanhédrin, f° 107 b) 
a disparu de nos exemplaires et, d'après un ouvrage où sont 
réimprimés les passages du Talmud supprimés par la censure 
(ma-non), cette page du Talmud contenait seulement l'histoire de 
Jésus voyageant avec Josué b. Pérahia en Egypte, sans aucune 

T. XVII, n° 34. 17 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

indication de dates. Il n'est pas impossible, du reste, que cette 
année (la 51 e des Asmonéens) ait été choisie parce qu'elle est 
juste la moitié des 103 ans assignés aux Asmonéens. Enfin, 
si le Iohasin a trouvé quelque part et n'a pas calculé lui-môme la 
date 3704 du retour de Josué b. Pérahia en Palestine » (Z 15, 12 &), 
on pourra faire le calcul suivant : Jésus est devenu hérétique 
{Sanhédrin, L q.; Sota, 47 a) au moment de son retour en Pales- 
tine avec Josué b. Pérahia, on Paura laissé développer son hérésie 
2 ou 3 ans avant de la condamner, de sorte qu'il serait mort 
en 3706-7. Gomme, d'un autre côté, il est mort, suivant la plupart 
de nos chroniqueurs, à 36 ans, sa naissance se place en 3671. 

Nous pouvons maintenant aborder l'étude détaillée de nos 
textes : 

1 . Abraham ibn Daud. Dans 50, il a d'abord un calcul sur les fa- 

meuses 70 et 62 semaines de Daniel, Ces 62 semaines, font, 
d'après lui, 62 X 7 ou 434 ans. Il en résulte que, 1. 26 et 27, il 
faut changer 5"n en Y'bn ; 1. 25, il est évident que n"3 doit être 
changé en N"D (voir O 49, 19, et le calcul de 50, 5-10). 

52, 4 0, il faut changer a"Dnn en tf"D"in, car d'abord la date 
3620 -2 1 pour l'avènement des Asmonéens se trouve partout 
ailleurs, et ensuite les 212 ans du second temple (l. 9) ne s'accor- 
dent qu'avec l'année 3620-21 de la création. 

O 53, 11 etsuiv. Tout le passage est reproduit plus ou moins 
textuellement dans O 89, 14 et suiv. Il est clair que dans O 53, 
15, pour la date de la naissance de Jésus d'après les chrétiens, 
il faut 312 des Séleucides, non 52]; O 89, 18, a la date exacte n""nZ5. 
— L 20 et suiv. Le passage O 89, 23, (cf. Z 15) montre qu'il faut 
lire ici : 'pnb }"on tniv ï^îrl ^bii ^bwn nnao^bNb ,m i s-i^a 
rvnn •pasb a"3n msmi "nto-wa^bri \d msbiïb ^"s natai man 

'Al osna. On a donc : Jésus, né la 4° année d'Alexandre Jannée, 
51 e des Asmonéens, 263 ans après la construction du temple, et 
mort à 36 ans, 299 ans après la construction du temple. 

2. Josef d'Arévalo (O 89). L'alinéa 1. 3 et suiv. présente d'abord 

quelque difficulté. Si Jean Hyrcan a commencé de régner en 
3635 et a régné 40 ans 2 (1. 4 )> ^ est mort en 3675, et le retour de 
Josué b. Pérahia en Palestine, qui a eu lieu sous Alexandre 
Jannée, successeur de Jean Hyrcan (après Aristobule), ne peut 
pas se placer en 3667 (l. 9). Ces deux dates 3635 et 3667 nous pa- 
raissent provenir d'un curieux passage du Iohasin (édit. Craco- 



1 O 89, 9, a, pour ce retour, l'année 3667, mais nous cloutons de l'authenticité de 
ce chifFre (voir plus loin). 

2 Ce chifFre, pour la durée du règne de Jean Hyrcan, est tout à fait isolé, et ne 
se trouve nulle part ailleurs. 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 259 

vie, 138 J; édit. Filip., 242-3) qui demande lui-même quelque 
explication. Les données de ce passage, qui s'occupe de la chro- 
nologie des Asmonéens, nous paraissent empruntées par l'au- 
teur à des écrivains chrétiens, comme semblent l'indiquer les 
dates de l'édition Filipowski , qui sont calculées d'après le 
système chronologique de saint Jérôme * (Z 232, 25 a et suiv.) et 
partent d'une ère de la création antérieure de 4 439 ans à l'ère 
juive. Les données qu'on trouve dans ce passage, sur l'époque 
qui nous intéresse ici, peuvent se résumer dans le tableau sui- 
vant 2 (col. de saint Jérôme signifie col. donnant les dates d'après 
le système de saint Jérôme ; col. Gréât, traduit ces chiffres en ère 
juive de la création, c'est-à-dire en les diminuant de 4 439; col. 
Zc. donne les chiffres de l'édition de Cracovie, ère juive de la 
création ; la colonne E. chr. indique les années de la col. Gr. tra- 
duites en ère chrétienne ; les dates indiquent la date de l'avè- 
nement) des princes asmonéens : 

S. Jér. Gr. Zc. E. chr. 

Mattatias (1. 24 fl) 5043 3604 456 

Juda (1.35a) 5046 3607 453 

Jonatan (1. 43 a) 5053 3614 446 

Simon (1.7 0) 5073 3634 3634 426 

Jean Hyrcan (1. 4 0) 5081 3642 3642 4 48 

Aristobule (1. 23 0) 5107 3668 3666 92 

Alexandre Jannée (243, 17^).... 5108 3669 91 

Hérode (243, 13 0) 5161 3722 3738 38 

Il nous paraît évident que ce tableau donne la clef des chiffres 
du 2 J alinéa de 89. Le 3635 de la 1. 4, appliqué par Josef d'Aré- 
valo à Jean Hyrcan, est le 3634 de notre tableau (pour Simon) ; 
et le 3667 de i. 9 est probablement le 3666 ou 3668 de notre ta- 
bleau (Aristobule). Ces dates ont pris, chez Josef d'Arévalo, une 
fausse place, par un accident de transposition que nous avons 
plusieurs fois signalé chez les chroniqueurs juifs. Il est bon de 
remarquer, du reste, que la chronologie de Zc. de notre tableau, 
si elle fait partir les Asmonéens de 3620, donne, pour le règne 
des Asmonéens jusqu'à la mort de Jean Hyrcan, les 47 ans déjà 
signalés plus haut (3620 + 47 = 3667). 

Revenons aux détails de 89. — 1. 4 3. Le chiffre 3673, pour la 
naissance de Jésus, est assez curieux, il n'est pas d'accord avec 

1 C'est pour cela que nous n'avons pas ténu compte de ce passage, plus haut, dans 
notre étude générale sur la chronologie des Asmonéens d'après les chroniqueurs 
juifs. C'est le lohasin lui-même qui dit que ces chiffres sont donnés d'après le sys- 
tème de saint Jérôme. 

* Z 242, 35 a, il faut lire rfObll non rTDbttb. — I. 43 a, au lieu de '1, il faut 
'T et au lieu de '} il faut }"3 ; de sorte qu'on a, en partant de 1. 35 a, 46 + 7 =s 53-; 
53 -f 19. — 1. 27 b, p^UJ est Antiochus Sidète. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la leçon, beaucoup plus autorisée, de 3671, et, de plus, il n'est 
pas d'accord avec les données de l'alinéa suivant, recommandées 
par l'auteur. On dirait presque que cet alinéa suivant a été 
ajouté plus tard par l'auteur ou même qu'il est interpolé par un 
copiste. — 1. 14. La date 3681, qui se trouverait chez certains 
auteurs juifs pour la naissance de Jésus, ne se trouve nulle part 
à notre connaissance. Faut-il lire 3671 (N"3nn au lieu de N"Din)? 
ou bien serait-ce N'^'nn, ce qui ferait coïncider la naissance de 
Jésus avec l'avènement des Asmonéens? Cette hypothèse n'est 
pas impossible du tout : nous avons déjà vu, dans un autre 
passage de nos chroniques, la confusion de tt"sin et de fc^'oin, 
et, de plus, Z 14, 39 #, fait de Josué b. Pérahia, dont Jésus est 
inséparable, le contemporain de Mattatias. Le Séder haddorot 
(sub anno) prétend aussi que certains chroniqueurs juifs placent 
la naissance de Jésus en 3620. — 1. 4 6. Au lieu de fr, il faut évi- 
demment lire "W. — P. 90, 1. 4 4, il y a un passage qui s'ap- 
plique évidemment à Jésus (après inbrû il faut intercaler W*), et 
ou Josef d'Arévalo donne la date historique de la mort de Jé- 
sus, l'année 3793 (33 ans après l'ère chrét.). Cette contradiction 
nous confirme dans l'opinion que l'alinéa 4 de la p. 89 est in- 
terpolé. 

Il y a encore d'autres fautes dans ce texte de Josef d'Arévalo. 
P. 88, 1. 21-22, le chiffre o"n est en contradiction avec les faits et 
avec les données de tous les chroniqueurs, il vient d'une con- 
fusion avec le D"n de la 1. 23 ; il faut lire rf»n. — 89, 2. La 
date tt"n est évidemment fausse et trop faible, la génération pré- 
cédente est de 3560 (88, 31), celle dont il est question ici et qui 
lui succède ne peut pas être de 3440.11 faut évidemment, comme 
dans Z 15, 20 b, lire tf'Dnn. 

3. Séder Olam(0 163). Le passage sur Jésus se trouve O 70, 4-8. A 

moins que l'auteur n'ait aucune idée précise sur l'ère de la fon- 
dation de Rome, ce qui est possible, le passage sur Jésus, 1. 6-7, 
est interpolé. Sur le s"bpnn, voir, plus loin, nos observations 
sur le morceau I de O 4 97; il faut le prendre pour un grossier 
lapsus de copiste, et le changer en V'Otfin. 

4. Aron de Lunel (O 194). — 1. 22. Jésus né en 3670 ; — 1. 23. Jésus 

mort à 23 ans, 435 ans avant la destruction du temple (3693), 
opinion isolée. — 1. 25. Sur la date Y'Ott) de Mahomet, voir le 
chapitre que nous consacrons à Mahomet; le contexte prouve 
que la leçon est juste '. 

5. Texte D de O 4 92. — 1. 4 9, il faut lire tt":£n, non t3"2«5n, car 5260 

(1. 41) moins 4 499 donne 3760, date de l'ère chrétienne dans l'ère 
juive de la création. — 1. 41. 'n est une faute d'impression 
pour 'n. 

1 A la 1. 13, au lieu de 0193 ïl"273, il faut lire D193 îl"D!Q, cela signifie qu'à 
partir du 25 mars, origine de l'ère chrét., jusqu'à l'époque où écrit l'auteur, il y a 
1204 ans. 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 261 

6. Texte E de 193. Nous donnons d'abord quelques indications 

nécessaires pour la lecture du texte. — 1. 4. n^ilîi "•-ptfî indique 
le deuil de la destruction de Jérusalem. — 1. 2. Il faut un point 
après dbi^ rwnnb, et effacer le point qui vient après Y'Sttîn. — 
1. 5. Au lieu de S"n, il faut n"3. — 1. 6. Le calcul est : 7 X 632 = 
3724 ; donc, au lieu de "psbpnn, il faut "pnbpn 'T, c'est-à-dire 
7 fois nbpn (voir 4 94, 5). Par suite, il faut,l. 6 et 7, changer Y'Dnn 
en Tattn. —1. 9. n"»ra£ signifie n"ttn d^sb» 'ntt.Tout le passage 
signifie que Jésus est mort (non né) en 3724. — 1 94, 2. Le pas- 
sage doit être fautif, il semble que l'auteur veuille dire que la 
reine Hélène (qu'il prend pour une reine juive, comme le Tole- 
dot Jesu) n'a pas pu vivre en 3532, puisque la royauté juive n'a 
commencé que 212 (ou 214) ans après la construction du temple, 
c'est-à-dire en 3618 ou 3620. Il faudrait donc, 1. 2, changer pn 
en 12, et après STM3 mettre le chiffre 212 ou 214. — 4 94, 7 (cf. 496, 
44). Jésus mort 434 ans avant la destruction du temple, c'est-à- 
dire 3697. Il faut donc changer t"3> en T"£. Ce chiffre 131 est une 
variante du 435 de 491 ; nous supposons qu'il vient de ce 
qu'on attribuait quelquefois à Jésus, à sa mort, l'âge de 
26 ans; comme il est né en 3674 on a : 3671 + 26 = 3697. — 1. 8. 
Jésus mort 3724. 

7. Texte F de 4 94. — 1. 23. Au lieu de S"i25n, pour la naissance de 

Jésus, il faut peut-être Y'9©n, comme l'ont les autres chroni- 
queurs. Jésus meurt 3753 (1. 24), donc à 33 ans, si on lit S"iZîn. 
— 1. 24. Si le chiffre rï'bpnn (3938) donné pour la diffusion du 
christianisme est exact, le ïiiûttm b^môo îiîOa, c'est-à-dire 
4 45 ans après la mort de Jésus, donné 1. 28 pour le même évé- 
nement, n'est pas exact, il faudrait fituiam tP3"iM"i iifittD. — 
1. 29. 3"pnn est faux ; lire n"Dnn, qui est la date exacte. L'erreur 
pourrait venir de ce que 5"pnn et rï'Drn, au moins chez les as- 
kenazim, se prononcent de la même manière. 

8. Texte Gr de 4 95. — 1. 28. Pour la durée du royaume grec en 

Palestine, au lieu de 5"p, il faut D"p. — n"£ (95 ans), pour la du- 
rée des Asmonéens, n'est pas conforme à la tradition talmudique, 
mais se rapproche de la vérité historique et serait tout à fait 
exact si on lisait h"it. — P. 496, 3 et suiv., Jésus a vécu (ou est 
mort) plus de 4 00 ans avant la destruction du temple, allusion 
au chiffre 4 03-4 avant la destruction du temple. — 1. 8 et 10. 
Après TV2 et JnfttŒft, sous-entendre Jésus. — 1. 11, au lieu de 
ÏWbïl, il faut inrp» ; voir 4 94, 7. 

9. Texte 1 de O 4 97. — P. 4 98, 1. 3. Le nbpn doit être pris dans le 

sens symbolique qu'il a à la p. 4 93. Le chiffre vrai est Y'Diûn. 
Il en est de même du ybpnn de 470, 7, qui est probable- 
ment une faute pour sbpn, le passage est identique à celui de 
notre p. 4 98. Cependant ce V'bpnn pourrait encore venir du 
n"bpnn de 494, 24, à moins que ce dernier chiffre ne vienne 
lui-même de notre n"bpn. Il résulte aussi de la comparaison de 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

170, 7, et 198, 3, qu'il faut lire dans tous les deux ou bien V& 
ibv ou bien nbiru ïtf)\ D'après ce que nous avons dit plus baut, 
la leçon sb£3 est plus probable que l'autre. 
10. Le Iohasin. — Z \$ab. 1. 36 a et suiv. Les données sont les 
mêmes que celles d'Abraham ibn Daud : Jésus né 263 après 
la construction du temple, et mort à 36 ans, 299 ans après la cons- 
truction du temple, — 1. 39 # et 1 b, il faut donc changer !T"3nn 
en N"jnn, 3671 de la création, comme le prouvent aussi les don- 
nées des deux lignes 41 a et 44 # (3760 — 89 = 3671). — Remar- 
quer que 15, 13 #, contient, pour Hipparque, une date différente 
de celle qui se trouve 1 4, 37 b ; ces deux dates font respectivement 
36 1 3 (p. 15) et 3536 (p. 14) de la création. A la p. 242, 1. 3, se 
trouve enfin une autre date encore, 5029, qui, diminuée de 1439, 
donne 3590 de la création. 

Plusieurs de nos chroniqueurs donnent pour la vie de Jésus, des 
synchronismes tirés de la vie d'Auguste et de Tibère, et ce qu'il 
y a de curieux en ceci, c'est qu'ils placent néanmoins Jésus au 
temps d'Alexandre Jannée. Ce singulier anachronisme se trouve 
chez Abraham ibn Daud (0 60) et chez Josef d'Arévalo (0 89), si 
toutefois les morceaux 53, H , et 89, 14, ne sont pas des inter- 
polations postérieures. Il est intéressant de réunir, sur cette 
chronologie, les données de nos auteurs. 

Durée du règne d'Auguste. Si on fait commencer son règne à la 
mort de César ( — 44 à -j- 4 3), il a une durée de 57 ou 56 ans ; si 
on ne le fait commencer que 3 ou 4 ans plus tard (comme le fait, 
par exemple, Z 243, 5 #, en admettant un interrègne de 3 ans), 
on obtient une durée de 52 ans. C'est ce qui fait que nos chroni- 
queurs donnent à Auguste tantôt 56 ans de règne (0 185, 11- 
12 ; 42 ans, plus 14 ans), tantôt 52 ans (0 60, 15 ; 89, 11 ; 196, 8). 
Seul Z 243, 8 b, malgré les 3 ans d'interrègne, lui donne 56 ans 
18 + 38). 

Naissance de Jésus. Les chroniqueurs qui font durer le règne 
d'Auguste 52 ans seulement font naître Jésus dans la 38 e année 
d'Auguste (O 60, O 89); ceux qui font commencer le règne d'Au- 
guste 4 ans plus tôt (et le font durer 56 ans) font naître Jésus 
dans la 42 e année d'Auguste (O 185 ; cf. O 170, 2 et 5). Le passage 
de O 196, 8, devrait, d'après cette règle, avoir aussi la 38 e année 
d'Auguste, mais, au lieu de 38, il a 29. Cela vient de ce que, à 
l'exemple d'autres chroniqueurs, il fait partir le règne d'Au- 
guste de la bataille d'Actium. 

Mort de Jésus. L'opinion des Pères de l'Eglise que Jésus est 
mort à 33 ans, dans la 18 e ou 19e année de Tibère, se trouve 
évidemment reproduite par O 170, 8 ; mais plusieurs de nos 
chroniqueurs font mourir Jésus à l'âge de 36 ans, ce qui condui- 
rait à la 23° année de Tibère; ce chiffre se trouve O 185, 12. Dans 
o 196, 9, il y a évidemment une faute : si Tibère n'a régné que 



JOSEF 1IACCOI1EN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 263 

22 ans, Jésus n'a pas pu mourir dans la 25 e année de son règne. 
En outre, si le chiffre 29 de la ligne précédente (que nous avons 
proposé, plus haut, de changer en 39) était exact, cet auteur 
ferait durer la vie de Jésus 48 ans, ce qui est tout à fait insolite. 
Nous n'hésiterons donc pas à changer ici le !Y'D en n"" 1 ou en 
3"3 (18 e ou 22 e , non 25 e année de Tibère). Il est probable que, 
dans cette ligne 9, les chiffres sont intervertis, il faut lire : Ti- 
bère règne 25 ans, dans sa 22 3 année, Jésus est mort. De sorte 
que Jésus serait mort à 35 ou 36 ans. Il reste à expliquer, il est 
vrai, les 57 ans de la ligne suivante (57 ans depuis la mort de 
Jésus jusqu'à la destruction du temple); mais, de toute manière, 
ce chiffre est erroné, aussi bien que le chiffre 66 de la 1. 41. Nous 
ne pensons pas que jamais aucun auteur chrétien ait fait mou- 
rir Jésus 66 ans avant la destruction du temple. 

Age de Jésus à sa mort. D'après 53, 21, et 89, 24, Jésus meurt 
à 36 ans ; 185, 12, donne 14 + 23 = 37 ans ; 196, comme nous 
venons de le voir, paraît donner également 36 ans. Au contraire, 
170, 8, le fait sûrement mourir à 33 ans (14 ou 15 ans d'Auguste 
et 18 ans de Tibère); 193, 23-24, donne 3753 moins 3720, ce qui 
fait 33 ans ; si on lisait 3724, cela ne ferait que 29 ans, mais il 
ressort de là que la leçon 3720 doit être conservée, malgré les 
objections qu'on y peut faire. Enfin, 191, par un calcul repo- 
sant sûrement sur une fausse combinaison admise par l'auteur, 
fait mourir Jésus à l'âge de 23 ans. 

Chronologie des empereurs romains. Nos chroniqueurs, en s'oc- 
cupant, à propos de Jésus, de la chronologie des empereurs 
romains, depuis Auguste jusqu'à Vespasien, sont assez bien 
renseignés. Quelques erreurs, cependant, se sont produites chez 
eux, par leur faute ou par la faute des copistes. Le règne de 
Tibère a duré 24 ans, cela explique et justifie suffisamment les 
25 ans de 196, 19, d'après notre correction de plus haut. D'a- 
près 184, 12, Tibère aurait régné 23 plus 5 ans, soit 28 ans. On 
peut proposer de changer le 5 en 1 (N pour ïi), mais nous croi- 
rions plutôt que la faute vient de l'auteur. Les chroniqueurs qui 
font mourir Jésus dans la 18° année de Tibère ont raison de 
dire que de cette mort jusqu'à la fin du règne de Tibère il s'est 
écoulé 5 ans ; notre chroniqueur a conservé ces 5 ans, quoiqu'il 
soit de ceux qui font mourir Jésus dans la 23 e année de Tibère ; 
c'est une simple inadvertance. 

IjeJohasin, ordinairement si bien informé, est moins exact, sur 
cette chronologie, que 185 et 196. Son texte, dans l'édition 
de Cracovie (f° 4 39 a et suivants) aussi bien que dans celle de 
Filipowski (p. 243-244) est, du reste, très corrompu 1 . Pour s'en 

1 Dans l'édition de Cracovie, on trouvera ces données aux endroits suivants : 
César et Auguste, 139 a, 11. 6-7; Tibère et GaHgula, 140 rt, 11. 14 et 22; Claude, 
441 a, I. 16 ; Néron, 143 *, 1. 14 ; Galba ù Titus, 143 à, 1. 19 à 24. — Dans l'édition 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rendre compte, il faut comparer les deux textes, en se rappelant 
que, dans l'édition de Filipowski, les nombres doivent être di- 
minués de 1439. La comparaison des textes montre d'abord 
que, sur un grand nombre de points, ils sont identiques. Il ré- 
sulte de là (et on le devinerait sans cela) que dans l'édition de 
Cracovie, pour Tibère, au lieu de fWttn, il faut lire ïi"3>tZ5n (3775 
non 3009). Le texte de l'édition de Filipowski (notre Z) est fort 
maltraité. Il est clair que le 5191 de César (244, hb) ne va pas 
avec le 5151 d'Auguste (1. 8#); les deux chiffres sont faux : au 
lieu de 5191, il faut 5151 ; au lieu de 5151 d'Auguste, il faut 
5159 l . Les chiffres pour Tibère, Caligula, Claude, Néron et Galba, 
sont les mêmes (après réduction de Z au système ordinaire) 
dans les deux éditions. Ils diffèrent dans la suite, et voici pour- 
quoi. Dans l'édition Filipowski, l'auteur continue à copier les 
chroniqueurs chrétiens qu'il suit (voir Z 232, 1. 25 et suiv. s ), 
sans s'inquiéter aucunement de la concordance de leurs dates 
avec les dates réelles ou avec les dates juives. Dans l'édition de 
Cracovie, son procédé est différent. Pour Galba, cette édition 
donne encore 3833, absolument comme l'autre édition, mais à 
ce moment, l'auteur s'aperçoit qu'il va aboutir, pour la destruc- 
tion de Jérusalem, à une autre date que la date juive; aussi 
revient-il en arrière, et après avoir mis Galba en 3833, il 
place Vespasien (qui cependant est postérieur à Galba) en 3826, 
et la prise de Jérusalem, conformément aux chroniqueurs juifs, 
en 3826. Dans l'autre édition, au contraire, il continue à copier 
les chiffres de son modèle : Galba, 5270 (3831); Vespasien, 5272 
(3833); prise de Jérusalem, 5274 (3835), et il remarque lui-même 
que cette date correspondrait à l'année 75 de l'ère chrétienne, 
au lieu de l'année 68 de la chronologie juive (p. 244, 1. 29 
et 36 b). Ce qui est encore curieux, c'est que, 1. 32 b, il donne, 
pour la destruction du temple, l'année 3698 et dit qu'elle est la 
9 e année du 202 e cycle, tandis qu'en réalité l'année 9 du cycle 202 
est l'année 3828 3 et non 3698. Il y a là évidemment une faute 
qu'il n'est pas trop difficile d'expliquer. A -la place de la date 
véritable 3828, il s'est glissé à cet endroit, par lapsus ou autre- 

de Filipowski, on trouvera : César et Auguste, 243, 5 et 8 b ; Tibère et Claude, 
S44, 22, 41, 42 a ; Néron à Vespasien, 244, 17, 20, 21, 25 b. 

1 La date 542 de l'exil de Babylone (1. 5 b) confirme la lecture 5151 de la même 
ligne; car, dans le système de l'auteur, l'exil de Babylone a eu lieu en 4609 
(Z 238, 34 b, et 239, 2 a) ; 4609 plus 542 l'ont 5151. Il est vrai que la date 4609 est 
étrange, il faudrait 3338 plus 1439, c'est-à-dire 4777. Dans Z 239, 19a, 240, 6a, 
241, ta, 243, 10 a, comparé avec 242, 23 b, et enfin, 243, 47 a, cette date de l'exil 
de Babylone donne lieu à des difficultés ; il y a des erreurs dans tous ces passages. 

1 L'Isidore qu'il nomme n'est pas Isidore de Séville, mais peut-être, au moins en 
partie, l'Isidorus du tome VI. p. 446, de YEspaû.i sagrada. 

3 Le cycle a dix-neuf ans ; 19 X 201 + 9 = 3828. L'auteur ajoute que cette 
année est embolismique (à treize mois], dans le calendrier de nos pays, l'année 9 
d'un cycle n'est jamais embolismique. 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 265 

ment, la date donnée par quelques auteurs (voir 194, 7) pour la 
date de la mort de Jésus. 

Il serait bon de comparer les données chronologiques qui pré- 
cèdent avec celles qu'on trouve chez un certain nombre d'autres 
auteurs. Nous nous bornons à donner ici, sur ce sujet, des indica- 
tions sommaires. 

Il y a d'abord à considérer le groupe des chronographes et écri- 
vains chrétiens, Eusèbe, saint Augustin, Isidore de Séville, saint 
Julien de Tolède, et tant d'autres. Eusèbe donne, pour l'époque as- 
monéenne, les chiffres suivants 4 : Juda Macchabée règne 3 ans, 
Jonatan, 19 ans ; Simon, 8 ans; Jean Hyrcan, 26 ans ; Aristobule, 
1 an ; Alexandre Jannée, 27 ans; Alexandra, 9 ans; Hyrcan, 
34 ans ; Hérode, 27 ans. . . Auguste, 56 ans à partir de la 25° an- 
née d'Hyrcan ; Jésus, né dans la 42° année d'Auguste ; Tibère 
règne 23 ans, Jésus mort dans la 21 e année de Tibère ; Galigula 
règne 3 ans et 4 mois; Claude, 14 ans et 8 mois ; Néron, 13 ans 
et 7 mois ; Vespasien, 9 ans et 11 mois. Les mêmes séries se trou- 
vent avec des variantes plus ou moins importantes chez les autres 
écrivains chrétiens 2 . 

Joseph ben Gorion, d'après l'édition de Sébastien Munster, au 
livre V, a les données suivantes : Jonatan, 7 ans (chap. 1) ; Si- 
mon, 7 ans (chap. 2) ; Jean Hyrcan, 31 ans (chap. 7) ; Antigone, 
1 an (chap. 9); Alexandre Jannée, 27 ans (chap. 13). 

Le ms. hébreu de Paris, n° 716, f° 298 a, a les dates suivantes 3 : 
« En 3793 (33 de l'ère chrét.) eut lieu l'affaire (l'exécution) de Jé- 
sus ; en 4331 (572) est né Mahomet. » 

Le ms. hébreu de Paris, n° 187 contient une sorte de Séder 
olam zutta. 11 a, f° 69 &, les données suivantes : « Voici les rois de 
Rome : Auguste, 22 ans ; Tibère, 22 ans ; Gaïus (Galigula), 3 ans ; 
Claude, 17 ans (peut-être faut-il lire 14 ans); Néron, 12 ans ; 
Vespasien, 10 ans ; Titus, 3 ans. . . D'après nos rabbins, Jésus est 
mort 100 ans et plus avant la destruction du temple, car il était 
élève de Josué b. Pérahia. . . , et, d'après la tradition de la Mischna 
et du Talmud, Josué b. Pérahia s'enfuit en Egypte du temps du 
roi Alexandre Jannée, et c'était en 263 de la construction du 
temple. Et Jésus naquit dans la 51 e année des Asmonéens, 4 e an- 
née d'Alexandre (Jannée), et en l'année 299 de la construction du 

1 Chronicon, édit. Venise, 1818, p. 243 etsuiv. 

8 Au moment où nous écrivons ces lignes, nous n'avons pas sous la main les ma- 
tériaux nécessaires pour donner des indications plus précises. 

3 Nous nous bornons à donner la traduction française, nous publierons le texte 
une autre fois. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

temple, Jésus fut pris, à l'âge de 36 ans. Les chroniqueurs des 
autres nations disent que Jésus naquit en 312 de l'ère des Séleu- 
cides, qu'il fut crucifié à Vàge de 33 ans et qu'il naquit dans la 
38 e année d'Auguste. » Les mêmes données se trouvent exacte- 
ment dans un passage de Galeb Afendopulo reproduit dans le cata- 
logue des mss. de Leyde, p. 393. 

Dans l'ouvrage de Hayyim ibn Musa, manuscrit du séminaire 
rabbinique de Breslau, f° 229 b, se trouvent les énonciations sui- 
vantes : Jésus naît 3 ans avant la mort d'Hérode ; Auguste règne 
(après la naissance de Jésus ?) 9 ans ; Tibère règne 23 ans ; 
pour Galigula le chiffre manque ; Claude règne 13 ans; Néron, 
14 ans ; Vespasien, 10 ans ; Titus, 2 ans (jusqu'à la destruction du 
temple). 

Enfin, il faut voir encore, sur tout cela, un passage intéressant 
du lohasin, édit. Filipowski, 81 a jusqu'à 87 a. 

c. La chronologie de Mahomet. 

Les dates qu'on trouve dans nos auteurs sur la vie de Mahomet ou 
l'avènement du mahométisme ne sont pas exemples d'erreurs. 
Si nous ne nous trompons, ces erreurs ont même un caractère 
spécial : elles paraissent être du genre de celle que nous avons 
signalée dans 194, 29, et provenir, en partie, d'une erreur de 
prononciation due à la confusion des lettres p et 3 d'une part, 
des lettres 5 et M, d'autre part. Nous nous expliquons ainsi que 
le chiffre rT'Dpnn, qui est, comme on le verra tout à l'heure, la 
date principale de cette chronologie, soit devenu 5"pnn ou 
tt"Dnn ou n"pnn Nous rappelons que cependant les lettres 
3 et n ne peuvent se confondre, à l'oreille, que dans la pronon- 
ciation vicieuse de nos pays ; dans les pays orientaux le H a un 
tout autre son que le 3. Le voisinage, dans !i"3pnn, des deux 
lettres p et 3 (avec daguesch), qui, dans un grand nombre de 
pays, se prononcent exactement de la même manière, a dû con- 
tribuer grandement à produire ces erreurs. 

La date qu'on donne ordinairement pour l'avènement du ma- 
hométisme est l'année de l'hégire, 622 après l'ère chrétienne. Cette 
date coïncide avec 4382 de la création, 934 des Séleucides. Dans 
Scherira 35, 7-8, cette date est donnée à peu près exactement, 
« après St''pnn (920) des Séleucides ». Un peu plus haut, 46, 6,1e 
même auteur a, pour l'époque de l'hégire, n"^nn, chiffre sûre- 
ment faux, et où il faut au moins (M. Neubauer l'a mis en note) 
ajouter une centaine, de sorte qu'on a rfDpnn, 928 des Séleu- 
cides, qui correspond à 4376 de la création. La date exacte, 4382 
de la création, se trouve 91 , 21 , et Z 204, 1 4 b. La date 4374 (va- 
riante, 4379 ; au lieu de 4376 de Scherira) se trouve 62 ; 12, et ce 



JOSEF 11ÀCCOI1EN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 207 

qu'il y a de curieux en ceci, c'est que le passage de 91 (Josef 
Arévalo), qui a la date exacte 4382, paraît copié sur 62 (Abrah. 
ibn Daud). Josef aura rectifié O 62 sur ce point, mais il a laissé 
subsister (l. 20) une singulière erreur : l'arrivée d'Ali Abou Taleb 
en Bab3donie est postérieure à l'hégire (O 62, 14, la place en 4820), 
elle ne peut donc pas être en y"V 4370, si l'hégire est en 4382. Ce 
y"v vient, sans doute, du ï"9p de O 62, 12. Dans O 177, 16, la 
date rY'^nn vient évidemment de la fausse leçon de Scherira 
(O 46), car tout le contexte est purement copié sur Scherira, et 
le copiste est même assez maladroit pour dire en son nom ce 
que Scherira dit de l'année où il écrit (O 46, 6). Cette date de l'hé- 
gire a joué de malheur : dans O 187, 13, elle est devenue 908 
des Séleucides rY'pnn, celte erreur provient probablement de ce 
que le 3 de n"Dpnn est tombé, comme chez d'autres c'est le p 
qui est tombé. Dans ce même passage, l'identification de 908d.es 
Séleucides avec 4360 de la création est fausse, c'est 4356 qu'il 
faudrait ; il se peut qu'il y ait confusion de 13 et de D. Chez 
Aron de Lunel (O 191, 15-16), la date est devenue 4364 de la créa- 
tion (916 des Séleucides), il a peut-être lu 4364 au lieu du 4374 
que fnous avons rencontré ailleurs (confusion du S et du y). 
O 192, 22, donne la date exacte de la naissance de Mahomet, 4331 
(571), et pour la date, de l'hégire, la date à peu près exacte de 
4384. Dans O 193, 1, la date de l'hégire est 4349 de la création, 
nous nous demandons s'il ne faut pas lire 4369 (confusion du 12 
et du D), qui serait 920 des Séleucides et serait exactement le 
5"pnn de Scherira (O 35). Il y a plus : nous avons expliqué 
plus haut le 5"pnn de O 194, 29, par une erreur de prononcia- 
tion ; il nous paraîtrait cependant beaucoup plus naturel de 
supposer que c'est le 920 de Scherira, qui s'applique à Mahomet, 
et qui, par quelque lapsus ou transposition, est venu dans ce 
passage relatif à la destruction du temple. O 196, 21, a la date 
exacte 4381. 

7. Observations générales. 

Nous terminons cette longue étude par quelques observations. 

On voit quelles sont les règles qu'il faut appliquer dans la 
critique de nos textes, quelles sont les fautes que les auteurs et 
les copistes sont tentés de commettre et les difficultés que Ton 
rencontre dans l'explication des textes. 

La principale difficulté vient de certaines constructions de la 
langue hébraïque, qui, lorsqu'on opère sur des noms propres 
surtout, ne permet pas toujours de savoir si, dans les séries de 
noms qu'on a, certains noms sont ou non à l'état construit (par 
exemple : A élève de B et C m. année a?, signifie A, élève de B 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et de G, meurt année x ; ou bien A, élève de B> et G meurent 
année x). 

Une autre difficulté vient de ce qu'on ne sait pas toujours si les 
dates données se rapportent à l'année de la mort ou non. 

Une difficulté plus grande vient de ce que ces dates se trouvent 
quelquefois en tête ou au milieu ou à la fin d'une liste de noms, et 
souvent ne se rapportent pas à tous ces noms, mais à un ou à 
quelques-uns d'entre eux. Les chroniqueurs, en copiant de tels 
passages, ont quelquefois commis la faute de considérer ces dates 
comme exprimant l'année de mort de toutes les personnes nom- 
mées dans le passage. 

Les erreurs ordinaires des auteurs et des copistes sont des er- 
reurs paléographiques, telles que confusion du a du 3 et du a, 
confusion du n et du T ; etc. 

Dans notre travail sur les Expulsions des Juifs en France 
nous avons parlé longuement d'une autre source d'erreur : celle 
du glissement des dates et de leur transposition en des endroits 
qui ne leur étaient pas destinés. 

Nos chroniques d'origine espagnole nous montrent encore une 
autre cause d'erreur : c'est la confusion entre l'ère espagnole d'Au- 
guste et l'ère chrétienne. 

Une erreur curieuse est celle qui a fait qu'une date exprimée 
par tt"»ri (4795) a été prise pour le mot rmsn, nombre neuf. 

On a vu que Guédalia a fait plusieurs erreurs considérables 
en prenant, pour la partie manquante de la date, 5000 au lieu 
de 4800. 

Enfin, nous pensons que notre travail a mis en lumière un 
genre de fautes qui n'avait pas encore été signalé, c'est la trans- 
position des chiffres dans une date : par exemple, 248 pour 824 
(U 24) ou 160 au lieu de 106 (U 19). 

Quelquefois aussi il y a confusion entre les dates chrétiennes et 
les dates juives (par exemple O 95, 19, et V 40). 

Il ne faut jamais oublier, dans la lecture des chroniqueurs que 
nous avons étudiés ici, que chez eux, le plus souvent, les dates 
se suivent dans l'ordre chronologique. Toute date qui n'est pas à 
sa place, dans la suite chronologique, doit être considérée comme 
suspecte. 

Pour suivre exactement l'ordre chronologique, nos chroni- 
queurs ont accompli, sur les documents dont ils se sont servis, un 
travail de dislocation qui produit quelquefois des effets curieux. 
Des phrases ou des mots qui n'avaient de sens que dans la con- 
texture du document primitif, sont restas dans les tronçons dis- 
persés du texte, où ils sont incompréhensibles. C'est ainsi, par 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 269 

exemple, que dans 95, 19, dans les phrases où il est dit que don 
Alonso régna 70 ans, les mots après lui n'ont guère de sens (on 
peut cependant les expliquer, à la rigueur) si on ne met pas tout 
le passage à la suite du passage 94, 29 à 95, 5 (où est raconté 
le règne de don Fernand, père et prédécesseur de don Alonso), en 
supprimant toute la partie intermédiaire. Nos deux passages, réu- 
nis d'abord, ont été disjoints par une longue intercalation qui 
fait entièrement perdre de vue don Fernand. On trouvera sou- 
vent, dans nos chroniqueurs, des inadvertances de ce genre, des 
brèches faites à un texte primitif et mal fermées. Abraham de 
Torrutiel a eu le bon esprit de mettre à part, dans un chapitre 
spécial, l'histoire des rois d'Espagne (0 107, 22 et suiv.) et de ne 
pas la mêler à l'histoire littéraire des Juifs. L'auteur du Iohasin 
paraît avoir eu assez de mal à obtenir une ordonnance chronolo- 
gique rigoureuse. Le classement des faits diffère, chez lui, d'une 
édition à l'autre et, en ajoutant des textes nouveaux à sa rédaction 
primitive, il a quelquefois oublié de mettre sa nouvelle rédaction 
d'accord avec l'ancienne, d'effacer les répétitions. On doit, du 
reste, se demander si nos chroniqueurs n'ont pas eu des collabo- 
rateurs anonymes, qui ont ajouté des faits oubliés par l'auteur ou 
se sont même permis, pour obtenir une plus grande rigueur dans 
la suite chronologique, de changer Tordre dans lequel se suivait le 
texte de l'auteur. 

La question de savoir si Josef Haccohen a utilisé ibn Verga 
nous paraît vidée. 11 ne le connaissait pas, il n'y a presque rien 
de commun entre YEmeh habbahha et le Schébet Jehuda. Nous 
ne croyons pas qu'il soit possible de se demander si, inversement, 
le Schébet Jehuda a utilisé YEmeh habbakha; le Schébet est, en 
grande partie, beaucoup plus ancien que YEmeh, et nous doutons 
que le dernier, rédacteur contemporain de Josef Haccohen, y ait 
ajouté grand'chose. 

Si l'on considère chacun de nos chroniqueurs à part, on fera 
sur la filiation de leurs renseignements, les observations sui- 
vantes. 

Nos deux chroniqueurs les plus originaux (à part Abraham ibn 
Daud) sont Usque et Ibn Verga. 

Il est curieux qu'Usque ne semble pas avoir utilisé Abraham 
ibn Daud. Josef Haccohen ne paraît guère le connaître non plus 
(ce qui est plus curieux encore, pour un chroniqueur de profes- 
sion), il n'y a que le morceau sur la prise de Galatrava que Josef 
lui ait sûrement emprunté. Josef ne semble, du reste, pas beaucoup 
mieux connaître nos autres chroniques hébraïques d'Espagne. Au 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contraire, il y a à peine deux numéros d'Usque qu'il n'ait pas fait 
passer dans son Emeli. 

Zaccut se sert à la fois d'Abraham ibn Daud, dont il transcrit, 
du reste, textuellement de longs passages, et de Josef d'Arévalo, 
ou au moins d'un ouvrage utilisé par Josef d'Arévalo. Il y a entre 
lui et ce Josef de si grandes différences, par endroits, que nous 
croyons plutôt que Zaccut n'a pas utilisé directement Josef, mais 
que tous les deux se sont servis d'une même chronique plus an- 
cienne. 

Nos chroniqueurs ne paraissent guère avoir connu Benjamin de 
Tudèle, le seul fait qu'ils lui empruntent est l'histoire de David 
Alroï, mais cette histoire avait, du livre de Benjamin, passé dans 
le domaine public, on la trouvait partout, et il est permis de sup- 
poser que ce n'est pas dans l'ouvrage môme de Benjamin que nos 
chroniqueurs l'ont puisé. 

Il nous paraît certain que le Schébet Jehuda a été rédigé, dans 
sa forme actuelle, avant l'ouvrage d'Usque, et nous croyons avoir 
démontré que Usque l'a utilisé au moins une fois (voir U 21). Dans 
d'autres passages où l'analogie entre V et U est frappante, ils 
semblent avoir puisé tous deux à une même source (voir U 21). 
V a utilisé des chroniqueurs espagnols (voir U 16), une seule fois 
il cite Abraham ibn Daud. 

L'analogie frappante qui existe entre U 8 et le passage parallèle 
de V nous oblige à nous demander si le signe L. I. E. B. qui se 
trouve dans U 8, comme indication de source, ne signifierait pas 
Liber leliuda Ebn Berga. Le nom de Verga (ou quelquefois 
Vega ?) s'écrivait fort bien avec bêt en hébreu, et le b espagnol 
se prononce presque comme un v. Seulement d'autres numéros 
de U portent le même signe et les faits racontés dans ces numéros 
ne se trouvent pas dans V. Il est difficile d'admettre que Salomon 
ibn Verga, le dernier rédacteur de V. ait laissé perdre des maté- 
riaux rassemblés par Juda ibn Verga, le premier rédacteur du 
Schébet Jehuda, nous avons plus d'une fois montré que notre 
texte actuel de V paraît avoir des lacunes. 

Abraham Torrutiel, nous l'avons montré en plus d'un passage, 
utilise sûrement Josef d'Arévalo (voir nos observations sur 
109, 1), quoiqu'il ne le nomme pas *. 11 s'est aussi, de son propre 
aveu, servi de Zaccut (0 101, 19). Sa chronique a été composée en 
5210 (1510), comme il le dit lui-même (0 101, 5, et nos observa- 

1 II le copie quelquefois d'une façon bien peu intelligente. Ainsi Josef raconte 
qu'il a vu, de ses yeux, des écrits de saint Isidore de Séville où est prédit l'avenir; 
Abraham répète le passage textuellement, sans omettre qu'il a vu, de ses yeux, ce» 
écrits (0 92, 15 sqq., 107, 24 sqq.). 



JOSEF HACCOHEN ET LES CHRONIQUEUHS JUIFS 271 

tions sur 107, 1). La 6 e partie du Iohasin a été composée en 
5164 (150 4; voir Z 231 , 29 a), mais les parties précédentes de 
l'œuvre sont peut-être un peu plus anciennes. Dans xiv, 5, il 
faut corriger 1525 en 1510. L'ouvrage de Josef d'Arévalo s'ar- 
rête à 1487 (0 xiv, 14, la date 1467 est une faute d'impression 
pour 1487). 

Ibn Verga fait bande à part. Il a, en général, toutes sortes de 
renseignements originaux, personnels ou de tradition dans sa 
famille, il ne copie guère d'autres chroniqueurs juifs, et, dans 
tous les cas, il ne copie pas ceux que nous avons étudiés, et eux, 
de leur côté, sauf peut-être Usque, ne le connaissent pas. Un 
trait dominant de sa chronique est qu'il s'intéresse beaucoup aux 
controverses religieuses, et qu'il en met partout. Sa chronique est 
presque un recueil proprement dit de controverses, historiques 
ou fictives. 

Guédalia prend de toutes mains : Usque, Verga, Zaccut, Josef 
Haccohen, Aboab, et autres chroniqueurs que nous ne connais- 
sons pas. C'est un compilateur borné, mais diligent et plus exact 
qu'on ne croyait. 

Isidore Loeb. 



MATÉRIAUX POUR SERVIR A L'HISTOIRE 

DE 

L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 

DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XII e SIÈCLE 

JEHUDA B. BARZILAI DE BARCELONE 



C'est un fait significatif que le représentant le plus éminent et le 
plus célèbre de l'exégèse biblique rationnelle fondée en Espagne, 
Abraham Ibn Ezra, n'ait pas écrit ses ouvrages exégétiques en 
Espagne même. Tandis qu'il composait ses précieux commentaires 
de la Bible pour les Juifs d'Italie, de France et d'Angleterre, il 
n'y avait dans sa patrie personne qui continuât l'œuvre des grands 
exégètes du xi e siècle. Ceux qui avaient cultivé, dans ce pays, 
avec tant de succès le domaine de la langue hébraïque et de l'exé- 
gèse biblique eurent bien des successeurs d'origine espagnole, 
tels que Ibn-Ezra, Joseph Kimchi et ses fils, et Ibn-Parchon, qui 
vulgarisèrent les découvertes de leurs prédécesseurs et les fixèrent 
d'une façon durable, mais, en Espagne même, ils ne laissèrent 
aucun continuateur remarquable. Cette circonstance que, dès la 
première moitié du xn e siècle, l'exégèse indépendante était négli- 
gée en Espagne, tandis que la philosophie et la poésie y étaient 
dans leur floraison la plus brillante, tient très vraisemblable- 
ment, comme M. Graetz l'a déjà remarqué *, à l'essor pris par l'é- 
tude du Talmud. Les rapports peu amicaux et même hostiles qui 
régnaient entre Aboulwalid et les savants talmudistes de Sara- 
gosse sont suffisamment connus par les dires du premier 2 . Aboul- 
walid rapporte qu'à leurs yeux, la grammaire était hérétique. 
Cette réputation d hérésie qui, chez les talmudistes à vues étroites, 

1 Geschichte der Jtiden, VI, p. 130. 

1 Bâcher, Leben und Werke des Abulwalid, p. 29 et suiv. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 273 

s'attachait à l'exégèse indépendante, dut croître encore lorsqu'à 
la fin du xi e siècle, au moment même de l'essor des études tal- 
mudiques provoqué par Isaac Alfasi et son école, l'Espagne de- 
vint le théâtre d'un mouvement caraïte, qui ne prit fin qu'avec 
l'extinction du Caraïsme due à Iehuda Ibn Ezra *, au milieu du 
xn e siècle. 

Ce fut sans doute là la raison principale pourquoi la philologie 
et l'exégèse biblique cessèrent d'être au premier plan des intérêts 
spirituels et pourquoi on ne peut signaler aucun travail important 
dont la littérature exégétique se soit enrichie, en Espagne, pen- 
dant le xii e siècle. Cependant il ne faut pas oublier de faire re- 
marquer qu'à cette époque, la connaissance exacte de la langue 
hébraïque et l'interprétation rationnelle de l'Ecriture Sainte 
étaient déjà devenues, en quelque sorte, le bien commun des 
classes éclairées. Le meilleur témoignage à ce sujet nous est 
fourni précisément par les productions de la poésie hébraïque et 
de la philosophie religieuse, qui, tout en étant en dehors du do- 
maine de l'exégèse biblique, s'en inspirent néanmoins. La hauteur 
du niveau des connaissances philologiques et exégétiques, chez 
les Juifs d'Espagne de cette époque ayant une culture scientifique, 
nous apparaît encore plus clairement dans Abraham Ibn Ezra lui- 
même, qui, en quittant sa patrie 2 , n'était nullement un exégète 
biblique d'une célébrité reconnue, mais qui certainement en avait 
emporté le riche savoir dont il fit preuve dans ses commentaires. 
En face de ces témoignages de l'état satisfaisant de l'étude de la 
Bible pendant cette période, qui, sans produire de travaux exé- 
gétiques récents, tirait parti de la production abondante de la pé- 
riode précédente, un monument littéraire publié depuis peu four- 
nit un témoignage d'un autre ordre, qui nous renseigne sur la 
situation prise par les talmudistes, les interprètes et les auteurs 
de la halacha, vis-à-vis de l'interprétation rationnelle de la Bible. 
Ce document, c'est le commentaire sur le Se fer Yecira de R. Ie- 
huda b. Barzilaï de Barcelone, qui s'est acquis une grande répu- 
tation, surtout par ses ouvrages halachiques, et dont le vaste 
commentaire ci-dessus, mentionné 3 , peut nous éclairer sur sa 
méthode d'interprétation de la Bible. 

Iehuda b. Barzilaï avait l'intention de composer un commen- 
taire sur l'Ecriture Sainte entière. Il semble en avoir conçu le 

1 Graelz, l. c. , p. 94 et suiv., 189. 

a Abraham Ibn Daud, à la fin de son Sefer-Hakabbala, appelle Abraham Ibn Ezra 
un des grands poètes dont le judaïsme espagnol peut se glorifier. 

3 ÏTVif 1 "HSO Ittl^PS publié dans la collection des Mekize Nirdamim, par S.-J. 
Halberstam, Berlin, 1885. 

T. XVIL n° 34. 18 



2*74 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

plan pendant qu'il composait son commentaire sur le Se fer Yecira, 
où il avait souvent l'occasion de citer des passages bibliques. En 
effet, après avoir effleuré quelques points difficiles du récit de la 
création, il dit qu'il espère pouvoir traiter ces questions d'une 
façon spéciale. Il demande à Dieu « d'avoir le bonheur de com- 
mencer l'interprétation de l'Ecriture Sainte par le premier cha- 
pitre de la Genèse et de la mener à bonne fin, avec l'aide de 
l'inspiration divine * ». Il exprime le même vœu en parlant de 
Isaïe, vu, 4, promettant de citer les différentes interprétations de 
ce verset dans son commentaire 2 . De même, il renvoie à son 
explication ultérieure de Zach., xn, 6 3 , de Exode, xx, 18 4 , et de 
Gant., v, 2 5 . Il avait donc l'intention d'écrire un commentaire bi- 
blique embrassant le Pentateuque, les Prophètes et les Hagio- 
graphes. Nous ignorons si son projet fut mis à exécution et dans 
quelle limite, mais la méthode exégétique que Iehuda b. Barzilaï 
se proposait de suivre se trahit, déjà dans une certaine mesure, 
dans son ouvrage. 

Ce qui eût été sans doute le plus caractéristique dans son com- 
mentaire biblique, c'est l'usage constant de la littérature tradi- 
tionnelle, la citation fréquente de passages de l'Agada, comme 
nous en trouvons à chaque pas dans le commentaire sur le Yecira. 
Dans l'introduction de cet ouvrage, il explique le passage de 
Prov., il, 6, par les rapports existant entre la loi écrite et la loi 
orale : « l'Eternel donne la sagesse — c'est la loi écrite — ; de sa 
bouche découlent l'intelligence et la science — c'est la loi orale, 
la tradition, qui est V explication et la clef de la loi écrite 6 . Il y 
dit également, à propos de la célèbre Baraïta où il est question 7 
de l'inconvénient de s'occuper exclusivement de la Bible : « Cela 

1 rar T»rn:a fcnpaîn f&o unsbn "p-iai-ib ntnpa "pa ttj Sdi 
bss -mrn "îrr* n^-> -pâma «ïïi'i bsn d^obi mia&naa b^nnnb 

ÏTWlSïl y\T\ (p. 158). Par blDÏT et b^3, il faut apparemment entendre l'Ecriture 
sainte tout entière. 

2 wwn î-mnrt "na-ms d^obi unsb iîdp cna-iïi rama tnparj 

(p. 258). Evidemment ÏTTiri signifie ici, comme dans le langage habituel du Tal- 
mud, toute la Bible. 

3 )mpnz ">Nnp "aïl irnsb "prw ™ tznpart •wrnfp. 29). 
* tpim ù3>n bsi piosn ©Yrsn lanpaa imam (p. 49). 

5 ifco nronb pipa ïht pai ta^riN d"wps ^»a ï-jt piûsa iD"n 
dunob bî-pba ■ttjnai varrn dipam (p. 237). 

6 nnddU) ln*nnb ©I^BI nnDa fcOm (p. 4). De même (plus bas, p. 5) : 

nnsai ©w* «■«nu) îib b^nu) mm ipoi^ d^ isba rrnan dbua "paio 
aroaiû mmb. 

7 Baba Mtcia, 33 £. 



L'EXEGESE BIBLIQUE EN ESPAGNE 275 

est encore plus vrai pour beaucoup de savants versés dans les 
Saintes Écritures, qui ignorent le Talmud et l'explication des 
prescriptions saintes et qui, pour cette raison, sont près de deve- 
nir des mécréants 1 ». Par «les savants versés dans les Saintes 
Ecritures » [Baalé Mikra) 2 , il n'entend naturellement pas les 
Caraïtes, mais les exégètes qui sont plus ou moins étrangers à l'é- 
tude du Talmud et qui interprètent la Bible sans le secours de la 
tradition. Il leur donne aussi un autre nom désignant d'ordinaire 
les Caraïtes ; car il parle des d'WpJgens versés dans les Écritures 
Saintes, et cite en leur nom une explication suri Chron., vu, 15, 
qu'il met en opposition avec le Derasch, l'interprétation tradi- 
tionnelle 3 . Or cette explication de ce passage des chroniques ap- 
partient à Abouhvalid Ibn Ganâh 4 . 

Il nous faut donc entendre par les savants cités par Ieliuda b. 
Barzilaï les exégètes de renom qui, à l'exemple d'Abouhvalid et 
de ses successeurs, cherchaient à expliquer l'Ecriture Sainte litté- 
ralement, sans tenir compte de l'interprétation traditionnelle, 
dans laquelle ils voyaient un auxiliaire, et non la clef, pour l'in- 
terprétation de la Bible. Iehuda b. Barzilaï n'est pas un ennemi du 
Peschat, mais il donne au Derascli une importance trop grande. 
A l'occasion du passage cité, il fait cette remarque, au sujet du 
livre des Chroniques : « Comme ce verset, ainsi la plus grande 
partie du livre des Chroniques est obscure, sa langue peu claire et 
inintelligible ; son interprétation est difficile et indécise, même 
d'après le Peschat, à plus forte raison au point de vue àwDerascli, 
qui mène au sommet de la sagesse s ». L'existence d'une interpré- 
tation des parties généalogiques du livre des Chroniques, s'écar- 
tant du sens littéral et initiant à un degré de sagesse plus élevée, 
est admise en vertu du mot tamuldique, cité par Iehuda b. Barzi- 
laï lui-même, sur « le livre des généalogies » devenu inaccessible G . 

1 )w® \rù rnï-r i»n awi vm N-ip^n ib*aj2 nmrro pxû bon 
Y®m trmb ûh crm-ip mstttt ■«ttoi TObn "p^TP (p. 5). 

a R. Nathan, dans VAroukk, mentionne deux fois (s. v. mD3>53 et ^o, II), des 
explications des (Xlp/3 1ÏW2, qui se trouvent chez Menahem ion Sarouq. 

3 *ba t=p*nprr ymb îy wmnEà twntt 'istom piODïi ujtpd Snx 

ÏÏ11 (p. 63). 

4 Les cinq éléments dont se compose, suivant I. b. B., l'explication de I Chron., 
vu, 15, se retrouvent entièrement chez Abouiwalid : que 1° ÏT^N doit être pris 
dans le sens de d'i'lûi, Lima, 43, 15 ; 2y7, 4 ; 318, 7 ; 370, 25; 2" b = "pa, ibid. y 
297, 4 ; 370, 26 ; cf. 43, 10 ; 3° intlN = inUJ«, ièid., 370, 27 ; 4° n;cn = 
rP312)ï"ï, ibid., 370, 23 ; 5° TtlDbS est ici un nom de femme, ibid., 374, 3. 

5 — pnïïr "iST^bi fino d^Wïl ^ùiï nn *p tPpioDn nba v:di 
ï"îb3>ttbi nbyftb ïroann ïibuttj ïïii "hmb po bai btoa "nmb ib^sa 

(p. 64). Avant ÏTûDn il faudrait peut-être mettre mbj>72D. 
6 Pesachim, 62 b. 



27G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'interprétation de ce dernier, comme I. b. B. comprend le mot 
du Talmud, se serait perdue l . En un autre endroit, il cite le livre 
des Chroniques avec le Cantique et les Visions de Daniel, comme 
étant les parties de l'Ecriture Sainte du sens obscur desquelles 
l'étude approfondie pouvait tirer de grandes maximes de sagesse 
et qui ont servi pour le Se fer Yecira, avec son style bref et 
quelque peu obscur, en quelque sorte, de prototypes 2 . Cette admi- 
ration pour l'interprétation midraschique, que I. b. B. trahit am- 
plement, dans son commentaire, par ses citations fréquentes de 
l'Agada, devait diminuer à ses yeux la valeur de l'exégèse indé- 
pendante telle qu'elle se montre dans les œuvres d'Aboulwalid et 
de ses successeurs, au point de la réduire presque à rien. C'est à 
peine s'il tient compte de cette exégèse, et il n'en cite que quel- 
ques rares exemples. 

Il mentionne encore, au nom « des savants versés dans les 
Saintes Ecritures», la conception du chiffre sept, Prov., ix, L, 
comme chiffre rond 3 . Ailleurs, il renvoie à l'explication donnée 
par ces exégètes de Osée, xi, 9 4 , de Job, xxxviii, 23, d'après 
laquelle :n*> doit être pris dans le sens de y^Ti 5 . Sans employer 
l'expression de « savants versés dans les saintes Ecritures », I. b. 
B. cite une fois, sans nom d'auteur, l'explication du mot^TPû, 
Prov., vu, 4, telle qu'on la trouve chez Aboulwalid 6 . Les rares 
explications citées par L b. B., sans nom d'auteur, ont un carac- 
tère midraschique. Ainsi srip^i, Gen., xxi, 33, aurait de l'ana- 
logie avec irrip, « poutre »; Abraham, grâce à sa connaissance 
de la divinité et par la propagation de cette idée, a soutenu, en 
quelque sorte, l'univers au moyen de poutres et de charpentes ; 
sans cela, Dieu aurait détruit ce qu'il avait créé 7 . Cette explica- 



1 TOTVD ta» •pûm*' -isd waa tDvrsn (p. 63). 

* "pap "iniN rrajn Tnm jhn ^^p nîn nsors b^n -o yiv "nin 
■nrrn bcorn ynm tn-pu:^ *ntt) nso i^d d^ino TnaTi bn^ai d-inm 
mbm t-masn 'pmnfiri ©?i m^nsn d-m^N dri ^kdn dwn (p. iog). 

3 ■nai yvD? «in s-r^nu: "O d^&npn d^^sa (p. %)• Cf. Abouiwaiid, 

Luma, 303, 23. 

4 d*nnN d*wpd rtr pioss d^uîns» d^nprtn (p. 236). 

5 D^msO d^^ipïl )12 W\ (p. 69). d^mpn est ou bien une corrup- 
tion de d"Wlpï1, ou une forme accessoire de ce mot. Le singulier NTlpïl est 
employé par Benjamin, le glossateur du Sefer Ha-Galouï de Joseph Kimchi, pour 
désigner ce dernier. Voir l'édition de Mathews, p. 15, 1. 21 ; p. 17, 1. 30. Joseph 
Kimchi, Péminent exégète, méritait ce qualificatif, qui est sans doute identique avec 
le terme de NHp> Kara, qui s'emploie souvent à sa place. 

() ton ï-it piODd *îM2txn 3>Ti?û tzn-pD "p "noTara fczpunstt ©"n 
irwi» runn Nbn ib ïrETn hi^ip "ptfib (p. 61). Cf. Abouiwalid, Dic- 

tionn., 277, 11. 

mp "ptzsb» imN utidm ^» ^ «np^i ïittJbi (p. 99). 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 277 

tion, qui est à la fois homilétique et contraire à la grammaire, est 
rapportée par I. b. B. pour servir d'appui à son interprétation de 
Isaïe , xli, 2, d'après laquelle Abraham a réveillé, en quelque 
sorte, l'idée de justice et la notion de la Divinité et a consolidé 
ainsi le monde, menacé de ruine. Il cite encore une explication de 
Prov., vin, 33, d'après laquelle i^sn désigne le deuil (cf. Lévit., 
xxi, 10) : « Si vous écoutez l'instruction et si vous devenez sages, 
vous n'aurez pas à porter le deuil de vos enfants 1 ». Dans une 
troisième interprétation anonyme citée par I. b. B., le chiffre 
« sept » de Prov., îx, 1, est expliqué par les sept jours de la se- 
maine 2 . En rapportant ces explications, ainsi que les nombreuses 
interprétations de l'Écriture Sainte tirées du Talmud et de la lit- 
térature midraschique, notre auteur ne laisse deviner nulle part 
s'il reconnaît la légitimité de l'emploi du peschat pour la déter- 
mination du sens véritable. La délimitation entre le peschat et 
le derasch, telle qu'elle a été faite par l'exégèse classique d'Es- 
pagne et du nord de la France au xi e et au xn e siècles* n'existe 
pas pour Iehuda b. Barzilaï. Son système est à peu près celui des 
Darschanim, comme Tobia b. Eliézer, qui empruntaient indistinc- 
tement au Talmud et au Midrasch les éléments de leur interpré- 
tation de l'Écriture sainte. Qu'il nous soit permis de n'en citer 
qu'un seul exemple : I. b. B. prétend que le dernier chapitre du 
livre des Proverbes, relatif à la femme vaillante, se rapporte à 
Abraham 3 . Cette idée est tout simplement empruntée au Mi- 
drasch Tanhuma, où les diverses phrases de ce passage sont 
interprétées comme se rapportant à des événements de la vie 
d'Abraham 4 . 

D'après ce qui précède, il ne peut paraître surprenant quel, 
b. B. admette comme légitime l'interprétation des mots bibliques 
d'après la valeur des lettres, le changement des lettres, la division 
des syllabes et de l'abréviation 5 ; de même que, d'autre part, son 
commentaire sur Yecira, où les citations bibliques abondent, ne 

1 ba n»5m noitt "i3>tttt)n tzitf nttibîD îansn ba iztidm ijo îm 

l^'HDn (p. 93). 1. b. B. observe encore que cette explication est analogue à celle 
du passage de Joël, n, 13 : nanpn ttb i-miÛDîn tûmb Wpn ON *HÛ*Ï»B1B 
tadvn^ biH ddTH hy (p. 94) ; il vise le propos dit au nom de R. Josué b. 
Lévi, dans Jér. Taanit, 65 b ; Pesikta, 161 b. 
a P. 96; cf. p. 99. 

3 iras dm rua (i. îr-ittw) ïnaN nbis it j-t^dt (p. 99). 

4 Tanhuma sur Gen., xxiv, 1 (éd., Buber, 1, 116). 

5 stiîo ma bd i$ p» w s^-na?^ m-iïi ïmnn iab w nbNd 
ta^pbroarc mai 10*1 dnba d^brw t^-i ujnna •psibrra "O \ni2 w\ 
œ-n ûiûttib qib^n ^bn j-na -inwrn ma ta^paiû nmn ot trruab 
ïTnvn'ia bdn :ns»b mmn. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contient presque pas de remarque exégétique, grammaticale, 
lexicologique, ou portant sur le fond. On est presque surpris de 
trouver une fois une dissertation sur la signification du mot nattp, 
Job, xxn, 16 *, ou une explication du nom d'arbre traoa, II 
Sam., v, 24, qui remonte, du reste, à une source chrétienne 2 . 

Si Iehuda b. Barzilaï donnait à l'interprétation agadique une 
place considérable dans l'explication de la Bible, il n'était ce- 
pendant pas disposé à accepter toutes les traditions agadiques 
à la lettre et sans les soumettre à une critique sérieuse. La ten- 
dance qu'il trahit constamment dans son commentaire sur Yeçira, 
à éloigner toutes les idées matérialistes indignes de la Divinité, 
lui imposait cette méthode. Sous ce rapport, I. b. B. est sur la 
même ligne que les représentants les plus éclairés de la pensée 
rationnelle, qui cherchaient à mettre les notions de Dieu, telles 
que la philosophie les donnait, en harmonie avec les expressions 
de l'Écriture sainte et de l'Agada 3 . Dans l'introduction de son 
commentaire, il dit que le droit et le devoir de parler de Dieu par 
images et par symboles existent pour les sages et sont fondés sur 
l'analogie avec le procédé de la Tora et des Prophètes 4 . Grâce à 
la légitimation de cette manière de parler par images et allégo- 
ries, il parvient à expliquer l'Agada sur la préexistence de la 

i P. 87, 

n£p ûm ya-ns T3>ba ùïti ^wn ^ny "piaba ympiû m:n h p tmab^N an 

*lpa yiy&Tf "ptûba IniN "jmp (p. 136). Cette explication de D'Waa contredit 
celle qu'Aboulwalid cite anonymement (Dictionn., 92, 17), qui est adoptée par Salo- 
mon Ibn Parchon (s. v. Naa) et citée par David Kimchi (Dict., art. fcOa), à savoir 
qu'il s'agit de mûriers. Elle semble se rapporter à la Vulgate, où a^fcOa est tra- 
duit, aussi bien dans II Sam., v, que dans I Ghron., xiv., par pyri, l'arabe VfcON, 
que I. b. B. cite signifiant dans le dialecte syrien • poires ». V&ON signifie égale- 
ment « des prunes », v. Aruch, s.v. pa7D'"| k 7, éd. Kohut, in, lo5 (v. Fleiscber, dans 
Levy, Neuhebr. Worterb., I, 21a). De là, la traduction de I. b. B. par VDTlD, 
« prunes ». Cf. les noms des prunes en araméen dans J. Loew, Aram. Pflamenna- 
tnen, p. 203 et s. (p. 209, ï. 5 : « Les Septaute ont àutoç pour le mot d n £02 de 
II Sam., v, 23, 24 et I Cbron., xiv, 13, 14. » Il faut dire que seul Aquila donne 
cette traduction pour Samuel). Une fois (p. 77) I. b. B. mentionne expressément les 
traductions cbrétiennes de la Bible : Î3>ba ï"mnn plb tiarû3125 mEINtt. 

3 Quant à son attitude à l'égard de la philosophie, voy. surtout, p. 77. 11 y dit, 
entre autres : t On peut sans crainte étudier les livres philosophiques dont les au- 
teurs sont connus pour des hommes pieux, comme, par ex., les Gaonim Saadya et 
Samuel b. Chofni, qui sont également réputés pour leur science philosophique et 
pour leur connaissance de l'Ecriture sainte : IpHTon F") 72511 a "p^lT fniD 
VTpft ^arû nTaStm. La dernière expression, qui est identique avec n?2^n 
ïlTinïl, [Revue, XVI, 119), est digne de remarque. 

4 laipïi mna toimaittj ta'waam i-mnïiia laaitM fraio t^bN 
ba a-«a-i r-nttnp'aai û^ïïam mai^ia -i^nbaj naaa *nai i-maai-n 
naib irb i»^o rmani iittan •n-'on taiN ^an û^izniïijUa^ann pi» 
D^bia^ai mijTWa irïrba naaaiKp. 3). 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 279 

Tora *, ainsi que celle sur la beauté d'Adam comme étant le reflet 
de la majesté divine 2 . A l'occasion de cette dernière explication, 
il dit que, suivant un ancien canon, il est défendu de soulever 
des objections contre les difficultés du texte des agadot, et qu'il 
faut plutôt les ramener au désir légitime et méritoire d'expli- 
quer la parole de l'Ecriture. Ces agadot doivent être comprises 
soit allégoriquement, soit comme « signes » ou allusion à telle ou 
telle idée. Ou bien elles ont pour but d'attirer l'attention des igno- 
rants et de leur offrir des leçons de moralité et de piété 3 . Iehuda 
engage ses lecteurs éclairés à suivre son exemple et à chercher 
à bien comprendre ces agadot, pour éviter toute hérésie à ce 
sujet 4 . 

Par ces interprétations d'agadot, I. b. B. avait surtout des vi- 
sées apologétiques. Dans l'introduction de son livre, il parle 
expressément des accusations injurieuses élevées contre les tal- 
mudistes, comme si ceux-ci avaient prêté à Dieu une figure et 
une corporalité. Il proteste, au nom de la croyance si sévère 
d'Israël en l'unité de Dieu, et dit que les auteurs de cette accusa- 
tion sont « des hérétiques renégats et criminels vivant au milieu 
de nous et persécutant les enfants d'Israël 3 ». Cependant ce n'est 
pas uniquement la littérature traditionnelle, mais surtout l'Ecri- 
ture Sainte que I. b. B. cherche à défendre contre des interpré- 
tations qui tendent à altérer l'idée de Dieu au profit d'une dog- 
matique sans fondement dans l'Écriture sainte. Il s'élève aussi 
avec une vivacité peu ordinaire contre ces renégats de son temps, 
comme il les appelait, qui considéraient « l'esprit divin » dont 

» P. 88 et s. 

2 P. 41. 

3 ^-d-ï 13 ananas -n^a i3?n ibbîi nnsîia ©nsbi ma-inb lib *pan 

ifty r\y*i aa-uabn ^puîTsbi ^aja'to flna w a^Ma fiia w nau: bapi 
î^bn aan nam -naibi y*\$ ^-n "nanb t-nN7a:m fcarib frnbn ynaa 

"]3>70UÎ72a. Cf. à ces règles les Réponses des Gaonim, éd. Harkavy , n° 383 : *jb"l!D lbfcO 
•jtT^b^ "ptÛpB ytift miaNI )Ti miB'VTE, et la remarque de Harkavy, p. 370. 
Ce que I. b. B. dit ici de la manière de comprendre les Agadot, qui ne doivent pas 
être prises à la lettre, a de l'analogie avec les remarques faites sur le même sujet 
par Ibn Ezra dans ses deux introductions au commentaire du Pentateuque. 
« P. 48. 

5 15a awn it-na tzp^ïïï-r y-ia "vw-i ab ipibrt ûbua i^ttta isb 
dibun an bantui ^511 bv -i?inb t)73^:^ d^M» dm mra a^iTom bio^ 
tolpïl snî bab iib^bn i-rbibn îiamab ïiaittri in J-nxn ^ms tzirna 
■ùntopsi m7jp3 in» npi"i dinsidn a^unn \n ans 1 * dnpïïn bba rra 

m m 3 tr^EWarï SnIO^ ^T bd l^a^ 13N (p. 13). Dans ce passage, 
comme dans celui de la remarque suivante, il semble qu'il s'agit d'apostats, qui, 
comme plus tard Pablo Christiano et autres, s'élevèrent contre le Talmud et appor- 
taient des preuves à l'appui du dogme chrétien. 



280 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

parlent beaucoup de versets bibliques comme incréé et qui vou- 
laient prouver par là la Trinité, excitant ainsi les autres à l'apos- 
tasie l . Aussi I. b. B. tourne-t-il surtout sa polémique contre 
l'exégèse chrétienne, qu'il combat, d'ailleurs, encore dans un 
autre sens. Il lui reproche d'avoir pris à la lettre beaucoup de 
passages bibliques, où il est parlé de Dieu sous une forme imagée, 
avec des termes usités pour les êtres créés, et d'être arrivée ainsi 
à des conceptions fausses de la divinité. Et tandis que l'exégèse 
chrétienne prend ainsi à la lettre des expressions certainement 
imagées, elle se sert de l'interprétation allégorique pour les pres- 
criptions bibliques, qui doivent être sûrement prises à la lettre et 
non symboliquement, puisqu'elles doivent être mises en pratique — 
de même les prophètes parlent des prescriptions, non dans un sens 
imagé — son but est d'arriver à rejeter le joug de la Tora et de 
ses prescriptions 2 . Dans cette critique de Y allé g oristique chré- 
tienne, I. b. B. se rencontre avec son contemporain plus jeune 
que lui, Abraham Ibn Ezra, qui, dans son introduction au com- 
mentaire sur le Pentateuque, caractérise et combat l'inter- 
prétation allégorique des chrétiens comme une des méthodes 
d'exégèse biblique 3 . L'importance que I. b. B. attachait à cette 
polémique contre le christianisme et l'obligation dans laquelle il 
se croyait de la soutenir en présence des séductions et des tenta- 
tives d'apostasie auxquelles les Juifs étaient dès lors exposés en 
Espagne sont prouvées par l'aveu qu'il fait d'avoir abordé cer- 
taines questions, dans son commentaire sur Yecira, uniquement 
pour donner à ses coreligionnaires vivant au milieu des influences 
chrétiennes les moyens de se défendre contre les attaques à leur 
foi et contre les tentatives de conversion 4 . 



1 û^3n rmmn û^»ii \n ï-nnïi usai ww isina i3N2ttU5 ^b» 
•wrsa Sns mDisai mbTia rrp^aa t-nEian ba watim tanaan 
înm "Dnbtts trnbN '■" ii:on ^b* cpnbN 'n mi lias ibbr: aipiDan 
ifittfœ iy tzb-i^rt m voïti lyu-û ^wb hy inbfti 121 'n mi *p:oi 

1173NÏÏ5 1^3*1 ^133 1!PN mitt HT tDlbttl D71 "O 1172N1 HpBI IpDHb 

©bffibi rrmttn viiab £au;Di na vam i3>ai ipsiib in^ rman it 

(p. 175, cf. p. 75). 

2 ipst-ïb "ttewo Ta» im^a miDTWî-i ma iutpbi im^arn irt-i^an 

tamis^rr vi-pn *nna inuj ba r<bN ht ûnb *H toi msisai 

rrby tipTon wsl rrûMan ^a fTwa t^bi u3E»a "wn ito msMaa 
jTWa «bi nro»ïi b? liai a^-onn pi "jYWa abi van t-imu^b 
bi? arrbjja pusb -na maram a^bra» 172a miat'an ^ii^d i^u) am 
rvtttaîn ttmnïi (p. 77). 

3 Cf. Graetz, Monatsschrift, 1884, p. 475 et s. 

4 P. 176 et 189. — La polémique contre le dogme chrétien se trouve encore chez 
I. b. B., p. 79 (de l'esprit saint et du Logos) ; p. 81 et 82 (du fils de Dieu) ; p. 239 
(;ontre le changement de la chronologie prénoachite en faveur delà christologie). La 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 281 

Même là où il n'est pas guidé par des intentions de polémiste, 
I. b. B. s'efforce d'écarter de l'Ecriture Sainte toutes les concep- 
tions qui ne sont pas en harmonie avec l'idée de Dieu nettement 
spiritualiste. Il rappelle chaque fois que les diverses expressions 
par lesquelles on représente l'action divine doivent être unique- 
ment prises au figuré. Suivant lui, l'auteur du. Se fer Yecira, en 
disant que « le Créateur se tourna en haut. . . », a imité la ma- 
nière de l'Ecriture sainte, qui parle du Créateur par images et 
symboles *. La Tora, les prophètes, les docteurs parlent du Créa- 
teur en langage humain, « afin que l'oreille entende ce qu'elle peut 
comprendre 2 ». Si, dans Prov., vin, 22, il est parlé de « la voie 
de Dieu » et de « ses œuvres », cela ne doit être pris qu'au 
figuré 3 . Ce que Dieu a créé sans aucune peine, par le seul effort 
de la pensée, l'Ecriture Sainte l'appelle son œuvre, l'ouvrage de 
ses mains 4 . Le chapitre d'Isaïe (Is., xl), commençant par ces 
mots « Consolez, consolez », montre très clairement que les créa- 
tures ne ressemblent pas au Créateur 5 . Même quand on dit de 
Dieu qu'il est le premier, le dernier, ce n'est qu'en conformité 
avec le langage courant qu'on s'exprime ainsi, les prophètes ne 
pouvant trouver, dans la langue hébraïque, d'autre terme pour 
désigner cette idée du premier qui n'a pas eu de commencement 
et du dernier qui n'a pas de fin 6 . 



critique de l'alphabet chrétien (latin), où I. b. B. veut même découvrir une négation 
secrète de la « mère de Dieu » (p. 146) mérite une attention particulière comme cu- 
riosité. Cf. Jievue, XVI, 146 et s. — La supériorité des lettres hébraïques sur celles 
des non-juifs est encore affirmée par un autre espagnol, Jehuda b. Salomon Hacohen 
de Tolède, dans son ïlfalDnïl 125 "H fa (ms. de la Bodléienne, n° 1321) : celles-là sont 
à celles-ci comme l'homme vivant à l'image de pierre inanimée (cité par Dukes, 
dans Litteraturblatt des Orient, X, 730). 

1 fcawnaïn s-mnn unpn rare bs *pi iiTn ^ddîi hyz npb -fc 
D->bu372T msTwa aman -n^fa anmfaUî (p. 203). 

2 t3*r« "faa "prabd Nnan "nm bsn b^asm d^nsi ïmrft fnm 
snfaïab ï-ôwia nfa )i$n ns ywmh frfaTi buifan (p. 201). Cf. p. 167 sur 

Ps., civ, 31 : Dieu se réjouit de ses créatures ; d^falfcWJ Û*»btt5faïT1 mDVfalïl 

Itnîi n« ^fattînb ts &r.m taipaan tus b3> dwaan rmai Frvirû 
^ifattîb ïib-o"» éwtb rifa '731 ,fc n. cf. aussi p. 89. 

3 "»fa5 i-im marfai "prabn bsr» smaa v>vpï: land bd "nmia 133:01 
•probn nfaND aon vb^s» ->72D *pn .... ia&m;n ^-m dwn ïiiaba 
yifattîb rtbi^tt) il» iT^n na 3>^fa^ïib b3>Dfab )vn*i (p. 92). 

4 "ibsn riwi «bai. b?^^ abn n'n'pn anara rrjfai nb^fa "mif ban 
banai rt'nrr bta TWja ttHpii -nro baa "j^lp i&naai mmon i^sb 
IT^wna w (p. 93). 

5 P. 70. 

6 mina na n;i)farna->iD ■jittjb ustpii •puîba toifcoaaïi i&ttfcfc NbuD nabi 
bujfa mina dno 'ptiïen nfaa nbnn aba "j-iu:^ nbbia ïrîmD r-ina 
nsnb iranb iïïïi a-)pb ^d ■ji^am (p. 83). Cf. p. 112, wxn Nbœfl'fasfa 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans son interprétation de la Bible, en tant que nous pouvons 
la connaître d'après son commentaire, notre attention est parti- 
culièrement attirée par les idées de I. b. B. sur la prophétie. Pour 
lui, les révélations que les Prophètes ont reçues sont des émana- 
tions de l'esprit saint, le premier être créé que l'Ecriture appelle 
aussi la gloire de Dieu l . La « Gloire de Dieu » apparaissait aussi 
aux prophètes sous la forme visible d'apparitions lumineuses 
créées et d'images qui se rapportaient aux circonstances et à la 
situation où se trouvait Israël à l'époque des divers prophètes 2 . 
Ainsi, le buisson ardent dans lequel Dieu apparut à Moïse est une 
allusion à la détresse où se trouvait Israël en Egypte, où il était 
comme au milieu d'un buisson d'épines 3 . Sur le Sinaï, Dieu ap- 
parut au milieu des nuées et des éclairs : les éclairs symbolisant 
la Tora, les nuées, la rémission des péchés (Is., xliv, 22). C'est 
pour cette raison aussi que Dieu apparut à Moïse, Aaron et Sa- 
muel dans une nuée (Ps., xcix, 7), parce que, grâce à leurs prières, 
les fautes d'Israël furent pardonnées 4 . « Les pas sur la cime des 
arbres » par lesquels David devait reconnaître la présence de la 
Divinité (II Sam., v, 24) indiquent la destinée de David appelé à 
vaincre les rois les plus puissants et à marcher sur leurs hauteurs 
(Deut., xxxiii, 29), ainsi que les victoires de son descendant, le 
Messie 5 . Le char divin d'Ezéchiel est une allusion à la conquête 
faite par Nabuchodonosor, sous la conduite de Dieu. Il eut la vi- 
sion près de l'eau, parce qu'Israël vivait en exil, l'exil étant assi- 
milé au débordement des eaux. C'est pour la même raison que 
Daniel eut sa vision près de l'eau G . 

Les prophètes voient l'avenir comme s'il était arrivé et parlent 

1 lia an ba sb i? inroan la coa'nu "prab nn» na^na unpin •puiba ï-irob 
•j-nna ba ab w •pnn&o. 

1 ba hKiaiii ^a^i yfattia nattai trnba rrn impi i-ft'tttëfi maa, Nifn 
■»b? û^ïtbN n*n a-na^ra a^nsn ba (p. H9). Et encore : bab nbnn an a 
iràa ttftph mnb ynvp bnpn '•ana bai .... iznpn rrn r-nN'narï 

irnbN (p. 16), et de même p. 174 : Nim maab 13&ma ÊOaU: ïïHptt fil"! 

ïi«*n3 bab nbnn wi kiïti h^S? iD^ipM ^ana ba -nb ïH ,, p , Ç- 

2 ^m bab marnai maiwa maaa aip^n nbaara n^tt 1.733 pi 
b^'^" 1 na rmo n^n ^b arasi (p. 137). Cf. p. 39 : n^aa *pb rrannEn 
cm tr" i "nia banian fca^jnwïn tarri^r: ^ab miï'w et {iud.) -. int* ba 
ia "jîTffi bfiniû^ riàh irw ^sbi banrai roi nna ^ab a^asrs "je. 

3 P. 39 ; Cf. p. 134, où on trouve encore d'autres symboles dans la vision du 
buisson ardent. 

! P. 135. 

» P. 1 35 et s. 

6 P. 136 et s. Voir p. 130, sur Adam, qui entendit la voix divine dans un doux 
souffle du vent, Gen., m, 8, et sur Job, qui l'entendit dans une violente tempête, 
Job, xxxvm, 1 ; p. 132, sur Abrabam à qui Dieu apparut entre des arbres (Gen., 

VIII,t 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE EN ESPAGNE 283 

de ce qui doit survenir comme si c'était passé ou comme si cela 
se passait en ce moment \ » 

Il est inutile de rapporter ici d'autres particularités tirées du 
commentaire de I. b. B. Elles ne pourraient que confirmer la ca- 
ractéristique que nous avons donnée et montrer son exégèse, 
comme reposant sur l'Agada ou employant la méthode agadique. 
Nous citerons, comme spécimen, l'explication des deux premiers 
mots de Prov., vin, 22 : la Tora, qui est la Sagesse, se vante ici 
que Dieu l'ait désignée comme sa possession et sa conquête, afin 
de la louer et de la placer haut dans l'estime des hommes. Ce que 
le propriétaire aime, il l'appelle son bien acquis, *pp , même 
quand il ne l'a pas acquis. Le Créateur désigne sous le même nom, 
ce qui n'est pour lui qu'une image, tout ce qui lui est particuliè- 
rement cher. C'est à cela aussi que fait allusion la parole des 
Sages (Pesachim, 87&), au sujet des trois choses : « Tora, Israël, 
l'univers » qui furent appelées }^p, et c'est pourquoi le Créateur 
lui-même est appelé i-qhp, «le propriétaire, l'acquéreur 2 ». Au 
sujet de Prov., n. 6, I. b. B. dit : l'opinion qui rapporte la pre- 
mière moitié de ce verset à la loi écrite parce que « ce qui est 
donné » devant être quelque chose de déterminé, passant des 
mains du donateur aux mains du destinataire, cela ne peut 
s'appliquer qu'à la loi écrite, cette opinion n'est pas juste, car 
l'expression « don », comme il ressort de I Rois, v, 26, s'applique 
aussi à la sagesse reçue de Dieu en esprit, et non comme loi 
écrite. Par contre, le mot tse, de la deuxième partie du verset, 
indique qu'il est question de la loi orale. Les sept mots de ce 
verset correspondent aux sept jours de la création, pour indiquer 
que la sagesse a la même valeur que ces derniers, puisque, sans 
elle, le ciel et la terre ne pourraient exister, suivant Prov., m, 
19, verset qui a également sept mots. Les 25 lettres de Prov., n, 
6 3 , correspondent à la loi orale et aux 24 livres de la loi écrite. 
Des 27 lettres de Prov., in, 19, 25 ont la même signification et 
les deux autres sont une allusion au ciel et à la terre 4 . 



ïtt -ib&o in M23> ibao mTTtftt ïv û"nm» ù'wnan pi (p. 169). 

8 P. 83. 

3 A vrai dire, il y a 26 lettres. Peut-être ne compte-t-il pas le deuxième "| dans 
ï"ID"Dm, comme, pour Prov., in, 19, il observe expressément que le "| de 'p-p et le 
deuxième vav de ïT3"nn ne sont pas comptés. 

4 P. 57, cf. la parodie du Midrasch dans l'introduction au commentaire du Pen- 
tateuque d'Ibn Ezra (Rosin, Reime und Gredichte, p. 44, où les 7 mots et les 28 let- 
tres de Gen., i, 1, sont expliqués). Chez Mosché Ha Darschan se trouve effectivement 
une explication analogue du nombre des mots du premier verset de la Tora. Voyez 
Zunz, Grottendienstl. Vortràge, p. 289, note b ; A. Epstein, Bereschit-Rabbati, p. 4. 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Une fois I. b. B. saisit l'occasion de prendre la défense de Y exé- 
gèse talmudique contre l'apparence d'arbitraire exagéré. Il re- 
jette l'hypothèse qui attribue au Talmud de Zebachim, 115 &, 
d'avoir expliqué le mot ^naM, dans Exode, xxix, 43, comme si 
on devait lire ■n'DM. Cette explication, selon lui, serait encore 
plus condamnable que celle que le Talmud réprouve et qui con- 
siste à diviser les mots du texte, car nous serions ici en présence 
d'une radiation et d'une substitution de mot l . 

Iehuda cite le Targoum du Pentateuque a comme celui des 
Prophètes assez fréquemment 3 ; sa théorie sur l'araméen 4 ne 
manque pas d'intérêt au point de vue philologique. 

Budapest, mai 1888. 

W. Bâcher. 

i p. 128 : "^n \a sraw bb niiii-iNn 'nn MpOT itom iow mai 

"W!p Npn72 ptt bST (v. Menachot, lka\B. B., 111 J.) njplp, 

8 Sur Gen., xvm, p. 131, où la traduction 1TŒ5733 pour "0'lb' , N3 est discutée. Sur 
Gen., xxviii, 12, p. 164 et p. 251, où il emploie chaque fois Vi3>!5 ( = 2i£fà du 
texte) pour expliquer un mot du Se fer Yecira (Vl3>3 , d^JHS). Sur Gen., xvm, 
14, p. 112, preuve que fcOSS a le sens de « être couvert ». 

3 Sur Juges, v, 31, voir p. 19; sur Is., xlviii, 11, p. 182, 3D = *|505 pour l'ex- 
plication de ag^l, Gen., xlv, 26; sur Ezéch., i, 25, p. 16; sur Habaeuc, m, 4, 
p. 44, où le Targoum est expliqué; sur Hab., m, 5, p. 18 et 49; sur Zach., v, 
1, p. 69. 

4 P. 217, ligne 8-12, le passage est incorrect et en partie incompréhensible. 
D'abord 1. b. B. dit que l'araméen, qui s'appelle aussi rPTTlDN (= * 1 3N"HD, sy- 
riaque) a 28 lettres ; or c'est le nombre de lettres de l'alphabet arabe (cf. Bâcher, 
Abraham lbn Esra ah Grammatiker, p. 77, n. 8). Il continue : la langue araméenne 
tst une langue intermédiaire entre deux langues (l'arabe et l'hébreu). L'araméen est 
proche parent de l'hébreu, mais il a certaines singularités, à savoir : 1° le redouble- 
ment de consonnes (les exemples cités à ce sujet ne sont pas clairs) ; 2° le renfor- 
cement des n et y, comme dans ÏTD^ntltt, Daniel, n, 15 ; fn^fpû, ibid., il, 21 ; 
3° l'intercalation du n comme dans rîDIZJÎlTD, ibid.; Ûpï"na, ibid.; 4° l'intercalation 
du 3 entre 70 ot "J, comme dans &W7D70, Dan., n, 21 (le deuxième mot '"^IDTO doit 
peut-être se lire mSTO, Ezra, iv, 13, 20). 



LE MAQRÈ DARDEQÉ 



( SUITE * ) 



Q (suite) 

■'LÏNpNSO spaccato 1TD 
"mapNSD spaccatura abs 
■npNSO spaccare D£S 
TimNBO spargere yiB 
"nWNBO spargere *iîb Ï1B 
"n^ETiNSO spartire }b3 
&HBO spada ttbttî 
■nfcttanBD spatare pn*> 
fcnaiBO spatare pi 
nattobiBO spoglio uujb 
T,tr<blBD spogliare b^3 
■n^biso sepellere "-Dp 
iNanso spunto brin 
liWiDD spinto *pn 
■nNbiiMiBD s'appuntellare ^ttn 
INb^lbO s'puntello ^120 
■KOTabiittlBO s'puntelmento natt 
HZ"\ZO sposo tpa 
"nNOlBD sposare NUJ5 

N£"IBO SPOSSO B.NU5 

■nfittfciaiû spossare bbn 
8U3a&mûO speranza mp 
■•"nso spure ùya 
NUNMibmsD sprolungate iW 
"nNSTiBO sforzare mrs ûttî* D3N 
NCaBO spada nnn 



■^bd seppi ?*P 

"inî^bo sputo np*7 ( — spunto) 
•^Nl^bO sputate )$& 
■nfctta^so sputare pm 
n&r^BD spoglio bpttJ 
Nïûb">BD spelta BOB 

n^bo spina nn pnn p*D izî&o Ta» 

n^DO spina b-in 

fcTta^BD spigneta gpa 

'■TlK^Efl'iBO spignere pm (ta superflu) 

■^so spine mitt "jbo bbo TD 

"iT3">BO s)finire Bpo 

»3^B0 spiccia nm 

■nKSFBO spicciare px rttft 

"lartoD specie dû ïist ûuîb bria 

■^«■vsfcifiD speziale npn 

•naw^so spezzare "jpn 

isai^^BO spczzamento tins 

Np^BO spica baui Tia 

ip^BO spice bnuî bbtt 

ibp^BD speculo tvsn 

"namBD sperare non 

Ita'vpBO spirito mi 

■n^-nBû sparagnare Inûfi 

N^mb-TBO sapere elonga !TO 

N^-pbo speranza bna bo3 : 

"iNp"PBO spargo onu 

fcÔBO spalla ï]nB 

•n'naabDû spiendore tb 



Voir tome XVI, page 293, et tome XVII, p. 111. 



286 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



t:do solio t|D T (Le Ms. T a ab^T^3 

vaisselle) 
■np^BSBO spanticare pis» 
■H3BO spanere finto ( = spandere, 

élisiOD du d) 
8DBO sposa ï-dt 
lîWaOBÛ spasatedio mî ( = spa- 

dacciata) 
^b^io ^bd specie sutile Yitt 
NpDD spacca yn?3 
"mapBD spaccature ^1 
fcwnBD sprova nm 
■«TYnDO sparavcra y^ 
■ntHDO sjpartire Y"I3 
■HBO soporre bno 
•nNrmsD soprarpivare !"î3N (eu tête, 

le texte a N pour o, et la syllabe 

médiale ar manque) 
•nisa'nBD spietrare npiv bpD (les 

lettres na" 1 interverties) 
i"nDD sparge y*DD 
■n">"nBD spargere Snt 
"n^M^SO sprimere ami) 
Kp'hDO spreca Dnrr 
ÏTKpi^BO spreca nott 
INp'HBO spreco H}'rù 
■•"iNp^nDD sprecare nD3 
•n'nso soffpire blD 
N^j"iDD sjfpangia -tfD 
lOY'HXO sacerdote "jt-D h omis) 
■mNbpo scaldape ibo 
fcÔNpO scala jm 
■n»b«pO scalare po 
T^NpD scaglie "Cp^jp 
NabinN ^bspo scale avolte bnb 
iXbKpÛ scalzo C3N 
■namO'^bKpO scalzatrarc un? a?n 

(= scalzatura) 
■'TûNpD squame bB2 
iNDiNpo scampo ïttb 
tlMNMpO scampare ûbfi 
l05^B735»pp scampamento an* 
n^j^po scampape rr^D 
■^lKpftlKpO scapicare pns 
"na'WyiKpO scapacucinare nnn 
^"ns-iNpo scapporere n^O (= scar- 

pellare) 



"namapo squapciape anp (dans le 
texte, la première lettre est un j, 
faute évidente) 

IS^lNpO squarcio b^B 

'îb'npo scabello ù^rrr 

ÉWnpD schavina ^tttfî ( = schiavina) 

^b&npO squaglia o?2ïl 

Tû^S scuto ptt 

Nbipo scoia ma 

«abipo sculta pbd 

■nNttblpû scultape nU3p 

•nbipo scoglio B|*p 

i^sbipo scoipito nnn vin 

rjr^Bbnpo scolpimento nnD 

WlftïpS sgombro ï"ïïS (= élision 

du bï 
i&TB*npo scompiglio trbB 
IMWBîa'ipo s)compimento Ji£3 d*7K 

bbB 
•n&WTBTanpD scompessare yxr\ nm 

( = sconquassape) 
lar^mBttipo sjcompepamento nBB 
^nttipO sgombrape -|3>3 = élision 

du b) 
•nÉrattlpO scontpare np 
"l^ia^pD scontro Nnp 
fcrôipo scoia S]b"> ©"H (le 5 superflu) 
■n&riND^pO s)compepape ans 
n^^saipo s)compepo baw (le 2« 3 est 

superflu) 
'naWMIpO sconciarc bBD 

iswipo sconcio mo 

NDlpO scopa aNa 
iNDnpo scopo rpa 
^DipD scope rw 
l^il^DIpD scoffaccio nstt 
■nwWlpO scoffacciare ni 
lETPBIpO scoperto DDOH 
"lù^ETBipD scopepamente TI2 
fcDB'ipO scopape *nd 
WnBlpO scoprio n:?tt 
ItarEpnBipD scoppimento rjba^ 
•^"nsipO scopepese my 
•nanipo scupare riBtt) 
^-npo scorve bli 1= scopge) 
wȈmpo scorvio ribn 
tn-npo scordo reuj 



LE MAQRÉ DARDEQÉ 



287 



lanmpD scordo TO3 TOT 

"WmpO scuro ï-îïrd 

ampo scurita dn? 

Ni^mpd scurita dn? bd:> idttîtt ^H 

■'Oià'mpO scuritate tt^N 

■nblàmpO scorzolare bi£D 

"îaNbiampD scorzolato qiDn 

WlpO scorza qrna jt 

NdN^pD schiava ndtd 

N^pO schiena ii2? 

ÊTPpO schiera nid" 1 

l&TPpO schiero dUi 

"^N^pû schierate mili 

NbpD scala db-j dn^ 

sbpd zoccolo Tddd 

■mabpO scaldare ï-î^T 

î&abpo sjcalvo b^ 

Wdbpo sclavina ns (= schiavina) 

■nNbbpo scallare n^d (= scaldare) 

"WSbpo [^"rsbpda = ] mascellari 
(denti) *nb 

N^bpo scalza bu: 

nN^bpo scalzo Sjbia 

"nasbpD scalzare ybn 

"litbpd scalzo t|rr 

NDttpd scampo abtt 

"iHdttpo scampo b£3 

•nNDttpD scampare ybn 

iBi^aSTûpO scampamento bbiD 

"liittpû scanno arra 

■*3pD scagne nntt 

l^DinpD scoprio 3>b^ h et & inter- 
vertis) 

l3Nd"npD scrivano ppn 

■n"npO scrive dnd 

'mia'npû scrittura nso 

Y^npO scrigno *pN 

"l&oa^D'npD sacrificio mî 

■np'npD scaricare rm 

'n'msnpû scarraffare nno pn? np? 
(redoublement fautif de la dernière 
syllabe) 

■nDNbano sralasciare îdùD 

"'b^-.o simile )^y h pour ■>) 

vno sordo unn 

Pas de y 



wb^dNd paviglione bbïi bîiN (=pa- 

diglione) 
•pVmdNS paviglione tidp 
Np"ndNd fabrica *|bïi 
">3i^N-D pagone *pn 
cm^ND pagara "iriD 
■^«B favella ppT p^T 
->b"iNB faville t]\D"i 113 
•pNd paon •jarr (mot français, id. 

dans B N) 
idins paone ïisn 
n-hns paura :nn b^n bm san 

n^^ ïrnn 
inùb fatto nid 
NJPtfNB fatiga btt? 
«b^NB palello rpd 
^TïJNd patire ù2d 
■nft'nidNS fa tremere bbn 
■^Nd favilla yxi 
WtXD paese the bdn bba 
rj^aONd fallamento jmod 
anbas falda bp£ 
•^bas falde bl\d 
"ittlbtfd palomi •pi (= palombi) 
->bNQ pâli ia 
KprbNB paglucca ttian 
«■"bas paglia pn 
IB^JrbNB follamento ni \11 
Ittbad palma mT 
"^btfd falce tûfcin 
mbtfd fallire -ai» 
'•aaa'^bNS falsitate OEn 
KtoNd femma 3>b£ (— femmina) 
ifcNB famé *jdd 
153ND fango j-yi 
13ND panni ùbtfî "na 
■^raiNS fontana îidtd 
"^83 pane nd dnb 
amatttfS panziera mil) 
ÏTT2UKB panziera XûpWp 
Np2N3 panca ro:£ 
1NONB passo m* nb^T 
"ntfONB passarc nd? 
laONd pasto m» 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



■'OND passi *r*£ TiDK 
NpDNB pasqua rtDB 
isnb pazzo ms bdD ans 
NaiïSNB pazzotta [— pazziccio) d^y 
NbiiTND fazzolo nass mo 

•bVttXD fazzolo Bj^St 'pX 
*^nb facie (= faccia) ïtjb t]N 
i£ND pace ût?U5 
ïlfiratNB pazzia bN3 
"ïp^B^NB pacifico 13NU5 

npND poco imp-T 
KUNINB parata nBD 

■n&ONB parare *iy 
■^niNB pernice aip (1 pour 5) 
NùmNB formata nan (= 1 pour tt) 
"WKB parte nbs N^5 "Dt 
"îaawnNB pareggiamento tTD 
">arn«D parente mp 
"«INao^NB perrestare aaf 
■nb*lNB parlare fi*3 
"^"inb parme S]B5 (= palme) 
nar^^NB paramento n*n 
iTDKB pasce rtan 
iffiKB passi d^D 
Np"n3B fabrica 'lan 
1B fu ïrrt 
IèTWID fugio 02 
•nws fuggire pn* 
■n^aiB povero !■»* 
VDÏB povero *p 
•nais povero ^um 
■Wib fuoco pu 
vi&mB fodero pi 
.NC31ZW1B podesta *fit,y 
i*VT1B podere ma 
iVr» pugiiio pn 

VPYlfi povero pD ^bn fcO^J 
tobTiB favilla asn hb = b^) 
iTbYîB fallire N'jn 

nais foto ( = voto) ma bbn 
■niais fetore n»T 
"maaiB potatura -|73T 
iaiB pote bs*» tûNB 
KVD1B pottega ( = bottega) finn 
Nao^aiB potesta rps in* 1 
"HNao^aiB potestadc ITn 
INUO^aiB potesta bu:73 



•niaNa^triB potestature ( = potes- 

teria) *p5 
^aNaO^aiB potestate ^D73 ian pN 
■n^ais potere t 
lV*TnaiB potreiolo îiaE) (= pol- 

ledra) 
Î&OIB fuggio H13 

vis poggio nnb 

iNb^iB favella bbtt iïib 

•nab^is favellare n^b 

ib^is favella 315 

'Wb'ni) paviglione "ibn (= padig- 

lione) 
•nbiB polve ï-piT 
■n^lblB polvere -ib? pBN 
•nibiB polvere pmi3 
■^blB fiele -ntt 
la^blB folletto n? 
Na^bis foglietta nB£ ns£ nbiT 
NrbiB follone ms 
tfJibiB pulice ttJisns 
■^lîltblB pulcino rns 
aNttis fumata p)? 
itîTÈlB fumée p)3> (d'après Raschi, 

T et BN hfirin^ft 
173-.3 fummo nap rwp 
ittis porno fisn 
'"b'nVttiB fonderegli ï-tfD 
"n^ais fondere p£i 
îaiWSlB fondamento bbs W8 
•mais fondere n;n3 
NailB fonte ba 
NSNailS fontana )^y 
la^is punto r:n 
maaiB puntare -jttb 
•^aaiD ponte 'tëaa 
la^b^aais puntellate ^pm 
* isnb^aaiB puntigiioso pnu: npa 

NaaaiB fontana -iSttl 

iaiB fune *in;o 

131B pone BU) 

T31B pugno pn Epa 

ÏW»31fi poignée OB (mot français, 

selon T) 
NaN^ilB pugnetto TD 
a">i3n3 punta ntDr (peut-être français: 

ponet) 



LE MAQRË 

■mù^ina pugnatore ail 
■rça^lS pugnatc iwû 
1Ï35">73""S1B pugnimonto una 
""bll^na fondcrcgli 23p :po SHD 

(= fondaccio) 
ÉW^aiB ponimcna mti) (— poni- 

mento) 
ÉIBaittMB fondamento IBM W p^ 

yai ("7 mcdial omis ou clidc) 
■WbiUFaiB fane sel laïc uîsy 
ndid fossa t<Ko. aa, ma Ta ma 

pba> ©na a^ 
aais posa ma 

1N313 pOSO b33 

1*1»01S posare bin 
iINBlB posarc y on 

idid fuso nua 
naons posto bp?a 

imTOIB possidcrc "jan 
•W^ans possessione "jan ïn» 
•nons posarc bm 
nbiBiB popolo d^ aab 
1Î30131B poppa sta Tl'ûft 
ibDID popolo B"lN 
^b3"i3 popolo B^N 
■nNana fossare 13 ma 

■jana fosso bbn y^a îa^ia ana ttôtt 
natta pozzo 123 ma i«a 
Nb^np pucella bna (= pulcclla) 
ipiB poco tf3>73 na>î ma 
ipiB fuoco u)n rw ma 

liablpia focolarc 113123 

«ma fuora ba^ ym in 

INmB furo 100 
Wamfi forbio p^» uJ-jb 

rta^ame forbita ^aa 

lû*ama forbita DIE 
tt^ama forbi bbp 

N3H3 forage bai (mot français, pris 
de Raschi ; B N Ê«8mB) 

■ma puro ma bs 

Nims porro litn 

wamo porta b-ja ma nbi ba ans 

nna 
"nNaNama portanarc ann 
namo porto tpn t<a 
icams forte rnn 

T. XVII, n° 34. 



DARDEQE 289 

"tamc porte a^N nbi 
lama forte pm ina b\s iis ia« 
an sa ip< m y^n 

WBTIB fortio y^N ( = forte) 
ÈttFb'WlD fortelczza lira ( = for- 

tezza) 
Np^B^DmB fortifica gjpn 

rc^ama fortezza y^n "jn^ t^ai b&* 

Bâta» nsa 
•'irâma fortezza t|a»n yia> baa* ata» 
Nb^BTlB porticclla m 
^T'JIIS fortire y-|3 ( = fortificarc) 
■mfiS porge SiBlB 
"m^ms porgcre "jna 
"nS'H'îB fornirc Bb'a 
^p^D^ID purificarc Ê|13£ 
NttmB forma aba 
Np^ama formica btta 
NÏÏWIIS fornacc rattp 
13mB forno ma 
wama fornio nba a>ita 
nta^amB fornito an 

Wi^ama fornico 6)5*3 !r»3ï 
imama fornirc ia?an 
^ïlis fornace m« (70 as) 

•^Taama fornace îaaa ma (73 == n] 

mbbNBmB por parlare 1î3 

amama purpura nai 

NStma forsc ^blN 

Nitms forza na "P ma>a aba -j« 

a>ba 
fiazma forza na» 
■*aima forse "itf 
YVXnB porgcre yi£73 
NplÎB força ya> 
"ipmb porco -iTH 

NUîiD fossa ariD 
nians fuso ^ba 
n^uîiD posto naa 

N3^ûa fatiga ^3b nia ^^^ 
■na^âa fatturare ^a (a pour 1) 
^"iltaa patrone bi>2 n« (d'après Ra- 
schi) 
">1Ù33 patrc 3tf 
npiN^I^B patriarco NUÎ3 
N3«^3 piaga $00 
NbliS^B fiola ^3 ( — fiala) 

19 



2'JU REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

WfcOB Rume brw -ir» bas 
ITT3WB iioiuia cm 
nwfi fîorc ys riï2 

"nniSOB fiorirc 213 

UltOS Ralo B02 (n , inadmissible en 
italien, est pour a) 

lWMTtt picta pn 

1ÛÏFB fiato mi ©M 

la&TB pialto ^n 

nbfiro piatteria b^N 

nsa&OB pictarc ûm 

taira Rata bm )n 

^•j^D piclare bon 

mtaîPB Pielra ypï "p« 

K^ÈTS piaggia n»p (*= pica) 

Ènn^ÉOB fcbbrc mp 

fjUamvcB pugnata dd 

•pars pin ïittiB (selon Raschi ; le se- 
cond i est superflu) 

NGOPù flamma nnb nab 

TOfiCB fiamma Itab 

■»M«fB piange NB3 

"136TB piano aib 

NniSN^S pianura nB 

&m3&TB pianura pbn b^H "jbis b\N 
■flD» 

■miîTB pianura IBB 

SÏ33&TB pianla in» 

IBttaSfiTC pianto ft52 

ISttÉTB pianto 2a3 

wraare pianeta ibn 

"■OiMPD pianetc ^îft 

■»ay%MPB pianemente aab ta» 

ipa&TB fianchi bOB 

^VnaOSPD piastrello »pn 

lpDfiTB fiasco pnpn 

KX6TS piazza ûin 

13HTO piazza pi© 

'bTPXITO piacevolc D.23 

■n«T»aMPD piaziare pwn (s= spaziorc] 

^j" 1 »^^ piacemente rm ( = pia- 

centemente) 
•aWattTB piacentemente îiaifc 
■•p^B fiacco bns 
"tyyva fleboto ttbn (= dcbolu) 
wbmB debole n£3 
Ni^bmD ficbolezza ar«Z) (=debolezza) 



82PB fi go !Tï£p 
fcmJPB figura n£? 

■n'unis figure \an nnio» ni» 
fir©ny»3 figure b^a (ta pour n) 

115*^3 figues 53 (mot français, 13 N 

et T même mot) 
mroD pigro \tgat b^3> 
n^D pigri ttin 
■WHD pedonc ^-p 
"^tTï^D fiducia *p 
ÉTpTTB pidocchio p 
?PB pede bm 
ÊTTS piuvia -natt 11N 
lb^TB favclla t]aa 
ib^lMD fevolo ©bn pin ûaK 
""b'T'îD piuolo yttp (dans T mieux 

ri&T^iB, poignée) 
■naàvo fiumare (Nil) nnu5 
"DETB piombo nD3> 
*73"P3 fiondo ybp 
n-PB pecorc rijtt 
■n&Tia^B pietredara BJn 
na^B petto p^n iiTH 
Tb^B fittile (d'argile) tmn 
1MWB pettino nDD 
■»aWBiB pettinatc pni25 
lîaana^B petrolcmo 15 (— petrosc- 

molo) 
■>b-na^B pcttorale ^usn 

pOina^D petrusche y^n ;=petruzze] 



N56T1B piaga hBti) 

«boWB pialella 3>£p (— piallo] 

tna&TB pictra 312 

NEN^B fiamma anb 

"'BS&T'^B pianle *nD 

laFpfcr^B fiacebezza rrnU5 

■»bin*nB fieboie nos n^B rro b\un 

N^ba^s ficbolezza pis 

^1^3 fiume ^bs 

NB^b fiata B23 

■maj^B pinLurc ybp 

laNai^B piantate bniD (= pilture) 

iynt piene TV09 

ib"a3">" , 3 piaslrella rPB h omis) 

npo^B fiosco m» (— fiori) 

i^p^B ficcozze uJUin (= fievole) 

iwsb^B pilo an?û (= depilo) 



LE MAQRE 

•nao^B filare snta 

"nab^B pilare mp (= clepilarc) 

ib^B fiio mp 5na hto tain *ptf 

IDlb^D piloso n3>U3 

■^3 pelle ibà 

l^^b^S pelegrino *na -)3 

y»V*b figiio i^a nnN Vt« p« 

m^"lD vb^B figiio pressorc ym 

■^b-nb^B figliol! n^ï ns F132 

N^B figlia ï-ïbuj na 

tfBWb^B félicita bin 

MWB femina np3 TON Ût« 

^SWB femine B1B3 

N3">3 penna t33> n^3 tpB 

"IK3">3 fino ^3 3>1A 

«ÏWC hbô^B =] pcndagli b"tt 

"n»FB finare DB ÏTDD ^O" 1 

■»bl3^B finale t|3B (*J pour N) 

13^3 pino nsn 

WB fieno n*bo 

&ni3^B pianura pbn 

rjrs finto ipu) 

■maS^S pinturo "pB (= pitlure) 

ttî^ttS^B pinters T-ï (mot français) 

vns fine ^ rpo ïibi *ina 

i^B pigno "jaa (peut-être français : 
pin, selon Raschi au nom de R. Ma- 
khir) 

&W pegno C3B2 

attflf^B pignatta nbtt *flB "in 

«CD^B pignatta nbp 

inWjVQ^a pignattore *w 

"ib^"»3 pcnnello 1"1U5 

NnaO^D finestra "jbn 

v-p3i3 finire un EjDN 

^p333^3 filamente y^ (non Jfc) (les let- 
tres p733 pour :3353b) 

•^NDS^d penso bbs 

finuOS^B finestra niliS 

■nûDa^D finestre "pfl 

■n^O^B pensiero nOT 

IUj^^d^b pensamento ftJH 

l»aW*B penso b.P 

■n&ttM^B fingare nbî rm ntta ( = 
fingere) 

Xt^t pinge niT" 1 

"lur^^^B pensamento un 73 



DARDEOÉ 291 

"a3 , vn£3''B pensamento bB3 ppn naB. 

i'W^B pensarc iBin BUJn 

nd^b peso biB3 

NIBI NB^B fissa di piede o-ib 

"nNB^B pesare bp\D 

■nab^B pesare i-jnn 

ID^B peso obs 13 

ttlBB^B fesla nrù 

1NtiB s B pesta priU5 

•nRHOiB pestare U5n3 

"lUD^S pesto OOB 

tfbiao^B fistula "jm: 

iD"«B pesi r::n 

■maapO^B pescatorc IniH 

ïpD^B picco TlUi f|DB ^m u^bn 

VpD"<3 pisco -|iT 3>bo H Picco) 

n^b pezza bbit nîi3 

WB pezzo ibb 

wb fece nuî^ an* nnn 

WB pece nBT 

wb pezze yati ibb Tin 

E3T3TB pecerto nbn Bba "pa ba« 

ibs^B pezzuolo pp 

itfp^B ficco nttSt 

i^p^B pecco N^n 

"iNp^B ficco 3>pn 

■nap^B ficcare n3£ 

abip^B piccolo nj>£ 

np^B fleo )$r\ 

n^31p^fi pecunia "ny "Tp3 . 

^imp^B fiche rosse Dp a 

impB pecorc bm 

TJp^B fegato 13D 
TJp^B picato ^$72 
n^B per 13>b bN 
ïB\N n^B per esso ib 
V3102 1^3 per besogno b'a"l 
■^n^BiiBn^B pertusare yy&i 
*ft "l^B per me ^b 
Nn^D tiero ri"j3 
N^^^n^B pergamena nb^ 
N31*7^B perdona nujs 
ÏTSITT'B perdona nbB 
•WnTB perdeo *ï3N 
m^3 ferro bïnn 
N-JI^^B ferula nBD ^wN 

lorûn^B pertuso Bp3 mn ns 



29S 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



iD"ps foric m£ (prem, ■* pour i) 

■n^a ferri b^3 «5H3 

■»TB ferro baa p">T pTN 

■«mm pcrio y™ r;an (== pcro) 

HOTB perita yirn 

vp>-pD pernc J3B (= perle) 

■"bwTB fcrmaglii U3D3 

■ttWTWD pernizio Q73T 

ÏTWn^B prigionia TID 

•«Tn'* perire iin73 pna 

■HWtt perdere un (3 pour ■?] 

■nNB72^0 "PB per sempre ^3*1 

"lûp^B-pB perfecto ppT (= perfetlo) 

12tT3 percio pi p 

N3n&"PB persona ©33 

iC3ii£"PB preccllo ppn 

TOTS "PB per certo pN 

ipTB perche ap? ")23> p73 p Plït 

notMpTB per cantalore U3)rP 

■ptïîpTB per causan TIN 

1TB per re ïiTob (— perché) 

Nïî"pB pressa TBH 

■fniDTB percier mp (mot français) 

•mabs paiato npb -pn 

ixkVb palazzo "pa tna "na "ibn dbâ 

■»att6B palazze "pï3 

"ibs palo iai73 

bb^lbs flaiel rî3p (mot français, selon 

Raschi) 
8T«5s paglia y-i73 
Na-^bD palimento FDB (= pavi - 

mento) 
Œfcy^s fallanza bbu: ui& 
Ip^afiPnaO^bB pareslratico tpN 
NbbB palla *na 

N"nr<bbB pallenora nriiS (= pianura) 
tHPDbB falsia np^J 
NBbs palpa 1ZJU373 
"naicbs palpebrc S]ysy 
^bi^sbo pulpitolo n73tii (= pupille) 
"PBbs palpare iBtttt 
i^bs falce b:*73 
■»awatbB falsitate *pN 
N^b^B famiglia t]Bî3 
i:d panno n?^ 
a3D [13D=] panno b^UÎ 
"I3I23B pontano sjid y^a B3N 



1M33B fontana û^N 

1Î33T3SÉ3B pensamento tp'D 

1KSB passo C]bn 

iltfiôB passarc m ûW 

i315tS pacino bT3 [— pulcino) 

n&T2ZS pazzia boa bbn nba biN 

^ji^StB pazienza ûbtfî 

"îbi^B fazzolo nBN 

VnfcDB frodo pu;j> btt 

Na&nB fratta np^ îrttO "m 

iBfinB parte HBit ban 

N;a2N"iB fronto b^a 

iÉ33&nB fronte t|DN 

iaD&nB fraste rDU3 (= fratlc) 

NpDwN")3 frasca *pO 

Npia^B fabbrica pa Î133 (les lettres 
"D interverties) 

ipianB fabbriche Spit 

fcOTns perdona *ibb 

BNBUTlB fondée nbB (texte corrom- 
pu, bon dans BN rïNn^&nB) 

ttîii'l'nB perdris is")p (mot français, 
pris de D. Qamhi, BN ^"PTpiB, T 
■pTTWgî 

ST^aK'HB çop^eia p*i (d'après Raschi; 
l'auteur avait pris comme mot fran- 
çais (en confondant N avec 73) le 
terme provenant du talmudiquc 
STnaETlB, qui est grec; orthographe 
correcte dans BN). 

•nNaïiB provare DD3 Î1D3 

iTaTlB provede fiai 

laTariB proverbii bm 

NYT1B prova pa 

■wns provide nui» 

i"Pûni"n"iB proveditorc b3") 

liTiTis provedere "in nm "inN 

N23TnB provinza bb3 (== provincia) 

lans frutto anb 

^bi-iD parola ûsnD -jai 

N311D pruna nb^ 

NiWïD'nD fronunsa jw^ (= frondosa) 

&L33V1B fronta n733> 

^b^asins frontale y» 

r:t33"i^D fronte ni£7a 

N-Jîaoï-iD (— ferita) npa) 

■»3l0inB prigione *7pD 



LE MAQRÉ 

^Dins prigione p3£ 

lanû'Hû profone Tiyi2 (—profonde) 

"iLTB'nB profeta N23 

luPS-nB profitto y^î 

Nta^D-ns profeta îtb£ 

•"BfciB'rtB pi'ofezia *r 

"i2fc"*B"ttB propizio nb£ 

ntnat'»B'nB profezia N©tt t|D"J riTH 

NlûID ferma *po (a pour fc) 
■n'ma'iNB parturirc bb"> bbn 
"WB parte !tï353 DIS T pbn 
Ï31B frate TiN [= fralre) 
l&rtais partio nnn 
■n'rça'TB partirc yn» ï-isn 

ÎHMttÛlB pranzia nttîa (a superflu) 
"i:mD frebbe t|rni3 (= febbre, lettres 

déplacées) 
■rçâ^lB privato po 
Ifitt^B prego m* 
rwns prega ï"rtB 
•HWlB pregare VflN 
NT'nB preda bbui abs V ÎTP 
"nKTIB predarc ï-niû 
ItM^KT^B predamento MB 
IT^nD freddo n"3£ 
"n'Wis provederc Tin 
■pp-iô prigione nnp 

SiriB pereta "pa (=pictra)" 

na^D parete bn3 

"B^B pereta pî2 (= pietra) 

•rçjib ^"ns piètre lisse pbn 

Ip'naWlB primoteco ft-p satf (= 
primaticcio) 

1E3'^ T V1W1£> primogerîito ^Bn 

«amB pregna imsi 

^riD prende pTn 

Ïir-ID farina n»p 

15^3 freno an» ion 

iBnfi parente 3>T b&« *nû:a na 

KttpD Itatans seccato parentado Dn" 1 

NM'nB parente snï ahni 

">3">*1D frone cpt: [= fronde) 

"n^na prenere tjpn tt)&n Hprcn- 
dere) 

■»B^3^B principe yio-iO nns 6)5» 

MiO'nB prigiona ^DM 113 nDN 



DARDEQÉ 293 

•^DIO^B prigiona nïlO fcÔB 

lÙD'nB presto T 

wna preso nsb ma 

VJ^D"nB prese(n)to nmU 

")û22" , D'nB presento ■niîîn nsto "pB. 

■»BWnB présente NUîto ttbtt 

NpO^B fresca ma 

npo^B fresco "p^l bbk 

inB*nB prefone "pN (= profondi) 

WiB prezzo *pn •jna 

■marna pressorc "jj-D n^3 ^B3 *pN 

■»ifci*Tô prese nnn Dbiu y^n 

i^N^B prezzarc sbo 

itt^O "IN^IB frizzic saette (ou : 

freccie] 
•WW "OiOp^iB per cagione mea b-n 
NaiB'nB presto yns 
ÏWS'tiD'HB prigionia *iw 
ilû^lB prezzo l -n£ 
ipU^-iB fresco nnb 
ttb^B parola -di a m ntiiK 
•nabis parlare bttn nttin NU3 
*nb"is parlare m2 
naa^ns paramento b"in 
"îauwiB paramento bbB 
TJ^ft^ms frangimenlo C]p3 
■»Ù51B parente tt5D3 2T 
Nlû^^ib frangimento y*j 
n^j^^is frangimento TS nnn 
Nttns Francia naitt 
natï'nB pranzo nia sa niN 
■^na frange yntt 
NUSSia pranzato ma 
^B^SfclPîB principe in* 
fiWPpSIB franchezza mi 
i"7D1BnB profonde biit 
ipbio i^^i£"iD prezzato solco nns 
TT'St'lB parcedo 3pn bin ( ; = putrido) 
^TIB parère ^m 
N^^D parce nDS 
n-j^^d pasta ïTia pitn 
■^EPTDB fasciatelli ûb^ 
"«T , u:d pascere n^2 



n^^NSt cigno pb^ (= cingolo) 



294 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



NWN2É zarma uïtb 

Nasa: zappa a~np 

TSKat [-nasas =] capro -|3>U3 iny 

ibÈttS capro tDTl 

lMMMiat soggiamcnto t-riti» (peut- 
être corrompu de Q}$' n jp5gl en même 
qu'a le ms. T pour la racine bat*) 

îbnmat ciottoio ïib:? 

■«afeb^S gelsa Naa 

ISIS zoppo ybat nsa rsas 

■HllpMÏ suffocàrc *tfn 

iJsflTfit servizio "OT 

IN"^ zio TVl 

Was cioù ttS" 1 

13ÉpaS ciano E3pb 

fcp'Wai: cicogna ion 

N^Tii cedro i^a 

YTrat cedro ïTJtt ta irt1 *i$3i 

KO^S zitta j-iba bna 

n-j^ citade a'np *p$ 

lû^at zito ■jnn 

îbwas zitclio «nara 

■»BÛiat citate na 

Nbvj^£ ziteiia ma na "jttïn 

ib'WX sotili b^n 3>ai3>ajS bb# 

ib^tras ziteiio nriN 

ll^iT zio rpa 

itasb^s ceiato ^be 
■nsbis eclare û^ db2 nna 
VjVar ceiato abi* 
ib^as cieio pnu: a-i^ 
VJT^b^l: cigliuto "pa 
NE^as cima rib73 
lïWS cimino fifcd 
fcW^at cina uiïï (=? cerne, avec omis- 
sion de -i; voir iijpû) 
nbiaina]: cingolo a^ax 
NBPaK cinta ntN 
■JtWSt cento r^tt î-ï£*7j 
nara; cinto p^n 
ïnWflt cintura nt73 31Ûfi 
•n^at cignere "n^n ïn.ï ^ai* 
wat cinere *{\ai naN 
^att^as ciage D3tt3 
•7/i cinco — cinque Tiîftfi 
Nr: cessa rtîia 
lÉWSÉ oesso iy prw 



ïTiNb^as cessava Mïï 
■ntfO^at cessare ft-itt) 
^Kb^ï cessare niD ^b 
WPïabiat cisterna b^n ftb* 
WW^Ï cisterne *pa 
"•n^blDlit zufolare pnui 
IB^at zeppa W 

r^ims cipoiia naar bâta 

na^at zeppe naia 

îatf^at cervice ^jplp Bp3> h omis) 

KapaE seno 1U} Ti (le second afc pour 5] 

idfcna Wt^at sciaccc grasso "lUîb 

ia^afc zize yû$ [— zinne] 

"""iNp^at ceccaria Tiad 

Ip^at cecco ti? 

N-pat cira ras Jiyi 

N^a-nat cervia waa* 

Viint cervo -b^tf 

ib^atl^at cercello hw 

NpTat circa aaa t|pî 

lap-pat cerca -ipn uïan p^ra 

■nKp*Y*at cercarc nan 

■^Tat cerca ttpa ^pa aba 

■'T^^atSIpT^at circonciderc btoi bl?2 

«■vp*rafc quercia nttN bttïN fiba (les 

lettres sont interverties) 
"inp^at cercare îi3>a 
"|p*Tn7ûia lumaca baia (la prem. lettre 

doit être b, et n = N) 
■n^MX zanpare g|3»3 (= zappare) 
amaar safrano aa-o 
ib^l^at ccrvallo m 73 
">Tlt373^at scermatore ttîfib *nan 
"ib^ar-iar cerchieilo ianb tibn 



iNaap cavo ^p2 



•nNaap cavarc *ny 
^^^■'"ibaNp cavallcrizza t5ia 
IN^Np cadio b&5 
nNHNp cavare nnp 
■^j^îa^p calenc m^ 
ib^tJNp catinclle nMilUÎ 
N^bb^p coiicgi miap 
^NO^abNp calcfaccre bba (== cala- 
fattare) 



LE MAQRÉ DARDEQÉ 



293 



•^NùD^ôbap calpcstarc ïibo 

Kaiatbap calcina td 

NTENp caméra Nn 

ïlSNp canna *jbK 

VJ5Np canto ïikû 

i31B3«p cantonc mp û*s mn 

^bfitttfp canale -fcSÉ '■pa 

•p3Np canone bbtt 

"naiNp cantorc ïllttî 

i3i*p cane sba 

Nb"3Np canella dip 

■naû^Mtp cancstro bo 

ib^jD^p campancllo D32 

ïBDNp causto ï-sb^ (=olocausto) 

^"lttOtfp castonc fn'O 

N"nL3NpONp cascatura ta*)D ttDD Uîno 

ÏBNp capo bbu 

•^bfcmûtfp caporalc E]û3 

IrTlNiaO "iDNp capo strada fins 

■HanaD'iDNp capo strade p^D 

■»3>t3ifiÏKp capitolo œan 

fcnN^ûtfp capillaria yip 

anstfp capra ï* 

Nitxp caccia lit 

"iNirap caccio fibu: 

1ta^73WtNp cacciamento W^ 

X^pxp caccia U5n 

ibpNp caccole ir^a ya3 

NDN-iNp caraffa ■jiWifc 

■jiaiNp carbone DHD 

■nNp caro ^W2 

•nNB'n TnNp caro vitarc *ip*< 

l^ta^Sp quartiere ftbd 

■nap carre ba? ba^ 

BawiKp carrciant boa (mot français) 

Ipi^Np carico am 

map carne -jnuj 

"ip^Np carico XXÛft 

''S'UBNp cagione bb# 

"^BNp cacio ï-jjdU) 

îWibap cavalleria 



'lia'nap cabrito v^ 



0"lO 

(= capretto) 
ï^Nip [nbipip =] cuculo nap 
lûnoânp quatrato 3>an (= quadrato) 
TTJfrOp quattro 23-] 
fcrb&nip quaglia ibtt) 
NSNTip quano ia [= quando) 



NB3ônp quanto rt!»a 

&mp coda 33T ibN 

ttî^'Wp coudées b^N (mot français de 

Raschi) 
laaJOTIp chiudimento ûfcS 
KYlp qua "jrt 

«iip cava naptt wd inn a^n 

■rtSWnp quando inft nttH 1» UN 
■ntf^bTip quagliare tfDp 
ITilp naip cotto crudo fcW 
■mmp cottura mi 13 
■•iiwiaip cotornice ibu) -priT 
■*aip cotto ma 

13t3*np quietano ibttî (— quicto) 
VlXia'np quietare *jn^ 
W*yp covero -iiaa (= copri) 
Wnp questi btf 

Nbip cola pifcï 
NE3&op quota 3>btt (= costa) 
Nbip colla pan ^as p 3 
iNbip colo bb5 sp3 ' pittt ppT 
WNbip collano "nt* (= collo) 



•^tfbip 



collana p32 



-nan nn 



nfcOnp collare E|tJ3 "pi 

t]1iS ^£3 
"p&TENbip collazione biip 
^nbip colonna in y pnK 
Tibip colore nnD 

■mbip colore d£2 «pj mb -pu y?2tf 
vnsi^bip coliandro *n (•* coriandro) 
■n^bnp cogliere UiUip tûïp 
•^bip colonne na 
Nsb'np colpa *py ûiafc* 
Tûip como h$ ^Ti *]^8 
NSl^np comuna yx 
l"i"i^lp comare bï" 1 (= colare) 
•nNDWp commissare 3^5 
l^-iNS^^np commissario -lirb 
INSN^ip comano lu" 1 H comando) 
NTS^lp commando mit 
IW^lttlp comanmento ips byta (= 

comandamento) 
rtN^MNôttlp compagnia ^ 
I^D^Ip compio b»5 
n^suip compire niaa b\as 
inp con d^ ïib^ nN 
ntDïWlp conato 02^ 



296 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



combatte dfib 



tlbN 



^aaraip 

fcr"biàttp convoglio ûji 

■nS3N*T31p condannare ytt51 ©3* 

■>m3"ip connubio yii 

■jarasip conto *ron 

"i^"»"i3ip convito nn 

W3ïp conveni ITKB riND 

KÛ31p conto non 

IKaaip conte ^bD 

"isasip conto fisîa 

■nSSpilp contare DOS 

ia:ip conte dns fttiD 

ntaiip conto ips ^po iï3 

^1N3m^:ip conturbarc bbn 

■»rnonp contorno 5pN 

■mûCMip contattore ïi373 (== condut- 

tore) 
■^^:ip conto nso 
wasnp conto iftn 
ip^mp con teco b:n 
N"jnN"J5ip contratto "p73 
''lKa'nMnp contrattare Îi53> 
ia , nï33np contrito ïiïî 
ùyj^TJSip contrito ^bn 
•nVwip consilio tar to 1 * 
I^NSSip compagnone ntt* 
iCNs:ip compasso 31 n 
"mKBSIp comparare r^p 
N'j-nsmp conforta iro 
fcOtlTOtflp conforza a in 
na^BSIp confetto np^i 
TS'BSip confino Mîn ba3 
"•JWïp confine n&ia TH73 
KD^SÛIp confessa JHftft 
■nKaO"*B3ip conpessari tt*F 
irpfi91p compra fip73 
■WlÎMKnp gonfalone b!ft 
TO&jlp compagno 3>173 
ar'csnp compagnia brt3 
ïififiSBSTp compagnia n^N 

tatti ban ma 
FNTlBSlp compra natt 
■njnwip comprarc !nd 
"zr^T.D^p oonfrotate dn 
fiOtTlBSIp conforza pett (= 
ïiapsip coacuba ^^bc 



Tittattlp consumarc bon 

Npiip conca -pd 

"îao-np^p conquislo u;a-| 

1«t3D^p31p conquisto irad 

T^Vroalp consilio n^y 

80*ip coscia ^ 

NDip cosa -ni y-Dn 

NaDTp costa rt»p !"Hp (= cassia) 

laoïp questo nïb "it !-îî 

^"î&raop questionc *p73 

■'BWiaO'ip questagente Mir?3 

iDip cosi ttd3 ïid 

V^ÛIp cosiglio ranb 

■»Wip cucire "nsn 

vbonp cosiglio ^b» 

NDip copa 3>a3 

IDlp copa bd DIS 

todip coppula j>ap tpst ynp 

ibiDip cupola 3>a3 nas 

''Bip cope tDUJN 

■naosip copiarc pr\y 

N^&np coppia "ps 

lan^dip coperto ^sn a£ 

"ip^Dip copcpchio nsa 

T^atlp consiglio -p 

WKlp cucina 1T3 

IFXlp cuccino buîa 

iTattp cxcciarc fidN (== cucccinare) 

Npip coccia p-i 

ttfiTOp'lp cucuia dld (=cuculo) 

'«'-Ptt'ipip cocomero Nttip 

Nirnpnp cucuzza VV 

N-iNbpip cucullare t|dd 

MWTlp coraggio nSF 

■^amp corallo 573b d3b 

Ntt&mp corazza j>073 

wip corbo any 

NTTîp corda ban )&M 

«■"bnmp cordaglia b73H 

œmp cordes lad (français ; BN 



n* tin rmmp) 

"laivnp corruccio 1©3> 



"îD 



conforta) 



namp corto -îirp 

■♦Ûllp cortc -i2tn 

iVwip cortello )50 b^N (= cullello) 

Wïanp cortina y^p yn"' pi ira 

i-iip corc ns© anb (= cuorc) 



LE MAQRÉ 

1-np coitc ym btt nM ant (— cor- 

rere) 
iVïmp coriolo ^ptt (= cordella) 
^l^lp correre na 
Tj-np corno nûiïS ba" 1 
■»3mp corni fTp 
ÏW^ïïttmp cornice 3>b:£ 
îûmp corpo anb dus a ûbà spa m 
"•DTlp corpi ifi 

ipfcpn lifcmp corso d'agua bû72 
*>inûnp cuscino nûû 
Nb^û ■»*] OTDTp cuscino di foglie *D 

Dû 

■wap cotogne ÏT1T 

amap cotlura £|*n (dans B N mieux 
NTiabbp, collalurc) 

naa^ap callivo ï-jba 

nb^ap catello bra 

■»b^ap catelle nûû 

Tb^ap calellone Ttà 

N^ap catena pnn 

Tap catenc lûro 

">5tap cataccie ïittîp 

■naO^S tta&tnap calteratc flncstrc 
an» 

ip chc 153 n?2 n a nia» 

"•SSï^p chiavc nnû nû 

■nÉHMf"p chiamarc 122 

ll^^p cliiaro bbp 

VJNb^p quagliato ^pïï (= squagliato) 

2jb">p china {-jatt (= inclina) 

■HNNbp clamare Nnp (72 omis) 

■QKbp clave mû (=chiave) 

"naûD^bp calpistre Ottîa Dna 

TOpflbp calcaguo ap:> (N et b inter- 
vertis) 

ansbp ciara ma 

■rabp ciaro nas ari£ ^a 

''aa'nKbp clarilate nna ma 

^■n^bp clarezza n^n^ 

■n"nNbp colorare briû 

•npaabp cavalcare aan 

labp calvo na^ 

■nbp caido ^n 

"nnbp caldora mafi (=calore) 



naatt'H'ibp cluclimento bn? 
dimento) 



ehiu- 



DARDEQÉ 297 

"«aibp clovo *M20 (=chiovo) 

■n'^'ibp cludere nbffl (= chiudere) 

fcrobp clovo nM 

fcOibp colonna Tan 

^oibp cluse nb^ [= chiuse) 

■>mbp clore 2ûa (= schiudere) 

lar^mbp cloromento *p:\ (— chià- 

ramente) 
■nfiT'bp chiara t\y^y 
iW*bp clino ai" 1 bûi (= incline) 
inN^bp clinare mit a2 (= inclinare) 
■^nsbbp collare ^m 
■mùibbp concludere hMfc 
nnKttbp calamaro nop 
aa&^ûbp caipesto ^in D?an ooa 
iNao^ûbp caipesto ^ni 
la^faao^ûbp calpestamento ïimi) 
"nNaD^ûbp calpestare 3>pn Dûn 
•naû^ûbp calpestare nbu) 
■nfcBtbp calzare b?3 
■»nK3tbp calzare ban 
Êtt^bp calcina TnD 
ibvDpbp calcagnolo -p£ T* 
"mpbp calcagno Dûtf 
lûtmbp caloritate np" 1 
«mttp caméra j-fib mn 
iTftp camere ybl 
nb72p camelo bm 
"^ûttp campi ùTO 
N"i73p caméra npi na*i hW 
NDp canna 'p^ nana 
^b»5p canalc a m E|l» tnn 
"nfrraip cambiare n!Q3 nnTa 
in^b^jp candelaro(=candelabro) nstt 
-mump conoscerc nDU 
Nûûjp canto nttï 
"inaisaip cantatorc tTNB 
■naaip cantare 'pr 
na:p conto "i-i 

•^îasp cantone mû ïitfû nTtt 
inpap centero -|3û (= quintalc) 
^p canna mp 
^a^jp cannete Sjio 
■n^^3p cangiare C]bn 
^b^jp canele n!D (= candele) 
intaû^p canestro N3a 
^naoip canestri ^n^i 



ameip canna pura 1D5 
r^DSp connubia *i)2£ 
Nb"S3:p campanile ûj'd 
KOp casa a^D ma 
NOp cassa nia 
N12Dp casta ma 
ÉWOÔp castiga no n:r> 
liPBDp castigo loto 
Û5&WMX3&P castigamento dbfi 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ib^mp crudelc nïO 

NtJDinp crosta Tbr» 

WDVlp cropio îHttO ^00 ilSfi m 

t2^b (=coprio) 
■^DTip cropire •jdu) "pO hlD (tt 

pour T, coprirc) 
^D^p cropire ^03 abtt Spn fcz^p 

t]'jj> nno 



orna 



•^op case y-in 
Nbi&p casella ïiOtt 
tmapop cascatura 

liccio) 
N5p cappa db^ 
•^isp capone ns^O 03N 
l^LPDp capitano -)0 
IjÙ^&P capitano nODa 
ib^Dp capcllo na>tB TTC 
^"iNiTp cacciarc ttm 
"'"i^b-iirp cazolare 



■^pl^pp crochi tap"> (gruogi) 
;-na D^3> INK^p creo fcna 

■mtttO'np créature "na 
"O^p cribo ^53 (= crebro] 
(= casca- Nbn'np cribcllo nw 
NTnp grida mil 
^INI^p gredare iittû in? 
KÛ'np creta ttinfi O^H 
amnp créa lit" 1 
bN'JD^p cristallo fib^D 
^biD^p crogiuolo ni5 
ÎTOBB^p crepatura sp>D 
aba (= calzolare) 'mMSP'np crepatura «un 



lbpp cuculo yit (non 1 ^ ( ï uc lc tcxte 

a par erreur) 
"Wlp crai nnto 
1*7t30finp crastado 0-|0 (— castrato) 



Ipv-ip carico bao 
lûp^p caricate N^i 

irwnp cpcsciuto y^n 
Nbaiû'np 



•^lanp carbone bm 



cristallo nDO (d'apr 
Qamhi, au nom d'un Gaon) 



is D. 



nbip^mp carbonculo "ps ^m 1010 +WVp crescere ans iTlô ÉDû ÏW 
■pTip cardone yip bb^ Tûtt 



"|j^D^"ip cremisino \)Q 



thy+Vlp cardinale »j73ian (M. Perles, 
ibid., p. 114, observe qu'Abravancl ■ 
dans une lettre à Iechicl de Fisc écrit 
ttîb^TnNp, cardinals. N'est-ce pas 
la terminaison espagnole de l'époque, Np^p carica )y'û 
et non l'italienne ?) 



-i&ra-np crobio tria (= scoprio) 
fim^p cruda ^n 
imaï-ip crobire j>ba (scoprire) 
■nîmnp cridare W (= gridare) 



M' 

Namtt Wp carne morala nm 
T^î3^ô ta lp carpentierc a^n 

^Np"îp caricare ûtt:> 



lUip cassa "pN 
^ÏUïp cagione nai 
b^-jUîp castel tn£ (mot français) T 
a un synonyme, tours lÛTiC: 



Moïse Schwab. 



(La fin au prochain numéro.) 



NOTES. ET MÉLANGES 



INSCRIPTION RELATIVE A LA GUERRE DE JUDÉE 



La collection des inscriptions latines relatives à la guerre de 
Judée sous Hadrien vient de s'augmenter d'un texte fort intéres- 
sant découvert en Macédoine, près du mont Pangée. Une médio- 
cre copie, transmise par un Grec à M. Foucart, directeur de 
l'École française d'Athènes, a permis à ce savant de tenter une 
restitution 1 que nous reproduisons ici en la faisant suivre d'un 
essai de traduction : 

us D. f. Octavius Se[c]undtis Curibius) Sabibatina) mil(es) co- 

h[ortis) X urb{anae), trans[l)at{ns) in coh{ortem) VI pr(œtoriam), [s}in- 
g(ularis) trib[unï) , bénéficiantes) lrib(uni) , sing[ularis) pr(œfecti) 
p[r]œt[orio), optio in centur[ia), sign[ifer), [f]is[ci] curat{or), comicu[l][a- 
rius) trib{uni), ev[ocatus) Aug(usti), [centurie») [l)eg{ionis) X \F]retensis, 
donis don{atus) ab Divo Hadrian[o) ob bellum Judaicum corona aurea, 
tor[q]uib[us), armillis, p\K\aler[is\ et ab eodem promotus succes{sii\ in 
leg[ionem) prim[a]m [I]ta[l}ic(am) , [p\rimi[p}il(us) leg[ionis) eiusdem, 
adlectus decurio in colonia* » 

[Ici repose] Octavius Secundus, né à Cures [dans la Sabine], appar- 
tenant à la tribu Sabbatine, [qui fut successivement] soldat de la 1 0° co- 
horte urbaine, transféré à la 6 e cohorte prétorienne, ordonnance du 
tribun, employé du tribun, attaché au préfet du prétoire, adjudant 
du centurion pour le service de la centurie, porte-enseigne, employé 
à la caisse de la cohorte, greffier du tribun, rappelé à l'activité par 
l'empereur [avec un grade presque équivalent à celui des centu- 
rions], centurion de la légion 4 e Frelensis. Récompensé par le Di- 

1 Bulletin de correspondance hellénique, 1888, p. 424-427. 

2 Suivent deux lignes très mal copiées, où M. Foucart a pu distinguer seulement : 
Actiœ Nicopoli et Ulpia[e. , . 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vin Hadrien pour faits de guerre dans la campagne judaïque et 
décoré d'une couronne d'or, de plusieurs colliers, de bracelets, de 
phalères, il reçut de l'empereur un nouvel avancement et passa 
dans la légion <l re Italique. Primipile de cette légion, [il prit sa re- 
traite, et fut] nommé décurion dans la colonie de * . . . » 

La légion 10 e Fretensis était stationnée à Jérusalem 2 ; c'est 
comme centurion de cette légion qu'Octavius Secundus fit les cam- 
pagnes de 132 à 135. De là, il passa dans la légion l re Italique, qui 
était stationnée en Mésie. Il n'y avait pas loin de là aux environs 
de Philippe, où notre sous-officier alla planter ses choux et exer- 
cer des honneurs municipaux. 

Salomon Reinach. 



ABRAHAM IBN EZRA DANS LE NORD DE LA FRANCE 



Dans les pages qu'il a consacrées à Abraham Ibn Ezra, 
M. Graetz 3 , après MM. Aron Fuld et Kirchheim, a émis et sou- 
tenu l'hypothèse, que le lieu de séjour d'Abraham Ibn Ezra dési- 
gné sous le nom de WiT\ n'est pas l'île de Rhodes, mais la ville 
de Rodez (département de l'Aveyron), dans le midi de la France. 
Aussi, depuis, l'île méditerranéenne a-t-elle été définitivement 
rayée de la liste des localités où Ibn Ezra a séjourné, et il est 
admis comme certain que cet auteur a demeuré assez longtemps 
et a composé des ouvrages à Rodez. D'après M. Steinschneider *, 
la série des villes où Ibn Ezra aurait « sûrement » séjourné serait 
chronologiquement la suivante : Rome (1140), Lucques (1145), 
Mantoue (1145), Vérone (1146-47), Béziers (1155-56), Rodez (1156- 
57), Londres (1158-59), Narbonne (llôO). Son séjour à Rodez au- 
rait donc suivi son départ de Béziers et précédé son voyage en 
Angleterre. JAinsi, cest en quittant Béziers qu'Ibn Ezra se serait 

1 Plusieurs équivalents adoptés dans cette traduction sont empruntés au savant 
commentaire de M. Foucart. 

2 Voir une inscription récemment découverte à Jérusalem, qui mentionne un 
nouveau légat de cette légion, dans la Zeitschrift des deutschen Palastina-Vereins , 
1887, p. 49-53 (= Revue archéologique. 1888. I, p. 94). 

3 Qeschiehte der Juden, t. VI, 1861, note 8. 

4 Abraham Ibn fisra, dans le Supplément zur hislor. littcr. Abtlieilung der Zett- 
achrift fur Mathematik und Physik, p. 70. 



iNOTES ET MÉLANGES 301 

dirigé vers le nord, et son séjour dans le nord de la France, que 
nous ne connaissons que par son échange d'épigrammes avec 
R. Jacob Tam 1 , aurait eu lieu dans l'intervalle qui sépare son 
départ de Rodez de sa descente en Angleterre. 

Est-il admissible qu'Ibn Ezra ne se soit arrêté quelque temps 
dans aucune des localités du nord de la France, qui comptait 
cependant un grand nombre d'importantes communautés juives et 
des écoles florissantes, et n'est-il pas surprenant que, parmi les 
différentes localités où il a passé, lbn Ezra ne nomme aucune ville 
du nord de la France? Cette singularité disparait si l'on voit dans 
Oi*n*i, non pas Rodez, mais une ville du nord de la France bien 
connue dans l'histoire du judaïsme français, je veux dire Dreux. 

Je ferai d'abord remarquer qu'en identifiant om ou oi*n*i avec 
Rodez, on s'explique difficilement la présence du 1 devant le o, 
tandis qu'elle se justifie parfaitement dans mon hypothèse. Car, 
en hébreu, ainsi que l'a montré M. Neubauer, Dreux est trans- 
crit 2 par dyït, et ce mot, par suite de la similitude du 1 et du *i, 
est devenu 01*1*1, dont les copistes et les imprimeurs, familiarisés 
avec le nom de l'île de Rhodes, ont fait plus tard 011*1 ou om*i. 
Il* existe encore un certain nombre de manuscrits qui montrent 
bien que la transcription primitive était 01*11. Ainsi, dans le com- 
mentaire du Pentateuque, les paroles d'Ibn Ezra sur Exode, xn, 2, 
que les éditions ordinaires donnent sous la forme suivante : "pal 
Mpib nfciiira na**i *r^n, et l'édition princeps et un certain nombre 
de mss. sous celle-ci oi*ti*i ?iîdtbb.-. ., le ms. de Cambridge 3 , décrit 
par M. Schiller-Szinessy 4 , a : 01*1*1 îtqœid. Un ms. de M. Halbers- 
tam offre, pour le même passage, la version 01*1*1 5 , qui doit 
certainement être lue 01*1*1 6 ". Dans la note ajoutée à la fin du com- 
mentaire des douze petits prophètes, M. Berliner a trouvé égale- 
ment, dans unms., la version 01*1*1 7 . Il est probable qu'en exami- 
nant attentivement les divers mss. des commentaires d'Ibn Ezra, 
on trouverait encore d'autres preuves que la version primitive 
était oii*t. Mais les trois exemples que je viens de citer suffisent 
pour que je puisse considérer mon hypothèse comme confirmée 
par les mss. 

Une preuve directe qu'il faut lire oï-i*ï, c'est-à-dire Dreux, est 
fournie par le supercommentateur Éléazar ben Mattatia. En s'ap- 

1 Voir Kerem Chemed, VII, 35, d'après Orner Schikka, de Gavison. 
x Voir Bévue des Etudes juives, XVII, 155. 

3 Je me propose de donner autre part des extraits de ce ms. 

4 Catalogue ofthe Hebrew Manuscripts . . ., vol. 1, n° 46, p. 118-129. 

5 V. Halberstam, dans son édition du TQ^Ïl '0> p. 14, note. 

6 Cf. Revue des Études juives, XVII, 69, 153, 155. 

7 Communiqué par M. Halberstamm, l. c. 



3(12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

payant sur le passage d'Exode, xn, 2, Éléazar déclare qu'lbn 
Ezra a commencé à écrire son commentaire du Pentateuque dans 
la ville de om (1. om), qui est située près de l'Angleterre 1 . Dans 
mon hypothèse, il est inutile de songer, avec M. Steinschneider % 
à Rouen, car Dreux non plus n'est pas bien éloigné de la côte de 
la Manche et, par conséquent, de l'Angleterre. Dans ce même 
passage de l'Exode, Ibn Ezra a déterminé la position de la ville 
où il se trouvait. Avec une légère correction, son calcul peut 
s'appliquer à la ville de Dreux. 11 dit qu'entre Jérusalem et la 
ville en question il y a une distance de plus de trois heures 3 . En 
effet, Jérusalem est située à 34 degrés à l'est de Dreux, il y a 
donc entre ces deux villes une distance de plus de deux heures. 
Il est probable que primitivement les mss. parlaient de deux et 
non de trois heures et, qu'au lieu de rab^tt ou 'a», il y avait TiŒîa 
ou r axa 4 . Il est vrai que la distance ainsi corrigée peut s'appliquer 
également à Rodez. Mais les raisons que j'ai invoquées plus haut 
sont assez probantes pour qu'on puisse affirmer qu'lbn Ezra a 
demeuré à Dreux et non à Rodez, et qu'il ne faut pas lire oiin, 
mais om. Les mots d'un supercommentaire nsn^n OTn 3 , rap- 
portés jusqu'à présent à Rodez, s'appliquent bien mieux à Dreux, 
parce que ns-itt désigne d'habitude le nord de la France. Du reste, 
nou3 savons que Dreux était un centre important de science juive, 
et, ainsi qu'on Ta vu dans l'article de M. Neubauer, il y avait dans 
cette ville un contemporain d'Ibn Ezra, R. Péreç ben Menahem °, 
qui signa alors, avec R. Jacob Tarn, différentes décisions des 
rabbins français de cette époque. De Dreux, Ibn Ezra pouvait 
facilement correspondre par lettres avec R. Jacob Tarn, car rien 
ne prouve que ces deux savants se soient jamais vus. 

1 Jud. Lettevbode, II, 87 (cf. Magazin de M. Berliner,IV, 149) : "isb^N •nN'Ûtol 

an nia WT»tnbM*S ^no oi-n wa sw rmm Dorrn rtï iinn nbnn 13 
fijns bN Nn niansn îtfdîîi -moi ynNi-; ttatp. 

' Abraham Ibn Esra, p. 65, note 13. 

» mara U3bt573 nrw om freraiD nwrn wîi ■pai tpbiiw V 3 ^ nD - 

* La commentaire d'Ibn Ezra sur Genèse, xxxm, 10, contient une indication pi- 
reille pour fixer la position de Lucques, où I. E. séjournait lorsqu'il écrivait ce com- 
mentaire. Quand le commentaire de l'Exode et celui de la Genèse, composés à des 
époques différentes, furent réunis, on crut qu'ils avaient été écrits à la môme époque, 
on ajouta l'indication relative à Lucques au passage de l'Exode, xn, 2, qui parle de 
0"l"*n ; de là, cette variante dans les éditions. Ce qu'lbn Ezra dit au sujet de Luc- 
ques (Genèse, xxxni, 10) s'explique de deux façons : ou bien Ibn Ezra a seulement 
commencé à Lucques, après son séjour en France et en Angleterre, son commen- 
taire du Pentateuque, qu'il a achevé dans l'année de sa mort, ou bien il avait déjà 
commencé ce commentaire lors de son premier séjour à Lucques (1145). 

5 Litteraturblatt des Orients, 1840, col. 666; Graetz, ibid., p. 445 ; Steinpxhneider, 
ibid., p. 65, note 13. 

6 jRevue des Éludes juives, XVII, p. 6& 



NOTES ET MELANGES 3U3 

Une fois que Dreux a repris dans l'existence d'Ibn Ezra la place 
importante qui lui appartient et que la négligence et l'ignorance 
des copistes lui avaient enlevée, il en résulte qu'une partie impor- 
tante des ouvrages écrits par notre auteur en France ont été com- 
posés dans le nord de ce pays. Voici donc dans quel ordre ces 
ouvrages ont été écrits : 

En partant de Béziers, où il composé le ùioï-î nao, Ibn Ezra se 
dirigea vers le nord et s'établit à Dreux. Là, il écrivit, dans l'au- 
tomne de 1155, le commentaire du livre de Daniel *. Moins d'une 
année après, il acheva le commentaire des Psaumes 2 et, en dé- 
cembre 1156, le commentaire des Petits Prophètes 3 . En même 
temps, il travailla à un commentaire du Pentateuque 4 , dans lequel 
il s'étendait principalement sur les questions grammaticales et 
dont il n'acheva qu'une partie de la Genèse et le livre de l'Exode ; 
le commentaire de l'Exode fut terminé en 1157 s . Après un séjour 
de trois ans à Dreux, Ibn Ezra se rendit en Angleterre. Dans l'été 
de 1158, il composa à Londres l'œuvre de philosophie religieuse 
Yessod Mora, et, en décembre 1158, le traité sur le Sabbat. 

Dans ce dernier ouvrage, Ibn Ezra combat une opinion émise 
par R. Samuel ben Méir dans son commentaire du Pentateuque ; 
ce qu'il avait déjà fait brièvement dans son commentaire de 
l'Exode (à propos du chapitre xvi, 25) composé à Dreux . Son 

1 On lit à la fia de ce commentaire : n^DItt T\TZ "plUm^S bfcT'Si ISS bbt89 
01 "H fc "P3 > 3 VVpnni ETsbN ; et dans le corps du commentaire (I, 1) JHpTÏÎ "^sb 
0"H1 N" , n'lZ3 DNTÏ1 *"PJ>3 1Ï55D1Ï5Ï1 (Dans ces citations ainsi que dans les suivantes, 
j'ai rétabli la transcription primitive de STTï)« 

J Voir dans Graelz, ibid., p. 446, la traduction d'une note qui se trouve à la fin 
d'un ms. de De Rossi : Ego Abr. filius Meir Hispanus exposui librum Psalmorum. 
Absolutus est anno 4916 ob O. C. sub dimidium mensis Ellul in urbe Rhodi. Le 
D r Berlincr a trouvé la même indication dans un ms. de YAngelica de Rome. Voir 
Halberstam, ibid., p. 13. 

3 Voici la note delà fin: ^Tl&OM ÊTlT* "p ÙÏTiaN nSfi?.]!! ^N %nU5TD 

oïl"! *wa naa imn ib&tû snis* ^mai ms» rrom traba n^ana rûiaa. 

4 Voir mon Abraham ibn Esra ah Grammahker, p. 23. 

5 On sait par l'indication qui se trouve Exode, xn, 2, que le commentaire de ce 
livre a été écrit à Dreux. C'est aussi dans cette ville qu'a été composé le fragment 
du commentaire sur la Genèse, comme l'indique l'addition de la fin : ^3 "J&O 19 
nB"IS£72 (Voir Ozar. Nechmad, II, 222 ; Neubauer, Catalogue of the Hebrew mss. in 
the Bodleian Library, n° %%5,4) } ainsi qu'une note qui se trouve dans un autre ms. 
(Neubauer, ibid., n° 217 : nsma b"ï -Qnfttt 2rûŒ NHOian tf£E5l). Enfin, la 
note ajoutée par Ibn Ezra à la fin du commentaire d'Exode indique, à l'aide d'une 
correction proposée par Rappoport, que ce commentaire a été achevé en 1157. Voici 
cette note (Voir Neubauer, ibid., col. 38] : ÛÏTDixb TDn ni53V3 llb^l *1D0 
ÛÏTÏÎ 1723 Ip* 1 iPpiTT! H3U5 ùbl253. Rappoport (voir Wissensch.Zeitschriftfûrjûd. 
Théologie, de Geiger, IV, 273) corrige rppnn en "ppnn. Celte dernière date peut 
seule être exacte. Cf. Halberstam, ibid., p. 15; Steinschneider, ibid., p. 91; 
Abraham ibn Esra als G rammatiker , p. 24, note 103. 

* V. Graetz, ibid., p. 448. Cf. Rosin, Samuel ben Meir als Schrifterhlarer, p. 7b. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

séjour dans cette ville lui fournit, en effet, une excellente occasion 
de prendre connaissance du commentaire de R. Samuel ben Méir. 

Budapest, octobre 1888. 

W. Bâcher. 



DAVID ALROY ET LES CHRONIQUEURS JUIFS 1 

M. Neubauer a publié dans cette Revue (t. IV, p. 188) un extrait 
de la chronique de Joseph b. Isaac Sambari sur David Alroy, 
qu'il a reproduit récemment dans son ouvrage intitulé Mediœval 
Jewish Chronicles (p. 123). On sait que ce passage est emprunté 
au récit de Benjamin de Tudèle écrit dans le style biblique, et 
tous les chroniqueurs, Salomon ibn Verga, Joseph Haccohen, se 
bornent à puiser à la même source. Or il est remarquable que 
tous ces chroniqueurs s'accordent dans la même méprise. Le 
maître de David Alroy à Badgad était le chef d'école Ali. Le titre 
de npan )mm n^iai ttian (cf. Harkavy, Studien, III, p. 29) est 
rapporté aussi par Benjamin de Tudèle à cet Ali. Cette épithète 
mal comprise a donné naissance, chez Ibn Verga, à un anonyme 
considérable; chez Joseph Haccohen, à un homme du nom de 
Jacob; chez Sambari, à un Gaon. Jacob. Il est donc au moins 
inutile de chercher désormais à identifier ces personnages. Wiener 
dans sa traduction du Emek Habacha (p. 167, note 117) n'a pas 
compris non plus ce titre et en a donné une fausse interprétation. 
Si le texte de Benjamin de Tudèle présente une altération pour ce 
mot, c'est que les copistes se sont trompés également sur ce titre. 
Il est remarquable que dans le poème dédié à Ali que signale 
M. Neubauer (p. 190), d'après Hechaluz, III, p. 152, la division 
du titre en r\vfr œan et en apyi "p^ apparaît également. 

David Kaufmann. 



L'ÉLÉGIE COMPOSÉE SUR MENAHEM VARMMAS 



Je n'ai pas la prétention d'expliquer complètement l'élégie sur 

1 Pour le détail de ce récit, voir l'article de M. Isidore Loeb sur J ose f Haccohen, 
Revue, t. XVI, p. 21 o et suivantes. 



NOTES ET MELANGES 305 

Menahem Vardimas que M. Neubauer a publiée dans la Revue 
(plus haut, p. 154), mais je ne puis résister au désir de présenter 
quelques observations à ce propos et de proposer quelques correc- 
tions qui rendront plus clair le sens de cette poésie. Quand il 
s'agit de corriger un ancien texte corrompu, un deuxième ms. de 
ce texte, même incorrect, serait certainement plus utile que toutes 
les tentatives de la critique. Mais faute de ce secours, on ne peut 
épurer le texte des fautes qui ont pu s'y glisser qu'en tenant 
compte du mètre, du contexte et des sources bibliques auxquelles 
l'auteur a puisé. 

A la ligne 3 de l'élégie, le mètre montre que drïi est forcément 
un nom de lieu, comme M. Halberstam Ta très bien deviné 
(p. 153) ; c'est une allusion à Jérémie, xlvi, 20, "psatta y-ip. La lec- 
ture de trmw, et non on*!*] « de Dreux », est donc certaine. 

Pour le moment, je ne comprends rien à la ligne 6, mais toute 
la suite me paraît, en général, plus intelligible. Après avoir dé- 
crit le frémissement que la nature tout entière, les forêts, la mer 
et le continent ont éprouvé à l'annonce de la mort du juste, le 
poète s'adresse au jour où ce douloureux événement s'est produit, 
pour le réprouver et le maudire. C'est le jour néfaste de l'histoire 
juive, le 9 du mois d'Ab. 

« O neuf d'Ab, s'écrie le poète, tu nous as ravi le père des sages, 
comme tu nous as ravi autrefois le sanctuaire. Qui élèvera encore en 
toi la coupe du salut? car en toi est mort le saint de Jacob. La faute 
dont tu t'es chargé, par suite de Zion, ma demeure, est maintenant 
passée. Tu as été averti (Exode, xxi, 29), au nom de mon maître et 
de ma légion *, de ne plus être compté dans les mois, de ne plus 
paraître devant moi dans mon assemblée. Sois lapidé, [comme le 
bœuf coupable!] ma main sera la première à te frapper... Les cieux 
se voilent de ténèbres et d'obscurité; lamente-toi avec eux, ô mon 
âme, gémis avec eux, que ton œil soit consumé par les larmes, pleure 
sans retard, pendant toute ma vie, sur mon ami, sur Menahem Vardi- 
mas, qui est mort à cause de mon péché et de ma rébellion. Qui 
priera dorénavant pour moi ? Qui réunira mes dispersés, conduira 
mes cohortes? Que mes habits restent déchirés et en loques tant que 
tu seras éloigné de moi ! Comme Rachel à Rama, je fais entendre des 
gémissements sur mon maître, qui fut aussi mon ami. Que ne puis- 
je, dans mon malheur, élever haut ma voix! que mes entrailles 
se déchirent dans ma douleur ! Puisse le Seigneur prendre mon cœur 
pour sa rançon! Puisse ma vie et mon être tout entier racheter 
sa vie ! Mais pourrait-il troquer du mauvais contre du bon ! Pourrais- 
je, comme lui, me sanctifier pour Celui qui me prendrait comme 

1 Cf. II Rois, ii, 12. 

T. XVII, N° 34. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rançon I Je ne puis que mettre mon espoir dans le Tout-Puissant, 
qui versera un haume sur ma blessure et ouvrira le trésor de 
ses grâces ...» 

Quelques mots encore pour justifier ma traduction. Tous les 
vers renferment des réminiscences de la Bible. Il est donc évi- 
dent qu'à la ligne 13, les mots *][^y bai sont une allusion à La- 
ment., n, 11, w nwtt-p iba, et que le mot ba ne peut pas avoir 
ici la signification de tout. Le mot ^ttia se rapporte au commen- 
cement du vers, mais l'auteur fait en même temps une allusion 
spirituelle au verset de l'Exode, xxn, 28 : nriNn b&* 'jwn. Le 
poète, peut-être partisan de la théorie des racines bilittères, em- 
ploie donc ici bai dans le sens de nbai, car ji* est quelquefois au 
masculin. — Au lieu de *pinb, il faut lire 'p'ipb. Dans itfiâ, le 
mètre est correct, par suite d'une incorrection grammaticale. Au 
lieu de n? tr\ le mètre exige n? ba i!-p. Le faible qualificatif de 
T»T doit sans doute être remplacé par i-nm. Au lieu de pTj isa, 
il faut i*pêo. Pour des raisons métriques, les mots anta "*n doi- 
vent probablement être changés en aia na^*o ; tout le vers est 
une allusion à Lévitique, xxvn, 10 : irrp nrmErn &oïi ïtïtî 
iznp. Cela me fait supposer que le dernier mot du vers pourrait 
bien être *Yisb, ou un mot analogue, de la racine me. 

David Kaufmann. 



UNE CITATION DE SALOMON IBN GABIROL 
DANS JOSEPH KIMHI 

M. Bâcher croit (plus haut, p. 159) que je me suis trompé en 
attribuant à Salomon ibn Gabirol l'observation rapportée par 
Joseph Kimhi relativement à la place occupée alternativement 
dans l'alphabet hébreu par les lettres radicales et les lettres ser- 
viles. Si M. Bâcher avait remonté à la source que j'ai indiquée 
(Revue, t. XVI, p. 288), il aurait pu se convaincre que mon as- 
sertion n'est pas erronée, mais qu'elle repose, au contraire, sur le 
témoignage d'un ms. M. Harkavy a, en effet, publié un extrait du 
ms. du inat -ieo (ainsi appelé d'après Malachie, ni, 16) de Kimhi, 
qu'il a trouvé dans la deuxième collection Firkowitzsch, et cet 
extrait, qui sert de base à mon dire, est ainsi conçu : rrabtû 'm 



NOTES ET MÉLANGES 307 

ûto iDb îibs dî-m iisi^id mimtw bnîi . . . pbna n"Nrr ^ "j^d irû 
!-nnb [d^-ie*] tnitti^ 173S : « Salomon [ibn GabiroJ] a indiqué par 
un signe comment l'alphabet est divisé. . . ; il commence et il finit 
par les lettres serviles, parce que ces lettres sont comme les co- 
lonnes du mot. » Il est vrai, comme le remarque M. Harkavy, 
que, pour ce passage, le ms. de Saint-Pétersbourg diffère des 
autres mss. Mais, à mon avis, cette variante provient de ce que, 
par suite de V homoioteleuton îittbtti 'm, une ligne entière manque, 
et, en réalité, Salomon ibn Gabirol est l'auteur de la remarque 
relative à la division de l'alphabet hébreu, comme le prouve, du 
reste, la fin du passage où il s'agit d'une troisième personne. Je 
suppose que Joseph Kimhi a eu connaissance, comme Ibn Ezra, 
du poème grammatical d'Ibn Gabirol 1 , pendant qu'il était encore 
complet, lequel poème se composait à l'origine de quatre cents 
vers, et c'est probablement dans cet ouvrage qu'il a trouvé l'ob- 
servation que nous avons citée, et qui paraît avoir frappé égale- 
ment Ibn Ezra, puisqu'il se l'est appropriée en la modifiant. 

Je veux en même temps corriger ici une faute d'impression. 
Cette correction me permettra d'expliquer d'une façon plus 
heureuse que la première fois le signe mnémonique donné par 
Kimhi pour les lettres radicales. Voici ce signe : nu np m ^jss 
t]0. Quelle en est la signification ? Le grammairien multiplie les 
prétérits monosyllabiques, afin que, par suite de leur succession 
rapide, le son soit en quelque sorte conforme au sens; il s'agit de 
chasse. M'appuyant sur I Sam., xv, 19, pour la forme a?, et sur 
Daniel, iv, 30, pour le mot sp, il me semble que ce récit de 
chasse conçu en style lapidaire, comme veni, vidi, vici, a la si- 
gnification suivante : « il chassa, se précipita, chercha, coupa — - 
et c'était fini. » 

Du reste, les lettres serviles et les lettres radicales ne sont pas 
les seules dont on ait formé les phrases les plus étranges pour les 
graver plus facilement dans la mémoire. Il en est de même des 
lettres finales réunies dans le mot singulier de -fsiïtttt, et des 
lettres qu'on a l'habitude de surmonter d'une petite couronne 
et qui sont groupés dans les mots y* Tiay^. Hayyim ben Beza- 
lêl, frère du fameux Rabbi Lôw, à la fin de son ouvrage maa* 
b-parr, a formé de ces derniers mots la phrase suivante : fau) 

David Kaufmann. 



1 Voir mon observation dans Monatsschrift, 1885, p. 336. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



LES LUDIM OU LVD Ai 



Une mischna de Gittin (IV, 9) dit que le rachat de celui qui s'est 
vendu lui-même à un païen n'est pas obligatoire. Le Talmud de 
Jérusalem dit que cette loi (Gittin 46 b) ne s'applique qu'à celui 
qui s'est vendu pour la deuxième fois à un païen. Mais ceux qui se 
sont vendus pour la première fois doivent être rachetés, à moins 
qu'ils ne se soient vendus à des Lndim. Dans ce cas, le rachat 
n'est jamais obligatoire. Et le Talmud ajoute : « Un jour, un Juif 
se vendit à des Ludim. Le fait ayant été rapporté à R. Abbahou, 
celui-ci répliqua : Que pouvons-nous y faire? il a ainsi agi pour 
conserver la vie. » 

Le Talmud de Babylone traite la même question (Gitlin 46&) : 
« Un homme qui s'était vendu à des Ludaï vint un jour chez 
R. Ammi et lui dit : Rachète-nous. Le docteur répondit que, la loi 
prescrivant de racheter les enfants de celui qui s'est vendu avec 
sa famille à un païen, pour les sauver de la corruption, à plus 
forte raison était-il nécessaire de les racheter des Ludaï, où il 
y a pour eux danger de mort. » 

A la suite de ce fait, le Talmud raconte que Rèsch Lakisch s'était 
vendu à des Ludaï et était parvenu par un stratagème à s'enfuir 
« le dernier jour ». 

Le même Rèsch Lakisch dit, dans le Talmud de Jérusalem 
(Teruma, VIII, 45 d), à un homme qui avait bu de l'eau restée 
découverte : « Si tu t'étais vendu aux Ludim ', tu aurais au moins 
obtenu pour ta vie un prix élevé ; en buvant de cette eau, tu 
comptes ta vie pour peu de chose. » 

Notons encore que dans Pesahîni, 12 &, et dans Schabbat, 10 a, 
on désigne la première heure du matin sous le nom de b^tftt 
D'mb, moment fixé pour le repas des Lndim. Ce sont là, à notre 
connaissance, tous les passages talmudiques où il est question des 
Ludim. 

Qui sont-ils? Le commentaire de Gitlin, 46 &, en fait des an- 
thropophages. D'après le dictionnaire talmudique de M. Levy, 
ce sont les habitants païens de Lydda, qui pratiquaient l'anthro- 
pophagie. M. Kohut, dans son Aruhh completum, y voit les habi- 
tants de Lydie, renommés pour leurs habitudes effiminées, mais 
aussi pour leur activité industrieuse. Pour l'un, les Ludim sont 

1 Le texte donne "psTib, mot qui est certainement pour "p^lb = 'J'Wlb. 



NOTES ET MELANGES 309 

donc des gens amollis, pour l'autre des anthropophages ! Suppo- 
sons un instant que, en effet, les Lyddéens, voisins de Jérusalem, 
ou les Lydiens, étaient des cannibales, comment comprendrions- 
nous ces paroles d'Abbahou : « Il a ainsi agi pour conserver sa 
vie. » Se vendre à des anthropophages pour sauver sa vie ! Est- 
il, du reste, possible d'admettre l'existence d'anthropophages au 
milieu des nations civilisées de l'antiquité ou de croire que ces 
anthropophages allaient tranquillement acheter la chair humaine 
sur les marchés ? 

C'est M. Sachs (Beitràge zur Sprach-und Alterthumsfor- 
sclxung, I, p. 121) qui, sans s'en douter, nous fournit le moyen de 
résoudre ce problème. Cet auteur montre, en effet, que le mot 
-Hib employé dans Exode rabba, sect. 30, et qui ne se trouve 
dans aucun Lexique, est le mot Ludarius, et, comme le contexte 
l'indique clairement, ce terme désigne le gladiateur chargé de se 
battre dans l'arène contre des animaux. Voici ce passage. Comme 
on demandait à un ludar si les philolimia, c'est-à-dire les jeux 
publics du cirque, allaient bientôt avoir lieu, le ludar répondit : « il 
y a encore du temps jusque-là. » L'organisateur (editor) des phi- 
lotimia dit, au contraire : « Ce sera pour bientôt. Mais, réplique 
l'interlocuteur, j'ai interrogé le ludar et il m'a déclaré qu'il n'y 
aurait pas de combat avant longtemps. — Ah I tu t'adresses au 
ludar/ Lui ne tient pas à ce que j'organise des philotïmia, il sait 
bien qu'il y risque sa vie. » 

On sait que, dans l'empire romain, il y avait des lanistœ qui 
se procuraient, à leurs frais ou pour le compte de particuliers, 
des gladiateurs, qu'ils soumettaient ensuite à un régime spécial 
pour les préparer aux combats du cirque. Les endroits où ces 
gladiateurs étaient nourris et exercés s'appelaient ludi (écoles). 
Le serment que le gladiateur ainsi acheté devait prêter était 
terrible dans sa concision. Nous en trouvons la formule dans Pé- 
trone, chap. cxvn (cf. Sénèque, lettre 1) : « In verba Eumolpi sa- 
cramentum juravimus, uri, vinciri, verberari, ferroque necari. . . 
corpora animasque religiosissima addicimus l . » 

Les Juifs de la Palestine connaissaient les écoles des gladiateurs 
sous le nom de ludi, ils en ont formé le dénominatif amb en hé- 
breu, et wib en chaldéen. Ce mot désignait pour eux à la fois 
les lanistœ, ou marchands de gladiateurs, et les gladiateurs eux- 
mêmes, comme dans l'expression n^rib b^Ntt. 

De même que le syriaque désigne sous le nom de NTnb le gla- 

1 Voir Smith, Greek and Roman Antiçuities, s. v. Gladiatores et Venatio ; voir 
aussi Lûbker, Reallexicon des classischen Âltertkunis, Leipzig, 1877, s. v. Grladiatores. 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

diateur et le brigand, et donne au verbe mb le sens de lairo- 
cinari (Payne Smith, col. 1905), pendant que armb signifie 
turma, coelus, de même les Juifs considéraient les gladiateurs 
comme des brigands, ainsi que le prouve le passage du Talmud 
de Pesahim, 12 b, où l'on fixe en même temps l'heure du bsNtt 
û'mb, « repas de Ludim », et celle du traob b^Ntt, « repas des 
brigands ». Les Juifs connaissaient aussi la nourriture spéciale 
des gladiateurs (sagina gladiatoria), ils la nomment nvnb (Bêça, 
14 b\ ib., Jeruschalmi, i, 61a, où il faut corriger n-pis en 
rrp-nb, Tosefta, ib., ï, 23, édition Zuckermandel nvrib, et la va- 
riante rrp-nb). 

Il était donc de règle, d'après les passages que nous avons cités 
plus haut, de ne pas racheter un Juif qui s'était vendu volontai- 
rement comme gladiateur. Dans la pratique, on se montrait plus 
indulgent et l'on rachetait ceux qui avaient embrassé ce vil mé- 
tier par nécessité. 

Comme on a vu plus haut, Rèsch Lakisch s'était vendu à des 
Ludim et il fait entendre combien leur métier était dangereux. 
D'après Baba Mecia, 84 a, il était chef de brigands, quand R. Jo- 
hanan parvint à lui persuader de quitter ce métier et de se con- 
sacrer à l'étude de la Loi. Un jour que ces deux docteurs discu- 
taient au sujet d'une arme (un coutelas, pugio), R. Johanan dit à 
son adversaire : « Un brigand connaît bien ses outils. » 

Quoi qu'il en soit, le fait de voir des Juifs se vendre comme gla- 
diateurs jette un certain jour sur l'état misérable et l'abaissement 
moral d'une partie des Juifs palestiniens de cette époque. 

M. Jastrow. 



HIW1 ALBALGHI 



On sait que Hiwi Albalchi ou àlkalbi, contemporain de Saadia, 
avait écrit un ouvrage dans lequel il exposait deux cents objec- 
tions contre l'origine divine de la Bible 1 . Comme ce livre était 
très répandu et, à en croire le chroniqueur Ibn Daud, avait même 
pénétré dans les écoles 2 , Saadia a cru nécessaire de combattre les 

1 Jehuda ben Barzilaï, dans son introduction au commentaire du S. Yecira, éd. Hal- 
berstam, p. 21. Déjà Luzzatto a donné ce passage dans Halikhot Kédém, de 
Pollak, p. 71, et dans Bcth Ha-ozar, 12 a. 

2 Ce fait est mentionné aussi par Saadia ibn Danon. 



NOTES ET MÉLANGES 311 

arguments de Hiwi dans un ouvrage intitulé aivn ^b* SnbN SNns 
*«bbnbM, qu'il mentionne dans la première partie de son ouvrage 
théologique *. Ni l'ouvrage de Hiwi, ni la réfutation de Saadia ne 
nous sont parvenus, nous ne connaissons donc pas l'ensemble des 
objections soulevées contre la Bible. Plusieurs des arguments de 
Hiwi nous ont cependant été conservés par d'autres auteurs. 
Ainsi Jehuda ben Barzilaï 2 en cite un, Salmon ben Jeruham 3 
trois, Saadia deux, à la fin de la troisième partie de son Kitab 
al-Amanât*. On suppose même qu'à l'exception des deux der- 
nières, toutes les objections auxquelles Saadia répond dans son 
livre de théologie émanent de Hiwi 4 . Ibn Ezra rapporte égale- 
ment quelques citations qui jettent un peu de jour sur le sys- 
tème de critique rationaliste de Hiwi 5 . Récemment, M. Har- 
kavy a trouvé dans un commentaire anonyme manuscrit sur la 
Genèse et a fait connaître, dans Meassèf Nidahim (I, n° 1), une 
nouvelle objection élevée par Albalhi contre la Bible. Il semble, 
du reste, comme l'a prouvé M. Guttmann 6 , que, tout en ne le nom- 
mant pas, Saadia fait très souvent allusion à Hiwi dans son 
Kitab al-Amanât. En voici un exemple. Dans le deuxième cha- 
pitre de cet ouvrage, où il traite, en général, des attributs de 
Dieu, et tout spécialement de son unité, Saadia a recours aux dix 
catégories d'Aristote pour rendre compte des expressions figurées 
appliquées par la Bible à Dieu et pour expliquer tout ce qui paraît 
contraire au principe de l'immatérialité divine. En arrivant à la 
catégorie de la possession, qui ne peut pas se rapporter à Dieu, 
puisque toute la création lui appartient et que, par conséquent, on 
ne peut pas dire que Dieu possède telle chose et ne possède pas telle 
autre, Saadia cite le verset de Deutéronome, xxxn, 9, et dit que, 
par ces mots, le Pentateuque indique la prédilection de l'Éternel 
pour Israël. 11 ajoute qu'il faut entendre ainsi tous les passages de 
la Bible où Dieu est désigné comme « la part et la propriété des 
justes », par exemple dans Psaumes, xvi, 5. Nous savons aujour- 
d'hui que les passages expliqués par Saadia ont, en effet, servi à 
Hiwi comme arguments contre la toute-puissance de Dieu. Il 
existe à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg un commentaire 
manuscrit du Deutéronome, composé, comme le remarque le 

1 Kitab al-Amanât, éd. Landauer, p. 37. 

2 L. c. 

3 Pinsker, Likutè Radmoniot, p. 28. 

4 Ed. Landauer, p. 140 et suiv. 

5 Graetz, Greschichte der Juden, V, note 20, p. 487 ; Guttmann, dans la Monatsschrift , 
1879, p. 260-270 et 289-300. 

6 Exode, 14, 27; 16, 13; 34, 29. 

7 L. c, et dans Die Religionsphilosophie Saadia's, p. 22, 191 et 224. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

copiste lui-même, d'explications empruntées en partie à Saadia, 
en partie à Samuel ben Iloini. Deutéronome, xxxn, 9, ce com- 
mentaire cite explicitement au nom de Hiwi l'objection contre la 
divinité que rapporte Saadia dans son ouvrage théologique. Voici 
le passage du manuscrit : 

innaioa ><72i pnasba t^nn ^a s-ibbat î-r^b 'ôbaba ^n iVan 
fcaanpa 'parwwba baipN p u n ^*ri irisa ^ St e^n "jn bapa 
!-rb bipsa ûri37û rwatsi ïinîtn ^bn^rr kiséob s-rm nn aatoNba 
t^in }n bips tan nsiai nsin "»îa n« n^nnsab nbbN bipa 
ynbtf ibibfij p*na 1g 'p'inbttbN 1» D^bi "ptabNi riasbabN ajabb 
■;n *b* t-ibn ^p rtSrobs iab "ji^iab» t^aa lan naiDa iipSsm 
iiina l'iba ïwi tt^fc ^pn^ r**bi i-rb i3»h ^b inai ^ba^n nbb» 
î-r^DwNp" 1 i? 3 " 1 ûDNp^ "paba l'ian ann ï&o ^^a J-i8"r , nn?abN yrçaâ 
ima tarra b^p 172a ina ■pirrôMba bnp^ x^y T?K*nD Fibbn ^a 
ttbfcwho'* c^7û r|^3>* ibi y-iNa ^bnn a s nabi ûn v D a 1 eus a 
Nttb nn» *\b'- bp-> db y^snaNb» bab )n diimb ^d iT^ena^bN 
■pttbtfjba an ^b:» anna aaNp"> ^onai ^pbn m 73 ''"i mi ba*p 

« Hiwi de Balch, que Dieu le maudisse, a tenu des propos 
insensés sur ce verset (Deutéronome, xxxn, 9) et des versets ana- 
logues. 11 prétend qu'ils prouvent que Dieu, qu'il soit élevé au 
dessus des paroles des ignorants, a partagé les peuples entre lui 
et d'autres, de sorte qu'Israël est devenu sa part et sa propriété. 
Nous lui répondons par les paroles de Dieu à Sanhérib : Qui 
injuries-tu et outrages-tu? (II Rois, xix, 22; Isaïe, xxxvn, 23). 
Ensuite, nous dirons que ses allégations sont fausses et absurdes, 
et que ceux-là mêmes qui, par la voie de la spéculation, sont tom- 
bés dans l'hérésie, en s'attachant à des passages obscurs, ne les 
ont jamais soutenues, quelles que soient leurs erreurs. Car tout 
prouve que Dieu, exalté soit-il, est unique, et n'a à côté de lui ni 
second ni associé et a créé tout ce qui existe. Puisqu'il en est 
ainsi, avec qui pourrait-il partager son empire et qui le partage- 
rait avec lui, élevé soit-il au-dessus des propos des négateurs? 
Lui (Hiwi) ressemble à ceux dont il est dit (Ps., lxxiii, 9) : Ils 
dirigent leurs discours contre le ciel. S'il avait su que, pour 
exprimer la préférence, les Hébreux se servent de certaines 
expressions métaphoriques, il n'aurait pas tenu ce langage. Crois- 
tu qu'en s'écriant (Ps., xvi, 5) : « l'Éternel est mon partage et ma 
coupe », David se partage avec quelqu'un le maître de l'univers? » 

ISRAELSOHN. 



BIBLIOGRAPHIE 



Epstein, A., Berescbit Rabbati, tlessen Verhàltniss zu Rabba Rabbati, 
Moses ha-Darschan u. Pugio Fidei. Berlin, Julius Benzian, 1888, 8°. 



On sait que Raymond Martini (xm e siècle), ayant fait partie d'une 
commission d'enquête sur les livres juifs, composa un ouvrage, in- 
titulé Pugio fidei, pour démontrer que les ouvrages hébreux eux- 
mêmes témoignent en faveur de la vérité des doctrines chrétiennes. 
Il cite, en caractères hébreux, un grand nombre de passages midra- 
schiques et particulièrement un prétendu Midrasch de R. Moïse 
Hadarschan, qu'il appelle tantôt Bei escliit Rabba prior ou prima, 
tantôt Bereschit Rabba major ou magna. Les extraits de cet ouvrage 
n'éveillent, pour la plupart, aucun doute sur leur authenticité, ils ne 
sont que la reproduction de passages d'autres recueils, comme le 
Bereschit Rabba, ou la combinaison de plusieurs morceaux de cette 
provenance. Raymond Martini paraît affectionner cet ouvrage parce 
qu'il est plus complet que les autres et surtout reDferme le plus de 
textes qui conviennent à sa thèse. 

Or, il est bien surprenant que la littérature juive n'ait gardé aucun 
souvenir de ce livre. Prétendre que Martini, en sa qualité de censeur, 
ait eu à sa disposition des manuscrits hébreux qui se seraient entiè- 
rement perdus chez les Juifs, est une hypothèse insoutenable. Pour- 
quoi, en effet, un ouvrage écrit à Narbonne, avant le xx e siècle, aurait- 
il passé inaperçu des rabbins français et reparaîtrait-il inopinément 
de l'autre côté des Pyrénées, deux siècles plus tard, exhumé par un 
auteur chrétien, plus heureux que les nombreux écrivains juifs 
d'Espagne, qui, pendant ce long laps de temps, n'en font pas une 
fois mention ? 

Jusqu'à ce jour, néanmoins, on n'osait récuser en doute le témoi- 
gnage de Raymond Martini, sur la foi de Zunz affirmant que le Mi- 
drasch de Moïse Hadarschan existe encore en ms. à Prague et que 
les citations du savant espagnol s'y retrouvent textuellement. 
M. Epstein, qui prépare l'édition de ce m>. et qui est aujourd'hui 



31 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'homme du monde le plus versé dans la littérature midraschique, 
dans une courte et substantielle étude, vient d'établir définitivement 
la vérité à cet égard, et, du même coup, de trancher le différend qui 
s'est élevé en Angleterre au sujet de l'authenticité des citations 
hébraïques du Pugio fidei. 

Le ms. de Prague intitulé Bereschit Rabbati n'est pas l'œuvre de 
Moïse Hadarschan, qui n'a jamais probablement composé de Mi- 
drasch; il ne contient pas toutes les citations du Pugio fidei ; en 
réalité, il n'est qu'un abrégé d'un autre recueil, le Midrasch Rabba 
Rabbati, dont il reste quelques fragments à la Bibliothèque Bod- 
léienne et que mentionne quelquefois Juda Guedalia. Ce serait le 
Rabba Rabbati qu'aurait utilisé Raymond Martini, et l'attribution de 
cet ouvrage au rabbin français aurait pour origine la présence, au 
début du recueil, du Yesod de Moïse Hadarschan y ainsi qu'en fait 
foi le Beresckit Rabbati. Le Rabba Rabbati aurait vu le jour entre le 
xi e et le xin e siècles, puisqu'il est postérieur à Moïse et antérieur à 
Raymond Martini. J'ajouterai qu'étant inconnu de l'auteur du Yal- 
kout, qui a vécu à Mayence, il a dû naître dans un pays qui n'est ni 
la France ni l'Allemagne, à moins qu'il ne lui soit postérieur. 

Ce recueil, à s'en rapporter au Bereschit Rabbati et au Pugio fidei, 
avait donné accès à des morceaux qu'on s'étonne de lire dans une 
œuvre rabbinique, tant ils ont une couleur chrétienne. Assurément, 
il ne manque pas de Midraschim, surtout parmi les petits, où ont 
pénétré des conceptions du Messie qui sentent leur origine chré- 
tienne. La frontière qui séparait les deux doctrines n'était pas assez 
marquée pour empêcher les échanges. Ainsi, le Midrasch Konen, le 
voyage de Josué ben Lévi au Paradis et dans l'Enfer, la Pesikta 
Rabbati, le Midrasch sur les Psaumes ont parfois des passages d'une 
teinte chrétienne prononcée. Mais, tandis que ces textes sont rares 
et ne trahissent leur origine étrangère que par la tournure des 
idées, dans le Rabba Rabbati apparaissent en grand nombre de longs 
morceaux qu'on croirait détachés d'ouvrages chrétiens pour le fond 
et surtout pour la forme. Peut-être cette singularité est-elle la raison 
du peu de goût manifesté par les rabbins pour ce recueil. Les motifs 
mêmes qui le faisaient rechercher de Raymond Martini devaient le 
rendre suspect aux Juifs. 

En lisant ces fragments dans le Pugio fidei, on est tenté de les 
déclarer apocryphes et de les attribuer à la supercherie de Ray- 
mond Martini ou de quelque théologien chrétien frotté de littérature 
midraschique, mais ignorant la différence du style biblique et de 
celui du midrasch. On en jugera d'après l'exemple suivant, que nous 
choisissons de préférence parce qu'il a été déjà signalé par MM. Grùn- 
baum et Schiller-Szinessy et qu'il est un des plus topiques, quoique 
des plus courts. 

ma h-û inJM -nbN nttnpnutt d-nn lia "p y®Mv iran nm 
W9 tm nb nnran r-i-nan ^abiïb n"npn in i ii^ani-; 
fc^iort ^«b73 bs» b-m \rm |MKli W3pï% \xtn r-nion "ONba 



BIBLIOGRAPHIE 315 

ï-nnniûa iaim nrsti) tt» i^ma ï-innir 1 $"tffcn ïTapnb wn 
s^nnu) ï-jt n"nprs ib nn^ r-raiNn -wto ims r-n^ nu>Nb 

tnaiûïi i» Tfinû ri"3pn bu) bnpb y»iD abi ib rmnnuinb naN c^b 
nnuî p bb^rs trttia» nbD3 *ptf -ieik w*^ rbjn lattJ mm 

« Notre maître, Josué bin Noun dit : Le jour que fut réunie à 
» Adam sa raison, Dieu dit aux anges : Prosternez-vous devant lui. 
» Aussitôt ils accomplirent la volonté de Dieu. Or, le Satan était le 
» plus grand des anges, et il dit à Dieu : Maître du monde, 
» tu nous as créés de la splendeur de la Schechina^ et tu nous dis de 
» nous prosterner devaut celui que tu as créé de la poussière de la 
» terre, Dieu lui répondit : Celui qui est de la poussière de la terre a 
» de la science et de l'intelligence plus que toi. Et comme il ne vou- 
» lait pas se prosterner devant lui (Adam) et ne lui obéissait pas, 
» Dieu le chassa du ciel et il devint Satan. C'est de lui qu'Isaïe dit : 
» Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer? » 

Quel style et quelle langue ! Tous les passages soulignés sont 
autant de barbarismes, de fautes contre la syntaxe, de termes im- 
propres. L'auteur de ce morceau, évidemment, ne savait pas que 
l'hébreu biblique n'est pas celui des Midraschim et que telle tour- 
nure, tel vocable classique sonne faux dans cette littérature spé- 
ciale. 

Si la forme est étrange, le fond ne l'est pas moins. M. Grùnbaum 
remarque très justement que jamais, dans la littérature juive, le 
verset d'Isaïe n'est rapporté à Satan ; ce sont les auteurs chrétiens 
qui lui donnent ce sens, parce qu'ils traduisent le mot helel par 
Lucifer. A quoi j'ajouterai que, dans le Midrasch, Satan n'apparaît 
pas comme un ange déchu, ou plutôt jamais aucun des anges dé- 
chus ne porte ce nom. Quand il est question de ces anges, ce n'est 
pas à propos du péché d'Adam, mais bien plus tard, aux environs 
du déluge, et alors ils s'appellent Schemhazai et Azael, comme dans 
le livre d'Enoch, le pseudo-Jonathan et le Midrasch Abchir. Dans 
le Pirké de R. Eliézer et le pseudo-Jonathan, qui marchent toujours 
de concert, et sous l'influence des légendes syro-arabes, il est bien parlé 
d'un prince du ciel précipité à terre, et ennemi de l'homme, mais 
il s'appelle Samaël. Les Midraschim, d'ailleurs, mettent souvent en 
scène les anges, qui prétendent s'opposer à la création de l'homme, 
mais jamais ce n'est Satan qui est leur porte-parole. En outre, 
quand Dieu veut punir ceux qui veulent traverser ses désirs, il ne 
les condamne pas à devenir des démons, il les consume simplement 
(Sanhédrin, 38 b). Le plus souvent Dieu se borne à leur montrer leur 
erreur, sans les châtier (Bereschit Rabba, 8, Pirké de R. Eliézer, 11). 
Qui plus est, dans certains textes, les anges, au contraire, veulent 
sanctifier Adam (dire Kadosck) ; c'est Dieu qui les en détourne en 
leur montrant qu'il n'est qu'un homme, puisqu'il est sujet au som- 
meil (Bereschit Rabba, 8). La seule aggada qui ait pu inspirer notre 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

auteur est celle où Dieu prouve aux anges qu'Adam leur est supé- 
rieur, puisqu'il sait donner des noms aux animaux, tandis qu'eux- 
mêmes s'en reconnaissent incapables (Ber. Rabba, 47; Pesikta de 
R. Kahna, p. 34 a; Tanhuma, éd. Buber, IV, p. 410 ; Abot de R. Na- 
than, I ; Bemidbar Rabba, Houqat). Elle est d'ailleurs citée à la suite 
du morceau qui nous occupe dans le Bereschit Rabbati. 

Si ce trait aggadique ne figure pas dans le Midrasch, par contre, il 
est dans le Coran (2, 32; 7, 10-11; 15, 31 ; 17, 63; etc.), et Geiger [Was 
ha L Mohammed, p. 100) le considère comme la marque caractéristique 
du Midrasch musulman. Il serait plus exact de dire : christiano- 
musulman, car déjà dans la Caverne des trésors, ouvrage syriaque 
qui est antérieur au Coran, on lit ces mots : « .. .Voyant la supé- 
» riorité qui avait été donnée à Adam, il refusa de se prosterner 
» devant lui (comme avaient fait les autres anges) et il dit à ses ar- 
» mées : Ne vous prosternez pas devant lui et ne le louez pas comme 
» les autres anges, c'est à lui qu'il convient de se prosterner devant 
» moi, qui suis feu et esprit; moi, je ne me prosternerai pas de- 
» vant la poussière. . . Il tomba lui et tout son ordre du ciel. . ., et il 
» reçut le nom de Satan » (Cari Bezold, Die Schatzhôhle, trad., 1883, 
p. 4). Ce Midrasch a passé dans un opuscule latin dont il existe un 
manuscrit du dixième siècle ' et qui a été imprimé au xv e siècle 2 : la 
Pénitence d'Adam. 

Quomodo dyabollus, nolens adorare Adam similitudinem et ymaginem dei, dejectus 
est e gloria sua. 

Tune exclamavit Adam dicens dyabolo : Ve libi, Sathane, quid nos expugnas 
gratis; numquid abstulimus gloriam tibi tuam aut nostri causa expulsus est quare 
usque ad mortem persequeris nos ? Respondens enim diabolus, dixit : Vere tui 
causa expulsus sum de gloria mea et in die qua tu plasmatus es, ego a facie dei 
projectus sum extra societatem angelorum, et quando inflavit deus in te spiritum 
i'aclus est vultus et similitudo tua ad ymaginem dei et adduxit te Micbahel et fecit te 
adorare in conspectu dei et dixit dominus deus : Ecce Adam fecimus ad ymaginem 
et similitudinem nostram et statim egressus Michahel vocavit omnes angelos et dixit 
imaginera, dei et sic Michahel adoravit eum et dixit ad me : Adora ymaginem dei 
nostri sicut precepit dominus noster et ego dixi ad eum : Nou adorabo pejora me, 
quia antequam ipse fieret, ego sum; ipse débet me adorare. Et hoc audientes ceteri 
angeli qui sub me erant, dixerunt : nolumus adorare Adam. Et ait Michahel : Si non 
adoraveris eum, irascetur tibi deus. Et ego dixi : Si irascetur mihi, scio quid faciam, 
ponam sedem meam super sidéra celi et ero similis altissimo. Et sic iratus est mihi 
dominus et misit me eum angelis meis expelli de gloria, et sic tui causa in dolore 
expoliati sumus de tanta gloria et te in leticia delitiarum videre dolebam sic dolo 
circumveniebam uxorem tuam et sicut fecit te deus expelli de deliciis glorie et 
letitie tue sic ego expulsus sum a gloria mea causa tui. 

Cet ensemble de considérations semblerait donner le droit de 
douter de l'authenticité de ce passage : le Rabba Rabbati aurait 
accepté naïvement des morceaux d'origine non juive, écrits même 
en hébreu par des chrétiens, et c'est ce que je croyais tout d'abord. 

1 Bibliothèque nation., n° 5327. 

1 M. Wilhelm Meyer en a donné une édition critique dans les Mémoires de P Aca- 
démie de Munich, classe de philologie, 1878, XIV, 3° partie. 



BIBLI0GRAMI1K 317 

M. Epstein, grâce à une heureuse conjecture suggérée par M. Neu- 
bauer, montre qu'il n'en est rien. On a dû remarquer que les pa- 
roles de notre fragment sont mises dans la bouche de « notre maître 
Josué bin Noun » (pareille singularité dans un autre morceau sur 
le temple céleste, Pugio, p. 385). Le Bereschit Rabbati dit même : 
« Notre maître Josué bin Noun, qui l'avait appris de Moïse et celui- 
ci de Dieu». Or, cette étrange invention nous reporte invincible- 
ment à Eldad Haddani. Dans leur lettre à Cémah Gaon (ix e siècle), 
les Juifs de Kairouan racontent qu'au rapport de ce célèbre mysti- 
ficateur, les quatre tribus qu'il a visitées ont un Talmud cù jamais 
n'est cité ni Tanna, ni Amora, mais où toutes les lois sont rappor- 
tées par « notre maître Josué bin Noun, qui les tenait de Moïse et 
celui-ci de Dieu ». 

Le Rabba Rabbati avait probablement un texte des récits d'Eldad 
plus étendu que le nôtre, et c'est à cette source qu'il aura puisé, 
entre autres, ce morceau. Que ce voyageur fantaisiste ait pris de 
toutes mains tout ce qui s'offrait à lui, c'est ce que la simple lecture 
de ses hâbleries montre suffisamment. Ce qui confirme l'hypothèse 
de M. Epstein, c'est que les paroles que les Juifs de Kairouan prêtent 
à Eldad renferment les mêmes particularités de style que nous 
avons signalées plus haut. Ainsi on lit [Bet Hammidrasc/i, t. II, 
p. 141) : 

•»3N -pis iûi« 131IN ib 1311 ■wirr 1 ht* >n 12532* 13353 ina 

*pia 12131 mai m ib *nn . . . tmnm niDim min listai 

ï**3i î — IT 1)210 2>U5lHi 12131 lb 121 , . , Î1D1D 01*1353 11353 

ib i3i "W2 i-nsi3>3 ï-rrn ht isiin iuttîi ib 131 . . . "pin 

... ht 15310 jibiït* 12131 

Pinsker (Likkuté Kadmoniot, p. 108) remarque aussi qu'Eldad 
affectionnait le langage biblique et se piquait de purisme. Il préten- 
dait même y voir une preuve de son affiliation au Garaïsme; à mon 
avis, Eldad voulait seulement rester fidèle à son invention première, 
que les fameuses tribus parlaient la « langue sacrée », et donner plus 
de crédit à ses relations. 

On me pardonnera d'avoir tant insisté sur un point ; j'ai voulu seu- 
lement mettre en lumière la rigueur de la méthode de M. Epstein 
que rendent plus éclatante encore des recherches plus étendues; et 
si j'ai en chemin ajouté nombre d'arguments nouveaux à ceux du 
savant viennois, j'ai prouvé, une fois de plus, que les créateurs en 
science ressemblent aux architectes, qui fournissent les plans, que 
les maçons n'ont plus qu'à suivre. 

Israël Lévi. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



Tome XVI, p. 35, note 1. — Grescas Barfat est le frère de R. Isaae bar 
Schéscbet ; c'est ainsi qu'il se nomme lui-même dans ses Consultations, 
n° 387. Crescas Barfat a écrit une élégie sur Péreç Cohen ; voir Consulta- 
tions de Ribasch, n° 61. — Ign. Ziegler. 

Tome XVI, p. 87. — Les lettres D'ftb de la ligne 7 doivent être considé- 
rées comme l'abréviation de \U£ù rfTOftb. 11 faut lire, à ce propos, un 
3YJÏ1 P our les martyrs, dans le Yosif Omèç de Joseph Hahn de Francfort. 
Ce passage (§ 483) est d'autant plus intéressant qu'il est précédé de ces 

mots : ^n^n d^wn \ehvp n"nn spbfim -p i-otoe ^npn^n ï-ît nfi* 

blTÀîT Ce vft'vi est attribué à un R. Ascher de Francfort et se termine 
ainsi : b'jït IlobTT -|'-)!t tpbNïl b'D*. Cf. Horowitz, Francfurter Babbi- 
nen, I, p. 12. — D r Lowenstein. 

Tome XVI, p. 277. — Dans l'élégie de Kalonymos b. Juda de Mayence 
(fin du xi e siècle) qui commence par ces mots D^fà "^fin \r^ V2, se 
trouve ce vers : ÏTttKI ïl3tt573!Tl fcnp 73 !T1 ÏTTinîl Ici Micra s'entend dore 
de toute la Bible hors le Pentateuque. — W. Bâcher. 

Tome XVI, p. 280. — Dans l'inscription tumulaire d'Orléans, la date du 
lundi de Mischpatim 5053 correspond, non à mai 1293, mais au 24 Schebat 
= 2 février 1292, vieux style, comme j'ai déjà eu l'occasion de le signaler 
ailleurs {Archives israëlites du 17 mai 1888). Ce qui est moins certain, c'est 
l'identification du nom de la localité IDY^E, mentionnée dans cette inscrip- 
tion. Sans chercher bien loin, ni supposer arbitrairement des transpositions 
de lettres, fort plausibles dans un manuscrit, surtout dans une copie, mais 
beaucoup moins dans une gravure sur pierre, pourquoi ne pas admettre 
que le nom en question est la transcription hébraïque de Miaus (=Meaux), 
selon l'orthographe que l'on retrouve dans une charte de Thibaut VI de 
l'an 1267? Jusqu'à présent, rien ne fait rejeter cette conjecture, et il n'a 
pas été prouvé qu'une telle identification soit impossible, d'autant plus que 
nous sommes d'accord (en ce seul point) avec M. Neub. lorsqu'il dit : « Il 
n'est pas nécessaire que la localité mentionnée par l'épitaphe se trouve 
dans le voisinage d'Orléans. » — Moïse Schwab. 

Tome XVII, p. 51. — Le récit arabe publié par M. D. de Gunzbourg me 
paraît une variation sur le thème b&ntZJi nttïUÎ "JU^ fi*bï dir fitb TOÏl (Ps. 
cxxi, 4), qui a déjà été traité par Salomon ibn Verga, dans le paragraphe 
16 de son Schebet Tehuda. — David Kaufmann. 

T. XVII, p. 157. — L'identification de ia" , 5 ta l"l5 avec Gournay a déjà été 
proposée par moi, dans The Jewish Standard, 1888, n° du 25 mai. — Schiller- 



Tbid. — Des Juifs de Gournay sont mentionnés dans des cartulaires. fran- 
çais de 1204 et de 1222. Voir Hebr. Bibliogr., XX, p. 16. — Simomen. 



y 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Matériaux pour servir à l'histoire de l'exégèse 

biblique, en Espagne, au xn e siècle 272 

Brunschwico (Léon). Les Juifs de Nantes et du pays nantais.. 425 

Derenbourg (J.). Gloses d'Abou Zachanya ben Bilam sur Isaïe. 4 72 
Gunzbourg (David de). Notices et extraits de mes manuscrits. 

I. Siddour du Yémen 46 

Halévy (Joseph). Recherches bibliques. XIII. Note supplémen- 
taire sur Amraphel 1 

XIV. Gomer 13 

XV. Riphat, Elisa et Tarsis 461 

Lazard (Lucien). Les Juifs de Touraine 24 

Lévi (Israël). I. L'orgueil de Salomon 5S 

II. Signes de danger et de malheur 202 

Loeb (Isidore). Josef Haccohen et les chroniqueurs juifs [suite 

et fin) . 74 et 247 

Neubauer (Ad.). Institutions de rabbins français .- . 66 

Reinagh (Salomon). La communauté juive d'Athribis 235 

Reinach (Th.). Les monnaies de Sidon 42 

Schwab (Moïse). Le Maqré Dardeqé (suite) 4 1 4 et 285 

Sidon. Sens et origine du Sem Hamephorasch 239 

Weyl (Jonas). La résidence des Juifs à Marseille 96 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bâcher (W.). I. Une prétendue citation de Salomon ibn Gabi- 

rol dans Joseph Kimhi 1 58 

IL Abraham ibn Ezra dans le nord de la France 300 

Derenbourg (J.). Encore un mot sur les signes mnémotech- 
niques 1 57 

Furst. Les interprétations d'Akiba et d'Ismaël, sur Nombres, 

V, 28 4 43 



320 HKVUK DES ETUDES JUIVES 

Israelsohn. Hiwi Albalchi 311 

Jastrow (M.)- I. Scènes de chasse dans le Talraud 146 

II. Ludim et Ludaï 308 

Kaufmann (D). I. La mode du ialet 159 

II. David Alroy et les chroniqueurs juifs 304 

III. L'Elégie composée sur Menahem Vardimas 304 

IV. Une citation de Salomon ibn Gabirol, dans Joseph 
Kimhi 306 

Loeb (Isidore). Une inscription hébraïque à Girone 149 

Neubauer (Ad.). I. Menahem Vardimas 151 

II. Dreux et Gournay 154 

Reinach (Salomon). Inscription relative à la guerre de Judée. . 299 



BIBLIOGRAPHIE. 



Lévi (Israël). Bereschit Rabbati, dessen Verhâltniss zu Rabba 
Rabbati, Moses ha-Darschan u. Pugio fidei, par A. Ep- 

stein 313 

Additions et rectifications 318 

Table des matières 319 



L'IN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



BS Revue des études juives; 

101 historia iudaica 

1. 17 



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